{"id":116722,"date":"2020-01-20T15:17:12","date_gmt":"2020-01-20T14:17:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=116722"},"modified":"2020-01-20T20:51:39","modified_gmt":"2020-01-20T19:51:39","slug":"sortir-du-fatalisme-et-renouer-avec-loptimisme-par-vincent-birnand-galpin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/01\/20\/sortir-du-fatalisme-et-renouer-avec-loptimisme-par-vincent-birnand-galpin\/","title":{"rendered":"<b>Sortir du fatalisme et renouer avec l\u2019optimisme<\/b>, par Vincent Burnand-Galpin"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le dernier qui s\u2019en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (Paul Jorion, 2016), Paul envisageait d\u00e9j\u00e0 la possibilit\u00e9 de devoir faire le deuil du genre humain. Paul \u00e9crivait alors en conclusion :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-weight: 400;\">J\u2019aurai peu de lecteurs, j\u2019en suis conscient, parmi ceux qui choisissent les deux premi\u00e8res options susmentionn\u00e9es : consid\u00e9rer que l\u2019extinction prochaine du genre humain est un mirage ; la consid\u00e9rer comme vraisemblable, mais s\u2019en moquer. Mes lecteurs auront adopt\u00e9 l\u2019une des deux autres attitudes possibles : consid\u00e9rer que l\u2019extinction menace, mais qu\u2019une riposte reste possible ; consid\u00e9rer qu\u2019il n\u2019y a au contraire plus rien \u00e0 faire, sinon son deuil de l\u2019esp\u00e8ce. Et, s\u2019ils sont comme moi, les repr\u00e9sentants des deux cat\u00e9gories oscillent selon les nouvelles qui tombent, et l\u2019humeur du moment, entre l\u2019une et l\u2019autre (Jorion 2016 : 265).<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Quatre ans ont pass\u00e9 depuis. Mais aujourd\u2019hui, l\u2019heure n\u2019est plus \u00e0 se poser la question de savoir si, oui ou non, il est encore temps d\u2019agir, s\u2019il n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 trop tard. Les tergiversations sont, quoi qu\u2019il en soit, mortif\u00e8res. La d\u00e9sesp\u00e9rance sert de fausse excuse \u00e0 l\u2019inaction. Nous ne pr\u00f4nons pas la m\u00e9thode Cou\u00e9, nous croyons simplement au pouvoir galvanisant de la d\u00e9termination sans faille.<\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le Mal qui vient <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">(2018), le philosophe Pierre-Henri Castel propose une exp\u00e9rience mentale : si la fin de l\u2019humanit\u00e9 \u00e9tait pour bient\u00f4t, et que chacun en \u00e9tait pleinement conscient, que ferions-nous ? Sa conclusion est implacable : \u00ab jouir en h\u00e2te de tout d\u00e9truire [deviendrait] non seulement de plus en plus tentant (que [resterait]-il d\u2019autre si tout est perdu ?), mais m\u00eame de plus en plus raisonnable \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Alors, ne nous morfondons pas davantage dans la m\u00e9lancolie ! Ne nous complaisons pas dans les infinies nuances de gris de la d\u00e9sesp\u00e9rance ! Rions au nez de la pr\u00e9tendue <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">solastalgie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> : \u00ab La solastalgie ou \u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9 est une forme de souffrance et d\u00e9tresse psychique ou existentielle caus\u00e9e par exemple par les changements environnementaux actuels et attendus, en particulier concernant le r\u00e9chauffement climatique et la biodiversit\u00e9 \u00bb. Notre soci\u00e9t\u00e9 a le chic de qualifier de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">malade mental <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">quiconque rejette ses <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">diktats<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> mortif\u00e8res mais, Non ! la lucidit\u00e9 devant la menace d\u2019extinction n\u2019est pas une nouvelle maladie mentale\u00a0 !\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Renouons avec ce r\u00e9alisme, cette lucidit\u00e9 (il n\u2019est pas question d\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">optimisme b\u00e9at<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> !) qui nous ont soutenus jusqu\u2019ici dans les p\u00e9rip\u00e9ties de notre esp\u00e8ce menac\u00e9e \u00e0 son aurore par les b\u00eates sauvages et les \u00e9l\u00e9ments hostiles. Au lieu de basculer dans le statut de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">zombis<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> :<\/span> <span style=\"font-weight: 400;\">de morts-vivants ossifi\u00e9s, fossilis\u00e9s, fuyons les chemins qui ne nous m\u00e8neront nulle part, sinon sur des voies de garage.\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 l\u2019homme ou la femme accabl\u00e9s par la m\u00e9lancolie, tout d\u00e9fi para\u00eet insurmontable. \u00c0 la femme ou l\u2019homme clairvoyants, rien au contraire n\u2019est impossible. Et le m\u00eame principe vaut pour une nation ou pour l\u2019esp\u00e8ce humaine dans leur ensemble.<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Plus de deux ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la Seconde Guerre mondiale, au moment de l\u2019attaque de Pearl Harbor, les Am\u00e9ricains se sont-ils demand\u00e9s s\u2019il \u00e9tait trop tard pour entrer dans le conflit ? En 1939, leur production d\u2019avions de guerre (2.141 pour l\u2019ann\u00e9e) \u00e9tait quatre fois plus faible que celle des Allemands \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Cinq ans plus tard, ils ont multipli\u00e9 leur production annuelle par un facteur de 45 ! Ils produisaient ainsi presque trois fois plus d\u2019avions que les allemands au m\u00eame moment.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Et puis, aujourd\u2019hui, il serait donc \u00ab trop tard \u00bb ? Mais \u00ab trop tard \u00bb par rapport \u00e0 quoi ? Par rapport \u00e0 un \u00e2ge d\u2019or fantasm\u00e9 ? Par rapport \u00e0 l\u2019\u00e2ge de pierre ? Par rapport \u00e0 hier ? Par rapport \u00e0 demain ou encore \u00e0 2050 ? Il n\u2019est jamais trop tard pour essayer de sauver ce qui est toujours l\u00e0. Il n\u2019est jamais trop tard pour atteindre ses objectifs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous devrions troquer le cynisme ambiant contre l\u2019optimisme du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Cet esprit \u00ab Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00bb croyait na\u00efvement au \u00ab progr\u00e8s infini \u00bb gr\u00e2ce \u00e0 la science et \u00e0 la paix perp\u00e9tuelle entre peuples. Ne nous serait-il pas un tant soit peu utile aujourd\u2019hui ? Ne pourrions-nous pas trouver un peu d\u2019inspiration dans les envol\u00e9es lyriques de certaines de ses figures de l\u2019\u00e9poque ? Par exemple, Albert Bayet, normalien, professeur de sociologie, mais surtout la\u00efc convaincu, qui cherchait \u00e0 d\u00e9finir une morale universelle d\u00e9passant celle des religions. Il s\u2019agissait pour lui d\u2019unir les peuples autour de valeurs communes. Il \u00e9crivait alors, en conclusion de son ouvrage de 1926, sa tirade rest\u00e9e d\u2019actualit\u00e9, intitul\u00e9e \u00ab Croyez ! \u00bb :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-weight: 400;\">Le mot, hier encore, n\u2019\u00e9tait employ\u00e9 que par les \u00c9glises parlant aux fid\u00e8les. Mais, au-dessus des croyances qui divisent les hommes, il en faut une autre qui les unisse.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Seule une grande foi humaine conduira les peuples r\u00e9concili\u00e9s vers une destin\u00e9e meilleure.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez donc ! Mais que votre foi, fille de la raison et de l\u2019amour, vous pousse \u00e0 comprendre toujours et \u00e0 ne jamais ha\u00efr.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez qu\u2019il d\u00e9pend de nous de concevoir un id\u00e9al moral toujours plus haut, toujours plus pur, et de le r\u00e9aliser.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez que, par la science librement d\u00e9velopp\u00e9e, l\u2019homme fera, de si\u00e8cle en si\u00e8cle, reculer ind\u00e9finiment le myst\u00e8re qui l\u2019enveloppe.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez que, s\u2019il met la science au service de la justice, il fera, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, dispara\u00eetre de la terre les souillures morales qui la d\u00e9shonorent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez que, s\u2019il met la science au service de l\u2019amour, il fera peu \u00e0 peu r\u00e9gner ici-bas cet \u00e2ge d\u2019or que la croyance antique pla\u00e7ait \u00e0 l\u2019aube de notre histoire et qui doit \u00eatre, au contraire, le fruit de notre long effort.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez qu\u2019en un monde plus sage, plus juste et plus doux, notre id\u00e9e de la Beaut\u00e9 se fera, elle aussi, plus pure.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez que le plus humble effort du plus humble d\u2019entre nous pour h\u00e2ter la venue de cet id\u00e9al ne peut pas \u00eatre perdu, ne peut pas demeurer st\u00e9rile.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Croyez !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">(Bayet 1926 : 369 \u2013 371)<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Chercher une vision commune de l\u2019avenir, alors que nos croyances individuelles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi diversifi\u00e9es, est l\u2019urgence de notre \u00e9poque. Il s\u2019agit aussi d\u2019inverser l\u2019\u00e9chelle de valeurs : ne mettons pas la valeur <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e9conomique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> au centre de l\u2019\u00e9difice, mais plut\u00f4t <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">les<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> valeurs d\u2019\u00ab amour \u00bb, de \u00ab justice \u00bb et de \u00ab Beaut\u00e9 \u00bb pour ne citer qu\u2019elles. Enfin, il s\u2019agit de croire en un monde meilleur, un monde r\u00e9alis\u00e9 uniquement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019effort de tous, et de ne plus regretter un pr\u00e9tendu \u00ab \u00e2ge d\u2019or \u00bb pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous ne sommes pas pour une confiance b\u00e9ate en l\u2019avenir, mais pour un optimisme \u00e9clair\u00e9. Il ne s\u2019agit pas de se mentir quant aux risques actuels, ou de se demander s\u2019il est bon ou mauvais de se faire peur. La question de la peur se pose simplement comme une r\u00e9ponse possible ou non \u00e0 la situation dans laquelle nous sommes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous d\u00e9fendons \u00e0 la place l\u2019approche des Lumi\u00e8res, \u00e0 savoir la repr\u00e9sentation la plus lucide possible du monde tel qu\u2019il est, t\u00e2che \u00e0 laquelle la recherche scientifique contribue. C\u2019est uniquement dans ce cadre-l\u00e0 que cette repr\u00e9sentation lucide conduit \u00e0 la peur ou non. Elle est pour un anthropologue une r\u00e9action comme une autre \u00e0 une situation. C\u2019est une r\u00e9action en g\u00e9n\u00e9ral positive au sens o\u00f9 elle nous pousse \u00e0 \u00e9chapper au danger. Dans la peur est inscrit l\u2019espoir de s\u2019en sortir. Une description objective du monde tel qu\u2019il est, ouvre la voie sur la solution. Nous saurons alors agir en cons\u00e9quence pour sauver l\u2019esp\u00e8ce.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le dernier qui s\u2019en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (Paul Jorion, 2016), Paul envisageait d\u00e9j\u00e0 la possibilit\u00e9 de devoir faire le deuil du genre humain. 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