{"id":12136,"date":"2010-05-25T12:40:37","date_gmt":"2010-05-25T10:40:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=12136"},"modified":"2013-01-02T18:01:34","modified_gmt":"2013-01-02T17:01:34","slug":"lactualite-de-la-crise-le-marche-a-toujours-raison-mais-ne-dit-pas-en-quoi-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/05\/25\/lactualite-de-la-crise-le-marche-a-toujours-raison-mais-ne-dit-pas-en-quoi-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: le march\u00e9 a toujours raison mais ne dit pas en quoi&#8230;, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Avec un bel ensemble, toutes les bourses europ\u00e9ennes, japonaises et am\u00e9ricaines viennent \u00e0 nouveau de louper une grosse marche. De son c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;euro continuait de descendre par rapport \u00e0 toutes les monnaies, \u00e0 l&rsquo;exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, les dirigeants s\u2019alarment de la situation de l\u2019Europe, depuis P\u00e9kin et Tokyo jusqu\u2019\u00e0 Washington. Timothy Geithner, secr\u00e9taire d&rsquo;Etat Am\u00e9ricain au Tr\u00e9sor, est \u00e0 nouveau d\u00e9p\u00each\u00e9 en ambassade aupr\u00e8s des Allemands, des Britanniques et de la BCE, \u00e0 peine finie sa mission \u00e0 P\u00e9kin. Barack Obama s\u2019entretient une fois encore au t\u00e9l\u00e9phone avec Angela Merkel.<\/p>\n<p>Plus la crise europ\u00e9enne se poursuit, moins son issue s&rsquo;\u00e9claire, plus elle acquiert une dimension internationale.<\/p>\n<p>Pour tous, les sujets d\u2019inqui\u00e9tude sont en effet multiples. La chute de l\u2019euro et la perspective d\u2019une r\u00e9cession europ\u00e9enne viennent freiner les ambitions commerciales de tous ceux qui voient dans le d\u00e9veloppement de leurs exportations la seule opportunit\u00e9 de d\u00e9velopper leur croissance. Le danger d\u2019une d\u00e9stabilisation du syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en, provenant de d\u00e9fauts jug\u00e9s in\u00e9vitables de certains des pays de la zone euro, pourrait menacer le syst\u00e8me bancaire am\u00e9ricain et d\u00e9clencher un nouveau cataclysme, s\u00e9v\u00e8re rebond d&rsquo;une crise qui ne manque pas d\u2019occasions \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>Le Peterson Institute for International Economics estime que les banques am\u00e9ricaines seraient globalement expos\u00e9es \u00e0 hauteur de 1.500 milliards de dollars dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Citigroup, pour sa part, \u00e9value \u00e0 190 milliards de dollars l&rsquo;exposition des cinq plus grandes banques am\u00e9ricaines \u00e0 la Gr\u00e8ce, l&rsquo;Irlande, l&rsquo;Italie, le Portugal et l&rsquo;Espagne.<\/p>\n<p><!--more-->De leur c\u00f4t\u00e9, <em>Les march\u00e9s<\/em> continuent de se manifester sans \u00e9quivoque, sans que l\u2019on comprenne exactement pourquoi. Craignent-ils le niveau atteint par la dette publique en Europe, et pour quelle raison vu qu\u2019elle est la plus faible de tout le monde occidental ? Redoutent-ils la perspective d\u2019une entr\u00e9e de la r\u00e9gion dans une longue r\u00e9cession \u00e9conomique ? R\u00e9agissent-ils, qui plus est, \u00e0 la mesure allemande d\u2019interdiction sur son territoire de certaines sp\u00e9culations financi\u00e8res ?<\/p>\n<p><em>Le march\u00e9 \u00e0 toujours raison<\/em>, certes, mais qu&rsquo;exprime-t-il avec tant d\u2019insistance ? Qu\u2019il faut couper brutalement les d\u00e9ficits \u00e0 l\u2019allemande, ou ne pas faire obstacle \u00e0 la relance, comme vient le demander Tim Geithner en Europe, qui a besoin de celle-ci aux Etats-Unis pour r\u00e9duire la dette ? La r\u00e9ponse est qu\u2019il semble vouloir tout \u00e0 la fois, signe de l\u2019impasse dans laquelle la crise g\u00e9n\u00e9rale est en train d&rsquo;entrer, en venant \u00e0 demander l\u2019impossible. On retrouve d\u2019ailleurs ces m\u00eames exigences contradictoires, ce m\u00eame flou qui laisse pantois dans les communiqu\u00e9s du FMI. Qui se traduisent toutefois, sur le terrain, par l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 des m\u00eames <em>conditionnalit\u00e9s<\/em> avec lesquelles sa r\u00e9putation s&rsquo;est b\u00e2tie.<\/p>\n<p>Au coeur des inconnues qui se manifestent depuis maintenant des mois se trouvent des interrogations sur la politique suivie par le gouvernement allemand. Seule strat\u00e9gie qui s&rsquo;est affirm\u00e9e, alors que chez les autres elle brille par son absence. A ce titre critiqu\u00e9e, tant en raison de ses atermoiements que de ses surprises, de son rigorisme et de ses cons\u00e9quences, si celui-ci devait l\u2019emporter. Avec comme seule certitude que l\u2019euro, \u00e0 ce r\u00e9gime, ne tiendra pas les chocs \u00e0 venir, fruits de cette strat\u00e9gie consid\u00e9r\u00e9e intenable. De fait, les Allemands sont d\u00e9j\u00e0 enlis\u00e9s \u00e0 Bruxelles, Herman van Rompuy, pr\u00e9sident de l&rsquo;Union europ\u00e9enne et Jos\u00e9 Barroso, pr\u00e9sident de la commission, prenant leurs distances avec leur plan.<\/p>\n<p>Sur la lanc\u00e9e de la crise grecque, et de l\u2019exemple qu\u2019elle a donn\u00e9, les gouvernements europ\u00e9ens br\u00fblent leurs premi\u00e8res cartouches sur le front de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, entra\u00een\u00e9s par les Allemands. Les Britanniques s\u2019y lancent, les Grecs, les Espagnols et les Portugais en tirent de nouvelles, les Italiens s\u2019y engagent, les Fran\u00e7ais commencent \u00e0 s\u2019y risquer. Les Allemands, de leur c\u00f4t\u00e9, tiennent \u00e0 montrer l\u2019exemple en alliant le geste \u00e0 la parole.<\/p>\n<p>Mais il appara\u00eet de plus en plus que chaque pays \u00e0 ses propres probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre, r\u00e9clamant des mesures particuli\u00e8res. Les Espagnols, suivants sur la liste selon les mauvaises augures, doivent faire face \u00e0 leur bulle immobili\u00e8re et \u00e0 l\u2019\u00e9tat catastrophique qui en a r\u00e9sult\u00e9 de leur r\u00e9seau de caisses d\u2019\u00e9pargnes, qui par son importance repr\u00e9sente la moiti\u00e9 du syst\u00e8me bancaire du pays.<\/p>\n<p>Le FMI se fait d\u00e9sormais pressant \u00e0 leur \u00e9gard, il vient de r\u00e9clamer ce qu\u2019il appelle non sans euph\u00e9misme \u00ab un r\u00e9\u00e9quilibrage en douceur de l\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb, avec un programme en trois points\u00a0: consolidations du budget et du secteur bancaire pour les deux premiers. Le troisi\u00e8me est lui seul d\u00e9crit dans le d\u00e9tail, consistant \u00e0 \u00ab\u00a0rendre le march\u00e9 du travail plus flexible pour favoriser l&#8217;emploi et sa redistribution entre secteurs\u00a0\u00bb, le co\u00fbt du licenciement devant \u00eatre abaiss\u00e9 \u00ab\u00a0au moins aux niveaux moyens en vigueur dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, l&rsquo;indexation des salaires avec l&rsquo;inflation abolie, et la fixation des salaires \u00ab\u00a0d\u00e9centralis\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 une feuille de route sans ambigu\u00eft\u00e9s. Sans d\u00e9tour, elle exprime la crainte que l&rsquo;Espagne voit tr\u00e8s prochainement son tour venu d&rsquo;\u00eatre attaqu\u00e9e par les march\u00e9s. Car les commentateurs lui font porter, en raison d&rsquo;un fort soubresaut de la crise des caisses d&rsquo;\u00e9pargne, la responsabilit\u00e9 de la poursuite de la chute de l&rsquo;euro.<\/p>\n<p>Les Italiens, de leur c\u00f4t\u00e9, viennent sur le devant de la sc\u00e8ne et reconnaissent tardivement que leurs r\u00e9gions du mezzogiorno sont financi\u00e8rement \u00e0 bout de souffle alors que se profile un f\u00e9d\u00e9ralisme fiscal qui ne pourra qu&rsquo;accentuer les d\u00e9s\u00e9quilibres r\u00e9gionaux et que leurs collectivit\u00e9s sont min\u00e9es par la bombe \u00e0 retardement d\u2019emprunts toxiques \u00e0 hauteur de plus de 33 milliards d\u2019euros. Un collectif budg\u00e9taire de 24 milliards d\u2019euros sera adopt\u00e9 mardi, comprenant \u00ab\u00a0des sacrifices tr\u00e8s lourds, tr\u00e8s durs\u00a0\u00bb, selon Giani Letta, le bras droit de Silvio Berlusconi.<\/p>\n<p>Les Allemands continuent de discr\u00e8tement tenir \u00e0 bout de bras leur r\u00e9seau de banques r\u00e9gionales et annoncent avec plus d&rsquo;ostentation 10 milliards de coupes budg\u00e9taires sur leur budget de l\u2019ann\u00e9e prochaine. Les Anglais, qui font face au plus important d\u00e9ficit public de toute l\u2019Union europ\u00e9enne, viennent d\u2019annoncer 6,2 milliards de livres de coupes budg\u00e9taires pour commencer, en attendant fin juin la divulgation d&rsquo;un nouveau projet de budget pour l\u2019ann\u00e9e fiscale en cours (qui se termine en mars prochain).<\/p>\n<p>Enfin, cette \u00e9num\u00e9ration serait incompl\u00e8te si l\u2019on ne faisait \u00e9tat de la situation dans de nombreux pays dits <em>de l\u2019Est<\/em>, o\u00f9 le retrait des capitaux de l\u2019Ouest a brutalement retir\u00e9 le tapis de sous leurs pieds, amenant la BERD a proc\u00e9der \u00e0 une augmentation de capital de 10 milliards, afin d\u2019augmenter ses investissements et de partiellement s\u2019y substituer.<\/p>\n<p>La crise europ\u00e9enne n\u2019est pas uniquement une crise de la dette publique, comme elle est pr\u00e9sent\u00e9e abusivement. Elle r\u00e9sulte d\u2019une combinaison de celle-ci avec la poursuite de la crise de la dette priv\u00e9e, rendant son approche d\u2019autant plus compliqu\u00e9e. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui explique que le gouvernement allemand cherche \u00e0 appuyer sa politique de diminution \u00e0 marche forc\u00e9e des d\u00e9ficits publics par des mesures de r\u00e9gulation de la finance, bien plac\u00e9 pour appr\u00e9cier les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019elle a caus\u00e9s dans leur propre syst\u00e8me financier et pour savoir qu\u2019ils ne sont pas r\u00e9sorb\u00e9s. Cherchant \u00e0 ce qu\u2019au moins cela ne s\u2019aggrave pas.<\/p>\n<p>Il y a beaucoup de duplicit\u00e9 dans l&rsquo;utilisation de l&rsquo;une pour masquer l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Sans doute faut-il le redire, la volte-face op\u00e9r\u00e9e par la BCE en s\u2019engageant dans le financement du d\u00e9ficit des Etats a comme principal objectif d\u2019\u00e0 nouveau sauver le syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en par ricochet. L&rsquo;objectif est de le pr\u00e9munir des cons\u00e9quences du d\u00e9faut des pays qui ne peuvent parvenir \u00e0 se financer sur <em>les march\u00e9s<\/em>, car cela le secouerait durement. Dans l&rsquo;urgence et presque la d\u00e9bandade, le choix a \u00e9t\u00e9 fait de venir une nouvelle fois \u00e0 son secours, avec comme cons\u00e9quence de rendre encore plus douloureux &#8211; et al\u00e9atoire &#8211; l\u2019accomplissement de l&rsquo;objectif fix\u00e9\u00a0d\u00e8s le d\u00e9part : faire payer le co\u00fbt de la crise non pas aux pollueurs mais aux pollu\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans un article publi\u00e9 lundi matin par le Financial Times, Wolfgang M\u00fcnchau met en doute la solvabilit\u00e9 de l\u2019ensemble de l\u2019Union europ\u00e9enne, prenant en compte non seulement le niveau atteint par la dette publique de ses membres, mais aussi les engagements tous confondus qui y ont \u00e9t\u00e9 pris, tant envers les Etats que les \u00e9tablissements bancaires. Il en tire comme conclusion la grande fragilit\u00e9 de l\u2019ensemble. Rappelant l\u2019\u00e9tat du syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en, il fait en particulier \u00e9tat de la situation des banques allemandes et fran\u00e7aises, qui sont loin d&rsquo;avoir r\u00e9gl\u00e9 le probl\u00e8me pos\u00e9 par les actifs toxiques qu&rsquo;ils d\u00e9tiennent. Les Allemandes en poss\u00e9dant, selon le Bafin (l\u2019organisme r\u00e9gulateur), pour une valeur de 800 milliards d\u2019euros \u00e0 elles-seules, un \u00e9norme montant encore sous-estim\u00e9 selon Wolfgang M\u00fcnchau.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, provocateur, il se demande quelle sera la note que les agences pourront bien attribuer \u00e0 la structure charg\u00e9e de g\u00e9rer le plan de sauvetage europ\u00e9en, la SPV (<em>Special Purpose Vehicle<\/em>) dont le fonctionnement fait toujours d\u00e9bat et qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e. Au final, il ne voit pas comment l\u2019\u00e9difice pourrait ne pas s\u2019\u00e9crouler comme un ch\u00e2teau de cartes, faute d\u2019une croissance salvatrice, \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de laquelle la politique allemande s&rsquo;obstine \u00e0 tourner le dos, si les banques n&rsquo;apurent pas leurs bilans.<\/p>\n<p>Venant ajouter \u00e0 la confusion ambiante, mais tirant sur une autre cible, Olivier Blanchard, l&rsquo;\u00e9conomiste en chef du FMI, estime pour sa part dans une interview \u00e0 La Tribune de mardi qu\u2019il est n\u00e9cessaire que la BCE \u00ab\u00a0clarifie sa communication\u00a0\u00bb; afin de convaincre les march\u00e9s qu\u2019elle continuera, \u00ab\u00a0si n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, \u00e0 acheter des obligations d\u2019Etat. Il met en garde contre le risque que \u00ab\u00a0sous la pression des march\u00e9s, certains pays fassent du z\u00e8le dans l\u2019aust\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Tout le contraire, en somme, de la politique pr\u00e9conis\u00e9e par les Allemands.<\/p>\n<p>Enfin, Simon Johnson, ancien chef \u00e9conomiste du FMI et pourfendeur aux Etats-Unis du projet de loi sur la r\u00e9gulation financi\u00e8re, d\u00e9veloppe une toute autre analyse dans un article co-sign\u00e9 avec Peter Boone et publi\u00e9 dans le Telegraph. Il consid\u00e9re qu\u2019une restructuration de la dette des pays les plus fragiles doit \u00eatre organis\u00e9e et un changement de destination des fonds europ\u00e9ens du <em>plan de stabilit\u00e9 financi\u00e8re<\/em> op\u00e9r\u00e9. Afin de les utiliser non plus pour sauver les Etats mais les banques qui payeront les pots cass\u00e9s, apr\u00e8s avoir du consentir \u00e0 une d\u00e9cote de leurs cr\u00e9ances. Car cela co\u00fbtera moins cher et cr\u00e9era une porte de sortie sans cela introuvable.<\/p>\n<p>Toutes ces analyses divergent sur la strat\u00e9gie \u00e0 adopter mais ont donc en commun de mettre en doute la viabilit\u00e9 de celle que les Allemands tentent d\u2019imposer.  La dynamique de la crise se chargera de d\u00e9nouer ce noeud, mais dans la douleur car ce n&rsquo;est pas au final un d\u00e9bat d&rsquo;id\u00e9es. Dans l\u2019imm\u00e9diat, l\u2019euro continue de baisser, le march\u00e9 interbancaire de donner des signes de d\u00e9fiance accrue entre les \u00e9tablissements, sans que rien ne parvienne \u00e0 arr\u00eater la glissade continue du premier et ne vient contribuer \u00e0 r\u00e9tablir la confiance entre les seconds.<\/p>\n<p>Le dossier de la taxe financi\u00e8re revient pour sa part \u00e0 la surface, la commission de Bruxelles ayant semble-t-il l&rsquo;intention de le r\u00e9activer, avec comme objectif de r\u00e9unir ainsi le financement permettant d&rsquo;octroyer des garanties au banques ou de cr\u00e9er des bad banks provisoires, voir d&rsquo;aider au d\u00e9mant\u00e8lement organis\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablissements, via des fonds nationaux. <\/p>\n<p>Dans un mois, le sommet de Toronto des 26 et 27 juin risque d&rsquo;\u00eatre agit\u00e9 \u00e0 ce sujet, il est pr\u00e9vu qu&rsquo;il ne sera pas conclusif. C&rsquo;est pourquoi celui de S\u00e9oul, qui le suivra en novembre prochain, est d\u00e9j\u00e0 dans la ligne de mire de ceux qui veulent faire avancer ce dossier, les Allemands en premi\u00e8re ligne, les Fran\u00e7ais tr\u00e8s restrictifs. Il y a en effet de la d\u00e9nonciation de la distorsion de la concurrence dans l&rsquo;air, les canadiens \u00e9tant oppos\u00e9s \u00e0 une telle mesure et les Am\u00e9ricains venant d&rsquo;inscrire dans leur projet de loi, par S\u00e9nat interpos\u00e9, l&rsquo;interdiction de toute aide gouvernementale aux banques en cas de probl\u00e8mes de celles-ci ! En Europe, les d\u00e9bats promettent d&rsquo;\u00eatre tumultueux sur le montant et l&rsquo;assiette de la taxe. Qu&rsquo;en pense l&rsquo;Institute of International Finance, le lobby des m\u00e9gabanques ? Il n&rsquo;est pas oppos\u00e9 dans son principe \u00e0 une telle taxe, mais \u00e0 la condition qu&rsquo;elle ne soit pas pr\u00e9ventive, car elle fortifierait alors l&rsquo;al\u00e9a moral&#8230;<\/p>\n<p>Pour mieux saisir la partie qui est en train de se jouer, il est int\u00e9ressant d&rsquo;observer de plus pr\u00e8s le march\u00e9 obligataire, l\u00e0 o\u00f9 se retrouvent pour y chercher leurs financements les Etats, les collectivit\u00e9s locales, les entreprises et les \u00e9tablissements financiers. Il est en panne ces derniers temps, le volume global des \u00e9missions ayant chut\u00e9. Les entreprises et les banques peinent d\u00e9sormais pour attirer les investisseurs. L\u2019inqui\u00e9tude monte \u00e0 ce propos de partout, car si ce grippage devait se poursuivre, il atteindrait les \u00e9metteurs priv\u00e9s, banques et entreprises, ainsi que les collectivit\u00e9s. Une crise du cr\u00e9dit bancaire ne suffisant pas, une autre du cr\u00e9dit obligataire se profile.<\/p>\n<p>Une interview au Financial Times de lundi de Corrado Passera, le patron d\u2019Intesa Sao Paulo (une banque commerciale fleuron du syst\u00e8me bancaire italien), apporte un \u00e9clairage au dossier. Moins parce que celui-ci s\u2019oppose aux position d\u00e9fendues par l\u2019Institute of International Finance (IIF), sur des sujets aussi chauds que l\u2019interdiction des structures hors bilan ou l\u2019utilisation obligatoire de chambres de compensation pour les produits d\u00e9riv\u00e9s, mais parce qu\u2019il r\u00e9affirme que le plus important dans ce qui est attendu du Comit\u00e9 de B\u00e2le sont les r\u00e8gles r\u00e9gissant la liquidit\u00e9 disponible des banques, qui doit selon lui \u00eatre tr\u00e8s renforc\u00e9e. Stephen Green, le PDG de HSBC qui pr\u00e9side l&rsquo;IIF, d\u00e9fend pour sa part l\u2019id\u00e9e que les ratios de liquidit\u00e9 doivent pouvoir \u00eatre modifi\u00e9s par le r\u00e9gulateur (on devine que c\u2019est \u00e0 la baisse). A l\u2019arriv\u00e9e, l\u2019enjeu s\u2019exprime en milliards de d\u2019euros et de dollars, ceux que les banques devront aller chercher sur <em>le march\u00e9<\/em> pour se conformer \u00e0 la r\u00e9glementation &#8211; dite de B\u00e2le III &#8211; quand elle sera adopt\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s dans les meilleures conditions au march\u00e9 obligataire est vital pour tous ceux qui s\u2019y rencontrent, il est en passe de devenir l\u2019objet d\u2019une comp\u00e9tition farouche. La crise europ\u00e9enne en est un des \u00e9pisodes, rien de moins. <em>Les march\u00e9s<\/em> &#8211; juge et partie quand on consid\u00e8re les m\u00e9gabanques qui en sont d&rsquo;\u00e9minents membres- ne font qu\u2019exprimer leurs priorit\u00e9s et int\u00e9r\u00eats en faisant pression sur les Etats pour qu\u2019ils diminuent leurs ponctions sur le march\u00e9 obligataire.<\/p>\n<p>Mais il est une autre approche instructive de la crise de la dette publique, qui concerne les Etats-Unis, la mise \u00e0 nu d&rsquo;un m\u00e9canisme essentiel de base de la gestion de la dette am\u00e9ricaine. L\u2019Etat et les m\u00e9gabanques am\u00e9ricaines ont partie li\u00e9e dans la d\u00e9fense d&rsquo;une activit\u00e9 financi\u00e8re tr\u00e8s profitable \u00e0 n&rsquo;entraver \u00e0 aucun prix\u00a0: la sp\u00e9culation sur les produits d\u00e9riv\u00e9s. D&rsquo;o\u00f9 la plus visible des carences de la loi qui va \u00eatre adopt\u00e9e. La raison en est que l\u2019Etat am\u00e9ricain a un besoin vital : les investisseurs am\u00e9ricains, qui contribuent au financement de la dette publique pour un tiers de son volume, doivent pouvoir continuer \u00e0 faire leurs affaires afin de continuer \u00e0 jouer le r\u00f4le qui leur est d\u00e9volu par le Tr\u00e9sor: assurer \u00e0 court terme le roulement de la dette.<\/p>\n<p>Leur en laisser les moyens, c\u2019est un pr\u00eat\u00e9 pour un rendu. Lire \u00e0 ce propos l&rsquo;analyse \u00e9clairante de la structure de la dette f\u00e9d\u00e9rale sur <a href=\"http:\/\/criseusa.blog.lemonde.fr\/2010\/05\/23\/la-strategie-de-securite-financiere-de-l%E2%80%99etat-federal-l%E2%80%99envers-de-la-dette\/\">le blog d&rsquo;Onubre Einz<\/a> intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Economie et crise aux USA\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les am\u00e9ricains disposent ainsi d&rsquo;un m\u00e9canisme donnant de la souplesse \u00e0 la gestion de leur dette publique, faisant appel pour la financer en premier lieu aux investisseurs am\u00e9ricains, qui ach\u00e8tent des obligations \u00e0 court terme, avant de restructurer ensuite leur dette dans des obligations \u00e0 long terme aupr\u00e8s des investisseurs \u00e9trangers ou des \u00ab\u00a0trusts\u00a0\u00bb.  Ce n\u2019est pas le cas des Europ\u00e9ens, qui d\u00e9pendent des <em>march\u00e9s<\/em> plus \u00e9troitement, expliquant qu\u2019ils font en priorit\u00e9 les frais de la crise de la dette publique.<\/p>\n<p>Mais le dispositif strat\u00e9gique am\u00e9ricain, qui pourrait s&rsquo;inscrire dans celui relatif \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale du pays, r\u00e9sistera-t-il longtemps si la croissance \u00e9conomique n&rsquo;est pas au rendez-vous ? A bien y regarder, d&rsquo;o\u00f9 vient le danger principal, des Chinois ou des investisseurs am\u00e9ricains eux-m\u00eames ? Dans une envol\u00e9e assez audacieuse, Larry Summers, le conseiller \u00e9conomique de Barack Obama, vient de mettre sur le m\u00eame plan la s\u00e9curit\u00e9 nationale, le changement climatique plan\u00e9taire et la r\u00e9duction du d\u00e9ficit budg\u00e9taire comme autant de probl\u00e8mes \u00ab\u00a0qui ne sont pas insolubles\u00a0\u00bb. Ajoutant devant son auditoire d\u2019\u00e9tudiants de Washington\u00a0:\u00a0\u00bbLa premi\u00e8re mesure est de faire tout ce que nous pouvons pour permettre la reprise\u00a0\u00bb. C\u2019est exactement ce que les Europ\u00e9ens ont dit, avant de devoir en faire leur deuil.<\/p>\n<p>O\u00f9 trouver un tel gisement de croissance ? S&rsquo;inscrivant dans l&rsquo;orthodoxie du moment, Robert Zoellick, pr\u00e9sident de la Banque Mondiale, croit le d\u00e9celer dans l&rsquo;exportation. A propos de l&rsquo;Europe, dit-il, \u00ab\u00a0Il ne s&rsquo;agit pas que d&rsquo;avoir une aust\u00e9rit\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve, mais de trouver des voies durables vers la prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. O\u00f9 doivent-ils les chercher, selon lui ? \u00ab\u00a0Ils ont besoin de saisir les occasions venant de la croissance dans les pays en d\u00e9veloppement pour \u00e9viter leur propre d\u00e9cennie perdue\u00a0\u00bb. En d&rsquo;autres termes, il n&rsquo;y a de salut que dans l&rsquo;exportation, nous revoil\u00e0 en vue du m\u00eame butoir. Quand allons-nous entendre que, pour y parvenir, il faut r\u00e9former le syst\u00e8me mon\u00e9taire international ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Avec un bel ensemble, toutes les bourses europ\u00e9ennes, japonaises et am\u00e9ricaines viennent \u00e0 nouveau de louper une grosse marche. De son c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;euro continuait de descendre par rapport \u00e0 toutes les monnaies, \u00e0 l&rsquo;exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[94,98,80,203,142,75,4475,329,31,311,33,74,160,76,264,58,54,108],"class_list":["post-12136","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","tag-allemagne","tag-barack-obama","tag-bce","tag-comite-de-bale","tag-dette-publique","tag-espagne","tag-etats-unis","tag-euro","tag-fmi","tag-france","tag-g20","tag-grande-bretagne","tag-grece","tag-japon","tag-portugal","tag-produits-derives","tag-reprise","tag-taxe-financiere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12136","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12136"}],"version-history":[{"count":70,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12136\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48267,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12136\/revisions\/48267"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12136"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12136"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12136"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}