{"id":11875,"date":"2010-05-26T16:56:07","date_gmt":"2010-05-26T14:56:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=11875"},"modified":"2013-01-02T18:01:32","modified_gmt":"2013-01-02T17:01:32","slug":"trends-tendances-jeudi-20-mai-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/05\/26\/trends-tendances-jeudi-20-mai-2010\/","title":{"rendered":"Trends \u2013 Tendances, jeudi 20 mai 2010"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;entretien est maintenant disponible <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/TE20-Jorion.pdf\">en format pdf ici<\/a>.<\/p>\n<p><strong>\u00ab On ne r\u00e8gle pas tout en un week-end ! \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Robert van Apeldoorn : <strong>La mise en place des dispositifs de sauvetage europ\u00e9ens entra\u00eene une aust\u00e9rit\u00e9 assur\u00e9e pour la Gr\u00e8ce, plus d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pour l\u2019Espagne et le Portugal. Ne craignez-vous pas que ce tour de vis sera \u00e9galement op\u00e9r\u00e9 dans toute la zone euro\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Paul Jorion : C\u2019est un probl\u00e8me id\u00e9ologique. On aurait pu penser que la crise constituait une critique du programme sous-jacent du trait\u00e9 de Lisbonne, qui est nettement lib\u00e9ral. Mais on assiste \u00e0 un raisonnement inverse\u00a0: les difficult\u00e9s encouragent plut\u00f4t les pays \u00e0 tirer la conclusion qu\u2019il faut r\u00e9duire les avantages sociaux et faire progresser l\u2019approche lib\u00e9rale. Les populations ne sont pas pr\u00eates \u00e0 embrayer, \u00e0 faire ces sacrifices. Car, dans leur conscience, il y a l\u2019id\u00e9e que le probl\u00e8me est n\u00e9 dans le secteur bancaire, et pas chez elles. Il est donc difficile de vendre le raisonnement d\u2019un sacrifice n\u00e9cessaire, car on aurait v\u00e9cu au-dessus de nos moyens. La population voit que c\u2019est la finance qui est le probl\u00e8me. Cette crise est tr\u00e8s p\u00e9dagogique. A la diff\u00e9rence des pr\u00e9c\u00e9dentes, il y a eu un grand travail d\u2019explication, r\u00e9alis\u00e9 par les t\u00e9l\u00e9visions, les m\u00e9dias.<\/p>\n<p><strong>Vous y avez contribu\u00e9 avec vos livres\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas le seul, mais les journalistes ont bien relay\u00e9 les analyses. Mon blog attirait 40.000 visiteurs par mois en octobre 2008, au plus fort de la crise bancaire. Il arrive maintenant \u00e0 300.000 visiteurs. Les gens veulent comprendre.<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9canismes mis en place \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne pour aider les pays \u00e0 se financer sont-ils une bonne solution\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Disons qu\u2019ils r\u00e8glent un probl\u00e8me de liquidit\u00e9. Comme l\u2019a \u00e9crit r\u00e9cemment Paul Krugman, on confond un probl\u00e8me de liquidit\u00e9 avec un probl\u00e8me de solvabilit\u00e9. Le premier est ais\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre rapidement, mais pas celui de la solvabilit\u00e9. Mais voil\u00e0\u00a0: dans les sciences \u00e9conomiques, on utilise des tours particuliers. Lorsqu\u2019un probl\u00e8me est trop compliqu\u00e9, on le simplifie,\u00a0en pensant ainsi l\u2019avoir r\u00e9gl\u00e9. Cela me rappelle un jeu de mon enfance, o\u00f9 il fallait d\u00e9placer des cases de couleur. Ici, pour aider la Gr\u00e8ce, on demande \u00e0 l\u2019Irlande, Malte ou Chypre de pr\u00eater de l\u2019argent, alors qu\u2019ils n\u2019en ont pas les moyens. Ce n\u2019est pas en glissant les cases que l\u2019on va trouver une solution.<\/p>\n<p><!--more--><strong>Une solution temporaire, selon vous\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>On ne r\u00e8gle pas tout en un week-end. Souvenez-vous Lehman Brothers\u00a0: ils ont tent\u00e9 de r\u00e9gler les probl\u00e8mes en un dimanche. Mais 24h00, c\u2019est trop court pour tout voir. L\u00e0, ils avaient oubli\u00e9 le souci du money market. Lehman Brothers tombait le lundi,\u00a0le jeudi, le <em>march\u00e9 mon\u00e9taire <\/em>\u00e9tait par terre.<\/p>\n<p><strong>Le souci principal n\u2019est-il pas ailleurs, dans l\u2019attitude des march\u00e9s, de la sp\u00e9culation \u00e0 la baisse sur l\u2019euro\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La sp\u00e9culation n\u2019explique pas tout. Les march\u00e9s font des calculs de solvabilit\u00e9. Les CDS (assurance couvrant une obligation sur la d\u00e9faillance du pays ou de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9metteur) ne sont pas uniquement utilis\u00e9s par des gens qui font des paris. Ils servent aussi \u00e0 se pr\u00e9munir d\u2019une d\u00e9faillance. Je ne suis donc pas surpris de lire sur des sites comme Zero Hedge que des banques europ\u00e9ennes ach\u00e8teraient ce type de produit, des cds, ce qui pousse l\u2019euro \u00e0 la baisse, mais elles le font pour se prot\u00e9ger. Mais, c\u2019est vrai, le mouvement est amplifi\u00e9 par la sp\u00e9culation pure. L\u00e0, aucun m\u00e9canisme n\u2019a \u00e9t\u00e9 mis en place pour la bloquer. Cela fait deux ans qu\u2019on parle de mesures, mais rien n\u2019est encore fait. Qu\u2019attend-on\u00a0? Que la zone euro soit par terre\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Il faudra tout de m\u00eame en arriver \u00e0 baisser la dette des \u00e9tats\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est s\u00fbr, c\u2019est en tout cas le discours. Mais les agences de notations regardent cela dans une perspective classique. Il ne faut pas qu\u2019elles imposent un cadre erron\u00e9. Toutes les comparaisons se basent, aujourd\u2019hui, sur une r\u00e9f\u00e9rence en pourcent de PIB, qui n\u2019est jamais remise en cause. Cela introduit une distorsion, car lorsque le PIB recule, l\u2019endettement en pourcent de PIB augmente m\u00e9caniquement. M\u00eame sans d\u00e9ficit nouveau, vous vous endettez de plus en plus\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Mais ce calcul, en pourcent de PIB, a l\u2019avantage de permettre la comparaison entre pays\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Oui, mais le point de comparaison, cette m\u00e9trique, comme on dit en math\u00e9matiques, me para\u00eet douteux. En p\u00e9riode de r\u00e9cession, il faut relancer l\u2019\u00e9conomie. Or ce type de calcul inhibe les politiques keyn\u00e9siennes. Il est bas\u00e9 sur une perspective mon\u00e9tariste. Ce qui est incroyable, c\u2019est que les Allemands aient m\u00eame grav\u00e9 une limite de leur d\u00e9ficit en pourcent de PIB dans leur constitution. Cette r\u00e9f\u00e9rence pose moins de probl\u00e8me en temps normal, mais en temps de crise, le PIB varie trop pour servir de base \u00e0 des calculs de comparaison.<\/p>\n<p>Regardez les Etats-Unis\u00a0: un trimestre, leur croissance du PIB, en base annuelle, atteint 6%, et le trimestre suivant, elle passe \u00e0 2%\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Voyez-vous une autre mani\u00e8re de calculer l\u2019endettement d\u2019un pays\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>On pourrait utiliser le patrimoine comme point de r\u00e9f\u00e9rence. En divisant la dette par le patrimoine. Le calcul, pour la France, aboutit \u00e0 un r\u00e9sultat l\u00e9g\u00e8rement positif.<\/p>\n<p><strong>Le syst\u00e8me de l\u2019euro n\u2019est-il pas remis en cause par cette crise\u00a0? Avec le recul, \u00e9tait-ce une fausse bonne id\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019approche de l\u2019euro n\u2019\u00e9tait pas mauvaise. Mais il faut qu\u2019une monnaie corresponde \u00e0 une entit\u00e9 \u00e9conomique coh\u00e9rente. Ce n\u2019est pas le cas des pays qui composent l\u2019euro\u00a0: le choix a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 sur une base g\u00e9ographique, et non \u00e9conomique. Or si vous avez des pays qui sont des gros exportateurs nets, comme l\u2019Allemagne, et d\u2019autres qui sont importateurs nets\u00a0: \u00e7a tire dans tous les sens \u00e0 la fois. Il aurait fallu cr\u00e9er un m\u00e9canisme comme celui imagin\u00e9 par Keynes, avec son id\u00e9e de monnaie commune, le bancor. L\u2019objectif num\u00e9ro un est d\u2019arriver \u00e0 un \u00e9quilibre, pour chaque pays, entre les exportations et les importations. Les transactions passeraient par une chambre de compensation. Ce syst\u00e8me, imagin\u00e9 en 1941, pr\u00e9voit la mise en place d\u2019une monnaie pour les paiements internationaux, le bancor. Chaque pays conserve sa monnaie, ou une monnaie commune \u00e0 une zone mon\u00e9taire o\u00f9 les pays sont \u00e9conomiquement compl\u00e9mentaires. Keynes avait cit\u00e9 une zone r\u00e9unissant les Pays-Bas, la Suisse, l\u2019Autriche et l\u2019Allemagne, par exemple. Les pays qui seraient importateurs nets seraient p\u00e9nalis\u00e9s, de m\u00eame que ceux qui sont exportateurs nets. Si ces d\u00e9s\u00e9quilibres persistent, la monnaie locale ou de la zone mon\u00e9taire pourrait \u00eatre d\u00e9valu\u00e9e ou r\u00e9\u00e9valu\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Dans ce syst\u00e8me, la dette n\u2019entre pas en ligne de compte\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Elle n\u2019intervient pas. Cela rel\u00e8ve de la cuisine int\u00e9rieure.<\/p>\n<p><strong>Ce qui curieux, c\u2019est que ce que certains consid\u00e8rent comme une vertu, les exc\u00e9dents commerciaux, est jug\u00e9e comme un souci\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Dans ce syst\u00e8me du bancor, la situation allemande serait intenable. Il est d\u2019ailleurs impossible que chaque pays soit exportateur net. Keynes parle m\u00eame d\u2019exercer, dans cette situation, une pression pour augmenter les salaires et la consommation int\u00e9rieure\u2026. C\u2019est du reste la situation de l\u2019Allemagne aujourd\u2019hui\u00a0: elle exporte beaucoup et consomme proportionnellement peu.<\/p>\n<p><strong>Cela enl\u00e8ve tout de m\u00eame la magie de l\u2019euro, la facult\u00e9 de payer partout avec la m\u00eame monnaie\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Cette facilit\u00e9 repose sur une l\u2019illusion d\u2019une zone \u00e9conomique, et surtout fiscale, uniforme.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il des partisans de la formule d\u2019un syst\u00e8me proche de celui du bancor, de Keynes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La Chine. Le directeur de la banque centrale de ce pays, Zhou Xiaochuan, a d\u00e9fendu cette id\u00e9e dans un article, voici un an, pour am\u00e9liorer le syst\u00e8me mon\u00e9taire mondial. Ce n\u2019est pourtant pas son int\u00e9r\u00eat. Le yuan est li\u00e9 au dollar, la Chine n\u2019a donc pas besoin d\u2019un syst\u00e8me de type bancor. Mais ce pays a toujours essay\u00e9 d\u2019\u00eatre pacifique \u00e0 long terme. Et \u00e0 long terme, une rivalit\u00e9 USA\/Chine pourrait s\u2019accentuer, ce qui explique l\u2019int\u00e9r\u00eat pour un m\u00e9canisme plus large. La Chine pousse \u00e0 ce que le FMI utilise les DTS (droits de tirage sp\u00e9ciaux, une unit\u00e9 de compte propre au FMI), dans le r\u00f4le de bancor.<\/p>\n<p><strong>En quoi le bancor pourrait int\u00e9resser l\u2019Europe\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Europe pourrait pousser dans cette direction, car elle en b\u00e9n\u00e9ficierait de mani\u00e8re plus imm\u00e9diate. Elle ne pensait pas \u00e0 cela en 2009, mais maintenant, il s\u2019agit de trouver une solution \u00e0 long terme. Tous les\u00a0 pays de l\u2019Union pourraient y participer.<\/p>\n<p><strong>Mais on peut aussi imaginer un syst\u00e8me de l\u2019euro r\u00e9par\u00e9 et remis en marche \u2026<\/strong><\/p>\n<p>On pourrait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 utiliser le m\u00e9canisme imagin\u00e9 par Keynes. C\u2019est une application de ses th\u00e9ories sur la monnaie. Il s\u2019inspire des m\u00e9thodes financi\u00e8re utilis\u00e9es par l\u2019Allemagne dans les ann\u00e9es 30\u2019, pour son r\u00e9armement, sous l\u2019impulsion de Hjalmar Schacht, le gouverneur de la banque centrale. Que les Britanniques, apr\u00e8s de longs d\u00e9bats, ont eux-m\u00eames adopt\u00e9 pendant la guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;entretien est maintenant disponible <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/TE20-Jorion.pdf\">en format pdf ici<\/a>.<\/p>\n<p><strong>\u00ab On ne r\u00e8gle pas tout en un week-end ! \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Robert van Apeldoorn : <strong>La mise en place des dispositifs de sauvetage europ\u00e9ens entra\u00eene une aust\u00e9rit\u00e9 assur\u00e9e pour la Gr\u00e8ce, plus d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pour l\u2019Espagne et le Portugal. 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