{"id":125906,"date":"2020-12-31T22:34:21","date_gmt":"2020-12-31T21:34:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=125906"},"modified":"2021-02-24T19:02:23","modified_gmt":"2021-02-24T18:02:23","slug":"cambridge-university-ii-le-spectre-delsie-r-masson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/31\/cambridge-university-ii-le-spectre-delsie-r-masson\/","title":{"rendered":"<b>Cambridge University<\/b> II. Le spectre d&rsquo;Elsie R. Masson"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125873\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-300x141.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"141\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-300x141.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-1024x480.png 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-768x360.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings.png 1494w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Leach \u00e9tait tout particuli\u00e8rement enthousiasm\u00e9 par notre projet d\u2019histoire de l\u2019anthropologie. Quand j\u2019allais le voir pour lui faire part de mes progr\u00e8s dans l\u2019\u00e9criture, il m\u2019attendait souvent avec impatience, ayant glan\u00e9 de nouvelles anecdotes dont il voulait me faire part, ayant d\u00e9couvert, en \u00e9tant all\u00e9 fouiner de son c\u00f4t\u00e9 dans les archives, de nouveaux documents qu&rsquo;il voulait me montrer. Il m\u2019arriva aussi de l\u2019\u00e9pater un jour. Pour comprendre comment, il faut en dire davantage sur Malinowski, qui il \u00e9tait, et quel \u00e9tait son but dans la vie.<\/p>\r\n\r\n<figure id=\"attachment_125909\" aria-describedby=\"caption-attachment-125909\" style=\"width: 418px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-125909\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Elsie-Masson.png\" alt=\"\" width=\"418\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Elsie-Masson.png 564w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Elsie-Masson-209x300.png 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 418px) 100vw, 418px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-125909\" class=\"wp-caption-text\">Elsie R. Masson, r\u00e9dactrice des ouvrages les plus fameux de Bronislaw Malinowski.<\/figcaption><\/figure>\r\n\r\n<p>Bronislaw Malinowski (1884-1942) \u00e9tait issu de la petite noblesse polonaise. Il avait pour ami intime celui qui deviendrait le fameux dramaturge et peintre talentueux Stanislaw Wietkiewicz (1885-1939). Wietkiewicz accompagna d\u2019ailleurs Malinowski comme photographe lors de sa premi\u00e8re enqu\u00eate de terrain en Australie, avant que les deux amis \u2013 et on a aussi entendu dire, amants \u2013 ne se brouillent. Arrogant, Malinowski ne concevait sa pr\u00e9sence en anthropologie qu\u2019au titre de figure qui dominerait un jour la discipline. Or, \u00e0 cette \u00e9poque, et comme j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion de le signaler, la figure de proue de l\u2019anthropologie britannique n\u2019\u00e9tait autre que <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/31\/w-h-r-rivers-1979\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">W.H.R. Rivers<\/a>.\u00a0<\/p>\r\n<!-- \/wp:post-content -->\r\n\r\n<!-- wp:paragraph -->\r\n<p>D\u2019une certaine mani\u00e8re contraint et forc\u00e9 car ayant, du fait de sa nationalit\u00e9, le statut d\u2019ennemi en Australie au moment o\u00f9 \u00e9clata la Premi\u00e8re guerre mondiale, Malinowski fit un tr\u00e8s long terrain dans les \u00celes Trobriand au large de la Nouvelle-Guin\u00e9e, d\u2019abord de 1915 \u00e0 1916, puis de 1917 \u00e0 1918. \u00c0 la question que je lui posai, si elle pensait que les circonstances ayant \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes, son p\u00e8re aurait quand m\u00eame entrepris le type d\u2019exp\u00e9rience-limite solitaire que fut son s\u00e9jour en M\u00e9lan\u00e9sie, Helena Wayne-Malinowska, sa fille cadette, me r\u00e9pondit qu\u2019elle ne le pensait pas : selon elle, il n\u2019y avait pas dans la jeunesse polonaise \u00e0 cette \u00e9poque d\u2019id\u00e9al comparable \u00e0 celui qui existait en Grande-Bretagne sous l\u2019impulsion de figures tut\u00e9laires telles que Baden-Powell, l&rsquo;inventeur du scoutisme, l&rsquo;explorateur prodige Sir Richard Burton, ou d\u2019auteurs tels Rudyard Kipling, \u00e0 l\u2019imitation de qui les jeunes Britanniques se lan\u00e7aient dans des \u00e9quip\u00e9es exotiques que leurs a\u00een\u00e9s cautionnaient et \u00e0 qui l\u2019anthropologie de terrain allait offrir un cadre et une reconnaissance acad\u00e9miques.<\/p>\r\n<!-- wp:paragraph -->\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n<!-- wp:paragraph -->\r\n<p>Rien n\u2019indiquait d&rsquo;ailleurs que Malinowski ait eu l\u2019id\u00e9e de faire du terrain avant que <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/30\/la-cambridge-anthropological-expedition-to-torres-straits-de-1898-1979\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C. G. Seligman<\/a>, son mentor et m\u00e9c\u00e8ne \u00e0 la <em>London School of Economics<\/em>, ne le lui sugg\u00e8re. Seligman souhaitait en r\u00e9alit\u00e9 que son \u00e9l\u00e8ve fasse un terrain que lui-m\u00eame <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/30\/la-cambridge-anthropological-expedition-to-torres-straits-de-1898-1979\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">n\u2019avait fait qu\u2019effleurer<\/a>, et il l\u2019amena petit \u00e0 petit \u00e0 cette id\u00e9e. Il pensait \u00e0 Dobu, mais aussi \u00e0 l\u2019\u00cele Rossel, tandis que les Trobriand que Malinowski avait choisies lui d\u00e9plaisaient car il les consid\u00e9rait trop affect\u00e9es d\u00e9j\u00e0 par le monde occidental. Sa correspondance avec son prot\u00e9g\u00e9 laisse d&rsquo;ailleurs parfois percer sa mauvaise humeur \u00e0 ce sujet : \u00ab J\u2019ai appris avec plaisir (<b>&#8230;<\/b>) que tu \u00e9tais en route vers les Amphletts. J\u2019imagine que celles-ci sont beaucoup moins g\u00e2t\u00e9es (\u00ab\u00a0spoilt\u00a0\u00bb) que les Trobriand <b>&#8230; <\/b>\u00bb (14 juin 1918).\u00a0<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Malinowski \u00e9pousa en 1919 Elsie R. Masson, une jeune infirmi\u00e8re, fille de Sir David Orme Masson, Professeur de Chimie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Melbourne. Malinowski avait rencontr\u00e9 son futur beau-p\u00e8re alors dans l\u2019exercice de sa charge de surveillant des ressortissants ennemis en Australie (H. Wayne-Malinowska, comm. pers.). Le mariage manqua ne pas se faire car le jeune Polonais, s\u00e9ducteur compulsif, avait eu la mauvaise id\u00e9e de faire la cour \u00e0 deux jeunes Australiennes simultan\u00e9ment (son journal intime t\u00e9moigne de sa valse-h\u00e9sitation). Il se fit que Baldwin Spencer, le grand ethnographe de l\u2019Australie alors professeur \u00e0 Melbourne, connaissait les deux jeunes femmes et r\u00e9v\u00e9la le pot aux roses. Elsie Masson \u00e9tait en effet aussi journaliste et photographe amateur, et s&rsquo;\u00e9tait improvis\u00e9e avocate de la cause des Aborig\u00e8nes australiens apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9e accidentellement \u00e0 un incident tr\u00e8s grave, ce qui avait conduit Spencer \u00e0 lui commanditer un rapport sur une mission en territoire aborig\u00e8ne.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Malinowski avait rendu compte de l&#8217;embrouillamini \u00e0 Seligman dans une lettre tr\u00e8s confuse o\u00f9 il \u00ab prie mes amis de ne pas permettre qu\u2019il m\u2019arrive de r\u00e9el malheur (du genre <em>camp de concentration<\/em>, ne pas \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 quitter la Papouasie, &amp; c .) \u00bb, il affirme que Spencer mena\u00e7ait de le faire interner en raison de ses propos \u00ab anti-britanniques \u00bb (lettre \u00e0 Seligman du 21 juin 1918). Il est amusant de rapprocher cette lettre o\u00f9 Malinowski traite Spencer de noms d\u2019oiseaux et d\u2019autres animaux moins sympathiques, d\u2019une autre que Frazer lui adresserait le 1<span class=\"s1\"><sup>er<\/sup><\/span> ao\u00fbt 1929 et o\u00f9 le mythologue, ignorant le contentieux entre des deux hommes, apprend \u00e0 Malinowski qu\u2019il a refus\u00e9 de r\u00e9diger la notice n\u00e9crologique de Spencer \u00e0 l&rsquo;intention de la revue <em><span class=\"s2\">Nature<\/span><\/em> et qu&rsquo;il a signal\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction que Malinowski est selon lui bien mieux qualifi\u00e9 pour cette t\u00e2che et sera sans nul doute tr\u00e8s heureux de s\u2019en acquitter.<\/p>\r\n<p>Par pure co\u00efncidence,\u00a0 Elsie Masson \u00e9tait une fervente admiratrice du romancier Joseph Conrad, un Polonais tout comme son mari, et poss\u00e9dait un r\u00e9el talent litt\u00e9raire dont Malinowski lui-m\u00eame fut toujours priv\u00e9. C&rsquo;est elle, aux dires de sa fille, qui r\u00e9digea jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort pr\u00e9matur\u00e9e en 1935 les ouvrages sign\u00e9s par son mari. Au fil des ans les critiques ont rapproch\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture de Malinowski de celle de Conrad, attribuant \u00e0 l&rsquo;\u00ab \u00e2me polonaise\u00a0\u00bb la parent\u00e9 de leur style, laquelle \u00e2me n&rsquo;y \u00e9tant donc absolument pour rien.<\/p>\r\n<p>Selon ceux qui l&rsquo;ont connu, Malinowski s\u2019exprimait par ailleurs mal en anglais, \u00e9tant afflig\u00e9 d&rsquo;un fort accent polonais dont il ne se d\u00e9partirait jamais. Ses \u00e9l\u00e8ves avaient concoct\u00e9, pour se moquer gentiment de lui, une phrase rassemblant ses erreurs de prononciation les plus grossi\u00e8res, qu\u2019ils aimaient r\u00e9p\u00e9ter, et que j&rsquo;eus le bonheur d&rsquo;entendre, b\u00e9n\u00e9ficiant du r\u00e9sultat en effet assez d\u00e9sopilant (\u00ab\u00a0&lsquo;Growth&rsquo;, said the marquis, twisting his tongue&#8230;\u00a0\u00bb etc.). Il n\u2019\u00e9crivit non plus jamais l\u2019anglais correctement. <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/19\/meyer-fortes-1906-1983-2\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">Meyer Fortes<\/a> m&rsquo;expliqua qu&rsquo;un texte qu\u2019il avait r\u00e9dig\u00e9 de sa propre main peu apr\u00e8s la mort d&rsquo;Elsie avait caus\u00e9 la consternation parmi ses \u00e9l\u00e8ves et\u00a0 qu&rsquo;une demi-douzaine d&rsquo;entre eux avaient conjugu\u00e9 leur talent pour rendre le texte pr\u00e9sentable. Quoi qu\u2019il en soit, et malgr\u00e9 leurs efforts, l&rsquo;absence de qualit\u00e9 litt\u00e9raire de <em>Coral Gardens and Their Magic<\/em> contraste avec celle caract\u00e9risant ses ouvrages publi\u00e9s du vivant de son \u00e9pouse.\u00a0<\/p>\r\n<!-- \/wp:paragraph -->\r\n\r\n<!-- wp:paragraph -->\r\n<p>Ce fut le mythologue James Frazer, l\u2019auteur du monumental <em>Le Rameau d\u2019Or<\/em>, qui proposa de remplacer le titre banal auquel Malinowski avait pens\u00e9 pour son premier grand ouvrage : <em>Troc primitif. Un livre consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit d\u2019entreprise et d\u2019aventure dans les mers du Sud<\/em>, par un autre beaucoup plus \u00e9vocateur : <em>Les Argonautes du Pacifique Occidental<\/em>. Le livre \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la <em>kula<\/em>, un commerce c\u00e9r\u00e9moniel \u00e0 vocation politique se d\u00e9roulant dans le cadre des \u00eeles Trobriand. L\u2019ouvrage para\u00eetrait fin 1922. Aux yeux de l\u2019anthropologue polonais, il s\u2019agissait du <em>chef-d\u2019\u0153uvre<\/em> que r\u00e9alise un apprenti pour acc\u00e9der \u00e0 la ma\u00eetrise : il en offrirait solennellement un exemplaire \u00e0 Rivers (il travaillait lui-m\u00eame \u00e0 Londres, dans le cadre de la <em>London School of Economics<\/em>, alors que Rivers \u00e9tait \u00e0 Cambridge), et celui-ci, subjugu\u00e9, devrait alors reconna\u00eetre que si l\u2019\u00e9l\u00e8ve n\u2019avait pas d\u00e9pass\u00e9 son ma\u00eetre, il avait tout au moins \u00e9gal\u00e9 son talent.\u00a0<\/p>\r\n<!-- \/wp:paragraph -->\r\n\r\n<!-- wp:paragraph -->\r\n<p>Las ! Malinowski fut priv\u00e9 de la r\u00e9compense qu\u2019il avait escompt\u00e9e durant tant d\u2019ann\u00e9es de travail solitaire sous des cieux exotiques, \u00e0 mettre en \u0153uvre la m\u00e9thode de l&rsquo;observation participante que celui qu&rsquo;il \u00e9mulait avait codifi\u00e9e quatorze ans plus t\u00f4t : Rivers mourut durant le weekend de la Pentec\u00f4te 1922, il n\u2019eut jamais l\u2019occasion de lire le magistral <em>Argonauts of the Western Pacific<\/em>. Dans les ann\u00e9es qui suivirent, Malinowski parvint non seulement \u00e0 d\u00e9passer Rivers en r\u00e9putation, il parvint aussi \u00e0 effacer sa m\u00e9moire. Nous devons nous interroger aujourd\u2019hui s\u2019il aurait consacr\u00e9 tant d\u2019efforts \u00e0 une t\u00e2che aussi futile s\u2019il n\u2019avait \u00e9prouv\u00e9 l\u2019immense frustration que lui avait caus\u00e9e la mort pr\u00e9matur\u00e9e de Rivers.<\/p>\r\n<!-- \/wp:paragraph -->\r\n\r\n<!-- wp:paragraph -->\r\n<p>Dans la seconde partie de sa vie, <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/31\/w-h-r-rivers-1979\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Rivers<\/a> s\u2019\u00e9tait li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec Grafton Elliot Smith (1871-1937), un c\u00e9l\u00e8bre anatomiste et \u00e9gyptologue australien convaincu que les cultures des peuples dit \u00ab primitifs \u00bb constituent dans la plupart des cas les vestiges d\u00e9grad\u00e9s des deux grands civilisations que connut l\u2019antiquit\u00e9 : l\u2019\u00e9gyptienne et la chinoise. Elliot Smith se fit une sp\u00e9cialit\u00e9 de l\u2019histoire sp\u00e9culative, retra\u00e7ant des migrations hypoth\u00e9tiques en se fondant sur la pr\u00e9sence d\u2019artefacts rappelant l\u2019Egypte ou la Chine ; il s\u2019int\u00e9ressa ainsi dans son livre intitul\u00e9 : <em>Elephants and Ethnologists<\/em> (1924) \u00e0 ce qu\u2019il affirmait \u00eatre des repr\u00e9sentations de l\u2019\u00e9l\u00e9phant asiatique dans l\u2019art maya. L\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves, William Perry (1887-1949), devint le principal repr\u00e9sentant de ce courant qui fut appel\u00e9 <em>hyper-diffusionnisme<\/em>. Maurice Hocart (1883-1939), l\u2019auteur de <em>Kings and Councillors<\/em> (1936) y appartenait \u00e9galement, ainsi que Rivers lui-m\u00eame dans ses derniers travaux.<\/p>\r\n<!-- \/wp:paragraph -->\r\n\r\n<!-- wp:paragraph -->\r\n<p>Le coup de gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019hyperdiffusionnisme fut port\u00e9 dans un compte rendu injurieux du livre d\u2019un des repr\u00e9sentants de l\u2019\u00e9cole dans le <em>Journal of the Royal Anthropological Institute<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/12\/28\/ils-firent-de-lethnologie-une-science-1983\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ian Langham<\/a>, un chercheur australien, qui r\u00e9digeait en 1977 une th\u00e8se consacr\u00e9e \u00e0 Rivers et \u00e0 ses disciples, attribuait ce compte-rendu \u00e0 un Colonel T. C. Hodson, qui avait enseign\u00e9 l\u2019anthropologie \u00e0 Cambridge. Cette paternit\u00e9 ne me convainquait pas : la m\u00e9chancet\u00e9 gratuite du texte, la volont\u00e9 militante de son auteur de ridiculiser un h\u00e9ritage auquel Rivers avait \u00e9t\u00e9 associ\u00e9, m\u2019\u00e9voquait irr\u00e9sistiblement un anthropologue polonais dont l\u2019\u0153uvre m\u2019\u00e9tait famili\u00e8re. Les comptes-rendus dans le JRAI \u00e9tant anonymes, il n\u2019\u00e9tait malheureusement pas possible de trancher. Je m\u2019enquis aupr\u00e8s de l\u2019archiviste du <em>Royal Anthropological Institute<\/em> s\u2019il n\u2019existait pas un registre consignant le nom des auteurs des recensions dans les ann\u00e9es vingt. La r\u00e9ponse \u00e9tait non. L\u2019enqu\u00eate \u00e9tait dans l\u2019impasse. Quelque temps plus tard, une autre id\u00e9e me vint : les comptes-rendus \u00e9taient-ils r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s ? La r\u00e9ponse \u00e9tait cette fois oui. Existait-il un registre de la r\u00e9mun\u00e9ration des comptes-rendus ? Oui encore ! Le nom de Malinowski \u00e9tait-il mentionn\u00e9 pour ce num\u00e9ro particulier de la revue ? Oui. Et celui de Hodson, le nom du suspect que postulait de son c\u00f4t\u00e9, Ian Langham, s&rsquo;y trouvait-il aussi ? La r\u00e9ponse l\u00e0 \u00e9tait non. *<\/p>\r\n\r\n* Dans le livre\u00a0que Langham tira de sa th\u00e8se (<em>The Building of British Social Anthropology<\/em> &#8211; 1981), il rend tr\u00e8s aimablement hommage \u00e0 \u00ab\u00a0Jorion&rsquo;s industry and persistence\u00a0\u00bb (p. 355).\r\n\r\n<!-- \/wp:paragraph -->\r\n\r\n<!-- wp:paragraph \/--><!-- \/wp:paragraph -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125873\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-300x141.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"141\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-300x141.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-1024x480.png 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings-768x360.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kings.png 1494w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Leach \u00e9tait tout particuli\u00e8rement enthousiasm\u00e9 par notre projet d\u2019histoire de l\u2019anthropologie. Quand j\u2019allais le voir pour lui faire part de mes progr\u00e8s dans l\u2019\u00e9criture, il m\u2019attendait souvent avec impatience, ayant glan\u00e9 de nouvelles anecdotes dont il voulait me faire part, ayant d\u00e9couvert, en \u00e9tant all\u00e9 fouiner de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[7749,7774,3568,7761,1776,7771,4055,7762,4054,7748,7721,7773,4726,595,7772],"class_list":["post-125906","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anthropologie","tag-anthropologie-diffusionniste","tag-baldwin-spencer","tag-bronislaw-malinowski","tag-c-g-seligman","tag-edmund-leach","tag-elsie-masson","tag-grafton-elliot-smith","tag-helena-wayne-malinowska","tag-hyperdiffusionnisme","tag-ian-langham","tag-james-frazer","tag-maurice-hocart","tag-meyer-fortes","tag-w-h-r-rivers","tag-william-perry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125906","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125906"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125906\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":126780,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125906\/revisions\/126780"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125906"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125906"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125906"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}