{"id":12129,"date":"2010-05-24T23:43:17","date_gmt":"2010-05-24T21:43:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=12129"},"modified":"2025-04-03T17:31:00","modified_gmt":"2025-04-03T15:31:00","slug":"note-sur-le-bancor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/05\/24\/note-sur-le-bancor\/","title":{"rendered":"<b>Note sur le <i>bancor<\/i><\/b>"},"content":{"rendered":"<p>Keynes s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pench\u00e9 plusieurs fois sur la question mon\u00e9taire. Son premier livre en 1913 est consacr\u00e9 \u00e0 la devise indienne : <strong>Indian Currency and Finance<\/strong>. En 1930, il publie le <strong>Treatise on Money<\/strong>. Il se cantonne cependant jusque-l\u00e0 dans l\u2019analyse, sans s\u2019aventurer dans le domaine de l\u2019application des conclusions auxquelles il aboutit.<\/p>\n<p>Quand la Grande-Bretagne et la France d\u00e9clarent la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne en 1939, Keynes participe dans son pays \u00e0 la r\u00e9flexion sur la transition vers une \u00e9conomie de guerre. Lorsque les hostilit\u00e9s d\u00e9butent en 1940, les Am\u00e9ricains restent prudemment en retrait : ils n\u2019interviennent pas lorsque le Danemark et la Norv\u00e8ge sont attaqu\u00e9s en avril, ni ne s\u2019engagent aux c\u00f4t\u00e9s de la Grande-Bretagne et de la France lorsque le Benelux et la France sont envahis en mai 1940. La raison en est simple : l\u2019opinion publique am\u00e9ricaine ne suivrait pas Franklin D. Roosevelt. Les rangs du parti r\u00e9publicain comptent une minorit\u00e9 importante de membres d\u2019origine allemande, demeurant favorables \u00e0 leur m\u00e8re-patrie, tandis que les rangs du parti d\u00e9mocrate comptent eux des gens de gauche aux yeux de qui la politique imp\u00e9riale de la Grande-Bretagne ne vaut gu\u00e8re mieux que le national-socialisme allemand. La vente par l\u2019Am\u00e9rique d\u2019armements en grande quantit\u00e9 \u00e0 la Grande-Bretagne, dont un tiers ne parviendra jamais \u00e0 l\u2019acheteur, les navires \u00e9tant coul\u00e9s par les U-boots, permettra \u00e0 Roosevelt de pr\u00e9parer l\u2019opinion. Lorsqu\u2019intervient l\u2019attaque sur Pearl Harbor en d\u00e9cembre 1941, le peuple am\u00e9ricain tout entier est d\u00e9sormais pr\u00eat \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en guerre et le pr\u00e9sident am\u00e9ricain a derri\u00e8re lui pour le soutenir, une opinion publique quasi-unanime.<\/p>\n<p>La position des Britanniques durant la p\u00e9riode qui s\u2019\u00e9tend de mai 1940 \u00e0 d\u00e9cembre 1941, est que la Grande-Bretagne constitue le front avanc\u00e9 d\u2019une alliance antifasciste implicite. Durant ces dix-neuf mois, la Grande-Bretagne consid\u00e8re comme in\u00e9luctable l\u2019intervention \u00e0 terme des \u00c9tats-Unis \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et, dans cette optique, se voit comme son poste avanc\u00e9. Elle suppose que cette conception est partag\u00e9e par le voisin am\u00e9ricain et attend de celui-ci des avances financi\u00e8res \u00e0 son effort de guerre. Keynes en particulier consid\u00e9rera toujours une telle solidarit\u00e9 comme allant de soi. Cette conviction in\u00e9branlable, associ\u00e9e \u00e0 sa l\u00e9gendaire confiance en lui-m\u00eame, explique le culot dont il fera preuve durant les n\u00e9gociations avec les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<p><!--more-->Quand ces n\u00e9gociations d\u00e9butent pour la mise en place du grand programme d\u2019avances des \u00c9tats-Unis \u00e0 la Grande-Bretagne, qui se verra appeler le <strong>Lend-Lease<\/strong>, Keynes a d\u00e9j\u00e0 en t\u00eate une formule dont la finalit\u00e9 est essentiellement de faire en sorte que son pays \u00e9merge de la guerre sans dette et que l\u2019on retrouve alors le m\u00eame \u00e9quilibre des forces, entre les Etats-Unis d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et la Grande-Bretagne compl\u00e9t\u00e9e de son empire de l\u2019autre, que celui qui pr\u00e9valait avant l\u2019entr\u00e9e en guerre, et ceci en d\u00e9pit du fait que la Grande-Bretagne se retrouve saign\u00e9e \u00e0 blanc au moment o\u00f9 se termine la Bataille d\u2019Angleterre (d\u00e9but 1941), quand il est d\u00e9sormais quasiment acquis qu\u2019Hitler ne cherchera plus \u00e0 l\u2019envahir.<\/p>\n<p>Keynes cherche \u00e0 mettre au point une formule originale qui aille bien au-del\u00e0 du pr\u00eat pur et simple et implique en particulier la mise sur pied d\u2019un ordre mon\u00e9taire original susceptible de r\u00e9unir en un syst\u00e8me \u00e9quilibr\u00e9 des partenaires aussi peu comparables qu\u2019une Am\u00e9rique qui parviendra peut-\u00eatre \u00e0 se maintenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart du conflit et une Grande-Bretagne associ\u00e9e \u00e0 un empire mais d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la limite de l\u2019effondrement (avec un tr\u00e8s grand r\u00e9alisme, la formulation initiale du <strong>Lend-Lease<\/strong> pr\u00e9cise qu\u2019en cas de capitulation de la Grande-Bretagne devant les forces de l\u2019Axe, les \u00c9tats-Unis h\u00e9riteront de la totalit\u00e9 de sa flotte).<\/p>\n<p>Keynes n\u2019a qu\u2019une pi\u00e8tre opinion du syst\u00e8me mon\u00e9taire classique de l\u2019\u00e9talon-or o\u00f9 chaque devise dispose de sa propre parit\u00e9 avec l\u2019or. Il s\u2019est oppos\u00e9 au r\u00e9tablissement de la parit\u00e9 or de la livre sterling par Churchill en 1925 et a interpr\u00e9t\u00e9 la d\u00e9pression industrielle qui s\u2019en est suivi comme une confirmation par les faits de son antipathie en grande partie instinctive envers lui. Il consid\u00e8re que la distribution de l\u2019or entre les nations est arbitraire et p\u00e9nalise injustement celles qui en sont priv\u00e9es (m\u00eame si la Grande-Bretagne a acc\u00e8s \u00e0 l\u2019or d\u2019Afrique du Sud \u2013 dans un rapport plus complexe que celui de la simple pr\u00e9dation qu\u2019imaginent les Am\u00e9ricains, \u00e9crit Keynes de Washington \u00e0 ses correspondants \u00e0 Londres) et consid\u00e8re surtout que l\u2019or ne peut que favoriser les d\u00e9s\u00e9quilibres entre nations. Ainsi, si dans la relation entre deux nations, l\u2019une est un exportateur net, et donc a priori dans une position de force, et l\u2019autre, un importateur net, et donc a priori en position de faiblesse, une pression suppl\u00e9mentaire s\u2019exercera encore sur le plus faible des deux, forc\u00e9 de tenter de redresser sa situation, mais ne disposant pas n\u00e9cessairement de la capacit\u00e9 d\u2019abaisser suffisamment le prix de ses produits d\u2019exportation pour y parvenir. \u00c0 l\u2019inverse, aucune pression ne s\u2019exerce sur l\u2019exportateur net qui se trouve en position de force et contribue \u00e0 maintenir le d\u00e9s\u00e9quilibre, sans que rien ne vienne lui rappeler que sa posture n\u2019est pas plus g\u00e9n\u00e9ralisable que celle de son malheureux compagnon. Ou, dans les termes-m\u00eame de Keynes : l\u2019ajustement est \u00ab <em>obligatoire<\/em> pour le d\u00e9biteur et <em>volontaire<\/em> pour le cr\u00e9ancier \u00bb.<\/p>\n<p>Keynes envisage du coup la mise au point d\u2019un syst\u00e8me enti\u00e8rement neuf : pourquoi ne pas synth\u00e9tiser, se demande-t-il, les enseignements de toutes les recherches que j\u2019ai entreprises sur la monnaie, non pas sous la forme d\u2019une utopie au sens classique mais de ce qu\u2019on pourrait appeler une \u00ab utopie pratique \u00bb : un projet r\u00e9ellement pragmatique, m\u00eame si sa formulation enti\u00e8rement originale la rapproche d\u2019une utopie en raison de sa nouveaut\u00e9. \u00ab Utopique \u00bb, dit-il, au sens o\u00f9 \u00ab elle suppose un degr\u00e9 de compr\u00e9hension, d\u2019esprit d\u2019innovation t\u00e9m\u00e9raire, de coop\u00e9ration internationale et de confiance dans son succ\u00e8s, sup\u00e9rieur \u00e0 celui qui est assur\u00e9 ou qu&rsquo;il est raisonnable de supposer \u00bb.<\/p>\n<p>Ce qui est propre \u00e0 cette conception neuve, c\u2019est son cadre global visant, comme le dit Keynes, \u00e0 \u00ab assurer la pacification des relations \u00e9conomiques \u00bb. O\u00f9 une pression de changer ses habitudes ne s\u2019exerce pas seulement sur l\u2019importateur net en position de faiblesse dont nous avons parl\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure, mais aussi sur l\u2019exportateur net, qui dans le cadre de l\u2019\u00e9talon-or peut se contenter de triompher insolemment, sans avoir \u00e0 se soucier de modifier sa fa\u00e7on de faire. Au sein du monde que Keynes envisage, il n\u2019y a pas comme aujourd&rsquo;hui, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une Gr\u00e8ce et un Portugal humili\u00e9s et de l\u2019autre, une Chine et une Allemagne drap\u00e9s dans le manteau de ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme leur vertu. Il n\u2019y a au contraire que des nations aspirant \u00e0 d\u00e9couvrir entre elles un <em>modus vivendi<\/em> o\u00f9 chacune maintient son originalit\u00e9 et sa sp\u00e9cificit\u00e9 mais o\u00f9 elles ont cess\u00e9 de se partager en deux camps : celui des brutes insensibles et celui des souffre-douleur.<\/p>\n<p>Keynes rejetait tous les totalitarismes : \u00ab Il n\u2019y a en r\u00e9alit\u00e9 que deux [id\u00e9ologies] : les \u00e9tats totalitaires\u2026 et les \u00e9tats lib\u00e9raux. Ces derniers mettent la paix et la libert\u00e9 individuelle au premier plan, les autres ne les mettent nulle part \u00bb, \u00e9crivait-il \u00e0 un correspondant. Avant la guerre, en 1936, lorsque Keynes avait tenu \u00e0 reformuler, dans sa <strong>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019emploi, de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/strong>, la question du rapport entre la production et la consommation de mani\u00e8re \u00e0 substituer dans l\u2019imaginaire de la population britannique les deux tentations sym\u00e9triques du fascisme et du communisme, il avait plac\u00e9 au centre de la probl\u00e9matique \u00e9conomique \u2013 que ses contemporains, et bon nombre de ses successeurs, n\u2019entendaient r\u00e9soudre que selon une logique froide copi\u00e9e sur celle de la physique \u2013 un imp\u00e9ratif moral, celui du plein-emploi. De m\u00eame, lorsqu\u2019il se mit \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux conditions d\u2019une \u00ab utopie pratique \u00bb pacifiant les rapports \u00e9conomiques entre les nations, l\u2019imp\u00e9ratif qu\u2019il se fixa fut celui d\u2019un syst\u00e8me dont serait \u00e9cart\u00e9 par construction le ph\u00e9nom\u00e8ne qui \u00e0 ses yeux signifiait la mort de toute \u00e9conomie : la d\u00e9flation. Pour lui, la d\u00e9flation constituait le mal absolu. Avec elle, l\u2019\u00e9conomie se fige d\u2019abord : toute d\u00e9pense est report\u00e9e au lendemain \u2013 puisqu\u2019elle sera moindre, avant de s\u2019enfoncer dans un trou : le ch\u00f4mage monte en fl\u00e8che, la population toute enti\u00e8re s\u2019appauvrit.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me que Keynes a en t\u00eate implique que les \u00e9changes entre nations, le r\u00e8glement de leurs importations et de leurs exportations, se fassent tous par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une chambre de compensation internationale et par le moyen d\u2019une monnaie internationale : le <em>bancor<\/em>. Un syst\u00e8me de r\u00e9compenses et de p\u00e9nalit\u00e9s fera en sorte que les nations, ou les ensembles de nations constituant la zone \u00e9conomique correspondant \u00e0 une devise, soient encourag\u00e9es \u00e0 maintenir un \u00e9quilibre entre leurs importations globales et leurs exportations globales, non pas vis-\u00e0-vis de chacune des autres, comme ce serait le cas dans le cadre d\u2019une s\u00e9rie d&rsquo;accords  <em>bilat\u00e9raux<\/em> mais vis-\u00e0-vis de l\u2019ensemble de toutes les autres nations, dans une optique <em>multilat\u00e9rale<\/em>.<\/p>\n<p>R\u00e9soudre le d\u00e9s\u00e9quilibre de leurs \u00e9changes par le protectionnisme et les tarifs douaniers appartiendra alors au pass\u00e9. Deux types de monnaies coexisteront : l\u2019une globale, le <em>bancor<\/em>, servant d\u2019unit\u00e9 de compte aux \u00e9changes internationaux, et les autres, locales, ayant une parit\u00e9 fixe mais r\u00e9visable annuellement par rapport au <em>bancor<\/em>, semblables aux devises actuelles, utilis\u00e9es quotidiennement dans le cadre d\u2019unit\u00e9s \u00e9conomiques constitu\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 \u00eatre coh\u00e9rentes pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette perspective de pr\u00e9senter un bilan nul en termes d\u2019export et d\u2019import globaux. Les banques centrales des nations ou des groupes de nations se partageant une monnaie commune ach\u00e8teront ou vendront leur devise locale pour r\u00e9gler les d\u00e9bits ou les cr\u00e9dits de leur compte \u00e0 la chambre de compensation multilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Les nations ou les zones disposant d\u2019une devise commune disposeront d\u2019une marge de d\u00e9couvert en <em>bancors<\/em> aupr\u00e8s de la chambre de compensation multilat\u00e9rale, dont le montant initial \u00e9quivaudra \u2013 en chiffres absolus \u2013 \u00e0 la moiti\u00e9 de la somme moyenne de leurs importations et de leurs exportations au cours des trois ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant la mise en place du syst\u00e8me (un quota \u00e9quivalent donc \u00e0 leur poids \u00e9conomique). Leur performance sera \u00e9valu\u00e9e annuellement, tout d\u00e9s\u00e9quilibre (importateur net ou exportateur net) sera p\u00e9nalis\u00e9 financi\u00e8rement selon un bar\u00e8me tenant compte de l\u2019ampleur de la d\u00e9viation, et un d\u00e9s\u00e9quilibre massif sera r\u00e9solu par un r\u00e9ajustement de leur devise : une r\u00e9\u00e9valuation par rapport au <em>bancor<\/em> pour les exportateurs nets d\u00e9linquants et une d\u00e9valuation pour les importateurs nets d\u00e9linquants. Ce r\u00e9ajustement p\u00e9riodique permettra \u00e0 chaque nation de repartir sur une base assainie l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Dans les premiers temps de l\u2019existence du syst\u00e8me, le <em>bancor<\/em> (et donc chacune des devises locales) aura une parit\u00e9 avec l\u2019or, mais le m\u00e9tal pr\u00e9cieux sera petit \u00e0 petit repouss\u00e9 en-dehors du cadre mon\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral en raison d\u2019une asym\u00e9trie introduite d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans le fonctionnement global du syst\u00e8me : si les nations peuvent se procurer du <em>bancor<\/em> en \u00e9change d\u2019or aupr\u00e8s de la chambre de compensation multilat\u00e9rale, un surplus en <em>bancor<\/em> ne pourra pas lui s\u2019\u00e9changer contre de l\u2019or.<\/p>\n<p>Cette mise sur la touche progressive de l\u2019or n\u2019est pas sans rappeler un autre projet \u00ab utopique \u00bb de Keynes : celui qu\u2019il avait introduit dans sa <strong>Th\u00e9orie de l\u2019emploi, de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/strong>, pour neutraliser la nocivit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me financier : ce qu\u2019il avait choisi d\u2019appeler cruellement en anglais : l\u2019\u00ab euthanasie des rentiers \u00bb, formule que le traducteur fran\u00e7ais, de Largentaye, avait choisi d\u2019adoucir :<\/p>\n<blockquote><p>Cet \u00e9tat de choses serait parfaitement compatible avec un certain degr\u00e9 d\u2019individualisme. Mais il n&rsquo;en impliquerait pas moins la disparition progressive du rentier et par suite la disparition progressive chez le capitaliste du pouvoir oppressif d&rsquo;exploiter subsidiairement la valeur conf\u00e9r\u00e9e au capital par sa raret\u00e9. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat ne r\u00e9mun\u00e8re aujourd&rsquo;hui aucun sacrifice v\u00e9ritable non plus que la rente du sol. Le d\u00e9tenteur du capital peut obtenir un int\u00e9r\u00eat parce que le capital est rare, de m\u00eame que le d\u00e9tenteur du sol peut obtenir une rente parce que le sol est rare. Mais, tandis que la raret\u00e9 du sol s&rsquo;explique par une raison intrins\u00e8que, il n&rsquo;y a aucune raison intrins\u00e8que qui justifie la raret\u00e9 du capital (1).<\/p><\/blockquote>\n<p>Le fl\u00e9au de la d\u00e9flation sera vaincu par la mise en place conjointe du <em>bancor<\/em> et de sa chambre de compensation multilat\u00e9rale. Mais un autre fl\u00e9au qui afflige les syst\u00e8mes \u00e9conomiques sera lui aussi \u00e9limin\u00e9 : dans leur cadre, l\u2019\u00e9vasion fiscale devient impossible ainsi que l\u2019existence-m\u00eame de nations jouant le r\u00f4le de paradis fiscaux.<\/p>\n<p>Un principe fondamental doit toujours \u00eatre respect\u00e9 affirme Keynes en 1941 dans une s\u00e9rie de documents pr\u00e9paratoires \u00e0 ce qu\u2019il appelle l\u2019<em>Union Mon\u00e9taire Internationale<\/em> (2) : distinguer soigneusement les capitaux flottants \u00e0 la recherche d\u2019une opportunit\u00e9 quelconque de se placer et ceux qui constituent un investissement authentique permettant de mieux tirer parti des ressources mondiales, distinguer \u00e9galement les mouvements de capitaux en provenance de pays exc\u00e9dentaires en direction de pays d\u00e9ficitaires, susceptibles de contribuer \u00e0 un retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre, des mouvements de capitaux sp\u00e9culatifs ou de l\u2019\u00e9vasion des capitaux d\u2019un pays d\u00e9ficitaire vers un pays exc\u00e9dentaire ou entre deux de ceux-ci.<\/p>\n<p>Les mouvements sp\u00e9culatifs de capitaux sont en cons\u00e9quence prohib\u00e9s dans la cadre d\u2019un syst\u00e8me sous l\u2019\u00e9gide du <em>bancor<\/em>. Keynes \u00e9crit dans ses <strong>Proposals for an International Currency Union<\/strong> (2) (Propositions pour une Union Mon\u00e9taire Internationale) :<\/p>\n<blockquote><p>Aucun pays ne pourra d\u00e9sormais autoriser sans risque la fuite des capitaux pour des raisons politiques, pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019imp\u00f4t ou dans l\u2019anticipation d\u2019une \u00e9vasion fiscale. De m\u00eame, aucun pays ne pourra accueillir sans risque les capitaux en fuite, constituant une importation inacceptable de capital, ni ne pouvant \u00eatre mobilis\u00e9s sans risque en vue d\u2019un investissement.<\/p><\/blockquote>\n<p>Un pays peut bien entendu choisir de se situer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment en-dehors de l\u2019Union Mon\u00e9taire Internationale, de m\u00eame qu\u2019il peut en \u00eatre expuls\u00e9 pour manquement grave, mais il est alors livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame : sans contact avec ceux qui y participent, un simple pirate au sein du contexte mondial. Les paradis fiscaux se trouvent aujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0 <em>de jure<\/em> dans cette situation-l\u00e0 mais, comme l\u2019on sait, des nations ayant pignon sur rue recrutent de tels pirates au titre de corsaires pour mener leurs propres exactions, cautionnant <em>de facto<\/em> leur existence.<\/p>\n<p>Ce portrait a sans doute \u00e9t\u00e9 trop rapidement bross\u00e9 et il conviendra de l\u2019\u00e9toffer sans tarder. Pourquoi ? Parce que l\u2019existence-m\u00eame de l\u2019euro est d\u00e9sormais menac\u00e9e. Son \u00e9clatement ne repr\u00e9senterait bien s\u00fbr pour le dollar qu\u2019une victoire \u00e0 la Pyrrhus : toujours monnaie de r\u00e9f\u00e9rence mais menac\u00e9 d\u2019hyperinflation au cas o\u00f9 l\u2019argent qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 de mani\u00e8re inconsid\u00e9r\u00e9e sans cr\u00e9ation de richesse \u00e9quivalente par la m\u00e9thode \u00ab non-conventionnelle \u00bb du <em>quantitative easing<\/em>, de l\u2019assouplissement quantitatif, se retrouverait finalement un jour dans l\u2019\u00e9conomie. La Chine pousserait alors plus que jamais \u00e0 la mise en place du <em>bancor<\/em> et de sa chambre de compensation multilat\u00e9rale. Les Europ\u00e9ens, d\u00e9sempar\u00e9s et humili\u00e9s, n\u2019auraient cette fois d\u2019autre choix que de soutenir l\u2019initiative.<\/p>\n<p>La discussion sur le sujet a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e, il convient maintenant de l\u2019approfondir. Cette <strong>Note sur le <em>bancor<\/em><\/strong> n\u2019a pas d\u2019autre objectif.<\/p>\n<p>==========<\/p>\n<p>J\u2019ai rassembl\u00e9 pour r\u00e9diger cette note, toute l\u2019information que j\u2019ai pu trouver. \u00c0 vue de nez, 80 % de celle que j\u2019utilise ici provient cependant de la source de loin la plus compl\u00e8te : le troisi\u00e8me volume de la biographie monumentale de Keynes par Robert Skidelsky : <em>John Maynard Keynes. Fighting for Britain 1937-1946<\/em>, London : MacMillan, 2000<\/p>\n<p>(1) Keynes, John Maynard, <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019emploi, de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/em> [1936], traduit de l\u2019anglais par Jean de Largentaye, Paris : \u00c9ditions Payot, 1942, page 192 (pages 375-376 de l\u2019original en anglais).<\/p>\n<p>(2) Keynes, John Maynard, <em>Proposals for an International Currency Union (Second Draft, November 18, 1941)<\/em> Donald Moggridge (ed.) <em>The Collected Writings of John Maynard Keynes<\/em>, Volume XXV, Activities 1940-1944, Shaping the Post-war World: the Clearing Union. London: MacMillan, 1980, pp. 42-66<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Keynes s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pench\u00e9 plusieurs fois sur la question mon\u00e9taire. Son premier livre en 1913 est consacr\u00e9 \u00e0 la devise indienne : <strong>Indian Currency and Finance<\/strong>. En 1930, il publie le <strong>Treatise on Money<\/strong>. Il se cantonne cependant jusque-l\u00e0 dans l\u2019analyse, sans s\u2019aventurer dans le domaine de l\u2019application des conclusions auxquelles il aboutit.<\/p>\n<p>Quand la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307,18,21],"tags":[482,602,119,42],"class_list":["post-12129","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","category-monde-financier","category-monnaie","tag-bancor","tag-etalon-or","tag-john-maynard-keynes","tag-speculation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12129"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":143811,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12129\/revisions\/143811"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}