{"id":114624,"date":"2019-10-31T15:55:20","date_gmt":"2019-10-31T14:55:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=114624"},"modified":"2019-11-02T19:02:46","modified_gmt":"2019-11-02T18:02:46","slug":"si-vous-voulez-manger-de-la-viande-abattez-votre-bete-par-jpc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/10\/31\/si-vous-voulez-manger-de-la-viande-abattez-votre-bete-par-jpc\/","title":{"rendered":"<b>Si vous voulez manger de la viande, abattez votre b\u00eate !<\/b>, par JPC"},"content":{"rendered":"\r\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Face au d\u00e9bat sur le <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/10\/30\/qui-mexpliquera-pourquoi-il-faut-encore-attendre-deux-ans-pour-interdire-cette-barbarie-le-broyage-des-poussins-devrait-etre-interdit-en-france-a-la-fin-de-2021\/\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">broyage des poussins<\/a> ou de la\r\ncastration des porcs, je prendrai la position du producteur&nbsp;: pourquoi\r\ntant de pratiques barbares, pourquoi tant de tortures impos\u00e9es \u00e0 ces pauvres\r\nb\u00eates&nbsp;? Eh bien c&rsquo;est parce que vous le voulez. Quand je dis VOUS, je\r\nm&rsquo;adresse \u00e0 toi consommateur et \u00e0 toi membre de la chaine de production\r\nalimentaire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Nous avons perdu le sens et la valeur de la nourriture,\r\nnous en parlons en termes gastronomiques ou nutritionnels sans nous rendre\r\ncompte de tous les processus n\u00e9cessaires \u00e0 sa production. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>J&rsquo;ai grandi \u00e0 la ferme et mon p\u00e8re y a termin\u00e9 sa\r\ncarri\u00e8re il y a une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es. Une petite ferme mixte d&rsquo;une vingtaine\r\nd&rsquo;hectares compos\u00e9e d&rsquo;un petit cheptel de 50 t\u00eates de b\u00e9tail et d&rsquo;une quinzaine\r\nde porcs. Un &lsquo;paysan&rsquo; pour qui la valeur \u00e9conomique comptait moins que le fait\r\nde pouvoir vivre la seule chose qu&rsquo;il pouvait faire : travailler la terre et\r\n\u00e9lever des b\u00eates. Quand j\u2019\u00e9tais un jeune adulte, je me suis souvent chamaill\u00e9\r\navec lui sur le fait qu&rsquo;il devait travailler un peu plus vite lors des moissons\r\nou qu&rsquo;il devait \u00e9tendre ses activit\u00e9s compl\u00e9mentaires, telles que la vente \u00e0 la\r\nferme. Mais il n&rsquo;en avait qu&rsquo;\u00e0 faire. Il pr\u00e9f\u00e9rait <em>prendre le temps<\/em> de parler avec les fermiers voisins au bord du\r\nchamp qu\u2019il labourait, <em>prendre le temps<\/em>\r\nde boire un caf\u00e9 avec le client qui venait chercher des pommes de terre, <em>prendre le temps<\/em> de faire une sieste ou prendre\r\nle temps de bricoler et r\u00e9parer les machines faites <em>de ses propres mains<\/em>. Apr\u00e8s sa disparition, je ne peux que lui\r\ndonner raison. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<!--more-->\r\n\r\n\r\n\r\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 une grande partie de mes vacances des \u00e9t\u00e9s \u00e0\r\nl\u2019aider aux moissons, mais aussi \u00e0 effectuer le d\u00e9sherbage manuel entre les\r\nbetteraves sucri\u00e8res et fourrag\u00e8res, qu\u2019il pleuve ou qu\u2019il fasse trop chaud.\r\nLes produits phytopharmaceutiques permettant le d\u00e9sherbage s\u00e9lectif des\r\nbetteraves n\u2019en \u00e9tait qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts. Ce n\u2019\u00e9tait pas de l\u2019agriculture bio,\r\nmais malgr\u00e9 tout, beaucoup d\u2019heures de travail y passaient. Les diff\u00e9rentes\r\nphases de crises agricoles dans le secteur de la viande porcine (peste) ou\r\nbovine (crise de la dioxine ou l\u2019effondrement des prix des c\u00e9r\u00e9ales, du lait ou\r\ndu lin n\u2019ont pas eu raison de lui, mais il a v\u00e9cu dans une certaine sobri\u00e9t\u00e9\r\nqui lui a permis de survivre. Au fur et \u00e0 mesure, il a arr\u00eat\u00e9 ses activit\u00e9s,\r\nfaute de rendement correct. A 68 ans, il a fini par vendre son cheptel viandeux\r\net c\u00e9der les terres dont il \u00e9tait le propri\u00e9taire. Des fermiers plus grands et\r\nplus jeunes ont repris ces terres fertiles. Ces deux derni\u00e8res cessions ont\r\nconstitu\u00e9 un bas de laine pour sa retraite. Son allocation de retraite de 1100\u20ac\r\npar mois pour lui et ma m\u00e8re \u00e9taient une manne extraordinaire, il n\u2019avait\r\njamais eu de l\u2019argent aussi r\u00e9guli\u00e8rement. Trois ans plus tard, il est rentr\u00e9\r\nen maison de repos et son bas de laine s\u2019est dilapid\u00e9 au bout de 4 ans, quelques\r\nmois avant sa mort. Mais il n\u2019\u00e9tait plus avec nous depuis quelque temps,\r\nAlzheimer et les AVC nous avaient fait perdre tout contact avec lui. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Ces histoires de fermiers, il en existe des\r\ndizaines&nbsp;: c\u2019est l\u2019histoire de la d\u00e9sertification rurale, de la\r\nconcentration des moyens de production, de l\u2019industrialisation agricole, qui\r\ns\u2019amor\u00e7ait depuis des d\u00e9cennies. Les formalit\u00e9s administratives des plus\r\ncomplexes, telles que les demandes de subsides de la Politique Agricole Commune\r\n(PAC) s\u2019imposaient \u00e0 ces petits fermiers qui n\u2019avaient souvent qu\u2019un dipl\u00f4me de\r\nl\u2019\u00e9cole primaire, obtenu avec difficult\u00e9. Souvent j\u2019aidais mes parents \u00e0\r\nremplir ces documents compliqu\u00e9s \u00e0 comprendre, accompagn\u00e9s de cartes, de photos\r\na\u00e9riennes, puis d\u2019images en provenance de satellites. M\u00eame avec mon dipl\u00f4me\r\nuniversitaire, j\u2019avais des difficult\u00e9s \u00e0 interpr\u00e9ter ce qui leur \u00e9tait demand\u00e9,\r\nma d\u00e9claration d\u2019imp\u00f4ts (en Belgique) \u00e9tait beaucoup plus simple. Mon sentiment\r\n\u00e9tait que plus l\u2019enjeu \u00e9tait important, plus il \u00e9tait compliqu\u00e9 de saisir la\r\nbonne mani\u00e8re de remplir ces sollicitations du Minist\u00e8re de l\u2019agriculture.\r\nAujourd\u2019hui, beaucoup d\u2019agriculteurs demandent de l\u2019aide \u00e0 des bureaux\r\nsp\u00e9cialis\u00e9s. Et les jeunes agriculteurs deviennent ing\u00e9nieurs agronomes avant\r\nde reprendre l\u2019exploitation de leurs parents. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Parmi toutes ces sollicitations, il y avait quelques\r\nexigences impos\u00e9es par les marchands d\u2019animaux, parce que \u00ab&nbsp;C\u2019est le\r\nclient que le veut&nbsp;\u00bb. Citons entre autres la castration des porcs, afin\r\nque la viande ne soit en aucun cas alt\u00e9r\u00e9e par un go\u00fbt d\u00e9sagr\u00e9able caus\u00e9 par\r\nses hormones m\u00e2les. Et cela il fallait le faire absolument, sinon, il \u00e9tait\r\nimpossible de vendre les jeunes porcs, pesant environ 20 kilos aux interm\u00e9diaires\r\nou engraisseurs qui allaient s\u2019occuper de la phase suivante jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abattage\r\net la vente en supermarch\u00e9. Nous voici donc aux d\u00e9tails de la castration\u2026<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Attention les deux prochains paragraphes relatent mon\r\nexp\u00e9rience d\u2019il y a vingt ans. Ces paragraphes peuvent choquer&nbsp;les \u00e2mes\r\nsensibles. Mais pour ceux qui supportent tout sur leur \u00e9cran en cette p\u00e9riode\r\nd\u2019Halloween, vous tiendrez bon&nbsp;!<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais un enfant, je l&rsquo;ai souvent aid\u00e9 dans ses\r\npratiques barbares qui offusqueraient les lecteurs de ce blog&nbsp;: la\r\ncastration \u00e0 vif des porcelets. Pendant que la truie (la femelle du cochon)\r\n\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9e dans un autre endroit, ou \u00e9tait partie en p\u00e2ture (quelque chose\r\nde tr\u00e8s rare il y a 30 ans d\u00e9j\u00e0 et qui est maintenant rarissime dans nos\r\ncontr\u00e9es), nous attrapions par les pattes les porcelets m\u00e2les d\u2019une port\u00e9e\r\nd&rsquo;environ trois semaines. Nous placions leur t\u00eate vers le bas, entre mes jambes\r\n(c&rsquo;\u00e9tait mon r\u00f4le entre mes 8 et 20 ans). Mon p\u00e8re trempait leurs fesses de produit\r\nd\u00e9sinfectant. Ensuite, d\u2019une main il soulevait la bourse et de l\u2019autre il\r\ncoupait d\u00e9licatement la peau tendue devant chaque testicule \u00e0 l\u2019aide d\u2019un\r\nrasoir coupe-chou. Quand l\u2019ouverture \u00e9tait assez grande, les testicules\r\nsortaient, soulev\u00e9s par ses doigts. Mon p\u00e8re sortait alors d\u2019un seau d\u2019eau\r\nchaude m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 une autre d\u00e9sinfectant un outil en inox (nous n\u2019en avions peu\r\n\u00e0 la maison) d\u2019une forme assez \u00e9trange&nbsp;: la pince \u00e0 castrer. En se\r\nrefermant sur le bas des glandes, l\u2019outil sectionnait le canal et obturait la\r\npartie inf\u00e9rieure pour pr\u00e9venir toute infection. Finalement, apr\u00e8s avoir \u00f4t\u00e9 la\r\npince avec le fruit de la castration, mon p\u00e8re projetait un produit\r\nd\u00e9sinfectant brun\u00e2tre \u00e0 la couleur de l\u2019Iso B\u00e9tadine dans les deux orifices, afin\r\nde pr\u00e9venir toute infection. Quand nous rel\u00e2chions le porcelet, il remuait la queue\r\nrapidement&nbsp;: le d\u00e9sinfectant l\u2019irritait. Pendant toute\r\n\u00ab&nbsp;l\u2019op\u00e9ration&nbsp;\u00bb \u00e0 vif, l\u2019animal faisait un cri tr\u00e8s aigu, et typique\r\nde ce petit animal lorsqu\u2019il se faisait attraper par un humain.\r\nSouffrait-il&nbsp;? Oui, certainement. Mais il fallait le faire. Les produits anesth\u00e9siants\r\n\u00e9taient soit inexistants soit interdits aux \u00e9leveurs. Dans ce dernier cas, seul\r\nle v\u00e9t\u00e9rinaire pouvait en faire usage. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Autre pratique barbare&nbsp;: l\u2019abattage des poulets.\r\nChaque \u00e9t\u00e9, nous achetions en deux fois une quarantaine de poussins \u00e2g\u00e9s d\u2019un\r\nmois pour les engraisser et fournir des carcasses pour notre propre consommation\r\net la vente \u00e0 la ferme. Les clients \u00e9taient principalement des voisins et des amis.\r\nLa dur\u00e9e de vie de ces poulets \u00e9tait d\u2019environ trois \u00e0 quatre mois, bien plus\r\nque les six semaines en \u00e9levage industriel. Le go\u00fbt \u00e9tait bien entendu\r\nincomparable \u00e0 celui que j\u2019ai d\u00e9couvert \u00e0 la cantine de l\u2019\u00e9cole ou pendant mon\r\ns\u00e9jour \u00e0 l\u2019universit\u00e9. L\u00e0 aussi, j\u2019aidais ma m\u00e8re plusieurs fois par an&nbsp;:\r\nsouvent le mercredi apr\u00e8s-midi &#8211; cong\u00e9 scolaire oblige &#8211; j\u2019\u00e9tais mobilis\u00e9 pour\r\naider \u00e0 l\u2019abattage d\u2019environ cinq \u00e0 dix d\u2019entre eux. Au d\u00e9but, ma t\u00e2che de\r\ngamin \u00e0 partir de 8 ans \u00e9tait de tenir fermement le poulet. D\u2019une main, je le\r\ntenais par les ailes et de l\u2019autre les pattes. Ma m\u00e8re prenait la t\u00eate du\r\npoulet, qui hurlait, lui tendait le cou et coupait la gorge en \u00e9cartant les\r\nplumes, aid\u00e9 d\u2019un couteau \u00e0 \u00e9plucher bien aiguis\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce que le sang coule\r\nsuffisamment. Nous attendions encore une minute, tenant fermement la b\u00eate,\r\njusqu\u2019\u00e0 le sang s\u2019arr\u00eate de couler abondamment. Ensuite, la d\u00e9capitation se\r\nterminait, le bruit du couteau contre les os du cou me d\u00e9rangeait, mais il me\r\nfallait rester, sinon le poulet allait se d\u00e9battre. Souvent la b\u00eate continuait\r\n\u00e0 se battre des ailes apr\u00e8s l\u2019avoir pos\u00e9e sur le sol, sans t\u00eate. Certains\r\nr\u00e9flexes nerveux \u00e9taient encore visibles sur la peau vingt minutes plus tard,\r\napr\u00e8s avoir d\u00e9plum\u00e9 l\u2019animal et commenc\u00e9 \u00e0 le d\u00e9vider. Mais il \u00e9tait bien mort\u2026\r\n<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Aujourd\u2019hui, les mesures de contr\u00f4le et\r\nl\u2019industrialisation ont permis d\u2019apporter plus d\u2019<em>humanit\u00e9<\/em> : la castration des porcs est chimique et l\u2019abattage des\r\npoulets est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par un \u00e9tourdissement \u00e9lectrique. Et surtout, ces mesures\r\nont permis d\u2019\u00e9chapper au regard des consommateurs. Peu d\u2019entre nous sommes\r\nconscients de toute l\u2019industrie agro-alimentaire. L\u2019agriculteur n\u2019est une\r\npetite cha\u00eene dans le maillon de production. On dit qu\u2019un agriculteur fait\r\nvivre 14 personnes dans le secteur (chiffre \u00e0 confirmer et qui grandira encore\r\ndans les ann\u00e9es \u00e0 venir). L\u2019animal y est encore moins signifiant&nbsp;: le plus\r\nimportant est le <em>produit<\/em>. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Vingt ans apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 la ferme familiale, j\u2019y vis\r\n\u00e0 nouveau. Et je vois toute la complexit\u00e9 des enjeux dans un monde en compl\u00e8te\r\ntransformation. Ils sont morts ces paysans, ils sont remplac\u00e9s par des\r\nagriculteurs ou des \u00e9leveurs. L\u2019\u00e9levage de porcs et de poulets se fait \u00e0 plus\r\ngrande \u00e9chelle. Inutile de commencer une activit\u00e9 compl\u00e9mentaire avec 100\r\npoulets, il vous en faut 10.000 au minimum. La productivit\u00e9 et la rentabilit\u00e9\r\nsont les cr\u00e9dos, ce cr\u00e9do est intimement li\u00e9 \u00e0 celui de la croissance. Les\r\npetits abattoirs ont presque tous disparu sous le couperet des r\u00e8gles strictes\r\ndes agences de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Les conditions d\u2019\u00e9levage \u00e0 grande \u00e9chelle ne\r\nsont rien en comparaison au broyage des poussins&nbsp;: la souffrance animale y\r\nest bien plus prolong\u00e9e et constante. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour exemple v\u00e9cu, adolescent, j\u2019ai souvent aid\u00e9 mon\r\nfermier voisin au chargement de nuit des poulets la nuit dans des cages, qui\r\nfinissaient empil\u00e9es sur un semi-remorque, en direction de l\u2019abattoir. Ces\r\npoulets de six semaines n\u2019avaient jamais vu le jour, ils vivaient dans un air\r\nirrespirable, empreint d\u2019ammoniaque. Les antibiotiques dissous dans leur\r\nboisson les faisaient survivre. Quand nous les attrapions par deux ou trois par\r\nmain dans une semi- obscurit\u00e9 pour les mettre dans ces cages, leurs os trop\r\nfragiles se brisaient, par manque d\u2019activit\u00e9 et d\u2019alimentation \u00e9quilibr\u00e9e. Nous\r\ntrouvions parfois des cadavres en d\u00e9composition dans la couche de fientes ou simplement\r\ncach\u00e9s sous leurs cong\u00e9n\u00e8res tass\u00e9s les uns sur les autres. Un sort plus ou\r\nmoins semblable attend les porcs, les dindes ou les cailles et tout ce que vous\r\ntrouvez dans les \u00e9tals des boucheries et des supermarch\u00e9s. <em>Une viande qui respecte l\u2019animal n\u2019existe pas<\/em>, encore moins si le\r\nprix est bas. Nous nous offusquons sur certaines cruaut\u00e9s visibles ou film\u00e9es\r\nen d\u00e9but ou fin de la chaine de production&nbsp;: couvoir, transport,\r\nabattoirs. Mais l\u2019ensemble de la chaine, et non seulement les agriculteurs,\r\ndoit gagner son pain en sauvant les apparences, \u00e0 force de campagnes de\r\npublicit\u00e9 ou de lobbying. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et je dois vous confesser que je ne suis devenu <em>v\u00e9g\u00e9tarien<\/em> que bien plus tard\u2026 en dehors\r\nde chez moi&nbsp;: au restaurant, au travail, j\u2019ai fait le choix des plats sans\r\nviande. Cette conversion au v\u00e9g\u00e9tarisme est principalement motiv\u00e9e par l\u2019impact\r\nenvironnemental et l\u2019envie d\u2019\u00e9pargner les g\u00e9n\u00e9rations futures. L\u2019\u00e9levage bovin\r\nrepr\u00e9sente une part non n\u00e9gligeable des gaz \u00e0 \u00e9mission \u00e0 effet de serre, avec\r\nde nombreux intrants, souvent en provenance d\u2019Am\u00e9rique du Sud. La seule viande\r\nque je mange est celle j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9lever, histoire de conserver les r\u00e9flexes\r\net les connaissances d\u2019\u00e9levage acquis lors de mon enfance&nbsp;et les\r\ntransmettre \u00e0 mes enfants. Nous avons un taureau et une vache et donc une\r\nnaissance par an au printemps. En termes plus po\u00e9tiques, on appelle cela un\r\n\u00ab&nbsp;veau&nbsp;\u00bb. Deux ann\u00e9es et demi plus tard et en automne, ce veau part\r\npour l\u2019abattoir. Il m\u2019est strictement interdit de faire de l\u2019abattage \u00e0\r\ndomicile (un d\u00e9bat qui reste tr\u00e8s houleux chaque ann\u00e9e \u00e0 la f\u00eate du sacrifice\r\nmusulman). Cette b\u00eate, je l\u2019ai vue naitre, je l\u2019ai soign\u00e9e, je l\u2019ai vu t\u00e9ter et\r\ncourir en prairie avec sa m\u00e8re, je l\u2019ai nourrie en hiver du foin que j\u2019ai\r\nr\u00e9colt\u00e9 en \u00e9t\u00e9. Je l\u2019ai fait soigner par mon v\u00e9t\u00e9rinaire et respect\u00e9 les\r\nvaccins et les prises de sang r\u00e9glementaires. Et j\u2019avoue que je dors mal la\r\nnuit qui suit son d\u00e9part. Mais je suis le responsable\u2026<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Le lendemain arrive ensuite la visite \u00e0 l\u2019abattoir pour y\r\nr\u00e9cup\u00e9rer les premiers abats, et une semaine plus tard, la viande d\u00e9coup\u00e9e, que\r\nje transforme pour la conservation ou que nous congelons pour l\u2019hiver. Jusqu\u2019\u00e0\r\nla fin du printemps suivant, nous avons notre stock de viande, pour trois ou\r\nquatre consommations par semaine. L\u2019\u00e9t\u00e9 est ma p\u00e9riode v\u00e9g\u00e9tarienne \u00e0 quasi\r\n100%&nbsp;: je me contente des l\u00e9gumes du jardin. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Parfois en \u00e9t\u00e9, je propose \u00e0 mes amis de leur offrir,\r\nl\u2019automne prochain, un morceau de viande en regardant les parents ou le prochain\r\n\u2018candidat\u2019 dans la prairie. La r\u00e9ponse est directe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment\r\noses-tu&nbsp;? Je ne mangerai jamais de la viande de ces pauvres b\u00eates.&nbsp;\u00bb\r\nEt pourtant, ce sont aussi de pauvres b\u00eates que nous devons d\u00e9guster quand je\r\nsuis invit\u00e9 \u00e0 leur barbecue. Ces grillades me semblent une orgie qui me donnent\r\nla naus\u00e9e&nbsp;: un abus de consommation de viande bon march\u00e9 accompagn\u00e9 de\r\nmauvais ros\u00e9. <em>Loin des yeux, loin du c\u0153ur<\/em>.\r\nIl arrivera un jour o\u00f9 je n\u2019aurai plus de b\u00e9tail. Ce jour-l\u00e0, ma consommation\r\nde viande se r\u00e9duira encore et approchera z\u00e9ro. <\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><em>A minima<\/em>, un respect pour la viande et les produits animaux devrait\r\nse d\u00e9velopper pour \u00e9viter les d\u00e9rives que nous connaissons. Une formule du\r\ngenre, \u00ab&nbsp;si vous voulez manger de la viande, abattez votre b\u00eate&nbsp;\u00bb. Comme\r\non organise des visites dans les camps de concentration pour nos \u00e9tudiants afin\r\nqu\u2019ils comprennent l\u2019horreur du nazisme et du totalitarisme, ne devrions-nous\r\npas organiser des portes ouvertes dans les abattoirs ? Le mod\u00e8le occidental de\r\nconsommation a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 dans le monde entier, cachant la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019industrie\r\n(on dit que Taylor s\u2019est inspir\u00e9 de pratiques d\u2019\u00e9levage). Nos grands-parents,\r\nm\u00eame \u00e9leveurs ou cultivateurs, savaient se contenter d\u2019une portion carn\u00e9e par\r\nsemaine, le dimanche, le lapin ou la poule au pot sont des classiques. Depuis,\r\nl\u2019exceptionnel \u2013 une portion par semaine &#8211; est devenu banalit\u00e9 quotidienne. Les\r\nnormalit\u00e9s \u00e9voluent et parfois, nous ne pouvons qu\u2019esp\u00e9rer que les modes de\r\nconsommation \u00e9voluent, mais toute l\u2019industrie li\u00e9e devra en subir les\r\ncons\u00e9quences. L\u2019interdiction du broyage en est une, en attente que les syst\u00e8mes\r\ntechniques se mettent en place pour ne f\u00e9conder que des \u0153ufs donnant naissance \u00e0\r\ndes femelles qui seront plac\u00e9es dans des pondoirs, pour une vie courte et peu\r\nenviable\u2026 L\u2019ing\u00e9nierie g\u00e9n\u00e9tique semble promise \u00e0 un bel avenir.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>PS: les r\u00e9sidus de la castration et de l\u2019abattage des\r\npoulets (t\u00eates, abats) faisaient le plaisir de nos chiens et chats, ces sales\r\nb\u00eates barbares qui n\u2019avaient jamais vu ni croquettes, ni viande en conserves\u2026<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face au d\u00e9bat sur le <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/10\/30\/qui-mexpliquera-pourquoi-il-faut-encore-attendre-deux-ans-pour-interdire-cette-barbarie-le-broyage-des-poussins-devrait-etre-interdit-en-france-a-la-fin-de-2021\/\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">broyage des poussins<\/a> ou de la<br \/> castration des porcs, je prendrai la position du producteur&nbsp;: pourquoi<br \/> tant de pratiques barbares, pourquoi tant de tortures impos\u00e9es \u00e0 ces pauvres<br \/> b\u00eates&nbsp;? Eh bien c&rsquo;est parce que vous [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6762],"tags":[4897],"class_list":["post-114624","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-viande","tag-consommation-de-viande"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114624","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=114624"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114624\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":114626,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114624\/revisions\/114626"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=114624"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=114624"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=114624"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}