{"id":125664,"date":"2020-12-24T12:47:39","date_gmt":"2020-12-24T11:47:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=125664"},"modified":"2020-12-24T13:18:45","modified_gmt":"2020-12-24T12:18:45","slug":"mon-sejour-dans-lile-de-houat-iv-la-terre-et-le-ciel-noel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/24\/mon-sejour-dans-lile-de-houat-iv-la-terre-et-le-ciel-noel\/","title":{"rendered":"<b>Mon s\u00e9jour dans l&rsquo;\u00cele de Houat<\/b> IV. La terre et le ciel (No\u00ebl)"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"p1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125598\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973-300x202.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"202\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973-300x202.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973-768x517.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973.png 918w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Je participais \u00e0 la vie de tous les jours : quand eut lieu le p\u00e8lerinage annuel \u00e0 Sainte-Anne-d\u2019Auray, je faisais aussi partie du contingent. Durant la travers\u00e9e qui emmenait les p\u00e8lerins \u00e0 Quiberon, la m\u00eame s\u00e9paration existait sur le <em>courrier<\/em> qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9glise : les hommes \u00e9taient \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, o\u00f9 ils bavardaient et fumaient, tandis que les femmes et les enfants \u00e9taient sur le pont avant. Les femmes chant\u00e8rent des cantiques, de l\u2019appareillage \u00e0 Houat, jusqu\u2019au d\u00e9barquement \u00e0 Quiberon.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Le soir, au retour, ce fut bien diff\u00e9rent parce que la mer \u00e9tait mauvaise. La travers\u00e9e qui durait une heure par beau temps s\u2019allongeait par gros temps parce que le bateau culait \u00e0 chaque fois dans la vague. De nombreux enfants \u00e9taient malades, et les femmes, assises \u00e0 m\u00eame le pont, les serraient contre elles. Je me souviens des hommes allant couvrir de b\u00e2ches pour les prot\u00e9ger du froid et des embruns les petits tas path\u00e9tiques que formaient leur femme et leurs enfants embrass\u00e9s, couverts de vomissures.<\/p>\r\n<!--more-->\r\n<p class=\"p1\">Les lyc\u00e9ens partaient au <i>courrier<\/i> le dimanche soir, l\u2019hiver souvent dans la temp\u00eate. Le village se rassemblait sur la jet\u00e9e au d\u00e9part des enfants et c\u2019\u00e9tait un vrai cr\u00e8ve-c\u0153ur de les voir dispara\u00eetre comme cela dans le noir, sur une mer parfois d\u00e9mont\u00e9e. Fran\u00e7oise, qui avait treize ans \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9\u00a0 j\u2019habitais Houat, et qui m\u2019y a fait retourner en 2010, vivait cette exp\u00e9rience de semaine en semaine. Elle se souvient de l\u2019arriv\u00e9e enfin \u00e0 Quiberon des enfants transis, de la longue tourn\u00e9e alors du bus, allant les d\u00e9poser l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, chacun dans son pensionnat, et l\u2019arriv\u00e9e dans celui-ci, froid et d\u00e9sert jusqu\u2019au lundi matin. Nous nous sommes souvenus avec tendresse de Lo\u00efc, le fils du cafetier, qui arrivait le plus souvent \u00e0 s\u2019\u00e9chapper dans la nuit juste avant le d\u00e9part du <em>courrier<\/em>, et qu\u2019il fallait alors tenter de rattraper dans une battue improvis\u00e9e des Houatais sur la lande.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Quand la mer \u00e9tait trop mauvaise, le <em>courrier<\/em>, au lieu de rejoindre Port-Maria, embarquait et d\u00e9barquait \u00e0 Port-Haliguen, un plus petit port \u00e0 Quiberon mais beaucoup mieux abrit\u00e9. Un jour de soleil mais de grand vent que je partais de l\u00e0, le recteur prenait lui aussi le bateau pour rentrer \u00e0 Houat. Sur le pont avant avaient \u00e9t\u00e9 amarr\u00e9s les portes et les volets d\u2019une maison en construction dans l\u2019\u00eele.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Nous devions \u00eatre \u00e0 mi-chemin de la travers\u00e9e quand une ris\u00e9e plus forte encore que les autres d\u00e9logea la cargaison, qui se retrouva toute enti\u00e8re \u00e0 la mer. Le <em>courrier<\/em> mit imm\u00e9diatement en panne, puis fit machine-arri\u00e8re pour revenir \u00e0 la hauteur des portes et des volets qui flottaient \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 la surface de l\u2019eau. Le bateau roulait et tanguait sur la mer chahut\u00e9e, et \u00e0 chaque fois que l\u2019\u00e9quipage se croyait pr\u00e8s d\u2019agripper une porte ou un volet \u00e0 l\u2019aide de gaffes, l\u2019\u00e9pave se retrouvait soudain hors de port\u00e9e, soulev\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait sur la cr\u00eate d\u2019une nouvelle vague.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Nous avons d\u00fb rester comme cela, en panne sur cette mer mauvaise, un bon quart d\u2019heure. La curiosit\u00e9 des enfants s\u2019\u00e9tait rapidement \u00e9mouss\u00e9e pour faire place \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude. Nous avions commenc\u00e9 par prendre notre mal en patience mais le danger augmentait de minute en minute. Finalement, le recteur, n\u2019y tenant plus, se rendit sur la <i>passerelle<\/i> o\u00f9 nous l\u2019avons entendu \u00e9voquer en termes vifs avec Abel, le capitaine, la s\u00e9curit\u00e9 des femmes et des enfants, et le grondement rassurant du moteur se fit \u00e0 nouveau entendre.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Il s\u2019agissait bien du m\u00eame recteur contre qui un vent de fronde s\u2019\u00e9tait lev\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019enterrement de Claude Le Roux peu de temps apr\u00e8s mon arriv\u00e9e dans l\u2019\u00eele. Nos relations ne furent pas toujours au beau fixe\u00a0; il n\u2019aima pas en particulier que je rapporte plusieurs ann\u00e9es plus tard dans un article<span class=\"Apple-converted-space\"> (*) <\/span>l\u2019hilarit\u00e9 des Houatais quand, \u00e9tant all\u00e9 \u00e0 la p\u00eache \u00e0 la ligne, il \u00e9tait revenu au village, l\u2019hame\u00e7on lui traversant le nez. J\u2019ai eu l\u2019occasion de mentionner une autre anecdote dans <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/12\/24\/cantique-de-noel\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">un billet publi\u00e9 sur le blog<\/a> \u00e0 propos du \u00ab Minuit, chr\u00e9tiens \u00bb d\u2019Adolphe Adam et Placide Cappeau\u00a0:<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"p2\"><i>Minuit, chr\u00e9tiens<\/i> pour moi, c\u2019est un souvenir. \u00c0 l\u2019hiver 1973, dans l\u2019\u00eele de Houat, Christian \u2013 un jeune architecte avec qui je partageais une petite maison sans eau et tr\u00e8s froide \u2013 \u00e9tait un jour rentr\u00e9 en me disant : \u00ab Tu ne sais pas ce qui m\u2019arrive, le recteur vient de me demander de jouer de la guitare pour la messe de minuit ! \u00bb Nous avons bien ri. Je sors un peu plus tard, et je tombe \u00e0 mon tour sur le recteur qui me dit : \u00ab Paul, j\u2019ai besoin de toi pour chanter \u00ab\u00a0Minuit, chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb \u00bb. J\u2019avais ma r\u00e9ponse toute pr\u00eate :<\/p>\r\n<p class=\"p2\">\u2013 Monsieur le Recteur, je ne sais pas chanter !<\/p> \r\n<p class=\"p2\">\u2013 \u00c7a ne fait rien, je t\u2019apprendrai !<\/p>\r\n<p class=\"p2\">Ce qu\u2019il a fait, le bougre ! Y compris le \u00ab No\u00eb\u00eb\u00eb\u00ebl ! \u00bb final qui se perd dans les combles.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/xh3pFC65CnE\" width=\"700\" height=\"450\" class=\"aligncenter\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\r\n<p class=\"p3\">Comme je l\u2019avais expliqu\u00e9 \u00e0 mon psychanalyste au moment de mon d\u00e9part pour Houat, je voulais, apr\u00e8s une tr\u00e8s longue attente, sentir enfin bouger mon corps confin\u00e9 pendant trop d\u2019ann\u00e9es sur des bancs d\u2019\u00e9cole\u00a0; je voulais aussi d\u00e9couvrir la vie des gens \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0\u00bb par opposition aux \u00ab\u00a0clercs\u00a0\u00bb dont j\u2019\u00e9tais l\u2019un des repr\u00e9sentants jusque-l\u00e0, d\u00e9couvrir la vie de ceux pour qui l\u2019ordinaire n\u2019est pas fait seulement du tout cuit, tout r\u00f4ti. J\u2019avais connu la bonne vie, et je devais \u00e0 mon p\u00e8re heureusement de ne jamais nous laisser oublier \u00e0 ma s\u0153ur et \u00e0 moi, que rien ne va de soi et que la bonne vie des uns se nourrit de la mauvaise vie des autres.<\/p>\r\n\r\n* \u00ab\u00a0L&rsquo;ordre moral dans une petite \u00eele de Bretagne\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes Rurales<\/em>, 67, 1977\u00a0: 31-45","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"p1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125598\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973-300x202.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"202\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973-300x202.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973-768x517.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Houat-1973.png 918w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Je participais \u00e0 la vie de tous les jours : quand eut lieu le p\u00e8lerinage annuel \u00e0 Sainte-Anne-d\u2019Auray, je faisais aussi partie du contingent. 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