{"id":122517,"date":"2020-08-01T11:03:04","date_gmt":"2020-08-01T09:03:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=122517"},"modified":"2021-05-20T13:12:38","modified_gmt":"2021-05-20T11:12:38","slug":"les-passantes-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/08\/01\/les-passantes-2\/","title":{"rendered":"<b>Les passantes<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/OV5bI0tixYQ\" width=\"700\" height=\"450\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><\/iframe><\/p>\n<blockquote><p>Un extrait de mon roman (in\u00e9dit) <em>Dix-sept portraits de femmes<\/em> :<\/p><\/blockquote>\n<p>Quand on est assis dans un restaurant, \u00e0 moins qu\u2019on n\u2019ait le regard fix\u00e9 sur la porte, ce sont les gens qui entrent qui vous aper\u00e7oivent avant que vous ne les voyiez vous\u2013m\u00eame. Ce sont donc eux qui ont le loisir de poser le regard sur vous. La sc\u00e8ne se passe \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner \u00e0 \u00ab House of Nanking \u00bb sur Kearny \u00e0 San Francisco et donc cette femme entre, et en fait elles sont deux, mais c\u2019est la premi\u00e8re qui me regarde. Je commence du coup par la seconde, une Chinoise am\u00e9ricaine, trente ans, tr\u00e8s am\u00e9ricanis\u00e9e ; c\u2019est au maquillage et aux cheveux boucl\u00e9s qu\u2019on peut mesurer l\u2019am\u00e9ricanisation des Chinoises. Et l\u2019autre, \u00e0 mon avis, c\u2019est une Iranienne, pas une trace d\u2019accent, donc probablement n\u00e9e ici, grande, la cinquantaine blue-jeans. Et l\u00e0, paf ! Dieu sait, c\u2019est peut-\u00eatre moi qui l\u2019ai regard\u00e9e le premier ? <!--more--><\/p>\n<p>Toujours est-il qu\u2019elle vient tout droit s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, et c\u2019est elle qui engage la conversation, qui dit, en s\u2019adressant \u00e0 Raoul, et en montrant notre plat, \u00ab C&rsquo;est quoi \u00e7a, \u00e7a a l&rsquo;air tr\u00e8s bon ! \u00bb, et Raoul lui r\u00e9pond, il dit, \u00ab Oui. Ce sont des coquilles Saint-Jacques mais \u00e7a n&rsquo;a pas du tout le go\u00fbt de ce dont \u00e7a a l&rsquo;air \u00bb, ce qui est tout \u00e0 fait vrai parce qu\u2019elles sont pan\u00e9es, au m\u00eame titre d&rsquo;ailleurs que les champignons de Paris qui composent \u00e9galement le plat. Mais moi je ne me m\u00eale pas de tout \u00e7a. C\u2019est seulement plus tard, au moment o\u00f9 elle essaie de retirer son blouson, tr\u00e8s joli d\u2019ailleurs en cuir marron, tr\u00e8s fin, en le faisant tomber de ses \u00e9paules, et qu\u2019elle s\u2019emp\u00eatre parce que \u00e7a ne veut plus glisser dans le m\u00e9lange de tissu et de cuir qui s\u2019ensuit, que je participe \u00e0 la manoeuvre, en retenant sa manche. Et quand elle comprend qu\u2019elle n\u2019a pu se d\u00e9gager que gr\u00e2ce \u00e0 mon intervention, elle se tourne vers moi et, sans rien dire, en me fixant droit dans les yeux, elle me tapote deux fois sur l\u2019\u00e9paule, comme on dit \u00ab Brave gar\u00e7on ! \u00bb ou plut\u00f4t \u00ab Brave toutou ! \u00bb<\/p>\n<p>Ces moments de familiarit\u00e9, entre gens qui ne se connaissent pas, comme cette fille dont j\u2019ai parl\u00e9 sur le bateau, qui me montre sa glotte (<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=251\">La luette<\/a>), font venir \u00e0 la surface la complicit\u00e9 possible, et qui n\u2019aura jamais lieu, parce qu\u2019il y a trop de circonstances dans une vie, trop de choses qui se passent en parall\u00e8le et qui r\u00e9clament chacune de l\u2019attention, trop de rouages qui tournent en sens inverse les uns des autres et chacun \u00e0 sa propre vitesse, concentr\u00e9 sur son histoire \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Baudelaire a \u00e9crit \u00ab \u00c0 une passante \u00bb et c\u2019est effectivement \u00ab \u00e9crit \u00bb, peut-\u00eatre un peu trop \u00e9crit,<\/p>\n<blockquote><p>Un \u00e9clair&#8230; puis la nuit ! &#8211; Fugitive beaut\u00e9<br \/>\nDont le regard m&rsquo;a fait soudainement rena\u00eetre,<br \/>\nNe te verrai-je plus que dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Ailleurs, bien loin d&rsquo;ici ! trop tard ! jamais peut-\u00eatre !<br \/>\nCar j&rsquo;ignore o\u00f9 tu fuis, tu ne sais o\u00f9 je vais,<br \/>\n\u00d4 toi que j&rsquo;eusse aim\u00e9e, \u00f4 toi qui le savais.<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais sur ce sujet, je pr\u00e9f\u00e8re de loin ce que Monsieur Antoine Pol, Capitaine d\u2019artillerie, n\u00e9 \u00e0 Douai le 23 ao\u00fbt 1888 \u2013 mort \u00e0 Seine-Port le 21 juin 1971, a \u00e9crit durant la Grande Guerre (je l\u2019imagine notant ceci dans un petit calepin, les pieds dans la boue d\u2019une tranch\u00e9e, et des nu\u00e9es de gaz jaune lui passant par-dessus la t\u00eate), avant que Monsieur Georges Brassens ne le chante, bien des ann\u00e9es plus tard :<\/p>\n<blockquote><p>Je veux d\u00e9dier ce po\u00e8me<br \/>\nA toutes les femmes qu&rsquo;on aime<br \/>\nPendant quelques instants secrets,<br \/>\n\u00c0 celles qu&rsquo;on conna\u00eet \u00e0 peine<br \/>\nQu&rsquo;un destin diff\u00e9rent entra\u00eene<br \/>\nEt qu&rsquo;on ne retrouve jamais.<br \/>\n&#8230;<br \/>\n\u00c0 la compagne de voyage<br \/>\nDont les yeux, charmant paysage<br \/>\nFont para\u00eetre court le chemin.<br \/>\nQu&rsquo;on est seul, peut-\u00eatre, \u00e0 comprendre<br \/>\nEt qu&rsquo;on laisse pourtant descendre<br \/>\nSans avoir effleur\u00e9 sa main.<\/p>\n<p>\u00c0 la fine et souple valseuse<br \/>\nQui vous sembla triste et nerveuse<br \/>\nPar une nuit de carnaval.<br \/>\nQui voulut rester inconnue<br \/>\nEt qui n&rsquo;est jamais revenue<br \/>\nTournoyer dans un autre bal.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je suis d\u2019accord que ce n\u2019est pas tr\u00e8s bien \u00e9crit, c\u2019est un peu rocailleux et si les mots finissent par tomber \u00e0 la bonne place, tout \u00e7a sent quand m\u00eame le dictionnaire de synonymes, et en m\u00eame temps, c\u2019est tr\u00e8s tr\u00e8s bien dit. Lui, Capitaine d\u2019artillerie, et moi, t\u00e2tant les mots, essayant de faire comprendre ce qui se passe entre les hommes et les femmes \u00e0 la veille du printemps.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-122520\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Nanking.png\" alt=\"\" width=\"1040\" height=\"736\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Nanking.png 1040w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Nanking-300x212.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Nanking-1024x725.png 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Nanking-768x544.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1040px) 100vw, 1040px\" \/><\/p>\n<blockquote><p>A d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 ici le 5 f\u00e9vrier 2008.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/OV5bI0tixYQ\" width=\"700\" height=\"450\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><\/iframe><\/p>\n<blockquote>\n<p>Un extrait de mon roman (in\u00e9dit) <em>Dix-sept portraits de femmes<\/em> :<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand on est assis dans un restaurant, \u00e0 moins qu\u2019on n\u2019ait le regard fix\u00e9 sur la porte, ce sont les gens qui entrent qui vous aper\u00e7oivent avant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7458],"tags":[7459,6835,3559,780],"class_list":["post-122517","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dix-sept-portraits-de-femmes","tag-dix-sept-portraits-de-femmes","tag-antoine-pol","tag-charles-baudelaire","tag-georges-brassens"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122517","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=122517"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122517\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":127883,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122517\/revisions\/127883"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=122517"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=122517"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=122517"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}