{"id":124905,"date":"2020-11-17T18:50:03","date_gmt":"2020-11-17T17:50:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=124905"},"modified":"2020-11-17T18:50:03","modified_gmt":"2020-11-17T17:50:03","slug":"confession-par-chantal-montellier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/11\/17\/confession-par-chantal-montellier\/","title":{"rendered":"<b>Confession<\/b>, par Chantal Montellier"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><b>CONFESSION<\/b><\/p>\n<p class=\"p1\">La nuit derni\u00e8re j\u2019ai r\u00eav\u00e9 que je mourais et que je faisais venir un pr\u00eatre pour me confesser&#8230; Mais me confesser de quoi ? Du mal que l\u2019on m\u2019a fait ?<\/p>\n<p class=\"p1\">En me r\u00e9veillant je me suis dit que, depuis des d\u00e9cennies, j\u2019essayais d\u2019expliquer une histoire, la mienne, que personne, surtout dans la BD, ne voulait vraiment entendre. Peut-\u00eatre que sous une forme \u201cdigest\u201d \u00e7a passerait mieux ?<\/p>\n<p class=\"p1\">Essayons :<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p class=\"p1\"><b>1968<\/b><\/p>\n<p class=\"p1\">Je ne suis pas loin d\u2019en finir, tant ma vie est invivable malgr\u00e9 ma r\u00e9ussite aux Beaux-Arts, o\u00f9 je suis d\u2019ailleurs trait\u00e9e comme une pestif\u00e9r\u00e9e, par les enfants de la bourgeoisie st\u00e9phanoise et lyonnaise.<\/p>\n<p class=\"p1\">Contexte familial: une m\u00e8re malade (\u00e9pilepsie provoqu\u00e9e par un avortement aussi tardif que clandestin et massacreur). Pas seulement malade, d\u2019ailleurs, mais aussi suicidaire car stigmatis\u00e9e, y compris dans sa propre famille. P\u00e8re inatteignable, car il a refait assez bourgeoisement \u00a0et \u201cproprement\u201d sa vie en me laissant derri\u00e8re lui.<\/p>\n<p class=\"p1\">D\u00e9but juillet, je rencontre, dans un bistrot d\u2019\u00e9tudiants, un certain Pierre Charras, qui fait des \u00e9tudes d\u2019anglais, et gagne sa vie comme surveillant d\u2019externat au lyc\u00e9e Claude Fauriel de la ville.<\/p>\n<p class=\"p1\">Son \u00e9pouse, qui porte le m\u00eame pr\u00e9nom que moi, y est secr\u00e9taire.<\/p>\n<p class=\"p1\">On raconte qu\u2019elle est cocue 10 fois par jour et que P.\u00a0 Ch. la tourne volontiers en ridicule aupr\u00e8s de ses maitresses et de ses copines, comme, par exemple, Annette Besset, qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019interm\u00e9diaire entre lui et moi.<\/p>\n<p class=\"p1\">Ce jour-l\u00e0, le bistro est quasi d\u00e9sert car les \u00e9tudiants r\u00e9volutionnaires st\u00e9phanois sont partis \u00e0 Palavas-les Flots, au Grau-du-Roi, ou sur les plages espagnoles. La r\u00e9volution s\u2019arr\u00eate o\u00f9 commencent les vacances scolaires et les cong\u00e9s pay\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"p1\">L\u2019\u00e9pouse de Charras, fille d\u2019un gros commer\u00e7ant de la ville, un certain Choquelin, est partie dans leur maison de campagne, en Haute-Loire, le laissant seul avec ses angoisses et ses peurs. En effet, je l\u2019ignore encore, mais celui qui allait devenir mon mari, souffre de la m\u00eame maladie que ma m\u00e8re, l\u2019\u00e9pilepsie! Le hasard n\u2019existe pas. La forme de son mal est beaucoup plus discr\u00e8te, (pas de convulsions spectaculaires), mais elle met cependant sa vie en danger, car il peut, \u00e0 tout moment, avoir un malaise, perdre connaissance, faire une chute et se tuer. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui a fini par arriver quelques d\u00e9cennies plus tard: Il est tomb\u00e9 de cheval et s\u2019est fractur\u00e9 la colonne vert\u00e9brale, apr\u00e8s m\u2019avoir fait tomb\u00e9 de tr\u00e8s haut.<\/p>\n<p class=\"p1\">La s\u00e9duction et la sexualit\u00e9 fr\u00e9n\u00e9tiques de Pierre sont donc l\u00e0 pour calmer l\u2019angoisse de mort, mais, chut !surtout n\u2019en rien dire ! Il cache tr\u00e8s habilement cela derri\u00e8re un humour d\u00e9vastateur, si ce n\u2019est meurtrier. Je sais que je n\u2019en suis pas la seule victime. En juillet 68, cet humour-l\u00e0 me s\u00e9duit et je le partage en partie. Il dit m\u2019aimer. Je crois que c\u2019est vrai. Il se sent solidaire de moi, fille d\u2019\u00e9pileptique. En g\u00e9n\u00e9ral, lorsque je parle de ma m\u00e8re et de son \u00e9tat \u00e0 mes flirts, ils me l\u00e2chent instantan\u00e9ment et partent en courant. Ca me change&#8230; Et puis, \u00a0gr\u00e2ce \u00e0 ce lien, j\u2019\u00e9chappe \u00e0 la d\u00e9r\u00e9liction et mes id\u00e9es de suicide battent en retraite.<\/p>\n<p class=\"p1\">Pour moi, en quelques jours, il quitte sa femme et largue deux ou trois maitresses, de pr\u00e9f\u00e9rence en s\u2019arrangeant pour que j\u2019en sois t\u00e9moin !<\/p>\n<p class=\"p1\">Je crois au coup de foudre, \u00e0 la passion. Je crois au miracle. Je crois \u00eatre sauv\u00e9e. On est en 68, il est \u201cinterdit d\u2019interdire\u201d, tout est plus ou moins cul par-dessus t\u00eate, et les excentricit\u00e9s, le \u201cjouir sans entrave\u201d, \u00a0les postures provocatrices, la folie sont devenues des choses ordinaires et normales. Mais tout cela n\u2019est, au fond du fond, que pulsions destructrices et morbides. Sadisme et manipulations. Morbidit\u00e9 et perversit\u00e9. En me pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 son \u00e9pouse, P. Ch. prend sa revanche d\u2019homme malade sur la sant\u00e9 (et l\u2019inconscience ?) de sa femme l\u00e9gitime qui est partie seule en vacances l\u2019abandonnant \u00e0 ses peurs.<\/p>\n<p class=\"p1\">Notre relation, d\u00e8s le d\u00e9part, est ainsi plac\u00e9e sous le signe de la maladie, de la mort, de l\u2019angoisse. Certes, ce lien me sauve provisoirement, \u00a0mais il est toxique et vou\u00e9 au malheur \u00e0 plus ou moins long terme.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais pendant plus de dix ans, il nous soude et nous nous jetons d\u2019un commun accord dans la cr\u00e9ation. Pierre passe sa licence, et devient prof d\u2019anglais. Je finis mes \u00e9tudes aux Beaux arts et devient prof d\u2019art plastiques, mais ni lui ni moi ne nous sentons bien dans ces m\u00e9tiers pour gens \u201cnormaux\u201d. Il y a trop de souffrance en nous, nous sommes des grands br\u00fbl\u00e9s&#8230; Nous changeons de direction.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il devient traducteur et com\u00e9dien, moi dessinatrice politique gr\u00e2ce ou \u00e0 cause de l\u2019un de mes coll\u00e8gues qui enseigne le fran\u00e7ais dans la m\u00eame boite \u00e0 cancres que mon mari et moi. Aim\u00e9 Marcellan, fils de r\u00e9publicains espagnols en exil ayant fuit le franquisme au prix d\u2019un d\u00e9racinement douloureux et de beaucoup d\u2019humiliations, est l\u2019un des r\u00e9dacteurs de Combat syndicaliste. il m\u2019y fait entrer vers 1973\/74. Je me retrouve ainsi \u00e0 \u00eatre la premi\u00e8re femme dessinatrice politique fran\u00e7aise&#8230; A\u00efe !<\/p>\n<p class=\"p1\">D\u2019autres portes s\u2019ouvrent rapidement \u00e0 moi dans des journaux de gauche, notamment syndicaux.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais plus je deviens visible, plus les agressions et les coups commencent \u00e0 pleuvoir, sexisme oblige. \u00a0Mes dessins sont trop f\u00e9ministes, trop communistes, trop ouvri\u00e9ristes, bref, trop engag\u00e9s et trop durs, pour que je puisse b\u00e9n\u00e9ficier du consensus des ann\u00e9es 80. Je serais plut\u00f4t la b\u00eate \u00e0 abattre.<\/p>\n<p class=\"p1\">En 1976, la BD vient me chercher pour le journal \u201cAh!Nana\u201d que publie les Humano\u00efdes associ\u00e9s (Dionnet, Druillet, Moebius, Farkas).<\/p>\n<p class=\"p1\">J\u2019accepte, mais c\u2019est un peu trop de travail pour moi, trop de supports en m\u00eame temps. Je suis \u00e0 la tache nuit et jour avec l\u2019aide de Pierre qui me fait des caf\u00e9s et&#8230; me donne des id\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"p1\">Si je maitrise \u00e0 peu pr\u00e8s le dessin, je suis un peu moins habile et sure de moi c\u00f4t\u00e9 texte, et surtout, je suis encore bien na\u00efve et ignorante politiquement. Mon compagnon beaucoup moins.<\/p>\n<p class=\"p1\">Si mon imaginaire est la majeure partie du temps leader de ma production, c\u00f4t\u00e9 dialogues, les lumi\u00e8res de Charras sont souvent sollicit\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mon succ\u00e8s va grandissant, et je ne verrai pas d\u2019inconv\u00e9nient \u00e0 co-signer, d\u2019autant que ma vraie vocation est la Peinture, avec un grand P, pas l\u2019art narratif ou le dessin de presse que je place tr\u00e8s loin en dessous. Mon truc c\u2019est l\u2019Art ! \u00a0Les Plantu, Br\u00e9t\u00e9cher, Wolinski, dont les dessins me font \u201dsaigner les yeux\u201d, \u00a0sont pour moi \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres au dessous de Francis Bacon, Frida Kahlo, Egon Schiele ou Van Gogh, pour ne citer qu\u2019eux. Je suis du c\u00f4t\u00e9 des grands br\u00fbl\u00e9s, pas des amuseurs. Au fond du fond, je n\u2019ai rien \u00e0 faire dans la Bande dessin\u00e9e, du moins telle qu\u2019elle qui circule sur le March\u00e9, et au vu de qui sont ses \u00e9diteurs.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais je dois gagner ma vie et la peinture ne me le permettrait pas. Et puis je finis, peu \u00e0 peu, par m\u2019int\u00e9resser vraiment au dessin politique et \u00e0 la BD. Ces milieux-l\u00e0 sont d\u2019un sexisme aussi outrancier que\u00a0moyen-\u00e2geux et j\u2019ai envie de faire bouger les lignes, quitte \u00e0 y laisser quelques plumes. Quelques-unes mais pas toutes comme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le cas ou presque !<\/p>\n<p class=\"p1\"><b>1978<\/b><\/p>\n<p class=\"p1\">Pendant le festival d\u2019Avignon de 1978, Pierre fait la rencontre d\u2019une actrice dont il tombe amoureux. Notre relation s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e, en partie \u00e0 cause de ses trop nombreuses infid\u00e9lit\u00e9s, dont je ne comprends toujours pas la cause r\u00e9elle et profonde. Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 pris de malaise en ma pr\u00e9sence ou a pr\u00e9text\u00e9 l\u2019abus d\u2019alcool.<\/p>\n<p class=\"p1\">Par ailleurs je n\u2019ai plus de d\u00e9sir pour lui et notre relation, \u00e0 ce niveau, vire peu \u00e0 peu \u00e0 une forme plut\u00f4t molle de \u201csado-masochisme\u201d. Bref, j\u2019en ai assez et le repousse quasi syst\u00e9matiquement ce qui, bien s\u00fbr, ne lui plait pas trop.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le couple se brise, mais nous signons, enfin, in extr\u00e9mis, un livre ensemble, \u201cLa Toilette\u201d, aux \u00e9ditions Futuropolis.<\/p>\n<p class=\"p1\">La rupture est douloureuse, dangereuse pour moi, et je crains \u00e0 nouveau la d\u00e9r\u00e9liction, les id\u00e9es suicidaires, et puis je n\u2019ai pas grand chose de solide sous les pieds. Travailler seule me semble hors de port\u00e9e. Je continue cependant \u00e0 produire avec quelques albums comme par exemple le troisi\u00e8me \u201cAndy Gang\u201d et \u201cOdile et les crocodiles\u201d&#8230;<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00a0Je continue aussi \u00e0 travailler pour la presse, mais seule. Ma vie \u201camoureuse\u201d est chaotique, mais je noue tout de m\u00eame assez vite une nouvelle relation, avec Edmond P., un sociologue CNRS qui se croit marxiste. Le fait d\u2019\u00eatre tous les deux proches du PC favorise cette rencontre. Lui aussi vient de rompre avec sa compagne, lui aussi m\u00e8ne une vie sentimentale chaotique, lui aussi est un grand br\u00fbl\u00e9, bless\u00e9 (mais je ne le sais pas encore)&#8230; Une m\u00e8re exil\u00e9e espagnole (pour les m\u00eames causes que les Marcellan), jeune, tr\u00e8s belle, et un peu \u201cfolle\u201d; un p\u00e8re, Ogier P. \u00e2g\u00e9, h\u00e9ros de la guerre contre le franquisme (encore lui!), mais foudroy\u00e9 par une crise cardiaque alors que son fils Edmond n\u2019\u00e9tait pas encore pub\u00e8re. Ogier, infirme, aveugle et muet, (il \u00e9tait devenu interpr\u00e8te), clou\u00e9 dans un fauteuil roulant, et une jeune m\u00e8re accabl\u00e9e et frustr\u00e9e sexuellement, hyst\u00e9rique&#8230; l\u2019oedipe en souffre, forc\u00e9ment&#8230; (Je ne d\u00e9couvre qu\u2019assez tardivement et \u00e0 mes d\u00e9pends que mon sociologue fait \u00a0en r\u00e9alit\u00e9 \u201ccouple\u201d avec sa m\u00e8re !)<\/p>\n<p class=\"p1\">Pendant ce temps-l\u00e0, plus la \u201cgauche\u201d au pouvoir trahit, plus je me radicalise politiquement. Charrras, avec lequel j\u2019ai gard\u00e9 quelques relations tr\u00e8s distendus, suit le courant dominant et d\u00e9chire sa carte du PC. Moi, le virage n\u00e9o-lib\u00e9ral de Mitterrand me rend malade, alors que mon ex-mari s\u2019embourgeoise: achat de deux appartements \u00e0 Paris, vill\u00e9giature \u00e0 Granville, mondanit\u00e9s, etc&#8230; A l\u2019oppos\u00e9, je suis de plus en plus stigmatis\u00e9e,\u201d l\u2019ami Pierrot\u201d qui ne me pr\u00eate plus sa plume, est, lui, honor\u00e9 (Prix des Deux magots)&#8230; Je suis une paria, il devient un auteur \u00e0 la mode. Un proche de Simone Gallimard \u00e0 laquelle il fait la cour et qu\u2019il sait charmer et divertir.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il est vivant socialement, je suis morte. Ou presque.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le sommet de la trahison est atteint quand, apr\u00e8s la publication de mon album \u201cShelter\u201d (1980), \u00e0 la gestation duquel il n\u2019est pas tout \u00e0 fait \u00e9tranger, mais que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 seule, je me retrouve \u00e0 \u00eatre invit\u00e9e \u00e0 Apostrophes gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019attach\u00e9e de presse (tr\u00e8s mondaine et efficace) des Humanos, et \u00e0 son carnet d\u2019adresse.<\/p>\n<p class=\"p1\">C\u2019est la catastrophe ! Je dis tout ce qu\u2019il ne faut pas dire, comme par exemple : \u201cJ\u2019ai moins peur de la Libye de Kadhafi que de l\u2019Am\u00e9rique de Carter\u201d (Hum!). Je traite de \u201craciste\u201d le livre de Lapierre et Collins, \u201cLe cinqui\u00e8me cavalier\u201d, dans lequel feu le colonel prend le pr\u00e9sident des USA en otage, et menace de vitrifier (!?) New York si la Palestine n\u2019est pas lib\u00e9r\u00e9e. Un tissu d\u2019absurdit\u00e9s intens\u00e9ment m\u00e9diatis\u00e9es, of course. On conna\u00eet la suite.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mon album conna\u00eet un tr\u00e8s grand succ\u00e8s, (j\u2019attends toujours les droits d\u2019auteur !) La jalousie d\u00e9cuple. Les agressions aussi.<\/p>\n<p class=\"p1\">Charras, lui, est vert de rage et de jalousie ; sa com\u00e9dienne (de boulevard) aussi. Pour reprendre le dessus, il va clamer sur tous les toits que le VRAI auteur de <i>Shelter<\/i> c\u2019est lui et pas moi. Il va aussi se servir de son arme la plus redoutable : le rire. Il met les rieurs de son c\u00f4t\u00e9 et me carbonise. Bient\u00f4t, je ne suis plus, pour le tout Paris mondain, qu\u2019une ridicule \u201cesclave sexuelle analphab\u00e8te\u201d, une mis\u00e9rable buse qui a parasit\u00e9 son mari. Une pauvre \u201cFOLLE\u201d, une tar\u00e9e qu\u2019il a tenue \u00e0 bout de bras toute une d\u00e9cennie&#8230; Des rumeurs immondes commencent \u00e0 courir, dont tous ceux \u00e0 qui je fais de l\u2019ombre vont se servir. \u00a0Mon talent ? Quel talent ? Mon travail ? Quel travail ? Mes ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes au bout desquelles je suis sortie major de ma promotion avec la meilleure moyenne au CAFAS (Certificat d\u2019Aptitude \u00e0 une Formation Artistique Sup\u00e9rieure), et une belle r\u00e9ussite au DNBA (Dipl\u00f4me National des Beaux Arts) ? Quelles \u00e9tudes ? Quelle r\u00e9ussite ?<\/p>\n<p class=\"p1\">Je suis la b\u00eate \u00e0 abattre. Fliqu\u00e9e, ostracis\u00e9e, les d\u00e9sinvitations pleuvent. Ma mise \u00e0 mort est devenue un sport national. Les agressions, les insultes, ne se comptent plus. Cela s\u2019appelle un lynchage en principe.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mon couple avec le sociologue ex marxiste (qui s\u2019est align\u00e9), finit par exploser. Je me retrouve seule, sans argent ni contrat, stigmatis\u00e9e et coiff\u00e9e d\u2019un splendide entonnoir qui semble \u00eatre d\u00e9finitivement soud\u00e9 \u00e0 mon cr\u00e2ne.<\/p>\n<p class=\"p1\">On l\u00e2che les psys sur moi et mon \u0153uvre, le verdict est simple : \u00a0\u201ctoxique forc\u00e9ment toxique\u201d&#8230;<\/p>\n<p class=\"p1\">(Il est vrai que mon histoire familiale favorise les interpr\u00e9tations p\u00e9nalisantes).<\/p>\n<p class=\"p1\">J\u2019ai, quand je vivais avec E.P. et sur son insistance, (il me prenait pour une parano\u00efaque), fini par consulter une psy, \u00a0Gennie Lemoine-Luccioni pour ne pas la nommer. Une ancienne lectrice de chez Gallimard. Une \u201cidole\u201d des f\u00e9ministes. Gennie est l\u2019amie de Collette Garrigues qui a co-publi\u00e9 \u201cOdile et les crocodiles\u201d dans la collection \u201cMille et une femmes\u201d. Je retiens quelques-unes des phrases de ma psy, grav\u00e9es pour toujours dans ma m\u00e9moire:<\/p>\n<p class=\"p1\">&#8211; \u201cVous n\u2019\u00eates pas parano\u00efaque, on vous tue!\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\">&#8211; \u201cVotre conscience de la mort et de la souffrance est tr\u00e8s grande, cela n\u2019a pas que des inconv\u00e9nients, surtout pour la cr\u00e9ation\u201d&#8230;<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00a0&#8211; \u201cLa psychanalyse et la cr\u00e9ation lib\u00e8rent une parole que la soci\u00e9t\u00e9 et ses dominants r\u00e9-emprisonnent.\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\">&#8211; \u201cLa parole du pr\u00e9dateur fait moins peur que celle de la proie que vous \u00eates.\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\">&#8211; \u201cVous voulez savoir, voir, ce n\u2019est pas le cas de la majorit\u00e9 des gens qui pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019aveugler.\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\">&#8211; \u201cOn pr\u00e9f\u00e8re s\u2019identifier au bourreau qu\u2019\u00e0 sa victime!\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\">La femme de lettres et essayiste feu Viviane Forester, elle, \u00e9crivait :<\/p>\n<p class=\"p1\">\u201cOn nous vend l\u2019oubli de notre mort pour mieux manipuler nos vies.\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\"><b>2020<\/b><\/p>\n<p class=\"p1\">Mais aujourd\u2019hui, avec le coronavirus, l\u2019oubli (et le refoulement de la mort) devient une chose plus difficile. Esp\u00e9rons que la soci\u00e9t\u00e9, voire l\u2019humanit\u00e9, vont devenir enfin adulte ? Vont regarder enfin la mort et la souffrance en face. Pour ma part, c\u2019est fait depuis au moins 7 d\u00e9cennies ! Je n\u2019ai gu\u00e8re eu le choix, au vu de mon histoire familiale, et les enfants de mon \u00e2ge le plus tendre me paraissaient souvent d\u2019une niaiserie extr\u00eame. Folie ou lucidit\u00e9 trop pr\u00e9coce ?<\/p>\n<p class=\"p1\">Lazhari L. un ami journaliste et \u00e9diteur alg\u00e9rien, que le FIS avait condamn\u00e9 \u00e0 mort et \u00e0 l\u2019exil, disait \u00e0 ceux qui doutaient de ma sant\u00e9 mentale :<\/p>\n<p class=\"p1\">&#8211; \u201cChantal n\u2019est pas folle, elle est seulement incompr\u00e9hensible pour des gens comme vous !\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\">&#8211; \u201cVous saviez au d\u00e9but de votre vie ce que la plupart des gens ne comprennent qu\u2019\u00e0 la fin, \u00e9videmment, cela complique un peu votre vie sociale.\u201d<\/p>\n<p class=\"p1\">Oui, ch\u00e8re Gennie, \u201cun peu\u201d.<\/p>\n<p class=\"p4\">Chantal Montellier<\/p>\n<p class=\"p4\">Ivry-sur-Seine 17 novembre 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"p1\"><b>CONFESSION<\/b><\/p>\n<p class=\"p1\">La nuit derni\u00e8re j\u2019ai r\u00eav\u00e9 que je mourais et que je faisais venir un pr\u00eatre pour me confesser&#8230; Mais me confesser de quoi ? Du mal que l\u2019on m\u2019a fait ?<\/p>\n<p class=\"p1\">En me r\u00e9veillant je me suis dit que, depuis des d\u00e9cennies, j\u2019essayais d\u2019expliquer une histoire, la mienne, que personne, surtout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[7121],"class_list":["post-124905","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-questions-essentielles","tag-chantal-montellier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124905","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=124905"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124905\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":124906,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124905\/revisions\/124906"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=124905"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=124905"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=124905"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}