{"id":125861,"date":"2020-12-30T17:31:53","date_gmt":"2020-12-30T16:31:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=125861"},"modified":"2020-12-30T18:04:27","modified_gmt":"2020-12-30T17:04:27","slug":"la-cambridge-anthropological-expedition-to-torres-straits-de-1898-1979","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/30\/la-cambridge-anthropological-expedition-to-torres-straits-de-1898-1979\/","title":{"rendered":"<b>La <em>Cambridge Anthropological Expedition to Torres Straits<\/em> de 1898<\/b> (1979)"},"content":{"rendered":"\r\n<blockquote><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-300x167.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"167\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125839\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-300x167.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-1024x569.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-768x427.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-1536x854.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-2048x1139.jpeg 2048w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-672x372.jpeg 672w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-1038x576.jpeg 1038w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>\r\n<p><strong>La <em>Cambridge Anthropological Expedition to the Torres Straits<\/em> de 1888<\/strong><\/p>\r\n<p>A paru dans les notes de mon cours <strong><i>Encyclop\u00e9die de l&rsquo;ethnologie et histoire des doctrines ethnologiques<\/i><\/strong> publi\u00e9es aux Presses Universitaires de Bruxelles en 1979, pp. 31-34.<\/p><\/blockquote>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La pr\u00e9sence de l\u2019\u00ab&nbsp;anthropologiste&nbsp;\u00bb Fran\u00e7ois P\u00e9ron (1775-1810) au sein de l\u2019exp\u00e9dition du Commandant Baudin aux Terres Australes de 1800 \u00e0 1804 constituait un \u00e9v\u00e8nement isol\u00e9 au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle car jusqu\u2019\u00e0 la fin du si\u00e8cle le travail de terrain en anthropologie devait demeurer exceptionnel. On pourrait se demander comment il est possible que les anthropologues aient pratiqu\u00e9 aussi longtemps leur recherche sans que la pratique du terrain leur soit apparue comme une condition indispensable. Dans ces termes, la question est cependant mal pos\u00e9e car elle implique que la r\u00e9colte de donn\u00e9es relatives \u00e0 la vie des communaut\u00e9s \u00ab\u00a0primitives\u00a0\u00bb ait de tout temps pu appara\u00eetre comme susceptible d\u2019apporter les r\u00e9ponses aux questions que l\u2019anthropologie se posait. En fait, et la chose va de soi, le terrain anthropologique ne devient v\u00e9ritablement indispensable qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019anthropologie commence \u00e0 se confondre avec une \u00ab&nbsp;sociologie des soci\u00e9t\u00e9s sans \u00e9criture ni machinisme&nbsp;\u00bb. Tant que l\u2019anthropologie est d\u00e9finie comme une \u00ab&nbsp;histoire naturelle de l\u2019homme&nbsp;\u00bb au double sens de classification des \u00ab&nbsp;races&nbsp;\u00bb humaines et d\u2019histoire des populations humaines, d\u2019autres donn\u00e9es que \u00ab&nbsp;sociologiques&nbsp;\u00bb s\u2019imposent et, \u00e9tant de r\u00e9colte plus ais\u00e9e que la pratique de l\u2019observation directe, retiennent toute l\u2019attention des anthropologues.<\/p>\r\n\r\n<!--more-->\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Remarquons tout d\u2019abord, la chose m\u00e9rite d\u2019\u00eatre not\u00e9e, que les options polyg\u00e9niste et monog\u00e9niste, qui constituent des paradigmes concurrents, ne sont nullement sym\u00e9triques, et en particulier, font appel \u00e0 des donn\u00e9es empiriques de types diff\u00e9rents. L\u2019anthropologie polyg\u00e9niste prolonge purement et simplement le projet classificateur de la botanique et de la zoologie. L\u2019approche est synchronique et vise \u00e0 d\u00e9terminer sans \u00e9quivoque les limites des diff\u00e9rentes \u00ab&nbsp;esp\u00e8ces&nbsp;\u00bb humaines. Les donn\u00e9es empiriques recherch\u00e9es sont d\u2019ordre physique, et c\u2019est la craniologie qui constituera le noyau fort de cette anthropologie polyg\u00e9niste (plut\u00f4t que \u00ab&nbsp;physique&nbsp;\u00bb). L\u2019approche est aussi r\u00e9solument \u00ab&nbsp;r\u00e9ductionniste&nbsp;\u00bb, les comportements, l\u2019\u00e9thologie des diff\u00e9rentes esp\u00e8ces humaines (les \u00ab\u00a0races\u00a0\u00bb) \u00e9tant cens\u00e9s \u00eatre totalement explicables \u00e0 partir de ces diff\u00e9rences dans le physique. De ce point de vue, toute id\u00e9e d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;unit\u00e9 de l\u2019homme&nbsp;\u00bb est une illusion dangereuse.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour le monog\u00e9niste au contraire, la question de la classification des races se pose avec beaucoup moins d\u2019acuit\u00e9 puisqu\u2019il ne s\u2019agira jamais que de classer des vari\u00e9t\u00e9s et non des esp\u00e8ces diff\u00e9rentes mais, comme l\u2019unit\u00e9 de l\u2019homme semble d\u00e9mentie par l\u2019actuelle dispersion des populations humaines, la t\u00e2che principale du monog\u00e9niste consistera dans la d\u00e9monstration de cette unit\u00e9. Celle-ci ne peut \u00eatre que diachronique et sera n\u00e9cessairement historique dans sa tentative de reconstruction des p\u00e9rip\u00e9ties de la dispersion \u00e0 partir du premier couple. Du point de vue monog\u00e9niste, la classification ne sera jamais qu\u2019instrumentale et provisoire, puisqu\u2019elle cache la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019unit\u00e9 de l\u2019homme. Les donn\u00e9es empiriques susceptibles d\u2019\u00eatre utilis\u00e9es sont d\u2019abord philologiques, puis lorsque la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;antiquit\u00e9 de l\u2019homme&nbsp;\u00bb aura \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie par Boucher de Perthes (Jacques Boucher de Cr\u00e8vec\u0153ur &#8211; 1788-1868), les donn\u00e9es arch\u00e9ologiques et pal\u00e9ontologiques deviendront pr\u00e9pond\u00e9rantes. Ce qu\u2019il faut retenir, c\u2019est que la victoire du parti monog\u00e9niste, rendue d\u00e9cisive par le renfort des darwinistes, signifie la victoire d\u2019une approche historique de l\u2019anthropologie sur l\u2019approche biologique. D\u2019autant qu\u2019une certaine anthropologie pr\u00f4n\u00e9e par Paul Broca et centr\u00e9e sur la physiologie du cerveau se d\u00e9tache du corps de l\u2019anthropologie, d\u2019une part, du fait de sa complexit\u00e9, rapidement apparue, qui en fait un champ de recherche \u00e0 soi tout seul, d\u2019autre part, du fait que cette neurophysiologie naissante, s\u2019int\u00e9resse surtout \u00e0 l\u2019homme individuel, domaine traditionnel de la m\u00e9decine.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Ce seront les exc\u00e8s de l\u2019histoire sp\u00e9culative, tant diffusionniste qu\u2019\u00e9volutionniste, qui jetteront provisoirement le discr\u00e9dit sur l\u2019ensemble de l\u2019histoire sp\u00e9culative. Le fonctionnalisme, \u00e0 partir de la constatation banale que les soci\u00e9t\u00e9s primitives ne sont pas absurdes au point de ne pas fonctionner, imposera l\u2019enqu\u00eate de terrain prolong\u00e9e, dite \u00ab&nbsp;\u00e9tude sociologique approfondie&nbsp;\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Ce ne sera toutefois que progressivement que s\u2019imposera ce nouveau type d\u2019enqu\u00eate qui ne sera pas r\u00e9alis\u00e9, mais promu, par les participants de l\u2019exp\u00e9dition aux \u00celes du D\u00e9troit de Torr\u00e8s (chapelet d\u2019\u00eeles entre la p\u00e9ninsule du Cap York en Australie et la Nouvelle-Guin\u00e9e. Le D\u00e9troit doit son nom \u00e0 Luis Vaez de Torres qui le d\u00e9couvrit en 1606), et ce sera parmi leurs \u00e9l\u00e8ves que se trouveront ces premiers \u00ab&nbsp;sociologues&nbsp;\u00bb des soci\u00e9t\u00e9s \u00ab\u00a0primitives\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En fait, comme l\u2019a fait remarquer Penniman, la CAETS s\u2019inscrira d\u2019abord sous le signe de l\u2019archa\u00efsme avant d\u2019appara\u00eetre comme une entreprise d\u2019avant-garde, l\u2019origine de l\u2019exp\u00e9dition r\u00e9sidant dans un voyage d\u2019\u00e9tude effectu\u00e9 par A. C. Haddon, seul, dans les \u00eeles du D\u00e9troit de Torr\u00e8s, en 1888 en tant que zoologiste uniquement. Alfred Cort Haddon (1855-1940), alors professeur de zoologie \u00e0 Trinity College, Dublin, r\u00eavait d\u2019entreprendre un p\u00e9riple, tel celui de Darwin sur le <em>Beagle<\/em>, ou de Huxley sur le <em>Rattlesnake<\/em>, entreprises alors scientifiquement d\u00e9mod\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En 1888, Haddon se rendit donc dans les Iles du D\u00e9troit de Torr\u00e8s pour \u00e9tudier les coraux de la Grande Barri\u00e8re, probl\u00e9matique assez servilement darwinienne. Pour rentrer quelque peu dans ses frais, il ramena de son exp\u00e9dition quantit\u00e9 de \u00ab&nbsp;curiosit\u00e9s&nbsp;\u00bb, entre autres une collection de cr\u00e2nes d\u00e9cor\u00e9s (sa fascination pour les cr\u00e2nes, qui est repr\u00e9sent\u00e9e dans son portrait qui orne la biblioth\u00e8que d\u2019anthropologie qui porte son nom \u00e0 Cambridge, lui valut le surnom de \u00ab&nbsp;chasseur de t\u00eates&nbsp;\u00bb). Il se mit \u00e0 publier quelques articles relatifs aux mythes des indig\u00e8nes des Iles du D\u00e9troit de Torr\u00e8s, et apr\u00e8s quelque temps abandonna la zoologie au profit de l\u2019anthropologie&nbsp;; c\u2019est ainsi que, toujours \u00e0 Dublin, il voulut organiser une enqu\u00eate ethnographique sur toute l\u2019Irlande, et \u00e9crivit personnellement un essai sur les habitants des \u00eeles d\u2019Aran, plus tard immortalis\u00e9s par le cin\u00e9aste Flaherty. En 1893, il \u00e9tablit sa famille \u00e0 Cambridge, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 chercher fortune l\u00e0, tout en n\u2019abandonnant pas son poste de professeur \u00e0 Dublin. C\u2019est alors qu\u2019il con\u00e7ut le grand projet auquel son nom resterait attach\u00e9, la <em>Cambridge Anthropological Expedition to the Torres Straits<\/em>.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>D\u00e8s son retour en Angleterre en 1889, Haddon s\u2019effor\u00e7a de mettre sur pied une nouvelle exp\u00e9dition, anthropologique, ou plut\u00f4t psychologique, cette fois. Son obsession \u00e9tait que certaines coutumes des indig\u00e8nes du D\u00e9troit des Iles de Torr\u00e8s allaient dispara\u00eetre sans avoir \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es&nbsp;; il revient sans cesse sur ce th\u00e8me dans de nombreux articles au titre parfois aussi explicite que celui-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;The Saving of Vanishing Knowledge&nbsp;\u00bb (1897). Non sans peine, et malgr\u00e9 la mauvaise volont\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Cambridge, il parvint \u00e0 r\u00e9unir les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition en 1898. Les membres de l\u2019exp\u00e9dition \u00e9taient outre Haddon lui-m\u00eame, W.H.R. Rivers, qui \u00e9tait alors lecteur en neuro-psychologie \u00e0 Cambridge et se consacrerait aussi \u00e0 l\u2019anthropologie apr\u00e8s le retour de l\u2019exp\u00e9dition, deux de ses \u00e9tudiants W. Mc&nbsp;Dougall, qui deviendrait un psychologue tr\u00e8s influent, et C.S. Myers, qui deviendrait Professeur de Psychologie \u00e0 King\u2019s College \u00e0 Londres, C.G. Seligman, alors jeune m\u00e9decin et ami de Myers, il deviendrait un anthropologue connu bien que professant une anthropologie d\u00e9pass\u00e9e et d\u00e9pourvue d\u2019imagination, son plus grand m\u00e9rite aura sans doute \u00e9t\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 le tr\u00e9sorier et le conseiller infatigable de son \u00e9l\u00e8ve Malinowski quand celui-ci sera sur le terrain de 1914 \u00e0 1918. Deux autres participants \u00e9taient Anthony Wilkin qui devait malheureusement mourir sur le terrain en Egypte quelques ann\u00e9es plus tard, et S.H. Ray, un personnage assez m\u00e9diocre dans l&rsquo;opinion de ses compagnons, instituteur, il se trouvait toutefois \u00eatre le sp\u00e9cialiste en Angleterre des langues m\u00e9lan\u00e9siennes ; son travail sur le terrain se caract\u00e9risa par sa lenteur, au retour de l\u2019exp\u00e9dition il retomberait dans l\u2019anonymat&nbsp;; en 1927, Haddon obtint pour lui une pension \u00ab&nbsp;en reconnaissance des services rendus \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019ethnologie&nbsp;\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Dans une <em>History of Anthropology<\/em> qu\u2019il publierait en 1910, Haddon mentionne la CAETS sous le titre de \u00ab&nbsp;Psychologie comparative&nbsp;\u00bb, et il semble en effet que ce soit surtout la psychologie qui ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019exp\u00e9dition. Tout comme P\u00e9ron s\u2019effor\u00e7ait de comparer la force des Europ\u00e9ens avec celle des \u00ab\u00a0Sauvages\u00a0\u00bb, il s\u2019agissait ici de comparer le fonctionnement des cinq sens chez les indig\u00e8nes des Iles du D\u00e9troit de Torr\u00e8s avec des donn\u00e9es similaires d\u00e9j\u00e0 recueillies en Europe. Le travail \u00e9tait partag\u00e9 de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: Haddon devait s\u2019occuper de mensurations craniom\u00e9triques, de r\u00e9colter des mythes et d\u2019\u00e9tudier les arts d\u00e9coratifs, Rivers enregistrait des donn\u00e9es sociologiques et dirigeait l\u2019\u00e9quipe des psychologues, s\u2019occupant personnellement des probl\u00e8mes de vision, Myers s\u2019occupait de l\u2019ou\u00efe et de l\u2019odorat, et des temps de r\u00e9action, Mc&nbsp;Dougall enqu\u00eatait sur la sensibilit\u00e9 tactile, Ray se consacrait \u00e0 la linguistique et Wilkin prenait des photos.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L\u2019exp\u00e9dition quitta l\u2019Angleterre le 10 mars 1898 et rejoignit l\u2019Ile Jeudi le 22 avril. Diverses \u00eeles furent visit\u00e9es jusqu\u2019en octobre quand Rivers et Wilkin repartirent vers l\u2019Angleterre. En janvier 1899, Haddon, Seligman et Ray se rendirent \u00e0 Born\u00e9o o\u00f9 Mc&nbsp;Dougall et Myers se trouvaient d\u00e9j\u00e0 depuis le mois d\u2019ao\u00fbt. Charles Hose, r\u00e9sidant \u00e0 Sarawak avait invit\u00e9 toute l\u2019exp\u00e9dition, leur promettant des contacts de premier choix avec les Dayak chasseurs de t\u00eates. La fascination pour la chasse aux t\u00eates avait une fois de plus jou\u00e9, et on ne s\u2019\u00e9tonnera pas d\u2019apprendre que le livre, destin\u00e9 au grand public, que Haddon \u00e9crirait sur l\u2019exp\u00e9dition s\u2019intitule \u00ab&nbsp;Head-Hunters, Black, White and Brown&nbsp;\u00bb (1901). De Born\u00e9o, Myers et Mac&nbsp;Dougall devaient ramener la mati\u00e8re d\u2019un livre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;The Pagan Tribes of Born\u00e9o&nbsp;\u00bb (1912). Les rapports de l\u2019exp\u00e9dition devaient \u00eatre laborieusement publi\u00e9s par Haddon de 1901 \u00e0 1935.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les Rapports de l\u2019exp\u00e9dition constituent une litt\u00e9rature vieillotte qui serait d\u00e9finitivement ridiculis\u00e9e par la publication d\u2019ouvrages \u00ab&nbsp;sociologiques&nbsp;\u00bb du type de ceux de Malinowski, Firth, Fortune, Bateson, etc&#8230; Seules \u00e9mergent du lot les contributions de Rivers. Alors que Haddon mettait au point la \u00ab&nbsp;m\u00e9thode d\u00e9finitive pour la description des jeux de ficelles&nbsp;\u00bb, on voit Rivers \u00e9laborer la \u00ab&nbsp;M\u00e9thode g\u00e9n\u00e9alogique&nbsp;\u00bb encore utilis\u00e9e aujourd\u2019hui et qu\u2019il devait perfectionner chez les Todas (1906)&nbsp;; pour la premi\u00e8re fois aussi, il \u00e9tablit que la vision est globalement la m\u00eame chez une population \u00ab\u00a0primitive\u00a0\u00bb que chez l\u2019Europ\u00e9en. Il faut noter que son \u00e9tude sur la vision, qui relevait plus sp\u00e9cifiquement de la psychophysiologie, constituait une contribution au moins aussi importante que les recherches sur la parent\u00e9 fond\u00e9e sur des g\u00e9n\u00e9alogies qui s\u2019\u00e9bauchent ici.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Si l\u2019on veut r\u00e9sumer l\u2019apport de la <em>Cambridge Anthropological Expedition to Torres Straits<\/em>, il faut insister sur le fait que son importance n\u2019est pas tant dans ses r\u00e9sultats que dans sa post\u00e9rit\u00e9. L\u2019exp\u00e9dition avait partiellement d\u00e9tourn\u00e9 Rivers de la psychologie et l\u2019avait int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019anthropologie dont il allait devenir un des penseurs les plus originaux. Elle avait aussi offert une occasion de pratiquer l&rsquo;enqu\u00eate de terrain \u00e0 Haddon et Seligman qui allaient alors syst\u00e9matiquement pousser leurs \u00e9tudiants dans cette voie. Les r\u00e9sultats ne se feraient pas attendre : Radcliffe-Brown allait faire sous la supervision de Rivers du terrain aux Iles Andamans et en Australie, terrain sans originalit\u00e9 mais qui allait r\u00e9v\u00e9ler un penseur parmi les meilleurs de l\u2019anthropologie, tandis que Malinowski allait faire un terrain m\u00e9thodologiquement r\u00e9volutionnaire sous la supervision de Seligman, et en appliquant tr\u00e8s scrupuleusement les conseils m\u00e9thodologiques de Rivers pr\u00e9sents dans son \u0153uvre.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-300x167.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"167\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125839\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-300x167.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-1024x569.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-768x427.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-1536x854.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-2048x1139.jpeg 2048w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-672x372.jpeg 672w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cours-ULB-1-1038x576.jpeg 1038w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>La <em>Cambridge Anthropological Expedition to the Torres Straits<\/em> de 1888<\/strong><\/p>\n<p>A paru dans les notes de mon cours <strong><i>Encyclop\u00e9die de l&rsquo;ethnologie et histoire des doctrines ethnologiques<\/i><\/strong> publi\u00e9es aux Presses Universitaires de Bruxelles en 1979, pp. 31-34.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pr\u00e9sence de l\u2019\u00ab&nbsp;anthropologiste&nbsp;\u00bb Fran\u00e7ois P\u00e9ron (1775-1810) au sein [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[7760,7761,7759,595],"class_list":["post-125861","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anthropologie","tag-a-c-haddon","tag-c-g-seligman","tag-iles-du-detroit-de-torres","tag-w-h-r-rivers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125861","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125861"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125861\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":125869,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125861\/revisions\/125869"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125861"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125861"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125861"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}