{"id":118615,"date":"2020-03-21T18:30:15","date_gmt":"2020-03-21T17:30:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=118615"},"modified":"2020-03-21T18:30:15","modified_gmt":"2020-03-21T17:30:15","slug":"la-gratuite-pour-lindispensable-une-adaptation-moderne-par-emmanuel-rousseaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/03\/21\/la-gratuite-pour-lindispensable-une-adaptation-moderne-par-emmanuel-rousseaux\/","title":{"rendered":"<b>La gratuit\u00e9 pour l&rsquo;indispensable &#8211; une adaptation moderne<\/b>, par Emmanuel Rousseaux"},"content":{"rendered":"<p><code>Ouvert aux commentaires.<\/code><\/p>\n<blockquote><p>Il existe un texte que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 \u00e0 quatre reprises (c&rsquo;est dire si je l&rsquo;aime !) : dans trois de mes livres, <em>Vers un Nouveau monde<\/em> (2017), <em>Se d\u00e9barrasser du capitalisme est une question de SURVIE<\/em> (2017), <em>Comment sauver le genre humain<\/em> (2020), ainsi que dans <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=i6y5UFSEPpI\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">une conf\u00e9rence TEDx<\/a>, mais toujours dans les termes exacts o\u00f9 il fut \u00e9crit. De m\u00eame qu&rsquo;il est possible d&rsquo;adapter Hom\u00e8re ou Shakespeare au vocabulaire de notre \u00e9poque, Emmanuel Rousseaux a fait de m\u00eame ici. Au cas o\u00f9, malgr\u00e9 la publicit\u00e9 que Slavoj Zizek * et moi-m\u00eame avons fait \u00e0 ce texte r\u00e9cemment, il vous \u00e9tait cependant inconnu, nous vous r\u00e9servons la surprise du nom de son auteur en ne le r\u00e9v\u00e9lant qu&rsquo;en signature.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab Parler aux repr\u00e9sentants des citoyens et des peuples des moyens de pourvoir \u00e0 leur subsistance, ce n\u2019est pas seulement leur parler du plus sacr\u00e9 de leurs devoirs, mais du plus pr\u00e9cieux de leurs int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Et ce n\u2019est pas la cause seule des citoyens indigents que je veux plaider, mais celle des propri\u00e9taires et commer\u00e7ants eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Je me bornerai \u00e0 rappeler des principes \u00e9vidents, mais qui semblent oubli\u00e9s. Je n\u2019indiquerai que des mesures simples qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es, car il s\u2019agit moins de cr\u00e9er de brillantes th\u00e9ories que de revenir aux premi\u00e8res notions du bon sens.<\/p>\n<p>Dans les pays du monde o\u00f9 la nature fournit avec encore une certaine prodigalit\u00e9 aux besoins des femmes et des hommes, la disette et la pauvret\u00e9 ne peuvent \u00eatre imput\u00e9es qu\u2019aux vices de l\u2019administration ou des lois elles-m\u00eames. Les mauvaises lois et la mauvaise administration ont leur source dans les faux principes et dans les mauvaises politiques.<\/p>\n<p>C\u2019est un fait g\u00e9n\u00e9ralement reconnu que le sol de la plan\u00e8te produit bien au-del\u00e0 de ce qui est n\u00e9cessaire pour nourrir tous ses habitants, et que la disette actuelle est une disette factice.<\/p>\n<p>Citoyens et peuples du monde, il ne tient qu\u2019\u00e0 vous de faire triompher les vrais principes, et de donner au monde des lois justes. Nous ne sommes point faits pour nous tra\u00eener servilement dans l\u2019orni\u00e8re des pr\u00e9jug\u00e9s tyranniques et de la soumission aux puissants, trac\u00e9e par vos devanciers. Vous devez pouvoir soumettre \u00e0 un examen s\u00e9v\u00e8re toutes les lois faites sous un despotisme fut-il \u00e9clair\u00e9, ou sous les auspices d\u2019une oligarchie richissime. J\u2019ai vu les tenants de cette aristocratie accuser des peuples. J\u2019ai vu des intrigants et des manipulateurs hypocrites, corrupteurs ou corrompus, imputer leurs propres crimes aux d\u00e9fenseurs de la libert\u00e9 qu\u2019ils nommaient agitateurs, anarchistes ou insoumis. J\u2019ai vu des ministres impudents ou des gouvernants notoires dont il n\u2019\u00e9tait pas permis de soup\u00e7onner la vertu, exiger les adorations de leur patrie en ruinant le peuple et en d\u00e9tournant des biens \u00e0 leur propre profit ; et du sein de ces criminelles intrigues, la tyrannie sortir arm\u00e9e de la loi martiale, pour se baigner l\u00e9galement dans le sang des citoyens affam\u00e9s ou d\u00e9munis. Des milliards au 1% le plus riches, dont il \u00e9tait d\u00e9fendu de demander des comptes, des primes et des agios qui tournaient au profit des sangsues des peuples, au nom d\u2019une libert\u00e9 ind\u00e9finie octroy\u00e9e au commerce et \u00e0 la finance, mais en fait par la cupidit\u00e9 insatiable, par l\u2019\u00e9go\u00efsme ou par un mauvais instinct de vouloir dominer \u00e0 tout prix son prochain, \u00e9difi\u00e9s comme une fin ; et des LBD40 et des grenades pour calmer les alarmes ou pour opprimer les n\u00e9cessiteux et les citoyens en col\u00e8re, telle est la politique vant\u00e9e par nos l\u00e9gislateurs et nos dirigeants aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Les primes et les avantages peuvent \u00eatre discut\u00e9es ; la libert\u00e9 du commerce est n\u00e9cessaire jusqu\u2019au point o\u00f9 la cupidit\u00e9 homicide et \u00e9cocide commence \u00e0 en abuser ; l\u2019usage des LBD40 et des grenades est une atrocit\u00e9. Et n\u2019oubliez pas : on ne peut vendre que ce qui a pu \u00eatre produit avant.<\/p>\n<p>Les erreurs o\u00f9 nous sommes tomb\u00e9s \u00e0 cet \u00e9gard me paraissent venir de deux causes principales :<\/p>\n<p>1\u00b0 Les auteurs et propagateurs de cette th\u00e9orie et id\u00e9ologie mortif\u00e8re n\u2019ont consid\u00e9r\u00e9 les denr\u00e9es les plus n\u00e9cessaires et essentielles \u00e0 la vie que comme une marchandise ordinaire, et n\u2019ont mis aucune diff\u00e9rence entre le commerce du bl\u00e9, par exemple, et celui de l\u2019or ; ils ont plus dissert\u00e9 sur le commerce des grains en fonction de leur propres int\u00e9r\u00eats particuliers, que sur la subsistance des peuples ; et faute d\u2019avoir fait entrer cette donn\u00e9e dans leurs calculs, ils ont fait une fausse application des principes \u00e9vidents en g\u00e9n\u00e9ral ; c\u2019est ce m\u00e9lange de vrai et de faux qui a donn\u00e9 quelque chose de sp\u00e9cieux menant \u00e0 un syst\u00e8me erron\u00e9.<\/p>\n<p>2\u00b0 Ils l\u2019ont bien moins encore adapt\u00e9 aux circonstances orageuses que des r\u00e9volutions am\u00e8nent ; et leur vague th\u00e9orie f\u00fbt-elle bonne dans des temps extraordinaires et de prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, ne trouverait aucune application aux mesures instantan\u00e9es que les moments de crise peuvent exiger de nous. Ils ont compt\u00e9 pour beaucoup les profits des grands n\u00e9gociants, des grands propri\u00e9taires et des d\u00e9tenteurs de capitaux, et la vie des femmes et hommes ordinaires \u00e0 peu pr\u00e8s pour rien. Et pourquoi ! c\u2019\u00e9taient des grands, les ministres, les riches et leurs affid\u00e9s, qui \u00e9crivaient, qui gouvernaient ; si \u00e7\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 les peuples, il est probable que ce syst\u00e8me aurait re\u00e7u quelques modifications !<\/p>\n<p>Le bon sens, par exemple, indique cette v\u00e9rit\u00e9, que si les denr\u00e9es qui ne tiennent pas aux besoins de la vie, peuvent \u00eatre abandonn\u00e9es aux sp\u00e9culations les plus illimit\u00e9es du commer\u00e7ant et du banquier, la vie m\u00eame des femmes et des hommes ne peut \u00eatre soumise aux caprices du hasard et de la manipulation de quelques-uns. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que je puisse acheter de brillantes \u00e9toffes ; mais il faut que je sois assez riche pour acheter du pain et disposer d\u2019un abri digne, pour moi et pour mes enfants. Le n\u00e9gociant ou le d\u00e9tenteur de capital peut bien garder, dans ses magasins ou dans ses comptes, des marchandises ou des actions que le luxe et la vanit\u00e9 convoitent jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il trouve le moment de les vendre au plus haut prix possible ; mais nul homme n\u2019a le droit d\u2019entasser des monceaux de bl\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son semblable qui meurt de faim, ou se trouve dans le d\u00e9nuement et l\u2019indigence absolus.<\/p>\n<p>Vous \u00eates-vous demand\u00e9 quel est le premier objet de la soci\u00e9t\u00e9 des humains ? C\u2019est de maintenir les droits imprescriptibles de l\u2019homme et des citoyens. Et quel est le premier de ces droits ? celui d\u2019exister, celui de pouvoir acc\u00e9der \u00e0 une vie digne.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re loi du monde doit donc \u00eatre celle qui garantit \u00e0 tous les membres des soci\u00e9t\u00e9s, quel que soit son origine ou sa couleur, les moyens d\u2019exister dignement de sa naissance \u00e0 sa mort ; toutes les autres sont subordonn\u00e9es \u00e0 celle-l\u00e0 ; la propri\u00e9t\u00e9 n\u2019a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e ou garantie que pour la cimenter ; c\u2019est pour vivre d\u2019abord que l\u2019on a des propri\u00e9t\u00e9s. Il n\u2019est pas vrai que la propri\u00e9t\u00e9 ne puisse jamais \u00eatre en opposition avec la subsistance des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Les aliments n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00eatre humain sont aussi sacr\u00e9s que la vie elle-m\u00eame. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propri\u00e9t\u00e9 commune \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. Il n\u2019y a que l\u2019exc\u00e9dent et le superflu qui puisse \u00eatre une propri\u00e9t\u00e9 individuelle dont il soit possible d\u2019abuser sans limite, et qui puisse \u00eatre enti\u00e8rement abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019industrie des commer\u00e7ants. Toute sp\u00e9culation mercantile faite aux d\u00e9pens de la vie des semblables n\u2019est point un trafic, c\u2019est un brigandage, un fratricide, un \u00e9cocide.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s ce principe, quel est le probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre en mati\u00e8re de l\u00e9gislation sur les moyens de subsistance ? Le voici : assurer \u00e0 tous les membres des soci\u00e9t\u00e9s dans le monde la jouissance de la portion des fruits de la terre qui est n\u00e9cessaire \u00e0 leur existence digne et \u00e0 celle de leurs descendants ; aux propri\u00e9taires, aux cultivateurs, aux producteurs, le prix de leur industrie et de leur travail digne, et livrer le superflu \u00e0 la libert\u00e9 du commerce et de la finance.<\/p>\n<p>Je d\u00e9fie le plus scrupuleux d\u00e9fenseur de la propri\u00e9t\u00e9 de contester ces principes, \u00e0 moins de d\u00e9clarer ouvertement qu\u2019il entend par ce mot le droit de d\u00e9pouiller et d\u2019assassiner ses semblables et leurs descendants. Comment donc a-t-on pu pr\u00e9tendre que toute esp\u00e8ce de g\u00eane, ou plut\u00f4t que toute r\u00e8gle sur la vente du bl\u00e9 ou la destruction de la nature \u00e9tait une atteinte \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, et d\u00e9guiser ce syst\u00e8me barbare sous le nom sp\u00e9cieux de la libert\u00e9 du commerce ou la libre circulation des capitaux ? Les auteurs de ce syst\u00e8me ne s\u2019aper\u00e7oivent-ils pas qu\u2019ils sont n\u00e9cessairement en contradiction avec eux-m\u00eames en poussant un syst\u00e8me qui nous m\u00e8ne tous vers la catastrophe ?<\/p>\n<p>Sans doute si par miracle, tous les femmes et les hommes \u00e9taient justes et vertueux ; si jamais la cupidit\u00e9 n\u2019\u00e9tait tent\u00e9e de d\u00e9vorer la substance et la terre habit\u00e9e par les peuples ; si dociles \u00e0 la voix de la raison et de la nature, tous les riches et les puissants se regardaient comme les \u00e9conomes de la soci\u00e9t\u00e9, ou comme les fr\u00e8res des plus pauvres et des d\u00e9munis, on pourrait ne reconna\u00eetre d\u2019autre loi que la libert\u00e9 ou l\u2019extension sans limite de leur pouvoir et de leur richesse ; mais s\u2019il est vrai que l\u2019avarice et la cupidit\u00e9, l\u2019\u00e9go\u00efsme peuvent sp\u00e9culer sur la mis\u00e8re, et la tyrannie elle-m\u00eame sur le d\u00e9sespoir des peuples ; s\u2019il est vrai que toutes les mauvaises passions et les mauvais instincts d\u00e9clarent la guerre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 souffrante ou fragile, pourquoi les lois ne r\u00e9primeraient-elle pas ces abus ? Pourquoi n\u2019arr\u00eateraient-elles pas la main homicide et \u00e9cocide de quelques oligarques, comme celle de l\u2019assassin ordinaire ? Pourquoi ne s\u2019occuperaient-elles pas de l\u2019existence et de la vie des peuples, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre si longtemps occup\u00e9es des jouissances des grands, de la puissance des despotes et des plus riches ?<\/p>\n<p>Or, quels sont les moyens de r\u00e9primer ces abus ? On pr\u00e9tend qu\u2019ils sont impraticables ; je soutiens qu\u2019ils sont aussi simples qu\u2019infaillibles ; on pr\u00e9tend qu\u2019ils offrent un probl\u00e8me insoluble, m\u00eame au g\u00e9nie ; je soutiens qu\u2019ils ne pr\u00e9sentent aucune difficult\u00e9 au bon sens et \u00e0 la bonne foi ; je soutiens qu\u2019ils ne blessent ni l\u2019int\u00e9r\u00eat du commerce et de la finance, ni les droits de la propri\u00e9t\u00e9 ordinaire.<\/p>\n<p>Oui, que la circulation des biens sur toute l\u2019\u00e9tendue de la plan\u00e8te soit permise et prot\u00e9g\u00e9e ; mais que l\u2019on prenne les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires pour que cette circulation se perp\u00e9tue. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment des d\u00e9fauts de la distribution que je me plains. Car le fl\u00e9au des peuples, la source de la disette, de l\u2019appauvrissement, de la pr\u00e9carit\u00e9, ce sont les obstacles mis \u00e0 la distribution, sous le pr\u00e9texte de la rendre illimit\u00e9e. Les moyens de subsistance du public circulent-ils, lorsque des sp\u00e9culateurs avides les retiennent entass\u00e9s dans leurs banques ou dans l\u2019accumulation de possessions futiles et inutiles ? Circulent-ils, lorsqu\u2019ils sont accumul\u00e9s dans les mains d\u2019un petit nombre de milliardaires qui l\u2019enl\u00e8vent au commerce et au travail de tous, et pour les rendre plus pr\u00e9cieux et plus rares ; qui calculent froidement combien de familles doivent p\u00e9rir avant que les denr\u00e9es essentielles aient atteint le temps fix\u00e9 par leur atroce avarice ? Circulent-ils, lorsqu\u2019ils ne font que traverser des pays qui les ont produits, aux yeux des citoyens indigents qui \u00e9prouvent le supplice de Tantale ou la difficult\u00e9 \u00e0 continuer \u00e0 vivre jour apr\u00e8s jour, pour aller s\u2019engloutir dans le gouffre inconnu de quelque organisateur d&rsquo;une disette publique ? Circulent-ils, lorsqu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des plus abondantes r\u00e9coltes et productions, le citoyen n\u00e9cessiteux languit, faute de pouvoir donner une pi\u00e8ce d\u2019or, ou un morceau de papier assez pr\u00e9cieux pour en obtenir une parcelle ?<\/p>\n<p>La bonne distribution est celle qui met la denr\u00e9e de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 la port\u00e9e de tous les \u00eatres humains, et qui porte dans les foyers l\u2019abondance et la vie. Le sang circule-t-il, lorsqu\u2019il est engorg\u00e9 dans le cerveau ou dans la poitrine ? Il circule, lorsqu\u2019il coule librement et se diffuse dans tous le corps ; les moyens de subsistance sont le sang des peuples, et leur libre circulation n\u2019est pas moins n\u00e9cessaire \u00e0 la sant\u00e9 du corps social, que celle du sang \u00e0 la vie du corps humain. Favorisez donc la libre circulation des biens, en emp\u00eachant tous les engorgements et les concentrations funestes. Quel est le moyen d&rsquo;atteindre cet objectif ? \u00d4ter \u00e0 la cupidit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat et la facilit\u00e9 de les op\u00e9rer et de se promouvoir elle-m\u00eame. Or, trois causes les favorisent, le secret et la manipulation, la libert\u00e9 sans frein, et l\u2019impunit\u00e9.<\/p>\n<p>Les autres causes des op\u00e9rations d\u00e9sastreuses des oligarques, sont pr\u00e9cis\u00e9ment la libert\u00e9 ind\u00e9finie et l\u2019impunit\u00e9. Quel moyen plus s\u00fbr d\u2019encourager la cupidit\u00e9 et de la d\u00e9gager de toute esp\u00e8ce de frein, que de poser en principe que la loi n\u2019a pas m\u00eame le droit de la contr\u00f4ler, de lui imposer les plus l\u00e9g\u00e8res entraves ? Que la seule r\u00e8gle qui lui soit prescrite c\u2019est le pouvoir de tout oser impun\u00e9ment ? Que dis-je ? Tel est le degr\u00e9 de perfection auquel cette th\u00e9orie a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e, qu\u2019il est presqu\u2019\u00e9tabli que les accapareurs et les sp\u00e9culateurs sont impeccables et seraient des exemples \u00e0 suivre ; que les oligarques et les richissimes seraient des bienfaiteurs de l\u2019humanit\u00e9 et des philanthropes ; que, dans les querelles qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent entre eux et les peuples, ce sont les peuples qui ont toujours tort. Ou bien le crime des oligarques est impossible, ou il est r\u00e9el ; si c\u2019est une chim\u00e8re, comment est-il arriv\u00e9 que de tout temps on ait cru \u00e0 cette chim\u00e8re ? Pourquoi avons-nous \u00e9prouv\u00e9 ses ravages d\u00e8s les premiers temps des r\u00e9volutions ? S\u2019il est r\u00e9el, par quel \u00e9trange privil\u00e8ge obtient-il seul le droit d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 ? Quelles bornes les vampires impitoyables qui sp\u00e9culeraient sur la mis\u00e8re publique mettraient-ils \u00e0 leurs attentats, si, \u00e0 toute esp\u00e8ce de r\u00e9clamation, on opposait sans cesse des LBD40, des grenades et l\u2019ordre absolu de croire \u00e0 la puret\u00e9 et \u00e0 la bienfaisance de tous les accapareurs ? La libert\u00e9 ind\u00e9finie n\u2019est autre chose que l\u2019excuse, la sauvegarde et la cause de cet abus. Comment pourrait-elle en \u00eatre le rem\u00e8de ? De quoi se plaint-on ? Pr\u00e9cis\u00e9ment des maux qu\u2019a produits le syst\u00e8me actuel, ou du moins des maux qu\u2019il n\u2019a pas pu pr\u00e9venir.<\/p>\n<p>Je sais bien que quand on examine les circonstances de telles \u00e9meutes ou rebellions particuli\u00e8res, excit\u00e9es par une disette r\u00e9elle ou organis\u00e9e, par la menace de temps sombres, on reconna\u00eet quelquefois l\u2019influence d\u2019une cause \u00e9trang\u00e8re ou d\u2019ennemis ext\u00e9rieurs. L\u2019ambition et l\u2019intrigue ont besoin de susciter les troubles et la diversion des peuples : quelquefois, ce sont ces m\u00eames femmes ou hommes qui excitent le peuple, pour trouver le pr\u00e9texte de l&rsquo;opprimer, de lui \u00f4ter certaines libert\u00e9s et de mieux profiter de lui. Il n\u2019en est pas moins vrai que le peuple est naturellement droit et paisible, et aspire \u00e0 une vie simple et apais\u00e9e ; les malveillants ne peuvent le remuer, s\u2019ils ne lui pr\u00e9sentent un motif puissant et l\u00e9gitime \u00e0 ses yeux. Ils profitent de son m\u00e9contentement ou des ressentiments plus qu\u2019ils ne le font na\u00eetre ; et quand ils le portent \u00e0 des d\u00e9marches inconsid\u00e9r\u00e9es, par le pr\u00e9texte des subsistances ou les effets de la peur, ce n\u2019est que parce qu\u2019il est dispos\u00e9 \u00e0 recevoir ses impressions, par l\u2019oppression et par la mis\u00e8re. Jamais un peuple heureux ne fut un peuple turbulent et violent. Quiconque conna\u00eet le peuple, sait qu\u2019il n\u2019est pas au pouvoir d\u2019un insens\u00e9 ou d\u2019un mauvais citoyen de le soulever sans aucune raison, contre les lois qu\u2019il aime, encore moins contre les mandataires qu\u2019il a choisis, et contre la libert\u00e9 qu\u2019il a conquise. C\u2019est \u00e0 ses repr\u00e9sentants \u00e0 lui t\u00e9moigner la confiance qu\u2019il leur donne lui-m\u00eame et non l\u2019inverse ; et de d\u00e9concerter la malveillance et l\u2019arrogance des \u00e9lites, en soulageant ses besoins et en calmant ses alarmes.<\/p>\n<p>Les alarmes m\u00eame des citoyens doivent \u00eatre respect\u00e9es. Comment les apaiser, si les \u00e9lus restent dans l\u2019inaction, le d\u00e9ni ou la manipulation ? Les mesures m\u00eames qu\u2019on propose, ne fussent-elles pas aussi n\u00e9cessaires que nous le pensons, il suffit qu\u2019il les d\u00e9sire, il suffit qu\u2019elles prouvent \u00e0 ses yeux l&rsquo;attachement sinc\u00e8re des \u00e9lus \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats, \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous, pour d\u00e9terminer ceux-ci \u00e0 les adopter. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 que ces mesures et les principes sur lesquels elles sont fond\u00e9es, \u00e9taient n\u00e9cessaires au peuple. Je vais prouver qu\u2019elles sont utiles aux riches comme \u00e0 tous, et \u00e0 tous les propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>A eux, je ne leur \u00f4te aucun profit honn\u00eate, aucune propri\u00e9t\u00e9 l\u00e9gitime ; je ne leur \u00f4te que le droit d\u2019attenter \u00e0 celle d\u2019autrui, et de nuire au bien commun ; je ne d\u00e9truis point le commerce et la finance, mais le brigandage des oligarques et des sp\u00e9culateurs ; je ne les condamne qu\u2019\u00e0 la peine de laisser vivre leurs semblables et leurs descendances. Or rien, sans doute, ne peut leur \u00eatre plus avantageux ; le plus grand service que le l\u00e9gislateur puisse rendre aux citoyens, c\u2019est de les forcer \u00e0 \u00eatre d\u2019honn\u00eates gens. Le plus grand int\u00e9r\u00eat d\u2019un individu n\u2019est pas d\u2019amasser des tr\u00e9sors tr\u00e8s au-del\u00e0 de ce qui est n\u00e9cessaire pour lui et ses proches, et la plus douce propri\u00e9t\u00e9 n\u2019est point de d\u00e9vorer les moyens de subsistance de cent, de mille ou de millions de familles infortun\u00e9es et d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es. Le plaisir de soulager ses semblables ou de les faire prosp\u00e9rer, et la gloire de pouvoir contribuer \u00e0 son \u00e9chelle au bien commun de l\u2019humanit\u00e9, valent bien ce d\u00e9plorable avantage. \u00c0 quoi peut servir aux sp\u00e9culateurs et aux oligarques les plus avides, la libert\u00e9 ind\u00e9finie de leur odieux trafic ? \u00e0 \u00eatre, ou opprim\u00e9s, ou oppresseurs. Cette derni\u00e8re destin\u00e9e, surtout, est affreuse. Riches \u00e9go\u00efstes, sachez pr\u00e9voir et pr\u00e9venir d\u2019avance les r\u00e9sultats terribles de la lutte de l\u2019orgueil et des passions l\u00e2ches contre la justice et contre l\u2019humanit\u00e9. Que l\u2019exemple des aristocrates et des despotes d&rsquo;autrefois vous instruise. Apprenez \u00e0 go\u00fbter les charmes de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et du partage, et les d\u00e9lices de la vertu ; ou du moins contentez-vous des avantages que la fortune vous donne, et laissez aux peuples du pain, du travail et des vies dignes.<\/p>\n<p>C\u2019est en vain que les ennemis de la libert\u00e9 s\u2019agitent pour d\u00e9chirer le sein de leur patrie ; ils n\u2019arr\u00eateront pas plus le cours de la raison humaine que celui du soleil ; la l\u00e2chet\u00e9 et l\u2019\u00e9go\u00efsme ne triompheront point du courage et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ; c\u2019est au g\u00e9nie de l\u2019intrigue et de la manipulation \u00e0 fuir devant le g\u00e9nie de la libert\u00e9 et de l\u2019honn\u00eatet\u00e9. Et vous, \u00e9lus, souvenez-vous que vous n\u2019\u00eates point les repr\u00e9sentants d\u2019une caste privil\u00e9gi\u00e9e, mais ceux du peuple qui vous a d\u00e9sign\u00e9 ; n\u2019oubliez pas que la source de l\u2019ordre, c\u2019est la justice ; que le plus s\u00fbr garant de la tranquillit\u00e9 publique, c\u2019est le bonheur des citoyens, et que les longues convulsions qui d\u00e9chirent les \u00c9tats ne sont que le combat des pr\u00e9jug\u00e9s contre les principes, de l\u2019\u00e9go\u00efsme contre l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de l\u2019orgueil et des passions sombres de quelques puissants contre les droits et contre les aspirations du plus grand nombre, et la pr\u00e9servation des biens communs qui assurent notre survie sur la plan\u00e8te qui nous a donn\u00e9 le jour \u00bb.<\/p>\n<p>Maximilien Robespierre, <a href=\"https:\/\/www.xn--lecanardrpublicain-jwb.net\/spip.php?article646\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\"><em>Discours sur les subsistances<\/em><\/a>, le 2 d\u00e9cembre 1792 (adaptation par Emmanuel Rousseaux)<\/p>\n<p>* Slavoj Zizek, <em>Robespierre : entre vertu et terreur, les plus beaux discours de Robespierre<\/em>, Paris : Stock, 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><code>Ouvert aux commentaires.<\/code><\/p>\n<blockquote>\n<p>Il existe un texte que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 \u00e0 quatre reprises (c&rsquo;est dire si je l&rsquo;aime !) : dans trois de mes livres, <em>Vers un Nouveau monde<\/em> (2017), <em>Se d\u00e9barrasser du capitalisme est une question de SURVIE<\/em> (2017), <em>Comment sauver le genre humain<\/em> (2020), ainsi que dans <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=i6y5UFSEPpI\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">une [&hellip;]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,5367],"tags":[6786,525,7108],"class_list":["post-118615","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-gratuite","tag-gratuite-pour-lindispensable","tag-robespierre","tag-sur-les-subsistances"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=118615"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118615\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":118618,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118615\/revisions\/118618"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=118615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=118615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=118615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}