{"id":122762,"date":"2020-08-12T11:46:45","date_gmt":"2020-08-12T09:46:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=122762"},"modified":"2020-08-12T11:47:22","modified_gmt":"2020-08-12T09:47:22","slug":"resilience-vs-securite-hydrique-la-politique-des-mots-et-des-choses-cedric-chevalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/08\/12\/resilience-vs-securite-hydrique-la-politique-des-mots-et-des-choses-cedric-chevalier\/","title":{"rendered":"<b>R\u00e9silience vs S\u00e9curit\u00e9 hydrique &#8211; la politique des mots et des choses<\/b>, par C\u00e9dric Chevalier"},"content":{"rendered":"<p>Nous vivons une p\u00e9riode o\u00f9 la question de la \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb -sanitaire, \u00e9conomique, sociale, \u00e9cologique, hydrique, politique- est particuli\u00e8rement pr\u00e9gnante.<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions critiques de l&rsquo;\u00e9conomiste de l&rsquo;eau Riccardo Petrella portent sur une des conceptions dominantes de la \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb, dans les instances internationales et les multinationales. <a href=\"https:\/\/wsimag.com\/fr\/economie-et-politique\/61408-eau-et-resilience\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/wsimag.com\/fr\/economie-et-politique\/61408-eau-et-resilience&amp;source=gmail&amp;ust=1597305123784000&amp;usg=AFQjCNGBvAm3yYopnX7Q-3p10Jx1YSEOcQ\">Notamment ici<\/a>. <!--more--><\/p>\n<p>Riccardo Petrella y critique vertement cette conception de la \u00ab\u00a0r\u00e9silience hydrique\u00a0\u00bb des Coca Cola, Pepsi, Unilever, Nestl\u00e9, des Etats qui souhaitent faire de l&rsquo;eau un enjeu de lutte g\u00e9ostrat\u00e9gique, des \u00e9conomistes qui souhaitent que l&rsquo;eau soit un bien-marchandise comme les autres, source de profit. Petrella lui, estime que l&rsquo;eau, en raison de son caract\u00e8re vital, est un droit humain au caract\u00e8re sacr\u00e9, qui doit \u00eatre gouvern\u00e9 par une logique de fin et non de moyen. C&rsquo;est pourquoi il opte pour les termes de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 hydrique\u00a0\u00bb. Cette r\u00e9flexion est passionnante parce qu&rsquo;elle se trouve au coeur de notre \u00e9poque. Face au capitalisme, au n\u00e9olib\u00e9ralisme, \u00e0 l&rsquo;extractivisme, au productivisme et au consum\u00e9risme, comment lutter pour int\u00e9grer les limites dans la pens\u00e9e et l&rsquo;action humaine, et prot\u00e9ger l&rsquo;humanit\u00e9 des humains, leur vie m\u00eame, et la justice ?<\/p>\n<p>On se trouve face \u00e0 un probl\u00e8me classique pour la pens\u00e9e et l&rsquo;action : l&rsquo;articulation entre les mots employ\u00e9s, les r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9sign\u00e9es et les intentions des interlocuteurs, sous la tension des rapports de forces symboliques et politiques.\u00a0Egalement un probl\u00e8me classique de rh\u00e9torique, la construction d&rsquo;un \u00ab\u00a0ennemi rh\u00e9torique\u00a0\u00bb, si pas \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb, dans le m\u00eame geste.<\/p>\n<p>Riccardo Petrella, avec l\u00e9gitimit\u00e9, passion et sans doute beaucoup de raison, d\u00e9construit, critique et rejette le concept de r\u00e9silience, dans cette conception particuli\u00e8re des institutions internationales et des multinationales, ou encore d&rsquo;une certaine pens\u00e9e n\u00e9olib\u00e9rale (qui dit \u00ab\u00a0l&rsquo;humain doit \u00eatre un auto-entrepreneur r\u00e9silient capable de se relever seul de tous les chocs\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>C&rsquo;est le m\u00eame probl\u00e8me qu&rsquo;avec la croissance, le d\u00e9veloppement, le d\u00e9veloppement durable ou encore l&rsquo;\u00e9conomie circulaire. Ces mots peuvent toujours avoir une acception vertueuse et l\u00e9gitime pour des \u00ab\u00a0gens comme nous\u00a0\u00bb (la \u00ab\u00a0croissance de la sagesse\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement de la permaculture\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie circulaire de la\u00a0 nature\u00a0\u00bb, etc.). Mais, par contingence historique, ils sont devenus des \u00ab\u00a0mots-ennemis\u00a0\u00bb, qui sont utilis\u00e9s par nos \u00ab\u00a0ennemis\u00a0\u00bb (les ennemis de la vie sur Terre), qui symbolisent le syst\u00e8me m\u00eame qui nous oppresse et nous ali\u00e8ne. On pourrait aussi faire le tour des mots \u00ab\u00a0propagande\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0souverainet\u00e9\u00a0\u00bb et leur trouver une vocation n\u00e9faste voire criminelle, ou alors remonter \u00e0 leur sens \u00e9tymologique et leur donner un sens plus vertueux.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;impression que c&rsquo;est ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 pour Riccardo Petrella : la \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb est pour lui symbole d&rsquo;infamie.<\/p>\n<p>Moi qui n&rsquo;ai pas son parcours, son expertise et son exp\u00e9rience, je consid\u00e8re le mot \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb comme un beau mot, vertueux, plein de promesses. Je me fonde sur les conceptions psychologiques, m\u00e9dicales et \u00e9cosyst\u00e9miques du terme r\u00e9silience.<\/p>\n<p>Nous aurions \u00e0 mon sens tort \u00ab\u00a0d&rsquo;essentialiser\u00a0\u00bb les mots mais nous aurions \u00e9galement tort de ne pas reconna\u00eetre leur signification contingente. Un probl\u00e8me est la difficult\u00e9 perp\u00e9tuelle de conserver la main haute dans la lutte pour la contagion culturelle et le sens des mots.\u00a0 Pour Erasme, la R\u00e9forme pouvait avoir un sens vertueux ou inhumain. Pour Luther, la R\u00e9forme \u00e9tait Dieu sur Terre. L&rsquo;humanisme des transhumanistes n&rsquo;est pas celui des d\u00e9croissants. Certains diront m\u00eame que ces deux courants sont anti-humanistes&#8230; D\u00e8s lors je con\u00e7ois qu&rsquo;il doit exister quelque part un arbitrage de fond et d&rsquo;instrument, strat\u00e9gique et tactique, dans le choix des mots que nous faisons.<\/p>\n<p>Comme Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon l&rsquo;a montr\u00e9 en critiquant notamment Thomas Piketty, employer les mots, les cat\u00e9gories du capitalisme quand on lutte contre lui ou ses effets, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 se montrer vaincu en sortant son glaive dans l&rsquo;ar\u00e8ne ferm\u00e9e de l&rsquo;inconscient et de l&rsquo;imaginaire capitaliste. Si on parle de profit, d&#8217;emploi, de productivit\u00e9, on joue sur le terrain du capitalisme. Oui mais comment faire alors ?<\/p>\n<p>Comme Wittgenstein l&rsquo;a montr\u00e9, on sait finalement tr\u00e8s peu de chose sur ce que l&rsquo;autre pense et con\u00e7oit dans sa t\u00eate quand il utilise un mot et d\u00e9signe une chose.<\/p>\n<p>Les d\u00e9croissants ont forg\u00e9 le mot-obus \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb qui, il faut le reconna\u00eetre, s&rsquo;oppose tellement au dogme de la croissance qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais pu \u00eatre captur\u00e9 par la pens\u00e9e dominante. Mais ce mot est devenu aussi un marqueur symbolique tr\u00e8s fort, un tabou qui, quand il est franchi \u00ab\u00a0signale\u00a0\u00bb l&rsquo;interlocuteur qui l&#8217;emploie. Je soup\u00e7onne certains d\u00e9croissants sinc\u00e8res de ne jamais utiliser le mot \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb pour ces raisons instrumentales. Ce mot a pourtant un sens profond qui d\u00e9signe une n\u00e9cessit\u00e9 : d\u00e9croitre l&rsquo;expansion mat\u00e9rielle de l&rsquo;\u00e9conomie et en m\u00eame temps l&#8217;empreinte \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Je pensais au terme \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9cor\u00e9silience\u00a0\u00bb pour rejetter\u00a0l&rsquo;atomisme et le refus des limites n\u00e9olib\u00e9raux, et insister sur sa dimension syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>Pour moi la r\u00e9silience est un mot qui d\u00e9signe une r\u00e9alit\u00e9 bien sp\u00e9cifique, biophysique, et qui n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9quivalent dans la langue fran\u00e7aise. La r\u00e9silience est un concept plus proche des sciences exactes que la s\u00e9curit\u00e9, qui est un terme propre \u00e0 la sph\u00e8re humaine (que signifie la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb de l&rsquo;orbite d&rsquo;une plan\u00e8te pour un astrophysicien ? par contre la r\u00e9silience de cette orbite peut-\u00eatre mise en \u00e9quations math\u00e9matiques).<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi je ne souhaite pas abandonner ce mot malgr\u00e9 la critique de Riccardo Petrella<\/p>\n<p>Je penche alors sur cette autre strat\u00e9gie, celle des philosophes : redonner ses lettres de noblesse \u00e0 un mot qui d\u00e9signe une ou des choses, reconceptualiser, regagner la main haute sur la bataille culturelle pour la d\u00e9finition s\u00e9mantique des mots.<\/p>\n<p>Je serais curieux de conna\u00eetre l&rsquo;avis des lecteurs \u00e0 ce sujet&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous vivons une p\u00e9riode o\u00f9 la question de la \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb -sanitaire, \u00e9conomique, sociale, \u00e9cologique, hydrique, politique- est particuli\u00e8rement pr\u00e9gnante.<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions critiques de l&rsquo;\u00e9conomiste de l&rsquo;eau Riccardo Petrella portent sur une des conceptions dominantes de la \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb, dans les instances internationales et les multinationales. <a href=\"https:\/\/wsimag.com\/fr\/economie-et-politique\/61408-eau-et-resilience\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/wsimag.com\/fr\/economie-et-politique\/61408-eau-et-resilience&amp;source=gmail&amp;ust=1597305123784000&amp;usg=AFQjCNGBvAm3yYopnX7Q-3p10Jx1YSEOcQ\">Notamment ici<\/a>. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5273,4494,6],"tags":[3677,4574,6985],"class_list":["post-122762","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-communs","category-environnement","category-questions-essentielles","tag-eau","tag-lobbies","tag-riccardo-petrella"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122762","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=122762"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122762\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":122766,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122762\/revisions\/122766"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=122762"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=122762"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=122762"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}