{"id":125,"date":"2007-07-18T16:24:55","date_gmt":"2007-07-18T15:24:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=125"},"modified":"2013-01-02T00:22:36","modified_gmt":"2013-01-01T23:22:36","slug":"quest-il-raisonnable-de-dire-a-propos-de-lavenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2007\/07\/18\/quest-il-raisonnable-de-dire-a-propos-de-lavenir\/","title":{"rendered":"Qu\u2019est-il raisonnable de dire \u00e0 propos de l\u2019avenir ?"},"content":{"rendered":"<p>Le fait qu\u2019il y ait un avenir s\u2019observe dans le fait que toute chose est en devenir : elle change. <\/p>\n<p>Dans une perspective \u00ab th\u00e9ologique \u00bb, l\u2019avenir se lit en d\u00e9couvrant la volont\u00e9 des dieux par la divination. <\/p>\n<p>Dans une perspective \u00ab empirique \u00bb, on cherche les signes d\u2019\u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir, c\u2019est\u2013\u00e0\u2013dire que l\u2019on s\u2019efforce de rep\u00e9rer ce qui les accompagne habituellement dans le temps et dans l\u2019espace : \u00ab C&rsquo;est ainsi que le bl\u00e9, le seigle, les fleurs de lys, de ronces, de ch\u00e2taigniers ou de gen\u00eats servent de crit\u00e8res (pour le d\u00e9but du captage du naissain d&rsquo;hu\u00eetres) en Morbihan, les fleurs de vigne \u00e0 Arcachon, les lys de Saint-Joseph \u00e0 Marennes, etc. \u00bb (*). <\/p>\n<p>Dans une perspective \u00ab scientifique \u00bb, on s\u2019efforce de d\u00e9couvrir des liens entre des \u00e9v\u00e9nements inexpliqu\u00e9s (et dont le comportement est donc peu pr\u00e9visible) et des \u00e9v\u00e9nements expliqu\u00e9s (au comportement du coup hautement pr\u00e9visible [#]). On explique ainsi de proche en proche en b\u00e2tissant sur un acquis. Dans les termes de Stegm\u00fcller : on prend une <em>notion pr\u00e9\u2013syst\u00e9matique<\/em> et on l\u2019explique enti\u00e8rement en termes de <em>concepts th\u00e9oriques <\/em>; elle devient alors \u00e0 son tour <em>concept th\u00e9orique <\/em>et est d\u00e9sormais pr\u00eate \u00e0 \u00eatre invoqu\u00e9e dans l\u2019explication d\u2019autres <em>notions pr\u00e9\u2013syst\u00e9matiques <\/em>(**). <\/p>\n<p>La philosophie grecque analyse sous le nom de \u00ab logique modale \u00bb, deux couples conceptuels d\u2019usage g\u00e9n\u00e9ral dans le discours sur l\u2019avenir, substituts du couple <em>vrai \/ faux <\/em>qui n\u2019est pas d\u2019application pour les \u00e9v\u00e9nements futurs (***) :<br \/>\n1. <em>n\u00e9cessaire \/ contingent <\/em>(non-n\u00e9cessaire) ; selon que des configurations en entra\u00eenent d\u2019autres dans tous les cas ou seulement dans certains. La m\u00e9canique classique va concentrer son effort de mod\u00e9lisation sur le <em>n\u00e9cessaire<\/em>, appelant la configuration ant\u00e9rieure la \u00ab cause \u00bb et la post\u00e9rieure, son \u00ab effet \u00bb.<br \/>\n2. <em>possible \/ impossible <\/em>(non-possible) ; selon que certaines configurations sont compatibles ou non avec des configurations existantes. Leibniz caract\u00e9rise le monde comme maximisant les \u00ab com-possibles \u00bb, autorisant dans un <em>\u00e9tat\u2013de\u2013fait<\/em> le plus grand nombre de choses possibles simultan\u00e9ment. Stephen Jay Gould r\u00e9actualisa la m\u00eame conception en pal\u00e9ontologie : le domaine biologique manifeste la variabilit\u00e9 maximale (le plus grand nombre possible de types de vivants simultan\u00e9s).<\/p>\n<p>La \u00ab th\u00e9orie des probabilit\u00e9s \u00bb proposera \u00e0 partir du XVI\u00e8 si\u00e8cle une quantification \u00ab fine \u00bb de la logique modale, attribuant aux \u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir un degr\u00e9 interm\u00e9diaire entre, d\u2019une part, le n\u00e9cessaire (de probabilit\u00e9 \u00ab 1 \u00bb) et le contingent et, d\u2019autre part, entre le possible (le n\u00e9cessaire comme le contingent sont tous deux des \u00ab possibles \u00bb) et l\u2019impossible (de probabilit\u00e9<br \/>\n\u00ab 0 \u00bb).<\/p>\n<p>Le \u00ab calcul diff\u00e9rentiel \u00bb qui appara\u00eet au XVII\u00e8 si\u00e8cle sera l\u2019instrument de mod\u00e9lisation math\u00e9matique du n\u00e9cessaire. Il contraint cependant la mani\u00e8re d\u2019examiner le changement : <\/p>\n<p>1. Tout changement peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 comme une <em>trajectoire<\/em>, exprim\u00e9e comme \u00e9quation diff\u00e9rentielle, dans un espace (par d\u00e9rivations successives, on obtient les degr\u00e9s de changement, d\u2019abord la <em>distance<\/em>, puis la <em>vitesse<\/em> qui est la distance par unit\u00e9 de temps, puis l\u2019<em>acc\u00e9l\u00e9ration<\/em> qui est la vitesse par unit\u00e9 de temps, etc.)<br \/>\nAu XVII\u00e8 si\u00e8cle, quand d\u00e9bute la <em>physique dynamique<\/em>, l\u2019espace en question n\u2019est autre que l\u2019espace \u00ab quotidien \u00bb \u00e0 trois dimensions. Hermann Minkowski (1864\u20131909) montre \u00e0 la fin du XIX\u00e8 si\u00e8cle que le <em>temps<\/em> est une quatri\u00e8me dimension indissolublement li\u00e9e aux trois dimensions de l\u2019espace. Depuis, les savants envisagent les trajectoires d\u2019objets \u00e9tudi\u00e9s en physique dans des<br \/>\n\u00ab espaces de configuration \u00bb dont le nombre de dimensions est d\u00e9fini uniquement par le nombre d\u2019\u00ab influences \u00bb subies par l\u2019objet.<\/p>\n<p>2. La trajectoire d\u00e9crite par une <em>\u00e9quation diff\u00e9rentielle <\/em>est le plus ais\u00e9ment d\u00e9termin\u00e9e quand l\u2019objet d\u00e9crit est \u00ab inerte \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire lorsque son comportement peut \u00eatre d\u00e9fini enti\u00e8rement comme un ensemble d\u2019<br \/>\n\u00ab influences \u00bb qu\u2019il subit (les <em>param\u00e8tres<\/em> de l\u2019\u00e9quation). Plus l\u2019objet dispose d\u2019une certaine \u00ab autonomie \u00bb, plus il a tendance \u00e0 influencer lui-m\u00eame ce qui l\u2019influence, plus le calcul devient difficile (d\u2019o\u00f9 un glissement vers la <em>coint\u00e9gration<\/em> qui ne privil\u00e9gie pas l\u2019action de l\u2019un sur l\u2019autre). Quand l\u2019\u00e9tat d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9pend essentiellement de ses propres \u00e9tats ant\u00e9rieurs, on a affaire \u00e0 un <em>syst\u00e8me dynamique discret<\/em>. <\/p>\n<p>3. La <em>physique dynamique <\/em>implique automatiquement une r\u00e9gression \u00e0 l\u2019infini : il doit exister un objet en amont dont le comportement est parfaitement \u00ab autonome \u00bb : il ne subit lui-m\u00eame aucune influence. Aristote avait pr\u00e9vu cette contrainte quand il analysait les causes, il l\u2019appela \u00ab moteur premier \u00bb. La possibilit\u00e9 existe \u00e9videmment, dans une perspective<br \/>\n\u00ab th\u00e9ologique \u00bb qui invoque des agents <em>sur\u2013naturels<\/em>, de situer ce <em>primus movens <\/em>en\u2013dehors de la nature et de l\u2019identifier \u00e0 la \u00ab volont\u00e9 divine \u00bb.<\/p>\n<p>(*) Marteil (sous la direction de), <em>La conchyliculture fran\u00e7aise. Troisi\u00e8me partie : L\u2019ostr\u00e9iculture te la mytiliculture<\/em>, Nantes : ISTPM, 1979, p. 340.<\/p>\n<p>(**) Wolfgang Stegm\u00fcller, <em>The Structure and Dynamics of Theories<\/em>, New York : Springer-Verlag, 1976<\/p>\n<p>(***) Voir mon <em>Principes des syst\u00e8mes intelligents<\/em>, Paris : Masson, 1990, p. 134.<\/p>\n<p>(#) De nombreux savants, dont Albert Einstein et Ren\u00e9 Thom, consid\u00e8rent qu\u2019un processus <em>stochastique<\/em> (\u00ab hasardeux \u00bb) n\u2019est pas r\u00e9ellement<br \/>\n\u00ab expliqu\u00e9 \u00bb et requiert d\u2019\u00eatre examin\u00e9 dans un espace contenant un certain nombre de dimensions suppl\u00e9mentaires. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le fait qu\u2019il y ait un avenir s\u2019observe dans le fait que toute chose est en devenir : elle change. <\/p>\n<p>Dans une perspective \u00ab th\u00e9ologique \u00bb, l\u2019avenir se lit en d\u00e9couvrant la volont\u00e9 des dieux par la divination. <\/p>\n<p>Dans une perspective \u00ab empirique \u00bb, on cherche les signes d\u2019\u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir, c\u2019est\u2013\u00e0\u2013dire que [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[20,8],"tags":[],"class_list":["post-125","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie","category-philosophie-des-sciences"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45701,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125\/revisions\/45701"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}