{"id":12295,"date":"2010-05-29T22:22:16","date_gmt":"2010-05-29T20:22:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=12295"},"modified":"2013-01-02T18:01:28","modified_gmt":"2013-01-02T17:01:28","slug":"lactualite-de-la-crise-le-temps-des-discrets-conciliabules-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/05\/29\/lactualite-de-la-crise-le-temps-des-discrets-conciliabules-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: le temps des discrets conciliabules, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>LE TEMPS DES DISCRETS CONCILIABULES<\/strong><\/p>\n<p><i>Les march\u00e9s<\/i> sont nerveux, les gouvernements sont inquiets, voici venu le temps des conciliabules, qui ne contribuent pas \u00e0 leur tour \u00e0 rassurer. <\/p>\n<p>Ne sachant plus \u00e0 quoi s\u2019en tenir, les analystes sont \u00e0 la recherche f\u00e9brile de l\u2019indice ou du taux qui cette fois-ci annoncera \u00e0 temps que le lait va \u00e0 nouveau d\u00e9border, brutal et irr\u00e9sistible. La volatilit\u00e9 qu\u2019ils constatent du c\u00f4t\u00e9 <i>des march\u00e9s<\/i> est en soi un indice de la crainte qui s\u2019y est install\u00e9e et qu&rsquo;ils partagent. <\/p>\n<p>Mais quel sera le signal qui leur permettra d\u2019anticiper ? Afin de se replier \u00e0 temps de positions avanc\u00e9es et hasardeuses, ou au contraire de se pr\u00e9parer \u00e0 faire de bonnes affaires (car, comme en tant de guerre, une crise financi\u00e8re aigu\u00eb est une opportunit\u00e9 \u00e0 ne pas manquer pour profiter des meilleures occasions). <\/p>\n<p>En attendant, de nerveuses et massives transhumances de capitaux sont signal\u00e9es quasi quotidiennement, du march\u00e9 des actions \u00e0 celui des obligations d\u2019Etat et r\u00e9ciproquement. Manifestant un bel opportunisme ou la recherche du meilleur et incertain refuge, au choix. P\u00eale-m\u00eale, toutes les raisons de cette situation sont donn\u00e9es. Mais c&rsquo;est la crise europ\u00e9enne qui a la vedette, allez savoir si elle va s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer ou se tasser! Les paris, toutefois, se prennent tr\u00e8s majoritairement en faveur de la premi\u00e8re hypoth\u00e8se. <\/p>\n<p><!--more-->Si les banques sont identifi\u00e9es comme vecteur de la propagation mondiale de la crise, leur bilan de sant\u00e9 reste tr\u00e8s confidentiel, rendant l&rsquo;analyse incertaine. On subodore toutefois, non sans de s\u00e9rieux indices, que les banques europ\u00e9ennes ont beaucoup fait le gros dos et continuent d\u2019\u00eatre particuli\u00e8rement fragiles. Aux risques anciens qu\u2019elles dissimulent s\u2019ajoutent d\u00e9sormais les nouveaux qui se profilent ; aux vieux stocks d\u2019actifs toxiques toujours \u00e9gar\u00e9s au fond de leurs livres de compte &#8211; ceux qu\u2019ils n\u2019ont pu mettre en pension \u00e0 la BCE &#8211; s\u2019additionnent les gros paquets d\u2019obligations des Etats en p\u00e9ril, pour lesquels l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une in\u00e9vitable restructuration de la dette tient la corde. Une question de temps, para\u00eet-il. <\/p>\n<p>Rien ne va plus, mais qu\u2019est-ce qui ne va pas au juste ? Ceux qui gardent la t\u00eate sur les \u00e9paules constatent que les chutes (ou les hausses) de tel ou tel indicateur ne sont pas d\u2019une si grande amplitude que cela, compar\u00e9es aux temps qui ont suivi la faillite de Lehman Brothers, ce terrible pr\u00e9c\u00e9dent dans toutes les pens\u00e9es sinon sur toutes les l\u00e8vres. Mais quand on ne cerne pas bien le mal, comment le gu\u00e9rir ? Comment r\u00e9soudre cette quadrature du cercle que repr\u00e9sente la mise en place de la <i>rigueur<\/i> sans porter atteinte \u00e0 la croissance \u00e9conomique\u00a0? <\/p>\n<p>L\u2019OCDE voudrait bien donner consistance \u00e0 cette gageure, tout du moins le temps de sa r\u00e9union minist\u00e9rielle annuelle, qui vient de se tenir \u00e0 Paris. On s\u2019aper\u00e7oit, en lisant plus attentivement le texte de son communiqu\u00e9 final, qu\u2019elle n\u2019y parvient qu\u2019en proc\u00e9dant en deux temps\u00a0: la reprise d\u2019abord, la lutte contre le d\u00e9ficit ensuite. \u00abIl convient d&rsquo;\u00e9laborer des plans cr\u00e9dibles et transparents d&rsquo;assainissement budg\u00e9taire \u00e0 moyen terme\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est proclam\u00e9 comme \u00e9tant \u00e0 l\u2019ordre du jour lu devant l\u2019Europe toute enti\u00e8re. <\/p>\n<p>Faisant de la politique fiction, le FMI continue pour sa part de chevaucher les contradictions en affichant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir simultan\u00e9ment sur les deux fronts, et de faire preuve d\u2019un discernement dont les gouvernements occidentaux aimeraient qu\u2019il donne la recette, pour la mettre \u00e0 ex\u00e9cution. <\/p>\n<p>A chacun son dilemme. Transpos\u00e9, cela donne ceci: faut-il sauver les Etats pour sauver les banques, ou bien le contraire \u00a0? Renflouer les premiers avec les moyens du bord pour \u00e9viter la chute des seconds, ou bien cesser de jouer au billard et prendre le probl\u00e8me bille en t\u00eate, avec les m\u00eames moyens qui ne sont pas infinis\u00a0? C&rsquo;est comme d&rsquo;habitude la pire des solutions qui a \u00e9t\u00e9 choisie. <\/p>\n<p>Les Allemands voudraient tout faire \u00e0 la fois, mais \u00e0 leur mani\u00e8re, apr\u00e8s avoir annonc\u00e9 vouloir remettre la politique au poste de commande. Ce qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement une bonne nouvelle au vu de l\u2019aust\u00e8re orientation strat\u00e9gique qu\u2019ils pr\u00e9conisent, m\u00eame si elle est accompagn\u00e9e dans le domaine de la r\u00e9gulation financi\u00e8re d\u2019audacieuses innovations &#8211; dont la port\u00e9e est symbolique \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre pratique &#8211; qui leur sont beaucoup reproch\u00e9es et les laissent isol\u00e9s.<\/p>\n<p>Va donc pour officiellement sauver les Etats, si l\u2019on y parvient ! Mais l\u2019agence Fitch joue \u00e0 son tour le facteur et vient apporter, apr\u00e8s Standard &#038; Poor\u2019s, une mauvaise nouvelle qui appuie l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal, en d\u00e9gradant la note de la dette souveraine espagnole\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9gradation refl\u00e8te l&rsquo;opinion que le processus d&rsquo;ajustement vers un niveau plus bas d&rsquo;endettement priv\u00e9 et ext\u00e9rieur va mat\u00e9riellement r\u00e9duire le taux de croissance de l&rsquo;\u00e9conomie espagnole \u00e0 moyen terme\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Les effets secondaires du rem\u00e8de, selon l&rsquo;agence, sont aussi n\u00e9gatifs que le mal lui-m\u00eame, ce qui ne laisse aucune de marge de manoeuvre. Or, l\u2019Espagne &#8211; un beaucoup plus gros morceaux que la Gr\u00e8ce &#8211; \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de plus en plus donn\u00e9e comme candidate au prochain \u00e9pisode de la crise europ\u00e9enne, alors que les gouvernements de la zone euro tardent \u00e0 mettre en place la structure charg\u00e9e de g\u00e9rer leur plan d\u2019aide. Retard caus\u00e9 par des divergences persistantes avec les Allemands, qui veulent garder le contr\u00f4le \u00e9tape par \u00e9tape de tout processus d\u2019activation. <\/p>\n<p>S&rsquo;agissant de l&rsquo;Espagne, on ne parle plus des risques de sa dette publique, mais de l&rsquo;ampleur de sa dette priv\u00e9e, trois fois plus importante. Celle-ci a rendu n\u00e9cessaire, et prioritaire, une restructuration qui peine du r\u00e9seau de caisses d\u2019\u00e9pargnes (qui contribue pour moiti\u00e9 au chiffre d\u2019affaires de l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me bancaire), tr\u00e8s s\u00e9rieusement atteint par le d\u00e9gonflement de la bulle immobili\u00e8re espagnole. De quoi relativiser le discours ambiant sur la dette publique et l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, qui conna\u00eet d\u2019ailleurs une certaine inflexion. Et l\u2019on entend de plus en plus de voix commencer \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter du risque que la d\u00e9pression ferait prendre \u00e0 la zone euro, si l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 devait y r\u00e9gner. Risquant de d\u00e9clencher une spirale descendante, aboutissant \u00e0 une franche r\u00e9cession, emp\u00eachant au final de r\u00e9duire comme attendu le d\u00e9ficit public, pour renvoyer \u00e0 la case d\u00e9part dans de plus mauvaises conditions. <\/p>\n<p>Parmi ses voix, et non des moindres, celle de Tim Geithner, secr\u00e9taire d\u2019Etat au Tr\u00e9sor, d\u2019abord en vill\u00e9giature \u00e0 P\u00e9kin avant de rejoindre directement l\u2019Europe au d\u00e9bott\u00e9, prenant l\u2019initiative de premiers conciliabules qui depuis se poursuivent. <\/p>\n<p>Que dit-on de ses rendez-vous successifs dont fort peu a transpir\u00e9 \u00a0? Que Tim Geithner affecte publiquement de croire qu\u2019une r\u00e9cession europ\u00e9enne ne r\u00e9duirait pas significativement la croissance des Etats-Unis (dont le taux actuel vient d\u2019\u00eatre abaiss\u00e9 par rapport \u00e0 la premi\u00e8re annonce, comme il est d\u00e9sormais de coutume), mais qu&rsquo;il s\u2019interroge sur le maintien de la croissance am\u00e9ricaine, si les mesures publiques de soutien du gouvernement am\u00e9ricain n&rsquo;\u00e9taient pas renouvel\u00e9es et si les Chinois ne r\u00e9\u00e9valuent pas leur devise. <\/p>\n<p>Il aurait propos\u00e9 \u00e9galement aux Europ\u00e9ens de calmer <i>les march\u00e9s<\/i> en lan\u00e7ant une op\u00e9ration publique de <i>stress-test<\/i> de leurs banques, contrairement \u00e0 la premi\u00e8re mouture dont les r\u00e9sultats sont rest\u00e9s confidentiels. Une mani\u00e8re d\u00e9licate de sugg\u00e9rer, s\u2019il ne l\u2019a pas m\u00eame clairement dit, qu\u2019il fallait enfin se d\u00e9cider \u00e0 affronter la situation de fragilit\u00e9 du syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en. <\/p>\n<p>Que les effets d\u2019annonce de sauvetage, c\u2019\u00e9tait fini, parce que cela ne convainquait plus personne, et qu\u2019il fallait se d\u00e9p\u00eacher de boucler un dispositif qui ne l\u2019est toujours pas. Enfin, message plus sp\u00e9cialement destin\u00e9 aux Allemands, qu\u2019il fallait laisser aux banques les moyens de faire leur business et ne pas toucher au march\u00e9 des produits d\u00e9riv\u00e9s, si on voulait qu\u2019elles se redressent un peu par elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Bref, il a \u00e9nonc\u00e9 une politique en tous points contraire \u00e0 celle des Allemands. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner, dans ces conditions, que la conf\u00e9rence de presse commune de Tim Geithner et de Wolfgang Sch\u00e4uble ait \u00e9t\u00e9 \u00e9court\u00e9e dans la limite de ce que la d\u00e9cence permettait, rompant avec tous les usages \u00e9tablis. \u00ab\u00a0Les march\u00e9s veulent voir des actes\u00a0\u00bb a-t-il eu tout de m\u00eame le temps de d\u00e9clarer, ce qui valait critique implicite de la politique suivie par son compagnon de tribune. <\/p>\n<p>D\u00e8s le lendemain, que se sont dit \u00e0 Paris les ministres des finances allemand et fran\u00e7ais ? Nous n\u2019en savons strictement rien, sauf \u00e0 tenter l\u2019ex\u00e9g\u00e8se de la belle formule employ\u00e9e par Michael Offer, le porte-parole de Wolfgang Sch\u00e4uble\u00a0:  les ministres ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0une concertation sur une approche commune\u00a0\u00bb. Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, fid\u00e8le \u00e0 une implacable strat\u00e9gie de communication, aucun commentaire n\u2019\u00e9tait disponible.  Rendons n\u00e9anmoins gr\u00e2ce \u00e0 Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, qui y a \u00e9t\u00e9 de son commentaire ineffable sur la situation g\u00e9n\u00e9rale, sur la cha\u00eene d\u2019information en continu LCI\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui est surtout r\u00e9v\u00e9lateur dans cet \u00e9pisode, c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui on a l&rsquo;impression que la nervosit\u00e9 sur les march\u00e9s financiers est telle que n&rsquo;importe quelle rumeur est colport\u00e9e et donne lieu \u00e0 des mouvements dans les prix des actifs financiers (&#8230;) Tout \u00e7a est un peu ridicule, j&rsquo;esp\u00e8re que nous allons tr\u00e8s vite retourner \u00e0 une zone de calme. Il faut arr\u00eater de croire n&rsquo;importe quelle rumeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ne peut-on pas croire, tout au contraire, que les \u00ab\u00a0rumeurs\u00a0\u00bb ne vont pas manquer de surgir \u00e0 tout propos et de partout, et que l\u2019axe franco-allemand va avoir de plus en plus de difficult\u00e9 \u00e0 maintenir son unit\u00e9 de fa\u00e7ade, tant les politiques des deux partenaires divergent \u00a0? D\u00e9j\u00e0, les Fran\u00e7ais se sont finalement publiquement d\u00e9solidaris\u00e9s de la mesure allemande d\u2019interdiction des <i>CDS nus<\/i>, laissant les premiers dans un superbe isolement partag\u00e9 avec les Autrichiens, rejoints ce matin sur le m\u00eame terrain par le gouvernement espagnol. <\/p>\n<p>Le r\u00e9gulateur espagnol, la CNMV, a en effet annonc\u00e9 jeudi soir que les positions de vente \u00e0 d\u00e9couvert portant sur plus de 0,2% du capital d\u2019une liste de soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle figurent les \u00e9tablissements financiers allaient devoir \u00eatre port\u00e9e \u00e0 sa connaissance, abaissant le seuil pr\u00e9c\u00e9demment fix\u00e9. Une mesure dissuasive destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger notamment les banques de la sp\u00e9culation.  <\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des banques,\u00a0on apprenait que Hypo Real Estate (HRE) venait d\u2019activer une garantie gouvernementale suppl\u00e9mentaire de 10 milliards d\u2019euros. L&rsquo;\u00e9chec de la restructuration de la grande banque allemande sp\u00e9cialis\u00e9e dans les <i>Panbriefen<\/i> (obligations couvertes par des cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires), qui jouent un r\u00f4le important en Allemagne, aurait des cons\u00e9quences massives pour l\u2019\u00e9conomie allemande. D\u00e9j\u00e0 nationalis\u00e9e, sa situation reste tr\u00e8s fragile : elle annonce pertes apr\u00e8s pertes, et l\u2019on sait qu\u2019elle d\u00e9tient de surcroit un portefeuille important d\u2019obligations d\u2019Etats europ\u00e9ens. A elle seule, sa situation permet de comprendre la politique allemande. <\/p>\n<p>Reste sur le tapis un autre gros dossier, celui de la taxe financi\u00e8re. L\u00e0 \u00e9galement, les Allemands ont pris l\u2019initiative, relay\u00e9s par la Commission de Bruxelles qui s&rsquo;est jet\u00e9 \u00e0 l&rsquo;eau et a formul\u00e9 un plan via Michel Barnier, son commissaire au march\u00e9 int\u00e9rieur. Celui-ci, connaissant son monde, a laiss\u00e9 de nombreuses portes ouvertes \u00e0 la n\u00e9gociation, notamment sur les deux questions cl\u00e9 de l\u2019assiette de la taxe et de son taux. Cela n\u2019a pas suffi: les Britanniques, vite rejoints par les Fran\u00e7ais, n\u2019envisageant pas que son produit puisse ne pas abonder le budget g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Etat, modifiant son affectation et retirant projet son sens qui est d&rsquo;amasser des r\u00e9serves pour faire face \u00e0 la prochaine crise bancaire. <\/p>\n<p>Pour compliquer encore davantage le jeu que le gouvernement allemand cherche \u00e0 ouvrir, Axel Weber, pr\u00e9sident de la Bundesbank et, il se murmure encore, successeur de Jean-Claude Trichet \u00e0 la t\u00eate de la BCE, vient de prendre aussi ses distances avec lui\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00eame si une telle taxe serait utile pour r\u00e9cup\u00e9rer certains co\u00fbts de la crise, c&rsquo;est un instrument mineur pour internaliser les effets d&rsquo;activit\u00e9s risqu\u00e9es pour la stabilit\u00e9 financi\u00e8re\u00a0\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, ajoutant pour mettre les deux pieds dans le plat : \u00ab\u00a0l&rsquo;interdiction compl\u00e8te de certaines activit\u00e9s est une intervention sur le march\u00e9 lourde de cons\u00e9quences\u00a0\u00bb, ces activit\u00e9s n&rsquo;ayant, selon la prudente double n\u00e9gation du hi\u00e9rarque, \u00ab\u00a0pas n\u00e9cessairement une valeur ajout\u00e9e \u00e9conomiquement nulle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les banques \u00e9vitant de se prononcer trop ouvertement, d\u2019autres s\u2019en chargent. Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a pr\u00e9conis\u00e9 lui aussi la prudence\u00a0\u00e0 propos d\u2019une taxe : \u00ab\u00a0Ce qu&rsquo;il faudra bien faire, c&rsquo;est le calcul total de ce qu&rsquo;on demande aux banques \u00e0 la fois dans leur bilan et \u00e9ventuellement dans une taxe en sus. Parce qu&rsquo;au total, ce sont des pr\u00e9l\u00e8vements qui peuvent \u00eatre r\u00e9percut\u00e9s sur le co\u00fbt du cr\u00e9dit, et donc r\u00e9percut\u00e9s n\u00e9gativement sur la croissance. Donc il faut faire tr\u00e8s attention \u00e0 trouver le juste \u00e9quilibre de toutes ces mesures\u00a0\u00bb. Faire tr\u00e8s attention, dans le langage cod\u00e9 de la politique, cela signifie ne pas entreprendre. <\/p>\n<p>Enfin, \u00e0 propos des mesures impos\u00e9es aux banques en g\u00e9n\u00e9ral, un renfort important est venu en la personne de Mario Mesquita, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 sur le syst\u00e8me financier mondial de la Banque des R\u00e8glements Internationaux (BRI)\u00a0: \u00ab\u00a0Les changements pr\u00e9vus dans l&rsquo;activit\u00e9 de financement pourraient conduire \u00e0 une augmentation des co\u00fbts et une expansion plus lente des cr\u00e9dits de la part des banques internationales (&#8230;) Alors que, l&rsquo;expansion des cr\u00e9dits avant la crise \u00e9tant excessive, et le risque inh\u00e9rent sous-estim\u00e9, cela ne serait pas forc\u00e9ment une mauvaise cons\u00e9quence mais pourrait freiner la reprise \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Un propos bien balanc\u00e9 de banquier central qui, en termes crus, signifie que si l\u2019on charge trop la barque des banques, on prend un risque qui n\u2019est pas de saison. <\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, la plus grande harmonie de vue ne r\u00e8gne pas dans le camp occidental, \u00e0 la mesure des imp\u00e9ratifs contradictoires dans lesquels ses acteurs sont de plus en plus plac\u00e9s. Il va en falloir, des conciliabules ! Cela rend la d\u00e9finition et l\u2019application d\u2019une politique commune encore plus al\u00e9atoire, \u00e9loignant d\u2019autant toute perspective de sortie de crise, une expression dont il est \u00e0 noter qu\u2019elle a disparue des <i>\u00e9l\u00e9ments de langage<\/i> europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Giulio Tremonti, le ministre italien des finances et pr\u00e9sent\u00e9 comme aspirant \u00e0 la succession de Silvio Berlusconi, ne les avait sans doute pas lus. Lors du forum annuel \u00e0 Paris de l\u2019OCDE, il a en effet d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Il est \u00e9vident que tout le continent doit changer de mod\u00e8le politique, doit changer la structure de l&rsquo;Etat providence, du mod\u00e8le social\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Peut-\u00eatre avait-il \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9 par la lecture d\u2019un article de Dave Shellock dans le Financial Times, destin\u00e9 \u00e0 faire le tour des diff\u00e9rents march\u00e9s et de leur volatilit\u00e9 commune. Au d\u00e9tour d\u2019une phrase, ce dernier apportait une contribution fondamentale \u00e0 la <i>science \u00e9conomique<\/i>, proposant le concept de \u00ab\u00a0non-financial economy\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9conomie non financi\u00e8re si l\u2019on comprend bien, que l\u2019on appelle le plus souvent &#8211; ce qui est d\u00e9j\u00e0 en soi surprenant &#8211; <i>l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle<\/i>. <\/p>\n<p>Sans autre commentaire. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>LE TEMPS DES DISCRETS CONCILIABULES<\/strong><\/p>\n<p><i>Les march\u00e9s<\/i> sont nerveux, les gouvernements sont inquiets, voici venu le temps des conciliabules, qui ne contribuent pas \u00e0 leur tour \u00e0 rassurer. <\/p>\n<p>Ne sachant plus \u00e0 quoi s\u2019en tenir, les analystes sont \u00e0 la recherche f\u00e9brile de l\u2019indice ou du taux qui cette fois-ci annoncera \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[186,94,80,53,56,96,142,75,4475,4479,31,311,354,58,416,108,243],"class_list":["post-12295","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","tag-agences-de-notation","tag-allemagne","tag-bce","tag-bourse","tag-cds","tag-croissance","tag-dette-publique","tag-espagne","tag-etats-unis","tag-europe","tag-fmi","tag-france","tag-ocde","tag-produits-derives","tag-recession","tag-taxe-financiere","tag-zone-euro"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12295"}],"version-history":[{"count":54,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12295\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48258,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12295\/revisions\/48258"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12295"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12295"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}