{"id":114191,"date":"2019-10-17T20:20:45","date_gmt":"2019-10-17T18:20:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=114191"},"modified":"2019-10-20T18:19:51","modified_gmt":"2019-10-20T16:19:51","slug":"louvain-la-neuve-a-quoi-bon-penser-a-lheure-du-grand-collapse-le-30-aout-2019-retranscription","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/10\/17\/louvain-la-neuve-a-quoi-bon-penser-a-lheure-du-grand-collapse-le-30-aout-2019-retranscription\/","title":{"rendered":"Louvain-la-Neuve, <b>\u00c0 quoi bon penser \u00e0 l&rsquo;heure du grand collapse&nbsp;?<\/b>, le 30 ao\u00fbt 2019 &#8211; Retranscription"},"content":{"rendered":"\r\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\r\n<p>Retranscription de <strong>\u00c0 quoi bon penser \u00e0 l&rsquo;heure du grand collapse\u00a0?<\/strong>, le 30 ao\u00fbt 2019.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n\r\n\r\n<p>Merci d\u2019\u00eatre l\u00e0. !<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La prise de conscience <\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Vous venez d\u2019\u00e9couter, d\u2019entendre, peut-\u00eatre m\u00eame d\u2019apprendre un certain nombre de choses. En effet, les faits sont l\u00e0. Si j\u2019\u00e9tais moi, Antoine, je dirais\u00a0: \u00ab\u00a0Non, ce n\u2019est pas une crise. Non, ce n\u2019est pas un effondrement. C\u2019est seulement, mon g\u00e9n\u00e9ral, une extinction\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00c7a me rappelle qu\u2019effectivement &#8211; il y a \u00e9t\u00e9 fait allusion tout \u00e0 l\u2019heure &#8211; quand j\u2019ai \u00e9crit ce livre en 2015, qui est paru en 2016, qui s\u2019appelait <em>Le dernier qui s\u2019en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/em>, l\u2019\u00e9diteur, pour qu\u2019on sache de quoi il s\u2019agit, si le titre n\u2019\u00e9tait pas suffisamment \u00e9loquent, a voulu mettre ce bandeau \u00ab\u00a0Essai sur l\u2019extinction\u00a0\u00bb. La question s\u2019est pos\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0. Est-ce que c\u2019\u00e9tait une bonne id\u00e9e ou non\u00a0? Parce que \u00e7a a fait rire un certain nombre de personnes et c\u2019\u00e9tait seulement il y a 3 ans, seulement il y a 3 ans.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>C\u2019est pour \u00e7a que quand on me dit parfois\u00a0: \u00ab\u00a0Vous ne regrettez pas de pr\u00eacher dans le d\u00e9sert\u00a0?\u00a0\u00bb, je dis\u00a0: \u00ab\u00a0Non, les choses vont tr\u00e8s tr\u00e8s vite\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n\r\n<p><strong>La recherche du profit <\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>S\u2019agit-il de cette spiritualit\u00e9\u00a0? Il y a en tous cas une prise de conscience. Il y a une prise de conscience. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai salu\u00e9, c\u2019\u00e9tait quoi, il y a une semaine, quand la <em>Business Roundtable<\/em> aux \u00c9tats-Unis, par un vote quasiment unanime des plus grands dirigeants d\u2019entreprises, a fait cette d\u00e9claration sur la n\u00e9cessit\u00e9 de revoir la <em>logique actionnariale des entreprise<\/em>s, qui met le profit au premier plan et donc fait de l\u2019actionnaire comme le roi propri\u00e9taire de l\u2019entreprise \u2013 ce qui n\u2019est pas le cas, vous le savez, sur le plan juridique (c\u2019est une l\u00e9gende) &#8211; mais mettre au contraire tout le monde dans l\u2019affaire\u00a0: les clients, les employ\u00e9s, le monde environnant, la Terre &#8211; je dirais &#8211; dans son ensemble.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>C\u2019est un tournant. C\u2019est un tournant consid\u00e9rable. Pourquoi\u00a0? Parce que, comme je l\u2019avais \u00e9crit dans ce livre qui date d\u2019il y a 3 ans, la recherche du profit en tant que tel constitue non seulement un obstacle mais probablement, si l&rsquo;on en \u00e9tait rest\u00e9 l\u00e0, la fin, la condamnation de notre syst\u00e8me tel qu\u2019il est. Je reviendrai sur la raison pour laquelle c\u2019est comme \u00e7a : pourquoi la recherche du profit, en fait, est destructrice. On a pu se la permettre dans un environnement o\u00f9 nous \u00e9tions encore relativement peu nombreux mais c\u2019est devenu impossible maintenant.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La survie individuelle<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Vous connaissez sans doute ce Pr. Pinker, Steven Pinker, qui \u00e9crit des livres. C\u2019est un psychologue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Harvard et il \u00e9crit des livres sur le fait que rien n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bien que maintenant. On n\u2019a jamais v\u00e9cu aussi longtemps, jamais aussi riches. Il est m\u00eame possible qu\u2019on d\u00e9finisse le vieillissement comme \u00e9tant une maladie et qu\u2019on le traite comme tel, et qu\u2019on mobilise les ressources de la science pour limiter le vieillissement et que nous puissions devenir immortels au sens que notre long\u00e9vit\u00e9 serait, de fait, infinie parce qu\u2019on aurait dompt\u00e9 ces m\u00e9canismes qui font qu\u2019\u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge o\u00f9 nous avons cess\u00e9 d\u2019\u00eatre utiles pour la reproduction des enfants, nous commen\u00e7ons \u00e0 nous ab\u00eemer. Mais cela a-t-il un impact sur cette question de l\u2019extinction : le fait que nous n\u2019ayons jamais \u00e9t\u00e9 aussi heureux\u00a0? M\u00eame des hommes et des femmes immortels au sens de la long\u00e9vit\u00e9 seront toujours renvers\u00e9s par un camion, seront toujours d\u00e9truits par des \u00e9pid\u00e9mies, qui peuvent revenir. Comme on l\u2019a vu autrefois\u00a0: la grippe espagnole en 1918-1919 a fait davantage de morts que l\u2019ensemble des morts de la guerre de 14 qui, vous le savez, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rables. Il y avait d\u00e9j\u00e0 eu dans une bataille comme la bataille de Verdun un million de morts. Il y avait eu, en Asie mineure surtout, des disparitions de populations enti\u00e8res, non pas par le fait de guerre lui-m\u00eame mais par les famines qui avaient \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9es. Nous sommes dans un monde o\u00f9 m\u00eame les <em>immortels<\/em> seraient toujours la victime de grands tremblements de terre, d\u2019\u00e9ruptions volcaniques et des choses de cet ordre-l\u00e0.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La survie de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0: la <em>capacit\u00e9 de charge<\/em><\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La question de l\u2019extinction est tout \u00e0 fait d\u2019un autre ordre. Elle porte sur l\u2019esp\u00e8ce en tant que telle, pas sur l\u2019individu et sur le bonheur ressenti des individus. Pourquoi\u00a0? Parce que nous subissons, nous sommes dans un environnement. Notre esp\u00e8ce, comme toutes les autres, vit par rapport \u00e0 ce que les biologistes appellent la <em>capacit\u00e9 de charge<\/em> de son environnement. De quoi s\u2019agit-il\u00a0? Il faut qu\u2019une esp\u00e8ce respecte la possibilit\u00e9 pour son environnement de la faire survivre. Pour nous, il faut qu\u2019il y ait de l\u2019oxyg\u00e8ne dans l\u2019atmosph\u00e8re. Il faut qu\u2019un certain nombre de gaz qui sont toxiques pour nous soient absents. Il faut que l\u2019eau que nous buvons ou le liquide que nous buvons dans d\u2019autres types de boissons, soit consid\u00e9r\u00e9 comme potable pour nous, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il y a un certain nombre de choses qui ne soient pas dedans et il faut qu\u2019il y ait autour de nous ce que nous appelons des \u00ab\u00a0aliments assimilables\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 les limites qui nous sont d\u00e9finies en tant qu\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le genre humain est sociable<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Par ailleurs, nous pr\u00e9sentons des caract\u00e8res en tant qu\u2019esp\u00e8ce et ces caract\u00e8res d\u00e9terminent le fait que nous soyons l\u00e0 o\u00f9 nous sommes au moment o\u00f9 nous en sommes, c\u2019est-\u00e0-dire avec cette menace d\u2019extinction. Le biologiste nous d\u00e9crirait en gros une esp\u00e8ce sociale, comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait Aristote\u00a0: <em>zoon politikon<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un animal qui vit en soci\u00e9t\u00e9. Vous savez qu\u2019il y a un mythe dans notre soci\u00e9t\u00e9, le mythe du \u00ab\u00a0contrat social\u00a0\u00bb invent\u00e9 par Thomas Hobbes, d\u00e9velopp\u00e9 par Jean-Jacques Rousseau, que nous vivions dans la nature, en toute libert\u00e9 et dans un climat de grande ins\u00e9curit\u00e9 et, un jour, nous nous sommes r\u00e9unis autour d\u2019une table et nous avons d\u00e9cid\u00e9 de sacrifier un peu de notre libert\u00e9 pour gagner de la s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est un mythe. Aristote l\u2019a bien vu. Nous sommes une esp\u00e8ce qui vit ensemble, comme les autres grands singes dirait le Pr. Frans de Waal que j\u2019\u00e9coutais dans cette salle ici, autrefois [en 2012].<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Nous vivons par la solidarit\u00e9. On nous met malheureusement trop en avant maintenant la concurrence, la rivalit\u00e9 qui est un m\u00e9canisme qui peut jouer dans certaines circonstances mais qui ne doit \u00eatre qu\u2019en arri\u00e8re-plan, dans un contexte de solidarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. M\u00eame dans le monde des <em>trader<\/em>s de la finance que j\u2019ai c\u00f4toy\u00e9s dans les endroits o\u00f9 les plus requins, les loups aux dents les plus longues, se trouvaient, la solidarit\u00e9 jouait. Vous vous souvenez peut-\u00eatre du scandale du Libor. Le scandale du Libor, ce n\u2019\u00e9tait pas la concurrence entre les banques. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment que tous ces <em>traders<\/em> aux dents longues s\u2019\u00e9taient tous mis d\u2019accord pour gruger le syst\u00e8me de la m\u00eame mani\u00e8re. \u00c7a joue toujours, heureusement. Heureusement, c\u2019est l\u00e0. C\u2019est quelque chose qu\u2019il faut certainement remettre \u00e0 l\u2019avant.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le genre humain est \u00ab\u00a0opportuniste\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Nous sommes aussi une esp\u00e8ce que les biologistes appellent une esp\u00e8ce \u00ab\u00a0opportuniste\u00a0\u00bb dans un sens du mot opportuniste qui n\u2019est pas le sens courant. Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire\u00a0? Nous sommes une esp\u00e8ce qui, devant l\u2019obstacle, va d\u00e9velopper d\u2019autres strat\u00e9gies. Alors, nous le savons, les rats, les souris sont comme nous de ce point de vue. C\u2019est pour \u00e7a que nous les avons utilis\u00e9s pour des exp\u00e9riences de psychologie. Un rat qui se trouve dans un labyrinthe qui ne peut plus avancer, il fait demi-tour\u00a0: il va essayer de trouver une autre sortie. Nous savons faire \u00e7a aussi. Nous sommes une esp\u00e8ce qui, devant l\u2019obstacle, d\u00e9veloppe d\u2019autres strat\u00e9gies et c\u2019est de l\u00e0 que vient notre capacit\u00e9 \u00e0 produire cette technologie. Nous avons invent\u00e9 d\u2019utiliser des silex pour essayer de r\u00e9soudre\u2026 pour enfoncer un clou, c\u2019\u00e9tait plus simple d\u2019inventer quelque chose de dur plut\u00f4t que d\u2019utiliser notre poing et ainsi de suite. Et de fil en aiguille. C\u2019est comme cela que nous avons engendr\u00e9 la technologie. Je reviendrai l\u00e0-dessus.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le genre humain est \u00ab\u00a0colonisateur\u00a0\u00bb <\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Mais nous sommes aussi une esp\u00e8ce colonisatrice. Qu\u2019est-ce que c\u2019est qu\u2019une esp\u00e8ce colonisatrice\u00a0? C\u2019est tr\u00e8s courant dans tout le r\u00e8gne animal. C\u2019est plus propre aux rongeurs et aux animaux comme nous. Une esp\u00e8ce colonisatrice, c\u2019est une esp\u00e8ce qui n\u2019a pas de m\u00e9canisme inscrit dans sa nature m\u00eame pour r\u00e9duire sa f\u00e9condit\u00e9 et son envahissement de l\u2019espace. Des poissons, par exemple comme le turbot, le turbot pond moins d\u2019\u0153ufs quand il y a beaucoup de turbots autour de lui. C\u2019est normal\u00a0: c\u2019est un animal qui vit sur le fond. Le fond a une certaine surface. Il est normal qu\u2019il y ait une r\u00e9gulation de cet ordre-l\u00e0. Et c\u2019est automatique dans la f\u00e9condit\u00e9. Chez nous, il n\u2019y a rien de cet ordre-l\u00e0. Il y a peut-\u00eatre les guerres. C\u2019est la chose que nous d\u00e9clenchons quand nous avons effectivement, quand il y a surpopulation. Il y a des d\u00e9mographes qui disent\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que la guerre de 14, avec son massacre pour une raison que nous ne comprenons m\u00eame plus, est-ce que ce n\u2019\u00e9tait pas pour d\u00e9truire un tiers des jeunes hommes dans la classe des 17 \u00e0 35 ans\u00a0?\u00a0\u00bb. C\u2019est peut-\u00eatre la \u00ab\u00a0ruse de la raison\u00a0\u00bb comme on dit, c\u2019est-\u00e0-dire des choses qui se passent \u00e0 notre insu.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>G\u00e9rer la <em>capacit\u00e9 de charge<\/em><\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Voil\u00e0 l\u2019animal que nous sommes. Nous arrivons au moment o\u00f9 notre disposition colonisatrice nous m\u00e8ne aux limites, aux fronti\u00e8res de la <em>capacit\u00e9 de charge<\/em> de notre environnement. Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire dans ce cas-l\u00e0\u00a0? Il y a deux possibilit\u00e9s. Il y a eu une grande querelle en 1971 entre deux des grands pionniers de la r\u00e9flexion \u00e9cologique\u00a0: Paul Ehrlich, biologiste am\u00e9ricain, et Barry Commoner, \u00e9galement biologiste am\u00e9ricain. Ils se sont disput\u00e9s. Ehrlich \u00e9tait un malthusien comme on dit. Il a \u00e9crit un livre avec sa femme qui s\u2019appelait <em>La bombe de la population<\/em>. Commoner \u00e9tait quelqu\u2019un de convaincu lui aussi dans la perspective de respecter notre environnement, autour de nous, mais que la technologie allait nous permettre d\u2019\u00e9tendre, d\u2019\u00e9largir la <em>capacit\u00e9 de charge<\/em> de notre esp\u00e8ce. Et le d\u00e9bat a fait rage entre les deux et les gens prenaient parti\u2026 enfin, ceux qui s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 ce d\u00e9bat \u00e0 ce moment-l\u00e0, au tout d\u00e9but de la r\u00e9flexion \u00e9cologiste, sans se rendre compte que notre esp\u00e8ce a toujours fait les deux\u00a0: a toujours essay\u00e9 d\u2019\u00e9largir la capacit\u00e9 de son environnement \u00e0 l\u2019accueillir, par exemple par des r\u00e9volutions vertes, mais aussi de restreindre par l\u2019infanticide, par le planning familial, par les guerres, l\u2019empreinte de l\u2019esp\u00e8ce sur l\u2019environnement. Nous avons eu l\u2019occasion de faire les deux et la r\u00e9flexion que nous devons avoir aujourd\u2019hui ne devrait pas essayer d\u2019opposer l\u2019un \u00e0 l\u2019autre comme \u00e9tant un choix qu\u2019il faudrait faire. C\u2019est bizarre d\u2019ailleurs de comprendre pourquoi, dans les ann\u00e9es 70, il est apparu qu\u2019il fallait faire le choix entre les deux. \u00c7a a peut-\u00eatre un lien avec ce qui vient d\u2019\u00eatre dit sur notre attitude vis-\u00e0-vis de la technologie en tant que telle.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le technologique est notre invention \u00e0 nous<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>A la suite des r\u00e9flexions de Husserl et de Heidegger essentiellement, on a commenc\u00e9 \u00e0 penser \u00e0 la technologie en termes de \u00ab\u00a0\u00eatre pour\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00eatre contre\u00a0\u00bb. La question s\u2019est aussi pos\u00e9e avec la r\u00e9flexion qui a suivi l\u2019utilisation des bombes atomiques, la r\u00e9flexion d\u2019Oppenheimer qui avait \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9 dans le projet de d\u00e9veloppement de la bombe atomique et qui a dit\u00a0: \u00ab\u00a0On n\u2019aurait jamais d\u00fb faire \u00e7a. On aurait d\u00fb r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019on faisait\u00a0\u00bb et ainsi de suite. La pens\u00e9e de Gunther Anders qui est contre la technologie, je dirais, et certains autres comme Ellul, etc. Dans une perspective qui me para\u00eet extr\u00eamement peu productive dans la situation o\u00f9 on est de savoir s\u2019il faut \u00eatre contre \u00e0 la fois le marteau, la bombe atomique, le robot qui vous r\u00e9pare votre \u0153il si vous devenez aveugle, et des choses de cet ordre-l\u00e0, \u00e7a me para\u00eet une mauvaise r\u00e9flexion.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il est, me semble-t-il, dans la nature m\u00eame de l\u2019\u00eatre humain d\u2019avoir produit des outils. C\u2019est dans le prolongement, par exemple, de notre comportement colonisateur que nous avons invent\u00e9 des v\u00eatements pour aller dans des endroits qui \u00e9taient plus froids, nous avons invent\u00e9 le chauffage pour rester dans ces endroits qui \u00e9taient plus froids. \u00c7a fait partie de cet <em>opportunisme<\/em> de notre esp\u00e8ce, de notre inventivit\u00e9. Nous sommes all\u00e9s beaucoup plus loin que les autres esp\u00e8ces au point que nous n\u2019avons pas la preuve non seulement qu\u2019il y aurait de la vie ailleurs, dans ces immenses galaxies que nous voyons autour de nous, mais nous n\u2019avons pas la preuve qu\u2019il y ait quoi que ce soit de l\u2019ordre de la r\u00e9flexion de l\u2019\u00eatre humain, qui a produit, de la m\u00eame mani\u00e8re que le physique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019entrechoquement des particules, a produit du chimique, o\u00f9 les choses s\u2019attirent ou se repoussent et font des combinaisons de mol\u00e9cules. Ce chimique a produit du biologique. Le biologique a produit nous, entres autres, et nous avons produit quelque chose qui est encore d\u2019une autre nature : nous avons produit ces technologies. Et je crois qu\u2019il serait extr\u00eamement dangereux de vouloir le mettre entre parenth\u00e8ses avec la crise qui se profile devant nous.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00a0<strong>R\u00e9duire notre \u00ab\u00a0empreinte\u00a0\u00bb sur la <em>capacit\u00e9 de charge<\/em><\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les deux types d\u2019attitudes, Commoner et Ehrlich, nous obligent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 quoi il s\u2019agit. Quand Ehrlich nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut r\u00e9duire la population\u00a0\u00bb, nous savons que nous pouvons le faire par des moyens, je dirais, positifs, que nous pouvons r\u00e9fl\u00e9chir, par exemple, par la frugalit\u00e9 volontaire, \u00e0 r\u00e9duire notre consommation, \u00e0 ne pas prendre l\u2019avion sans n\u00e9cessit\u00e9, \u00e0 faire du v\u00e9lo pour aller chercher les courses plut\u00f4t qu\u2019aller en voiture et ainsi de suite mais aussi, dans le m\u00eame type de pens\u00e9e, il y a \u00e9galement l\u2019eug\u00e9nisme, l\u2019eug\u00e9nisme sous ses deux formes, sous la forme, je dirais, \u00ab\u00a0contemporaine\u00a0\u00bb o\u00f9 on encourage les personnes \u00e0 agir d\u2019une certaine mani\u00e8re, on fait une s\u00e9lection un peu du type de celles que nous faisons sur les animaux dans le processus de la domestication. Nous faisons un tri, nous consid\u00e9rons que des gens de tel ou tel type doivent \u00eatre encourag\u00e9s, comme on voit, de fait, M.\u00a0Trump essayer de le faire aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 tout le monde a su traduire assez rapidement son \u00ab\u00a0Make America Great Again\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0Make America White Again\u00a0\u00bb, dans cette perspective, je dirais, des P\u00e8lerins, des premiers colons am\u00e9ricains imaginant que ce continent leur avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 eux, \u00e0 des blancs choisis [\u00e9lus] et aux d\u00e9pens des autres populations, de celles qui se trouvaient l\u00e0 localement, qui sont particuli\u00e8rement pers\u00e9cut\u00e9es par M. Trump en ce moment, surtout si elles viennent de pays voisins, et des personnes qu\u2019on avait amen\u00e9es comme \u00ab\u00a0machines\u00a0\u00bb pour travailler dans les plantations.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Voil\u00e0 la situation dans laquelle nous nous trouvons. R\u00e9duire les populations par l\u2019eug\u00e9nisme, par un tri, ou carr\u00e9ment par ce qu\u2019un [sociologue] am\u00e9ricain, Peter Frase, appelle l\u2019<em>exterminisme<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire se d\u00e9barrasser d\u2019une partie de la population de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e par le g\u00e9nocide, par diff\u00e9rents types de techniques et Frase insiste sur le fait qu\u2019il ne faut pas \u00e9carter cela comme une possibilit\u00e9 parce que, dit-il, \u00e7a a d\u00e9j\u00e0 eu lieu, l\u2019\u00e9limination par des techniques de type industriel d\u2019une partie de la population consid\u00e9r\u00e9e comme g\u00eanante. Cela peut se faire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>\u00c9largir la capacit\u00e9 de charge<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L\u2019autre possibilit\u00e9\u00a0: \u00e9tendre par la technologie les moyens autour de nous en utilisant, en particulier, de nouveaux types de techniques, en essayant de renverser la tendance ici et l\u00e0, \u00e9ventuellement m\u00eame essayer de nous adapter par la g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 un environnement d\u00e9grad\u00e9, montrant que, dans ces deux perspectives &#8211; r\u00e9duire notre empreinte ou \u00e9largir la capacit\u00e9 de charge de notre environnement &#8211; il y a des choses qui sont acceptables sur un plan \u00e9thique et d\u2019autres qui sont absolument \u00e0 rejeter. La question se pose dans la perspective Ehrlich, la question de la croissance, et c\u2019est l\u00e0, je crois, sur \u00e7a qu\u2019il faut focaliser son attention.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019on appelle la croissance et qu\u2019est-ce qu\u2019on appellerait la d\u00e9croissance\u00a0? Parce que, effectivement, la question a un rapport avec l\u2019empreinte que nous avons sur notre terre. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0, dans une r\u00e9flexion sur la croissance et ce que \u00e7a implique, que se trouve peut-\u00eatre le point d\u2019articulation le plus \u00e0 notre port\u00e9e\u00a0: aller ensemencer les nuages avec des particules d\u2019argent en esp\u00e9rant que ceci ou cela\u2026 \u00e7a prend du temps. On ne sait pas ce que \u00e7a va donner. On n\u2019a pas pu simuler l\u2019ensemble des cons\u00e9quences n\u00e9gatives de cela mais r\u00e9fl\u00e9chir, dans une perspective que nous ouvre cette d\u00e9claration de la <em>Business Roundtable<\/em>, je crois que c\u2019est un moyen d\u2019aborder les choses et peut-\u00eatre de simplifier le probl\u00e8me de mani\u00e8re consid\u00e9rable.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La croissance<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Qu\u2019est-ce que c\u2019est que la croissance\u00a0? La personne qui a le mieux pos\u00e9 le probl\u00e8me au d\u00e9part, c\u2019\u00e9tait au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019\u00e9tait Proudhon. Vous le savez, Proudhon se trouvait face \u00e0 Marx. Proudhon avait \u00e9crit \u00ab\u00a0Philosophie de la mis\u00e8re\u00a0\u00bb et, en r\u00e9ponse, Karl Marx avait r\u00e9pondu \u00ab\u00a0Mis\u00e8re de la philosophie\u00a0\u00bb. Il se moquait de Proudhon. Karl Marx \u00e9tait un \u00e9l\u00e8ve de David Ricardo, agent de change dans la City de Londres, qui avait dit qu\u2019il n\u2019y avait de valeur que le travail. Proudhon avait r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Non, la premi\u00e8re valeur, la premi\u00e8re chose qui ait de la valeur et qui ait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, elle nous vient spontan\u00e9ment. Ce sont les rayons du soleil. C\u2019est le fait que le paysan qui se donne beaucoup de mal \u00e0 faire un sillon dans son champs et \u00e0 planter des graines, <em>il ne fait pas pousser la graine\u00a0: la graine va pousser toute seule<\/em>\u00a0\u00bb. Il y a des choses que Proudhon appelait \u00ab\u00a0les aubaines\u00a0\u00bb. C\u2019est le fait que, si vous creusez \u00e0 tel endroit, vous allez trouver du p\u00e9trole, \u00e0 tel autre, vous allez trouver du minerai de fer. C\u2019est la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la terre vis-\u00e0-vis de nous qui nous permet de jouer le r\u00f4le que Hegel, le philosophe Hegel, appelait un r\u00f4le de catalyseur. Nous sommes plut\u00f4t un catalyseur que quelque chose qui transforme v\u00e9ritablement la nature. Nous sommes l\u00e0, dans la nature, et nous l\u2019aidons. Nous en faisons partie bien entendu mais nous l\u2019aidons \u00e0 produire un certain nombre de choses pour nous.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le partage de la croissance<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Voil\u00e0 le d\u00e9but de la croissance. Et c\u2019est \u00e7a qui a permis ce grand contrat de <em>m\u00e9tayage<\/em> qui existe partout encore dans notre soci\u00e9t\u00e9. Le syst\u00e8me des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 actions en bourse, c\u2019est un syst\u00e8me de m\u00e9tayage. Celui qui apporte du capital, celui qui apporte de l\u2019argent, celui qui apporte des ressources va se mettre en affaire avec celui qui va apporter du travail. Ensemble, ils vont jouer ce r\u00f4le de catalyseur de la nature autour de nous et on va produire la moisson. On a un champ au d\u00e9part, qui est une ressource, qui est un capital. Il est pr\u00eat\u00e9. Il y a le travailleur sur le champ et la moisson va appara\u00eetre et la moisson va \u00eatre partag\u00e9e selon les termes du contrat de m\u00e9tayage, va \u00eatre partag\u00e9e en deux, partag\u00e9e \u00e0 2 tiers \/ 1 tiers, etc., etc. Ces <em>aubaines<\/em> de la nature vont \u00eatre partag\u00e9es entre ceux qui sont l\u00e0. Et c\u2019est le m\u00eame syst\u00e8me, vous le savez, quand un \u00c9tat \u00e9met des obligations: il va payer un \u00ab\u00a0coupon\u00a0\u00bb. Pourquoi\u00a0? Parce que le coupon, \u00e7a va \u00eatre ce que la soci\u00e9t\u00e9 aura pu produire \u00e0 partir de ce capital qui est pr\u00eat\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L\u2019actionnaire n\u2019est pas le propri\u00e9taire d\u2019une entreprise : c\u2019est quelqu\u2019un qui <em>avance<\/em> des fonds comme on le disait autrefois. C\u2019est un <em>cr\u00e9<\/em>a<em>ncier<\/em> de l\u2019entreprise. La preuve en est d\u2019ailleurs que, quand l\u2019entreprise est liquid\u00e9e, l\u2019actionnaire re\u00e7oit une partie de la \u00ab\u00a0valeur \u00e0 la casse\u00a0\u00bb de l\u2019entreprise, ce qui prouve qu\u2019il n\u2019est pas le propri\u00e9taire sinon il serait responsable de ses difficult\u00e9s financi\u00e8res, mais qu\u2019il est bien un <em>cr\u00e9ancier<\/em> de l\u2019entreprise.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La sp\u00e9culation <\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Voil\u00e0 le syst\u00e8me tel qu\u2019il fonctionne envers nous. Et cette croissance, elle est donn\u00e9e par la nature et, l\u2019homme, comme catalyseur, l\u2019homme ou la femme, comme \u00e9tant catalyseurs autour de ce processus. Les choses se g\u00e2tent quand il y a <em>financiarisation<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u00e0, on ne produit plus rien : on organise simplement des paris &#8211; que l\u2019on peut appeler la sp\u00e9culation &#8211; qui fait qu\u2019un banquier va perdre ce que l\u2019autre va gagner. L\u00e0, c\u2019est une activit\u00e9 que je combats et je propose, particuli\u00e8rement dans les pays o\u00f9 il existait des lois qui interdisaient la sp\u00e9culation au sens de pari sur le fait que le prix monte ou le prix descende des titres financiers, qu\u2019on revienne aux anciennes interdictions. En France, c\u2019\u00e9tait en 1885. En Belgique, c\u2019est en 1867 qu\u2019on a autoris\u00e9 la sp\u00e9culation. On ne peut pas dire\u2026 il suffit de lire les livres du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, on ne peut pas dire que le capitalisme allait m\u00eame mal quand la sp\u00e9culation \u00e9tait interdite : \u00e7a marchait tr\u00e8s tr\u00e8s bien, \u00e7a marchait m\u00eame mieux. Les calculs que nous faisons maintenant montrent que 40 % des sommes dans l\u2019\u00e9conomie pourraient, si elles \u00e9taient diverties de la sp\u00e9culation, revenir dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle et ce serait une excellente \u00e9conomie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La formation des prix<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Comment calcule-t-on la croissance maintenant que l\u2019on sait d\u2019o\u00f9 \u00e7a vient\u00a0? On la calcule, vous le savez\u2026 la croissance, c\u2019est ce qu\u2019on appelle aussi la \u00ab\u00a0valeur ajout\u00e9e\u00a0\u00bb. C\u2019est la diff\u00e9rence entre les co\u00fbts et le prix auquel la chose a pu \u00eatre vendue. Et vous le savez, on me dit toujours\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s simple. Le prix va se situer \u00e0 la rencontre de l\u2019offre et de la demande\u00a0\u00bb et \u00e7a a fait partie de mon travail \u00e0 moi, en tant qu\u2019anthropologue, d\u2019aller voir si c\u2019\u00e9tait vrai. Je croyais que c\u2019\u00e9tait vrai. Je m\u2019appr\u00eatais simplement \u00e0 utiliser mes donn\u00e9es pour prouver que c\u2019\u00e9tait vrai. Or \u00e7a ne marche pas. \u00c7a ne marche pas du tout. En fait, le prix ne se situe pas \u00e0 la rencontre de l\u2019offre et de la demande. C\u2019est une simplification. Il se constitue au point de rencontre &#8211; une fois qu\u2019on le dit, c\u2019est tout \u00e0 fait \u00e9vident &#8211; du rapport de force entre l\u2019acheteur et le vendeur, de m\u00eame que les taux sur les march\u00e9s se constituent selon le rapport de force entre les gens qui veulent emprunter et les gens qui sont pr\u00eats \u00e0 pr\u00eater. Voil\u00e0 d\u2019o\u00f9 cela vient.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le profit est sans limite<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et il n\u2019y a pas &#8211; et \u00e7a, je ne l\u2019ai vu dans aucun livre d\u2019\u00e9conomie mais chacun le sait &#8211; il n\u2019y a pas de limite absolue mise au profit, \u00e0 la diff\u00e9rence entre le prix de vente et les co\u00fbts. Il n\u2019y a pas de m\u00e9canisme dans nos soci\u00e9t\u00e9s pour cela. Le seul m\u00e9canisme qui existe, il est en arri\u00e8re-plan : il est tout \u00e0 fait g\u00e9n\u00e9ral. C\u2019est que si le prix demand\u00e9 \u00e9tait syst\u00e9matiquement trop \u00e9lev\u00e9, on ne trouverait plus de clients et si le prix \u00e9tait trop bas, qu\u2019il y aurait \u00e9norm\u00e9ment de clients, il faut quand m\u00eame que le producteur du service ou du bien puisse rentrer dans ses co\u00fbts. Et \u00e7a, je l\u2019ai vu sur les march\u00e9s du poisson, aussi bien en Afrique qu\u2019en Europe. : quand tout \u00e0 coup, on atteint, \u00e0 la baisse ou \u00e0 la hausse, un prix qui est jug\u00e9 excessif par une des deux parties, alors l\u00e0, il y a \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Les sardiniers au Croisic, en France, dans les ann\u00e9es 20, m\u2019expliquaient dans leurs vieux souvenirs \u00ab\u00a0qu\u2019il y a des jours o\u00f9 on voyait le prix affich\u00e9 \u00e0 la conserverie et on allait gueuler parce que c\u2019\u00e9tait d\u00e9gueulasse, etc. Le conserveur nous faisait entrer, nous disait\u00a0: \u2018Combien vous demandez\u00a0?\u2019 Et on disait\u00a0: on demande autant pour la sardine, et l\u00e0, le conserveur, c\u2019est lui qui se f\u00e2chait en disant\u00a0: \u2018D\u2019accord, je vous paye \u00e7a et demain, l\u2019usine est ferm\u00e9e, je rentre \u00e0 la maison parce qu\u2019\u00e0 ce prix-l\u00e0\u2026\u2019\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Si l\u2019on veut agir sur la croissance, il faut agir sur le profit<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>C\u2019est comme \u00e7a que les prix se d\u00e9terminent. Pas toujours dans des situations exactement de ce type-l\u00e0 mais c\u2019est comme \u00e7a que les prix se d\u00e9terminent. Alors, quand on dit \u00ab\u00a0le profit\u00a0\u00bb, c\u2019est une somme sur laquelle il n\u2019y a pas de maximum absolu. Ce sont les rapports de force dans une soci\u00e9t\u00e9 qui permettent que le profit arrive \u00e0 tel ou tel niveau. Quand on ajoute ces profits, on a pris les \u00ab\u00a0valeurs ajout\u00e9es\u00a0\u00bb. Quand on met tout \u00e7a ensemble, on a le PIB d\u2019un pays. C\u2019est pour \u00e7a que, si on veut agir sur la croissance, je vois des discussions autour de moi\u00a0: est-ce qu\u2019on est pour ou contre la croissance\u00a0?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et l\u00e0, je souligne toujours\u00a0: ce n\u2019est pas une question d\u2019opinion personnelle\u00a0: c\u2019est la structure dans laquelle nous sommes qui demande que les choses se passent de cette mani\u00e8re-l\u00e0. Si on veut agir sur la croissance, il faut agir sur le profit. C\u2019est dans ce cadre-l\u00e0 qu\u2019on peut le faire. C\u2019est-\u00e0-dire modifier le rapport de force entre acheteurs et vendeurs, entre emprunteurs et pr\u00eateurs. Et vous le voyez, \u00e7a marche parfois de mani\u00e8re tout \u00e0 fait automatique. Si on a maintenant des taux n\u00e9gatifs sur certains types d\u2019emprunts, d\u2019obligations, c\u2019est parce que le rapport de force a chang\u00e9. Ce n\u2019est pas parce que l\u2019offre et la demande s\u2019est modifi\u00e9e de mani\u00e8re telle qu\u2019on n\u2019aurait plus besoin du tout de pr\u00eater ou d\u2019emprunter, c\u2019est en raison de ce m\u00e9canisme g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que les choses se situent, et c\u2019est pour \u00e7a que c\u2019est tellement important qu\u2019il y ait eu ce revirement de la <em>Business Roundtable<\/em> ou qu\u2019il est tellement important de voir &#8211; ces jours-ci d\u2019ailleurs, je vais parler de choses qui datent des 7 derni\u00e8res journ\u00e9es &#8211; de voir dans le <em>Wall Street Journal<\/em> un \u00e9ditorial qui attaque violemment M. Trump sur ses politiques que lui qualifie comme <em>pro-business<\/em> mais qui sont des politiques essentiellement de destruction de l\u2019environnement autour de nous. De voir le <em>Wall Street Journal<\/em> qui s\u2019en prend \u00e0 lui violemment, de voir le <em>Financial Times<\/em> &#8211; c\u2019\u00e9tait avant-hier &#8211; s\u2019attaquer violemment aux implications, justement, sur l\u2019environnement de M. Johnson dans un cadre beaucoup plus g\u00e9n\u00e9ral et de dire\u2026<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le r\u00f4le crucial des \u00ab\u00a0march\u00e9s\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Voil\u00e0, il y a une prise de conscience qui est en train d\u2019avoir lieu. Il y a quelque chose qui m\u2019avait\u2026 ce n\u2019\u00e9tait pas inqui\u00e9t\u00e9 mais qui m\u2019avait rendu tr\u00e8s perplexe, c\u2019\u00e9tait il y a quelques ann\u00e9es. C\u2019\u00e9tait un d\u00e9bat organis\u00e9 \u00e0 France Culture, \u00e0 Paris. C\u2019\u00e9tait M. Jacques Attali qui jouait le r\u00f4le d\u2019arbitre et j\u2019\u00e9tais en face d\u2019un banquier. Et ce banquier, \u00e0 ma grande surprise, je disais des choses du m\u00eame ordre, on \u00e9tait peut-\u00eatre il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, et il m\u2019approuvait violemment et bruyamment en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, c\u2019est \u00e7a, vous avez absolument raison\u00a0! C\u2019est tout \u00e0 fait \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb, etc. Au point qu\u2019une fois que je me retrouvais dans les couloirs, j\u2019avais dit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9coutez, je suis quand m\u00eame un peu perplexe par le fait que vous soyez tellement d\u2019accord avec moi\u00a0\u00bb. Il m\u2019avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, c\u2019est parce que vous avez enti\u00e8rement raison\u00a0!\u00a0\u00bb. J\u2019ai dit\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, mais ce n\u2019est pas la position que les <em>march\u00e9s<\/em> ont en ce moment\u00a0\u00bb. Et l\u00e0, il m\u2019a r\u00e9pondu quelque chose qui m\u2019avait surpris. Il m\u2019avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, mais c\u2019est parce que les march\u00e9s ne sont pas pr\u00eats. Vous allez voir. D\u00e8s qu\u2019ils seront pr\u00eats, le retournement aura lieu\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et, je n\u2019ai pas repens\u00e9 \u00e0 \u00e7a. \u00c7a me paraissait une cornichonnerie, une \u00e9lucubration, pendant toutes ces ann\u00e9es mais \u00e7a m\u2019est revenu \u00e0 l\u2019esprit au moment de cette d\u00e9claration de la <em>Business Roundtable<\/em>. Je me suis pos\u00e9 la question\u00a0: est-ce que les march\u00e9s sont pr\u00eats\u00a0? Parce que, sans les march\u00e9s, rien ne se passera. Soyons logiques\u00a0: on peut avoir une opinion positive ou n\u00e9gative de la finance en tant qu\u2019elle est, on peut proposer des mesures comme je le fais de retour \u00e0 une interdiction de la sp\u00e9culation au sens technique que donnent \u00e0 ce terme les financiers.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>R\u00e9tablir la finance dans sa fonction de syst\u00e8me sanguin de l\u2019\u00e9conomie<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>On ne pourra rien faire sans, m\u00eame pour financer, ce qu\u2019il faudra faire, en termes de transition et qu\u2019il faudra faire tr\u00e8s tr\u00e8s vite, il faut que la finance soit l\u00e0. Il faut qu\u2019elle joue ce r\u00f4le traditionnel qui \u00e9tait le sien d\u2019\u00eatre <em>le syst\u00e8me sanguin de l\u2019\u00e9conomie<\/em>. Il faut qu\u2019elle soit l\u00e0 mais il n\u2019est pas n\u00e9cessaire &#8211; et ce serait m\u00eame mieux &#8211; que, quand un \u00e9croulement a lieu comme en septembre 2008 et que, tout \u00e0 coup, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il y a 180 milliards de dollars qu\u2019il faut d\u00e9gager imm\u00e9diatement pour payer les pertes de la compagnie d\u2019assurances AIG parce qu\u2019elle assur\u00e9 tous les <em>Credit-default Swaps<\/em> et que, nous, nations, nous payons rubis sur l\u2019ongle les sommes qui ont \u00e9t\u00e9 perdues, en ne faisant aucune distinction entre de v\u00e9ritables pertes pour l\u2019\u00e9conomie, des gens qui avaient v\u00e9ritablement des obligations, qui avaient subi des pertes sur ces obligations parce que les paiements n\u2019avaient pas lieu : le paiement des int\u00e9r\u00eats ou le remboursement du principal, et les gens qui se trouvaient l\u00e0 simplement dans des positions <em>sp\u00e9culatives<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire que simplement ils s\u2019\u00e9taient positionn\u00e9s, par des contrats, comme \u00e9tant des gens qui, virtuellement, subiraient des pertes si les taux allaient dans telle direction, si telle entreprise faisait des pertes, etc., c\u2019est-\u00e0-dire des pertes imaginaires, des pertes qui sont de purs paris et qui ne renvoient \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9. Vous vous souvenez avec ce fameux contrat\u00a0<em>Coli<\/em> aux \u00c9tats-Unis, qu\u2019on appelait l\u2019\u00ab\u00a0assurance sur la bagnole du voisin\u00a0\u00bb. C\u2019est \u00e7a\u00a0: vous vous assurez sur la voiture du voisin, c\u2019est-\u00e0-dire que vous avez tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce qu\u2019il lui arrive un accident. C\u2019est ce que les gens ont fait avec les taux de la Gr\u00e8ce. On a mis la Gr\u00e8ce dans une position telle qu\u2019il y avait tout int\u00e9r\u00eat pour un tas de gens \u00e0 ce que \u00e7a aille de plus en plus mal, et, cerise sur le g\u00e2teau, quand le Fonds Mon\u00e9taire International fait un calcul du risque de la Gr\u00e8ce, il ne le fait pas en \u00e9valuant l\u2019\u00e9conomie \u00e0 proprement parler de la Gr\u00e8ce, il le fait \u00e0 partir de l\u2019ensemble des paris qui ont \u00e9t\u00e9 faits, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir d\u2019op\u00e9rations purement virtuelles, comme s\u2019il y avait une information l\u00e0-dedans sur un risque r\u00e9el dans le monde. Le risque n\u2019est cr\u00e9\u00e9 que parce que nous croyons \u00e0 ces choses qui sont absolument fictives.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Est-il encore temps de nous r\u00e9former individuellement\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Nous sommes dans un monde o\u00f9 il faudra aller extr\u00eamement vite si on veut emp\u00eacher cette extinction. Personnellement, et il a \u00e9t\u00e9 fait allusion qu\u2019en plus de ma qualit\u00e9 de sociologue et d\u2019anthropologue, j\u2019ai une formation de psychanalyste, j\u2019ai foi dans le g\u00e9nie humain du point de vue de la technologie. J\u2019ai foi dans l\u2019homme, la femme, les enfants, comme \u00e9tant des \u00eatres particuliers qui peuvent s\u2019amender, qui peuvent \u00eatre vertueux ou qui peuvent \u00eatre des \u00ab\u00a0amis du plaisir\u00a0\u00bb au contraire [P.J. allusion aux deux types d\u2019\u00eatres humains selon Aristote dans l\u2019<em>\u00c9thique<\/em> <em>\u00e0 Nicomaque<\/em>] mais je ne pense pas que, dans les temps qui nous sont impartis, dans les temps qu\u2019on nous montre par rapport \u00e0 la temp\u00e9rature qui augmente, qu\u2019on puisse compter sur le fait que la repr\u00e9sentation que nous avons \u00e0 titre individuel puisse se modifier de mani\u00e8re radicale.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je ne crois pas que nous ayons le temps. Il y a \u00e9t\u00e9 fait allusion hier. Il y a quelqu\u2019un qui est venu il y a deux mille et quelques ann\u00e9es sur cette terre et qui nous a parl\u00e9 de l\u2019amour en nous disant que c\u2019\u00e9tait essentiel que nous organisions tout autour de l\u2019amour et, 2.000 ans plus tard, on n\u2019a pas encore fait de progr\u00e8s tout \u00e0 fait essentiels dans cette dimension-l\u00e0. Donc, esp\u00e9rer que nous changions en temps utile me para\u00eet futile. Je crois qu\u2019il faut trouver d\u2019autres endroits.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Nous nous sommes arrang\u00e9s dans un cadre de mondialisation, nous vivons effectivement dans des communaut\u00e9s o\u00f9 se c\u00f4toient des gens dont la repr\u00e9sentation de ce qui est en train de se passer est tr\u00e8s tr\u00e8s diff\u00e9rente. Certains d\u2019entre nous pensent que, quand nous mourrons, ce sera termin\u00e9 une fois pour toutes. D\u2019autres pensent que nous allons aller au ciel et qu\u2019en fait, nous allons vivre une vie qui sera finalement plus int\u00e9ressante et plus gratifiante que celle que nous avons maintenant. \u00c7a ne nous emp\u00eache pas d\u2019acheter des choses ensemble au magasin, l\u2019un qui ach\u00e8te et l\u2019autre qui vend, ou de se trouver dans le m\u00eame tram et ainsi de suite. Nous avons pu faire \u00e7a. Nous avons m\u00eame invent\u00e9 un langage universel qui nous permet de parler tous ensemble le m\u00eame langage, c\u2019est la science. La r\u00e9f\u00e9rence est la m\u00eame. Un article \u00e9crit par des Chinois ou \u00e9crit par des Belges doit remplir les m\u00eames crit\u00e8res. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 faire cela. Mais, d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agirait de remonter au niveau de la croyance qui se trouve derri\u00e8re tout cela, nous verrions que les choses sont beaucoup plus difficiles.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>J\u2019ai fait un livre, une sorte d\u2019histoire, des notions de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9alit\u00e9 dans nos cultures et dans d\u2019autres cultures [<em>Comment la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9\u00a0furent invent\u00e9es<\/em> (2009)] en soulignant que, dans la culture traditionnelle chinoise, il n\u2019y a pas de notion qui corresponde aux notions de v\u00e9rit\u00e9 ou de r\u00e9alit\u00e9 chez nous. \u00c7a ne leur a pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire et \u00e7a n\u2019a pas rendu les choses impossibles. Au moment de faire de la science appliqu\u00e9e, l\u2019absence de la technologie comme \u00ab\u00a0science appliqu\u00e9e\u00a0\u00bb, l\u00e0, l\u2019inconv\u00e9nient de ne pas avoir ces notions comme <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em> et <em>r\u00e9alit\u00e9 objective<\/em>, s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La survie individuelle, chacun s\u2019en occupe comme il faut<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Mais, nous n\u2019avons pas la possibilit\u00e9, je crois, d\u2019essayer de changer les mentalit\u00e9s suffisamment vite. Alors, qu\u2019est-ce qu\u2019il faut faire\u00a0? Il faut orienter l\u2019ensemble de la r\u00e9flexion sur cette id\u00e9e d\u2019extinction. Convaincre les gens \u00e0 la surface la plan\u00e8te que c\u2019est une bonne chose d\u2019essayer de survivre, d\u2019essayer de faire survivre sa famille, on n\u2019a pas besoin de faire le moindre effort. \u00c7a, nous le faisons tous spontan\u00e9ment, quelle que soit la repr\u00e9sentation qu\u2019on en ait, qu\u2019il y ait une vie apr\u00e8s la mort ou qu\u2019il n\u2019y en ait pas, etc., nous nous occupons bien de survivre du jour au lendemain, d\u2019aider notre famille, nos amis \u00e0 le faire. Le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u00e0. Le probl\u00e8me, il est de faire passer cette chose que nous faisons spontan\u00e9ment sans la moindre difficult\u00e9, on appelle \u00e7a m\u00eame l\u2019\u00ab\u00a0instinct de survie\u00a0\u00bb, de le faire passer au niveau d\u2019une conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 non seulement de faire survivre notre esp\u00e8ce dans son ensemble mais l\u2019ensemble des esp\u00e8ces, du vivant, autour de nous. Nous ne pourrons pas survivre &#8211; \u00e7a a \u00e9t\u00e9 dit tout \u00e0 l\u2019heure mais c\u2019est de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9vidence &#8211; comme \u00e9tant la seule esp\u00e8ce animale, comme \u00e9tant la seule esp\u00e8ce et que toutes les esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales auraient disparu. Il faut que l\u2019ensemble, cette id\u00e9e de biodiversit\u00e9, ce n\u2019est pas simplement des nombres pour les comparer, trouver s\u2019ils sont plus importants, moins importants que [tel chiffre], c\u2019est parce que nous avons besoin que l\u2019ensemble fonctionne en m\u00eame temps.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La tentation du survivalisme <\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et l\u00e0, la tentation de certains d\u2019entre nous, c\u2019est de se dire\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, on va y r\u00e9fl\u00e9chir mais on va simplement \u00e9tendre la taille du groupe auquel on pense : je vais me mettre un peu au-del\u00e0 de ma famille. On va faire la famille \u00e9tendue, et des amis \u00e0 moi, des gens qu\u2019on conna\u00eet, etc., et on va essayer, dans des cadres, comme celui de la <em>bio-r\u00e9gion<\/em>, etc.d\u2019organiser des sortes de camps retranch\u00e9s\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 ma v\u00e9ritable col\u00e8re &#8211; je me f\u00e2che rarement &#8211; quand pr\u00e9cis\u00e9ment Agn\u00e8s Sina\u00ef, Pablo Servigne et Yves Cochet ont \u00e9crit cet article l\u2019autre jour dans Le Monde et o\u00f9, en parall\u00e8le de \u00e7a, Yves Cochet faisait une petite vid\u00e9o en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait que tout le monde fasse comme moi\u00a0: se retirer sur ses 7 hectares de propri\u00e9t\u00e9 en Bretagne et on va essayer de s\u2019organiser comme \u00e7a\u00a0\u00bb alors qu\u2019un simple calcul pourrait montrer que partager les terres arables de la terre par le nombre d\u2019habitants, \u00e7a donne 1 hectare et demi. On ne peut pas arriver \u00e0 7 hectares <strong>trop<\/strong> facilement. Et sur ces hectares qu\u2019on calcule en ce moment, il y a un nombre consid\u00e9rable qui sont en train de br\u00fbler et la surface dispara\u00eet.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Il faudra mobiliser la technologie<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il est possible, \u00e0 mon sens, et l\u00e0 je diff\u00e8re sur l\u2019opinion de Dominique Bourg\u00a0: je crois qu\u2019il nous faudra mobiliser les ressources \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 tous les niveaux\u00a0: au niveau personnel, il faut bien entendu changer ses comportements, pourquoi pas\u00a0? il ne faut pas prendre l\u2019avion pour un oui ou pour un non. Il faut changer les choses au niveau des d\u00e9cisions gouvernementales, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des pays, et prendre des d\u00e9cisions, bien entendu, \u00e0 des niveaux supranationaux parce que des choses comme le climat, bien s\u00fbr, \u00e7a ne se d\u00e9cide pas \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un pays. C\u2019\u00e9tait la vieille blague du nuage de Tchernobyl qui s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 aux fronti\u00e8res. Non, le climat, c\u2019est quelque chose qui touche absolument tout le monde et sur lequel on ne peut travailler qu\u2019en tant qu\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>D\u00e9cr\u00e9ter une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Comment faire ce revirement\u00a0? Comment se convaincre qu\u2019il faut que nous y allions tous ensemble\u00a0? C\u2019est pour \u00e7a l\u00e0 aussi que je trouve que c\u2019est un excellent signe quand le milieu des affaires dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous allons prendre telle et telle d\u00e9cision \u00e0 tel ou tel niveau\u00a0\u00bb et le disent de mani\u00e8re officielle, quitte \u00e0 cr\u00e9er un petit peu un scandale dans leur milieu. La toute petite minorit\u00e9, vous le savez sans doute, dans le <em>Business Roundtable<\/em>, a fait un communiqu\u00e9 s\u00e9par\u00e9 en disant, dans la perspective classique\u00a0: \u00ab\u00a0Non, non, c\u2019est aux \u00c9tats de s\u2019occuper des choses qui sont de l\u2019ordre du social ou du communautaire\u00a0\u00bb. Non, c\u2019est \u00e0 tous maintenant. Si nous ne nous y prenons pas \u00e0 tous les niveaux, par tous les moyens qui sont les n\u00f4tres, si nous \u00e9liminons bien entendu cette id\u00e9e que sauver la terre, ce serait <em>anti-business<\/em>. Non : le jour o\u00f9 il n\u2019y aura plus d\u2019acheteurs ou de vendeurs, le business sera termin\u00e9 de toute mani\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Modifier nos institutions\u00a0: le Droit, la comptabilit\u00e9<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il faut pouvoir avoir une perspective \u00e0 plus long terme mais il faudra modifier aussi des institutions. Il faudra penser au fait que, dans notre Droit lui-m\u00eame\u2026 Vous savez que dans le droit de propri\u00e9t\u00e9, il y a ces notions de <em>usus<\/em>, <em>fructus<\/em> et <em>abusus<\/em>. On nous dit que \u00e7a vient du latin. Oui, ce sont des mots latins mais c\u2019est le droit napol\u00e9onien qui a introduit ces notions de cette mani\u00e8re-l\u00e0. <em>Usus<\/em> : l\u2019usage, le propri\u00e9taire a l\u2019usage de ce qu\u2019il a. <em>Fructus<\/em> : il peut utiliser des fruits<strong>.<\/strong> Si vous achetez un verger, vous pouvez ramasser les pommes de votre verger et <em>abusus<\/em>, la possibilit\u00e9 de d\u00e9truire la chose dont vous \u00eates propri\u00e9taire. Et l\u00e0, bien entendu, les restrictions sont venues au fil des ann\u00e9es. La premi\u00e8re grande restriction au niveau des individus, c\u2019est une anecdote amusante. \u00c7a se passe en France et c\u2019est pendant la guerre de 14. C\u2019est dans un champ. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a mis des dirigeables d\u2019observation pour aller voir en hauteur les champs de bataille et le paysan que \u00e7a d\u00e9range \u00e0 c\u00f4t\u00e9 a plant\u00e9 de grands pieux pour essayer de d\u00e9courager les dirigeables de venir pr\u00e8s de sa propri\u00e9t\u00e9 parce qu\u2019ils risquent de s\u2019empaler. L\u00e0, une loi est vot\u00e9e en urgence qui interdit \u00e0 ce monsieur de mettre des pieux \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019endroit o\u00f9 il y a des dirigeables de l\u2019arm\u00e9e. Le droit de destruction des choses dont nous sommes propri\u00e9taires a \u00e9t\u00e9 restreint, sauf dans un domaine\u00a0: celui du droit des entreprises.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les entreprises ont la capacit\u00e9 de d\u00e9truire les choses dont elles disposent. Vous savez, ce n\u2019\u00e9tait pas un grand scandale, \u00e7a n\u2019a m\u00eame pas fait la une des journaux. Il y a eu une grande papeterie en France. Il y a eu des n\u00e9gociations pour son rachat et \u00e7a a capot\u00e9. Les ouvriers, la derni\u00e8re t\u00e2che des ouvriers a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9truire syst\u00e9matiquement du mat\u00e9riel pour un montant d\u20191 million d\u2019euros et des choses de cet ordre-l\u00e0. \u00c7a ne devrait pas \u00eatre possible. Il est possible que, d\u2019un point de vue social, cette usine particuli\u00e8re ne cadrait pas dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral, mais \u00e7a ne devrait plus \u00eatre possible.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>De m\u00eame, dans nos r\u00e8gles comptables dont les responsables ne sont pas nos dirigeants, ne sont pas nos d\u00e9put\u00e9s\u00a0: c\u2019est un organisme priv\u00e9 [IASB] qui d\u00e9finit les r\u00e8gles comptables. L\u00e0 aussi, dans nos r\u00e8gles comptables, il y a, je dirais, de tr\u00e8s mauvaises habitudes qui sont simplement \u00e9crites \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cela. Par exemple, il n\u2019y a aucune distinction faite d\u2019un point de vue comptable entre quelque chose qui est renouvelable et qui ne l\u2019est pas, qui est durable ou non. Sur le risque de destruction, est-ce que c\u2019est l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re qui est l\u00e9s\u00e9e par la destruction de quelque chose, oui ou non\u00a0? L\u00e0 aussi, il faudrait aller, mais il faudrait r\u00e9soudre la question du fait qu\u2019il n\u2019y a pas de processus d\u00e9mocratique qui nous permette de changer \u00e7a. Ce sont les grandes entreprises, en fonction de leur niveau de cotisation, qui participent \u00e0 \u00e7a, l\u2019IASB et les grandes firmes d\u2019audit. Nous n\u2019avons pas droit au chapitre.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>La \u00ab\u00a0taxe Sismondi\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il faut que nous ayons droit au chapitre l\u00e0 aussi. Il y a beaucoup de choses \u00e0 changer. Il a \u00e9t\u00e9 fait allusion \u00e0 ma proposition que sans doute tout le monde conna\u00eet &#8211; en France elle avait \u00e9t\u00e9 reprise par M. Hamon &#8211; de taxer non pas toutes les machines mais les machines qui remplacent des \u00eatres humains au travail. On me dit\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, vous voulez taxer le marteau\u00a0\u00bb. Je ne connais pas un seul marteau qui a remplac\u00e9 enti\u00e8rement quelqu\u2019un dans un poste de travail. Le bon exemple, le premier grand exemple, c\u2019est l\u2019ensemble des st\u00e9nodactylos remplac\u00e9es par des traitements de texte. Il y a des professions enti\u00e8res qui vont \u00eatre remplac\u00e9es. Il y a des tas de fonctionnalit\u00e9s qui vont dispara\u00eetre parce que la machine le fait mieux. Par exemple, maintenant, avec l\u2019intelligence artificielle, le diagnostic m\u00e9dical.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L\u2019Intelligence Artificielle<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et l\u00e0, je vais terminer par une chose qui est vraiment, je crois, \u00e0 l\u2019encontre de ce qu\u2019on a entendu de la part de Dominique Bourg. Je fais partie des gens qui ont travaill\u00e9 dans le domaine de l\u2019intelligence artificielle, \u00e0 une \u00e9poque tout \u00e0 fait pionni\u00e8re, entre 1987 et 1990. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il y avait des tas de goulots d\u2019\u00e9tranglement. Il y avait des tas de choses qui paraissaient impossibles \u00e0 faire. On se disait\u00a0: \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre qu\u2019on n\u2019arrivera jamais \u00e0 le faire\u00a0\u00bb. Tout \u00e7a a disparu. Tout \u00e7a a saut\u00e9. Il n\u2019y a plus de grand probl\u00e8me conceptuel que nous ne savons pas r\u00e9soudre en intelligence artificielle. Les probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 nous maintenant\u00a0: les probl\u00e8mes de simulation de syst\u00e8mes naturels dans leur ensemble, de simuler telle ou telle technique que nous voudrions utiliser pour essayer de renverser la vapeur dans un domaine ou un autre, la machine va pouvoir le faire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00c7a, c\u2019est ma confiance, je dirais, de quelqu\u2019un qui a travaill\u00e9 dans ce domaine-l\u00e0, qui suit cette actualit\u00e9 depuis toujours &#8211; enfin depuis cette \u00e9poque-l\u00e0 &#8211; que nous allons pouvoir demander \u00e0 la machine non seulement d\u2019\u00eatre l\u00e0 et pas d\u2019agir comme les bombes atomiques qui pourraient d\u00e9truire des ast\u00e9ro\u00efdes qui viennent dans notre direction, pourquoi pas\u00a0? si on sait le faire, c\u2019est une bonne id\u00e9e aussi, mais au point de vue de la r\u00e9flexion, au point de vue d\u2019essayer de ma\u00eetriser la complexit\u00e9 qui est celle du monde dans lequel nous sommes, o\u00f9 il y a 7,4 milliards d\u2019\u00eatres humaines en interaction.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il faut que nous agissions \u00e0 tous les niveaux et je crois que nous ne pouvons pas faire l\u2019\u00e9conomie de l\u2019ensemble des moyens dont nous disposons maintenant. Nous sommes, \u00e0 notre connaissance, le seul endroit dans l\u2019univers o\u00f9 des \u00eatres vivants ont produit un prolongement d\u2019eux-m\u00eames sous la forme de la technologie. Au point que c\u2019est un sc\u00e9nario qui n\u2019est pas \u00e0 \u00e9liminer du tout : que dans l\u2019\u00e9tat actuel de notre connaissance et dans l\u2019\u00e9tat actuel de l\u2019environnement autour de nous, il est plus probable que nous puissions cr\u00e9er des survivants \u00e0 nous, des descendants \u00e0 nous qui seraient des robots autonomes que de nous sauver nous-m\u00eames \u00e0 la surface de cette plan\u00e8te. Une solution interm\u00e9diaire, c\u2019est que les deux r\u00e9ussissent et que nous allions coloniser ensemble des espaces \u00e0 titre de roue de secours au cas o\u00f9 nous ne parviendrions pas \u00e0 ma\u00eetriser les choses ici.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Ces technologies, nous ne devons pas cracher dessus \u00e7a fait partie vraiment du g\u00e9nie de l\u2019\u00eatre humain d\u2019avoir produit \u00e7a, d\u2019\u00e0 partir du marteau en arriver \u00e0 l\u2019ordinateur, en arriver aux avions qui volent tout seuls; et vous le savez, les accidents se produisent maintenant surtout quand les \u00eatres humains doivent interf\u00e9rer avec ce que fait la machine\u00a0: il faudrait lui faire confiance bien davantage. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le message, ce fameux message, de ce film qui a un peu choqu\u00e9 ses spectateurs\u00a0: <em>2001. Odyss\u00e9e de l\u2019espace<\/em>, quand nous d\u00e9couvrons \u00e0 notre grande surprise et \u00e0 celle de l\u2019\u00e9quipage que la mission a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 la fus\u00e9e et pas aux \u00eatres humains. Pourquoi\u00a0? Parce qu\u2019on ne faisait pas confiance assez aux \u00eatres humains.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il y a cette image utilis\u00e9e dans la discussion autour du <em>transhumanisme<\/em>, du chimpanz\u00e9 qui se trouve dans une cage et autour de lui, il y a deux de ses gardiens et les gardiens discutent de savoir si on va le transf\u00e9rer de la cage o\u00f9 il est vers une autre. Il dit, le commentateur\u00a0: \u00ab\u00a0Le singe, le chimpanz\u00e9, n\u2019a pas le moindre moyen de pr\u00e9voir ce qui va se passer. Il n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 ce qui est dit dans cette conversation. \u00c7a d\u00e9passe ses moyens mais, dans l\u2019ensemble, il fait confiance \u00e0 ses gardiens qui l\u2019ont toujours bien trait\u00e9 jusqu\u2019ici, dans ce cadre-l\u00e0\u00a0\u00bb. Viendra peut-\u00eatre le moment, et tr\u00e8s rapidement, o\u00f9 nous devrons faire confiance \u00e0 la machine dans les d\u00e9cisions qu\u2019elle prend simplement parce que nous avons pu constater que, dans des choses o\u00f9 nous comprenons encore, elle prend les bonnes d\u00e9cisions. Et d\u2019une certaine mani\u00e8re, nous le faisons d\u00e9j\u00e0 quand nous utilisons d\u00e9j\u00e0 de grandes bases de donn\u00e9es avec des donn\u00e9es \u00e9conomiques et faisons des pr\u00e9visions \u00e0 partir de cela. On n\u2019appelle pas \u00e7a encore \u00ab\u00a0intelligence artificielle\u00a0\u00bb mais, d\u2019une certaine mani\u00e8re, nous avons d\u00e9j\u00e0 confi\u00e9 \u00e0 la machine de faire les calculs, qu\u2019on appelle \u00e7a <em>big data<\/em> ou autrement, de nous dire ce qui va se passer dans l\u2019avenir.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Alors, \u00e9videmment, il n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s difficile d\u2019avoir l\u2019air plus optimiste que Dominique Bourg. J\u2019esp\u00e8re avoir pu le faire !<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je vais terminer sur une chose. C\u2019est une anecdote. \u00c7a me vient maintenant mais je crois que c\u2019est bien. De quoi s\u2019agit-il\u00a0? Est-ce qu\u2019il faut \u00eatre optimiste\u00a0? Est-ce qu\u2019il faut \u00eatre pessimiste\u00a0? Est-ce qu\u2019il faut se plonger dans l\u2019action sans trop r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0? La voil\u00e0, l\u2019anecdote. \u00c7a se passe il y a un an ou deux. On s\u2019est r\u00e9uni, les petits gar\u00e7ons &#8211; parce que les \u00e9coles n\u2019\u00e9taient pas encore mixtes \u00e0 ce moment-l\u00e0 &#8211; de l\u2019\u00e9cole pr\u00e9paratoire \u00e0 l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e de Saint Gilles, on s\u2019est r\u00e9uni pour nos 70 ans. Et on arrive quand m\u00eame \u00e0 en r\u00e9unir une dizaine sur les 30 et on raconte bien entendu notre vie parce que \u00e7a fait \u00e0 peu pr\u00e8s 60 ans qu\u2019on ne s\u2019est pas revu. On ne sait pas ce qui s\u2019est pass\u00e9, on raconte \u00e7a. Ce sont des histoires, bien entendu, tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Et quelqu\u2019un dit, \u00e0 un moment donn\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a quand m\u00eame quelque chose de commun. Est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas quelque chose de commun\u00a0?\u00a0\u00bb. Les autres disent\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, il y a quand m\u00eame quelque chose de commun\u00a0\u00bb. Et tout \u00e0 coup, quelqu\u2019un dit\u00a0: \u00ab\u00a0Bien s\u00fbr, c\u2019est la raison pour laquelle nous sommes l\u00e0, c\u2019est Mme Dautreppe, quand on a 6 ans\u00a0!\u00a0\u00bb Mme Ren\u00e9e Dautreppe \u00e0 qui nous avons offert pour la fin de sa derni\u00e8re ann\u00e9e un petit chien, Youki, qui ressemble \u00e0 Milou \u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Voil\u00e0, Mme Dautreppe\u00a0! Qu\u2019est-ce qu\u2019elle nous a appris\u00a0? Alors, on se pose la question\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019elle nous a appris\u00a0? \u00c0 \u00eatre optimiste\u00a0? Non. A \u00eatre pessimiste\u00a0?\u00a0Non. Et quelqu\u2019un dit le mot\u00a0: \u00ab\u00a0Elle nous a appris \u00e0 \u00eatre lucide, \u00e0 des enfants de 6 ans\u00a0\u00bb. Voil\u00e0, elle nous a donn\u00e9 \u00e7a pour la vie, \u00e0 des petits gar\u00e7ons qui n\u2019avaient connu jusque-l\u00e0 que l\u2019environnement familial. Vous savez, il n\u2019y avait pas encore beaucoup d\u2019\u00e9coles maternelles, de jardins d\u2019enfants \u00e0 ce moment-l\u00e0 et voil\u00e0.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je crois que c\u2019est \u00e7a qu\u2019il nous faut. Il nous faut de la lucidit\u00e9. Nous avons les moyens. Nous avons cr\u00e9\u00e9 des outils tout \u00e0 fait extraordinaires dont, comme je viens de le dire, les capacit\u00e9s m\u00eame nous d\u00e9passent un petit peu. Les jeunes qui regardent une intelligence artificielle jouer le jeu Starcraft sont \u00e9pat\u00e9s en se disant\u00a0: \u00ab\u00a0Il est normal que les \u00eatres humains n\u2019arrivent plus \u00e0 faire des choses de cet ordre-l\u00e0\u00a0\u00bb. Nous avons les moyens, nous avons les outils. Nous devons les mobiliser tous, \u00e0 tous les niveaux maintenant. Nous devons prendre des d\u00e9cisions pas simplement le matin ou le soir ou l\u2019apr\u00e8s-midi. \u00c0 tous les niveaux, que nous soyons dans la famille, que nous soyons au niveau de la commune, que nous soyons au niveau de l\u2019\u00c9tat, il faut que nous prenions notre destin en main. Nous avons des outils. Il faut le faire maintenant.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Merci\u00a0!<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Retranscription de <strong>\u00c0 quoi bon penser \u00e0 l&rsquo;heure du grand collapse\u00a0?<\/strong>, le 30 ao\u00fbt 2019.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Merci d\u2019\u00eatre l\u00e0. !<\/p>\n<p><strong>La prise de conscience <\/strong><\/p>\n<p>Vous venez d\u2019\u00e9couter, d\u2019entendre, peut-\u00eatre m\u00eame d\u2019apprendre un certain nombre de choses. En effet, les faits sont l\u00e0. 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