{"id":125960,"date":"2021-01-03T11:23:28","date_gmt":"2021-01-03T10:23:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=125960"},"modified":"2021-01-03T17:21:37","modified_gmt":"2021-01-03T16:21:37","slug":"vendre-son-poisson-a-qui-et-a-quel-prix-1982","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/01\/03\/vendre-son-poisson-a-qui-et-a-quel-prix-1982\/","title":{"rendered":"<b>Vendre son poisson, \u00e0 qui, et \u00e0 quel prix&nbsp;?<\/b> (1982)"},"content":{"rendered":"\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125782\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/ine\u0301dit-300x153.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"153\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/ine\u0301dit-300x153.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/ine\u0301dit.png 372w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><strong>Vendre son poisson, \u00e0 qui, et \u00e0 quel prix\u00a0?<\/strong><br \/><em>Souvenirs de la p\u00eache \u00e0 la sardine au Croisic (1911-1954)<\/em><\/p>\r\n<p><code>Ce texte in\u00e9dit reprend des entretiens \u00e0 b\u00e2tons rompus que j'eus sur plusieurs semaines avec M. Jean-Marie Le Hu\u00e9d\u00e9 en 1981 et 1982 \u00e0 son domicile au Croisic (Loire-Atlantique). Il me confia ses carnets de p\u00eache de 1923 \u00e0 1928, que je recopiai. Je revins alors le voir pour lui poser des questions sp\u00e9cifiques sur les informations qui s'y trouvaient.<\/code><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Le 17 janvier 1911, Jean-Marie Le Hu\u00e9d\u00e9, dit P\u2019tit Jean, dit Pironton, dit l\u2019Amiral, prend son premier embarquement sur la Ren\u00e9e-Eug\u00e9nie, une chaloupe creuse de 13 m\u00e8tres appartenant \u00e0 son p\u00e8re et mouill\u00e9e au port du Croisic. Jean-Marie Le Hu\u00e9d\u00e9 est natif de Batz et domicili\u00e9 au bourg. Ses grands-p\u00e8res des deux bords \u00e9taient sauniers, et lui-m\u00eame se souvient de la voiture verte b\u00e2ch\u00e9e avec laquelle l\u2019un d\u2019eux allait porter \u00e0 Rennes le sel du marais blanc. En 1911, il faut se lever \u00e0 une heure le matin, et cheminer \u00e0 pied de Batz au Croisic (4km), le p\u00e8re poussant une brouette charg\u00e9e de filets francs, ses deux fils accroch\u00e9s dans le noir \u00e0 son manteau.<\/p>\r\n\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n\r\n<p>Le p\u00e8re de Jean-Marie avait acquis son premier bateau, La Triomphante, en 1885\u00a0; il l\u2019avait pay\u00e9 818 F, somme que sa m\u00e8re avait per\u00e7ue sur ses propres \u00e9conomies. En 1907, il lui faudra d\u00e9bourser 1 800 F pour la Ren\u00e9e-Eug\u00e9nie. En 1913, c\u2019est au tour du fils a\u00een\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir son bateau, le Marie-Joseph, pay\u00e9 4 000 F \u00e0 l\u2019un des quatre chantiers croisicais. Mobilis\u00e9 en 1914, il n\u2019aura \u00e9t\u00e9 patron qu\u2019un an\u00a0; c\u2019est son cadet, Jean-Marie, qui lui succ\u00e8de \u00e0 la barre. Il n\u2019a que seize ans, au port, on l\u2019appelle \u00ab\u00a0le Branleur\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<figure id=\"attachment_125976\" aria-describedby=\"caption-attachment-125976\" style=\"width: 1403px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-125976\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Naissance-Lehue\u0301de\u0301_Jean-Marie-dit-Piroton_pe\u0302cheur-copie.png\" alt=\"\" width=\"1403\" height=\"693\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Naissance-Lehue\u0301de\u0301_Jean-Marie-dit-Piroton_pe\u0302cheur-copie.png 1403w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Naissance-Lehue\u0301de\u0301_Jean-Marie-dit-Piroton_pe\u0302cheur-copie-300x148.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Naissance-Lehue\u0301de\u0301_Jean-Marie-dit-Piroton_pe\u0302cheur-copie-1024x506.png 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Naissance-Lehue\u0301de\u0301_Jean-Marie-dit-Piroton_pe\u0302cheur-copie-768x379.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1403px) 100vw, 1403px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-125976\" class=\"wp-caption-text\">Merci \u00e0 Gildas Buron de m&rsquo;avoir communiqu\u00e9 le certificat de naissance de \u00ab\u00a0Pironton\u00a0\u00bb.<\/figcaption><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Puis vient son tour de partir au r\u00e9giment\u00a0: il sera cinq ans \u00e0 la Royale, et il manquera y laisser sa vie\u00a0: son navire sera torpill\u00e9 en M\u00e9diterran\u00e9e et son capitaine viendra le secouer dans sa couchette alors qu\u2019il poursuit un sommeil agit\u00e9 dans une salle \u00e0 moiti\u00e9 envahie par les eaux. Rendu \u00e0 la vie civile, il \u00e9pouse Marie le 26 avril 1922. Elle ne voudra pas d\u2019enfant. Une trag\u00e9die.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, il met en chantier le Sam Both, une chaloupe creuse de 13,50 m\u00e8tres qui file neuf n\u0153uds, voile au tiers, 400 m\u00e8tres carr\u00e9s de voilure. Il lui en co\u00fbte 25\u00a0000 F\u00a0; le bapt\u00eame a lieu le 23 septembre 1923. En 1926 il fait installer son premier moteur\u00a0: un 25 CV. Peu de temps auparavant, il y avait eu un vote parmi les patrons croisicais\u00a0: pour ou contre le moteur \u00e0 explosion. Sur les 46 votants, il n\u2019y avait eu qu\u2019une seule voix \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb. Les autres s\u2019\u00e9taient tourn\u00e9s vers lui\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est toi, le Branleur, qu\u2019a vot\u00e9 pour\u00a0?\u00a0\u00bb. Mais, non, il avait vot\u00e9 contre. \u00ab\u00a0La tristesse est venue avec les moteurs. Avant, il y avait toujours quelque chose \u00e0 faire pendant la route. Maintenant, on est l\u00e0, les mains dans les poches. Avec le vent, pas d\u2019inqui\u00e9tude que \u00e7a s\u2019arr\u00eate\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En 1933, ce sera l\u2019\u00c9toile du Matin, un sloop gr\u00e9\u00e9 en cotre pont\u00e9 en sapin \u2013 il aurait voulu en ch\u00eane \u2013 et \u00e9quip\u00e9 d\u2019un moteur de 35 CV. Enfin, en 1941, la Marie, qu\u2019on peut toujours voir au mouillage le long du quai, dans le port du Croisic. Il la conservera jusqu\u2019en 1976, quand une hernie \u00e9trangl\u00e9e le forcera \u00e0 abandonner d\u00e9finitivement la p\u00eache, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 78 ans.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00c0 la sardine, les ann\u00e9es 1895 \u00e0 1910 avaient \u00e9t\u00e9 ex\u00e9crables, les ann\u00e9es 1910 \u00e0 1914 furent meilleures. Une demi-part de mousse ne repr\u00e9sentait alors que 20 \u00e0 25 F par mois. Pour sa premi\u00e8re ann\u00e9e, 1911, Jean-Marie avait touch\u00e9 211 F exactement\u00a0: \u00ab\u00a0T\u2019as juste gagn\u00e9 pour ton savon\u00a0!\u00a0\u00bb, lui dit sa m\u00e8re. Un matelot se faisait alors entre 400 et 600 F pour une saison de six mois \u00e0 la sardine. Apr\u00e8s avoir d\u00e9duit les frais du total, on comptait trois parts, une pour le bateau, et deux \u00e0 partager entre les quatre hommes d\u2019\u00e9quipage. Les frais couvraient alors la rogue, \u0153ufs de morue et de maquereau\u00a0: un baril de 130 kg par jour\u00a0; la farine, tourteaux d\u2019arachide, de lin ou de colza\u00a0: deux sacs de 75 kg par jours, et le vin. Chacun emmenait son pain. Les frais de mat\u00e9riel \u00e9taient \u00e0 charge du patron sur la part du bateau. \u00ab\u00a0Maintenant, tout l\u2019\u00e9quipage paie pour le mat\u00e9riel, et quand ils s\u2019en vont, ils n\u2019ont plus rien\u00a0\u00bb. On payait le r\u00f4le sur sa part\u00a0: \u00ab\u00a02.40 F d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Invalide\u00a0\u00bb par mois pour le patron, 1,80 F pour le matelot, et 30 centimes pour le mousse\u00a0\u00bb. La sardine se vendait alors au mareyeur de 2 \u00e0 5 F le mille.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La p\u00eache, c\u2019\u00e9tait encore un m\u00e9tier de grande mis\u00e8re, pas seulement pour les \u00ab\u00a0Bretons\u00a0\u00bb, ces Finist\u00e9riens nomades dont les femmes travaillaient dans les \u00ab\u00a0usines\u00a0\u00bb, les conserveries, mais aussi pour ces Croisicais qui s\u2019en allaient au thon des A\u00e7ores\u00a0: ils \u00e9taient 24 dundees au port. Les encalminages faisaient du m\u00e9tier une loterie dont les gagnants \u00e9taient peu nombreux\u00a0: \u00e0 cette \u00e9poque sans machine \u00e0 glace, il suffisait d\u2019une brume sur le chemin du retour pour pourrir tous les germons dans la cale sur leurs tr\u00e9teaux. \u00ab\u00a0Il y avait un gars ici, qui n\u2019avait rien rapport\u00e9 sur trois ans. Il vivait du revenu de sa femme qui \u00e9tait blanchisseuse. Qu\u2019est-ce qu\u2019il avait honte\u00a0!\u00a0\u00bb. La mis\u00e8re de la p\u00eache en faisait un m\u00e9tier que l\u2019on voulait \u00e9pargner \u00e0 ses fils. \u00ab\u00a0Les parents disaient\u00a0: \u00ab Mes enfants, ils iront pas p\u00eacheurs\u00a0\u00bb. D\u00e8s qu\u2019ils ont eu un peu d\u2019argent, ils les ont mis aux \u00e9tudes, ils en ont fait des chefs de gare, des ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole&#8230;\u00a0\u00bb. En 1910, beaucoup de Croisicais avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la p\u00eache\u00a0: sur 300 \u00e0 500 sardiniers au port en saison, il n\u2019y avait que 45 locaux, les autres \u00e9taient \u00ab\u00a0Bretons\u00a0\u00bb, du Guilvinec ou de Douarnenez.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En 1920, la sardine valait 30 \u00e0 40 F du mille, la crevette bouquet, 1,50 F du kg, la langouste 7 F et le homard 4 F du kg. Lorsqu\u2019il reprit la p\u00eache, Pironton s\u2019organisa ainsi\u00a0: de mai \u00e0 octobre \u00e0 la sardine, d\u2019octobre \u00e0 No\u00ebl, \u00e0 la langouste ou au chalut, et de No\u00ebl \u00e0 avril aux bouquets. Le revenu des m\u00e9tiers d\u2019hiver oscillait, selon les ann\u00e9es, autour d\u2019un quart des revenus globaux de l\u2019ann\u00e9e (voir tableau 1). En 1923, ann\u00e9e m\u00e9diocre \u00e0 la sardine, l\u2019hiver repr\u00e9sente 40,5 % du total de l\u2019ann\u00e9e\u00a0; tandis qu\u2019en 1928, une des meilleures saisons sardini\u00e8res, l\u2019hiver ne constitue plus que 18,5 % du total.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En dur\u00e9e absolue, la saison la plus longue fut celle de 1933\u00a0: la p\u00eache d\u00e9buta le 3 avril pour ne se terminer qu\u2019\u00e0 la fin novembre. En temps ordinaire, la saison s\u2019achevait \u00e0 la fin octobre\u00a0: on rassemblait les filets qu\u2019on pendait \u00e0 s\u00e9cher, et le patron offrait un repas \u00e0 son \u00e9quipage. Puis la p\u00eache d\u2019hiver d\u00e9butait. Selon le temps qu\u2019il faisait on allait \u00e0 la langouste ou au chalut. \u00ab\u00a0Si la mer \u00e9tait inqui\u00e8te, si elle travaillait du fond, c\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller aux langoustes\u00a0: en vingt minutes les pous [ophiures] bouffaient toute la bo\u00ebtte, il y avait plus que les ar\u00eates. Pareil pour un bonhomme qu\u2019allait au fond, une heure apr\u00e8s tu ramenais plus que des os\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les langoustes se pi\u00e9geaient dans la zone du Grand Trou, 15 \u00e0 18 miles cap Sud-Ouest de la pointe du Croisic\u00a0: une zone de 15 km de long sur 800 m\u00e8tres de large, profonde de 77 m\u00e8tres au plus creux. On mouillait 20 \u00e0 40 casiers cylindriques qu\u2019on relevait toutes les deux heures, c\u2019est-\u00e0-dire quatre \u00e0 cinq fois dans la journ\u00e9e. Les casiers faisaient 80 cm de long et 24 cm de diam\u00e8tre, les trois cercles \u00e9taient en ch\u00e2taignier, les lattes en bois de baril de rogue. Il y avait deux goulots, les casiers \u00e0 un seul goulot \u00e9tant d\u2019un rendement m\u00e9diocre pour la langouste. Des cargues de 20 \u00e0 30 cm permettaient de tendre les goulots en fil de chanvre crochet\u00e9. Contrairement aux casiers \u00e0 crevettes, ils n\u2019\u00e9taient pas coaltar\u00e9s. On changeait la bo\u00ebtte chaque fois qu\u2019on relevait\u00a0: la meilleure bo\u00ebtte pour la langouste est le grondin rouge. Pour emp\u00eacher les b\u00eates de s\u2019\u00e9chapper pendant la rel\u00e8ve, le bateau filait trois n\u0153uds. On profitait de toute la dur\u00e9e du jour, et comme les coins \u00e9taient \u00e0 trois heures de route, on partait vers trois heures du matin, et on rentrait le plus souvent vers dix heures du soir. Il arrivait qu\u2019on ne dorme que deux heures avant de repartir. Pour le homard et la langouste, il fallait d\u2019abord \u00ab\u00a0d\u00e9poussi\u00e9rer\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire pi\u00e9ger les tourteaux et les araign\u00e9es qui \u00e9taient bien souvent les premiers sur la bo\u00ebtte, et dont la valeur commerciale \u00e9tait pratiquement nulle\u00a0: 3 F les 100 kg. La langouste \u00ab\u00a0travaillait\u00a0\u00bb le mieux dans l\u2019apr\u00e8s-midi ou m\u00eame en d\u00e9but de soir\u00e9e. La p\u00eache la plus m\u00e9morable de P\u2019tit Jean fut une apr\u00e8s-midi o\u00f9 l\u2019on remonta 115 langoustes, soit 70 kg. \u00ab\u00a0Toutes ces b\u00eates-l\u00e0 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9es quand on a commenc\u00e9 \u00e0 laisser les casiers \u00e0 l\u2019eau pour la nuit. Avant ils n\u2019\u00e9taient \u00e0 l\u2019eau que la moiti\u00e9 du temps\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Au chalut, on prenait des raies, mais surtout des soles\u00a0: il n\u2019\u00e9tait pas rare d\u2019en prendre deux ou trois mille par nuit\u00a0; dix ans auparavant, c\u2019\u00e9tait parfois cinq ou huit mille. Un jour, en 1911, 32 bateaux furent pris sur le fait de p\u00eacher en zone interdite, \u00e0 vingt m\u00e8tres des rochers, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Saint-Nazaire. La Ren\u00e9e-Eug\u00e9nie parmi eux. Les p\u00eacheurs furent d\u00e9fendus par Gouzert, qui devint d\u00e9put\u00e9, puis ministre. En fin de compte, chacun eut \u00e0 payer deux francs d\u2019amende\u00a0; pour le p\u00e8re de P\u2019tit Jean, cela repr\u00e9sentait le quart du produit de la vente.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Parfois aussi on allait mettre des filets aux touilles, des petits requins longs d\u2019un m\u00e8tre cinquante dont les Italiens \u00e9taient acheteurs. Le soir on mouillait un filet de 14 cm de maille et on le relevait le lendemain matin. Plus l\u2019eau \u00e9tait blanche, plus on p\u00eachait. Les p\u00eaches s\u2019\u00e9chelonnaient d\u2019une \u00e0 dix tonnes. Ce m\u00e9tier \u00e9tait la sp\u00e9cialit\u00e9 des Douarnenistes, qui le pratiquaient surtout au large de Belle-Ile, \u00ab\u00a0un coin pourri de requins\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Quelques coll\u00e8gues de Jean-Marie Le Hu\u00e9d\u00e9 allaient p\u00eacher le thon \u00e0 six heures de route sur des 17 m\u00e8tres pont\u00e9s. \u00ab\u00a0Il y avait des temp\u00eates comme il n\u2019y a plus maintenant\u00a0: on affalait, on mettait \u00e0 la cape, et on repartait aussit\u00f4t. Moi, j\u2019ai jamais fait ce m\u00e9tier-l\u00e0. Mais on m\u2019appelait \u00ab\u00a0l\u2019Amiral\u00a0\u00bb. Beau temps, mauvais temps, toujours en route\u00a0; premier sorti, premier rentr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Quelquefois apr\u00e8s la Toussaint, le plus souvent apr\u00e8s la No\u00ebl, le Sam Both allait aux bouquets. La zone de p\u00eache pour la crevette, c\u2019\u00e9tait la Banche, plein Sud de Batz, pas m\u00eame une heure de route. Quarante casiers \u00e9taient mouill\u00e9s un par un, \u00ab\u00a0bou\u00e9e \u00e0 bou\u00e9e\u00a0\u00bb. Un casier pouvait ramener de cinq \u00e0 huit kilos de bouquets\u00a0: \u00ab\u00a0le meilleur app\u00e2t, c\u2019\u00e9tait le merlan, parce qu\u2019il n\u2019a pas beaucoup de tripes.\u00a0\u00bb. Les casiers \u00e9taient tr\u00e8s semblables \u00e0 ceux d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0: cylindriques et coaltar\u00e9s\u00a0; ils \u00e9taient faits comme les casiers \u00e0 langouste, en feuillards de ch\u00e2taignier pour les trois cercles, et en bois de baril de rogue pour les huit lattes. Il fallait aux femmes un kilo de fil de chanvre pour crocheter les deux goulots d\u2019un casier, leur mari les payait 18 centimes pour le travail. On comptait que, d\u2019une saison sur l\u2019autre, il fallait remplacer 70 casiers sur 100.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En mai, la saison d\u2019hiver s\u2019achevait et on mettait le bateau \u00e0 terre pour le nettoyage. On mettait aussi le lest \u00e0 terre\u00a0; selon les embarcations, il y en avait de trois \u00e0 sept tonnes. \u00ab\u00a0Nous, on avait toujours des pierres\u00a0; c\u2019est mieux que le m\u00e2chefer, parce qu\u2019entre les pierres, il y a de l\u2019air\u00a0\u00bb. Le nettoyage prenait trois semaines, puis l\u2019on s\u2019\u00e9quipait pour la sardine. \u00ab\u00a0Le poisson court toujours Nord de mai \u00e0 septembre, puis il court Sud\u00a0; toujours en suivant la c\u00f4te pour manger les moules et aussi toutes les saloperies que les hommes envoient \u00e0 la mer\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les \u00e9quipages croisicais \u00e0 la sardine comptaient quatre ou cinq hommes, tandis que les \u00ab\u00a0Bretons\u00a0\u00bb \u00e9taient plus nombreux \u00e0 bord\u00a0: g\u00e9n\u00e9ralement huit. Petit \u00e0 petit les Croisicais ont adopt\u00e9 ces plus grands \u00e9quipages. \u00ab\u00a0Quand je suis devenu patron, en 1914, je n\u2019avais que des vieux avec moi. Mon \u00ab\u00a0brigadier\u00a0\u00bb avait 72 ans\u00a0: tous les jeunes \u00e9taient au r\u00e9giment\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les zones de p\u00eache \u00e0 la sardine des Croisicais se situaient entre une et trois heures de route. Selon la distance \u00e0 parcourir on partait entre une heure et trois heures du matin\u00a0; on rentrait entre dix heures et trois heures de l\u2019apr\u00e8s-midi. \u00ab\u00a0Il fallait pas rentrer trop tard, sinon il n\u2019y avait plus de prix quand on rentrait, alors on comptait un quart d\u2019heure de \u00ab\u00a0b\u00e9nef\u00a0\u00bb par heure de route, des fois qu\u2019il y aurait une encalmie au retour\u00a0\u00bb. La guerre de 1939-45 a boulevers\u00e9 ces horaires et la journ\u00e9e de p\u00eache s\u2019est vue cantonn\u00e9e \u00e0 la tranche huit heures \u2013 seize heures.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 bord on avait toujours \u00e9videmment une voile et une trinquette de rechange, et puis, quinze \u00e0 vingt filets de maille 40 \u00e0 74 [mm]. On sortait du port \u00e0 la voile et on regardait l\u2019eau\u00a0: si elle \u00e9tait blanche, ce n\u2019\u00e9tait pas bon, si elle \u00e9tait bleue, \u00e7a allait\u00a0\u00bb. Le bateau suivait les oiseaux, on savait qu\u2019en allant plus loin on aurait plus de poisson, et il y avait un \u00e9quilibre difficile \u00e0 choisir entre rentrer plus t\u00f4t et obtenir un meilleur prix pour moins de poisson, et rentrer plus tard et obtenir un moins bon prix pour une p\u00eache plus importante. \u00ab\u00a0Si on \u00e9tait all\u00e9 loin, on faisait les r\u00e9gates pour rentrer\u00a0: le train qui emmenait les sardines emball\u00e9es \u00e0 Nantes partait \u00e0 4 heures et demie. Alors si tu rentrais apr\u00e8s le train, tu pouvais tout foutre \u00e0 l\u2019eau : le lendemain, ta sardine, elle \u00e9tait pourrie. On manquait le train bien trente fois dans l\u2019ann\u00e9e. Parfois, c\u2019\u00e9tait un jour sur deux. Alors le patron prenait moins de frais [du total] pour que l\u2019\u00e9quipage ait quelque chose [sur sa part]. On reportait les frais \u00e0 la semaine suivante\u00a0\u00bb. La p\u00eache s\u2019interrompait deux fois dans la journ\u00e9e\u00a0: une demi-heure pour l\u2019\u00e9tale de basse mer, une demi-heure pour l\u2019\u00e9tale de pleine mer.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>On mettait le canot bout au vent, tout le monde se d\u00e9couvrait, et le brigadier faisait le signe de croix, puis on mettait le filet \u00e0 l\u2019eau tandis que l\u2019embarcation culait, emmen\u00e9e par le courant (*). \u00ab\u00a0Le signe de croix et enlever sa casquette, on a fait \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es vingt, pas l\u2019Eau b\u00e9nite. Quand j\u2019\u00e9tais branleur, mon p\u00e8re m\u2019envoyait \u00e0 l\u2019\u00e9glise avec une petite bouteille pour l\u2019Eau b\u00e9nite. Moi, j\u2019allais \u00e0 la pompe du Caf\u00e9 qu\u2019\u00e9tait plus pr\u00e8s. Qu\u2019est-ce que j\u2019ai pas pris quand mon p\u00e8re l\u2019a su\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les filets \u00e9taient des filets francs \u00e0 cinquante mille mailles. Ils faisaient dix m\u00e8tres de haut sur cinquante m\u00e8tres de long, mais ils \u00e9taient fronc\u00e9s sur une ralingue de 25 m\u00e8tres. Il y avait 200 \u00e0 300 li\u00e8ges sur la \u00ab\u00a0corde de li\u00e8ges\u00a0\u00bb, ils \u00e9taient blancs, avec la \u00ab\u00a0marque\u00a0\u00bb du bateau peinte en rouge. Il y avait \u00e0 bord plusieurs filets de m\u00eame maille, soit pour que l\u2019on puisse remettre \u00e0 l\u2019eau un filet de m\u00eame maille que celui que les matelots \u00e9taient en train de \u00ab\u00a0d\u00e9pesquer\u00a0\u00bb, soit pour remplacer un filet d\u00e9truit par un de ces b\u00e9lougas qui s\u2019en prenait \u00e0 la sardine maill\u00e9e. C\u2019\u00e9tait toujours le brigadier qui s\u2019occupait du filet, le patron quant \u00e0 lui, bo\u00ebttait. \u00ab\u00a0Albert \u2013 mon brigadier \u2013 disait\u00a0: &lsquo;Pironton, fais-nous passer un \u00ab\u00a0cinquante\u00a0\u00bb [un filet de maille 50]\u2019\u00a0\u00bb. Quand la p\u00eache d\u00e9butait, pour voir quelle maille il fallait, on mouillait un des filets un peu au hasard, et on \u00ab\u00a0faisait une visite\u00a0\u00bb\u00a0: on rehalait le filet sur environ un m\u00e8tre de sa hauteur pour examiner vingt ou trente sardines maill\u00e9es [prises par les ouies]. Si le poisson \u00e9tait \u00ab\u00a0pris \u00e0 moiti\u00e9\u00a0\u00bb [du corps], c\u2019est que la maille \u00e9tait trop grande, si, au contraire, le poisson \u00e9tait \u00ab\u00a0pris par le bout du nez\u00a0\u00bb, c\u2019est qu\u2019elle \u00e9tait trop petite. Et l\u2019on changeait de filet en cons\u00e9quence. La petite et la grosse sardine \u00e9taient, bien s\u00fbr, toujours m\u00e9lang\u00e9es, mais on choisissait la maille dont on estimait qu\u2019elle aurait le meilleur rendement.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L\u2019ennemi du p\u00eacheur, c\u2019\u00e9tait donc le b\u00e9louga\u00a0: \u00ab\u00a0Nous, on les appelait les \u00ab\u00a0bossus\u00a0\u00bb, ils sont venus en 1914. Il y en a un qui disait\u00a0: &lsquo;C\u2019est les morts en mer&rsquo;. Quand il y a eu des moteurs, ils nous suivaient de la Pointe [du Croisic], ils suivaient au bruit de l\u2019h\u00e9lice. Ils d\u00e9truisaient bien trente filets par an. Quand on voyait le filet qui \u00ab\u00a0travaillait\u00a0\u00bb avec eux, on jetait des p\u00e9tards, ou bien on frappait sur des barres en fer dans l\u2019eau [pour les faire fuir]\u00a0; il y en avait qui mettaient des aiguilles dans des sardines qu\u2019ils leur jetaient. Ils sont partis avec le filet tournant [la bolinche], ils mangeaient que des filets maillants\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Le brigadier tenait le filet, tandis que le patron bo\u00ebttait, app\u00e2tant le long du filet d\u2019un m\u00e9lange de rogue et de farine. Au bout d\u2019une demi-heure, le filet commen\u00e7ait \u00e0 \u00ab\u00a0travailler\u00a0\u00bb, les li\u00e8ges s\u2019enfon\u00e7ant \u00e0 mesure. Pendant ce temps-l\u00e0, les matelots \u00ab\u00a0d\u00e9pesquaient\u00a0\u00bb, d\u00e9maillant le poisson dans l\u2019annexe. Ils emplissaient des paniers de 200 sardines, comptant par \u00ab\u00a0lance\u00a0\u00bb de cinq poissons [cinq au Croisic, trois \u00e0 la Turballe]. \u00ab\u00a0Les matelots travaillaient par deux, ils mettaient chacun une lance dans la main et ils remplissaient le panier, chacun \u00e0 son tour. Ils comptaient tout haut\u00a0: l\u2019un disait \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb, l\u2019autre \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb\u2026 comme \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 quarante, puis on passait \u00e0 une autre caisse\u00a0\u00bb. Les sardines \u00e9taient donc compt\u00e9es une par une\u00a0: \u00ab\u00a0Quand il y en avait cinquante mille, on en comptait cinquante mille\u00a0\u00bb. La question du calibrage ne se posait qu\u2019avec l\u2019existence des conserveries\u00a0: \u00ab\u00a0Comme au d\u00e9but il n\u2019y avait pas d\u2019usine, on pouvait aussi vendre la grosse. Apr\u00e8s il y en a eu une\u00a0: Philippe &amp; Canaud, et apr\u00e8s la guerre de 40, trois autres\u00a0: Le Bayon, Chacun et Lef\u00e8vre\u00a0\u00bb. La zone de p\u00eache couverte par le Sam Both s\u2019\u00e9tendait de l\u2019Ile d\u2019Yeu \u00e0 Belle-Ile. \u00ab\u00a0Quand on en avait p\u00each\u00e9 25\u00a0000 et qu\u2019il y avait plusieurs bateaux de rentr\u00e9s, on rentrait aussi\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Maintenant, il s\u2019agissait de vendre ma p\u00eache\u00a0: \u00ab\u00a0Le patron disait \u00e0 son matelot\u00a0: &lsquo;T\u2019as qu\u2019\u00e0 te d\u00e9merder \u00e0 vendre&rsquo;. Mais il y avait que cinq ou six marchands [mareyeurs] pour \u00e9couler sa p\u00eache\u00a0\u00bb. Sans doute, mais il \u00e9tait possible de vendre \u00e9galement sur le port voisin de La Turballe. Les ventes du Sam Both pour 1924 r\u00e9v\u00e8lent d\u2019ailleurs que son principal acheteur fut la conserverie Gicquel \u00e0 La Turballe, avec pr\u00e8s du quart de sa p\u00eache commercialis\u00e9e (voir tableau 2).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il existait cependant des diff\u00e9rences entre La Turballe et Le Croisic. Certaines \u00e9taient mineures, comme le fait, d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, que les lances \u00e9taient de trois poissons \u00e0 La Turballe, et de cinq au Croisic, ou bien que l\u2019on pesait en kilos \u00e0 La Turballe et en livres au Croisic. D\u2019autres diff\u00e9rences \u00e9taient importantes\u00a0: le fait, par exemple, que les \u00ab\u00a0Bretons\u00a0\u00bb \u00e9taient interdits de s\u00e9jour \u00e0 La Turballe\u00a0; une autre diff\u00e9rence importante \u00e9tait que Le Croisic \u00e9tait port \u00ab\u00a0de la fra\u00eeche\u00a0\u00bb, et La Turballe, port de la sardine en bo\u00eete. Il y eut, en effet, jusqu\u2019\u00e0 sept conserveries \u00e0 la Turballe \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il n\u2019y en avait qu\u2019une au Croisic. Mais ce dernier jouissait de l\u2019avantage incontestable d\u2019\u00eatre\u00a0\u00ab\u00a0t\u00eate de ligne\u00a0\u00bb pour Nantes : la ligne de chemin de fer Nantes \u2013 Saint-Nazaire se prolongeant jusqu\u2019au Croisic, d\u2019o\u00f9 la possibilit\u00e9 de distribuer rapidement la sardine fraiche et emball\u00e9e. \u00ab\u00a0Apr\u00e8s, \u00e7a n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 pareil\u00a0; quand sont venus les camions, tous les ports sont devenus t\u00eate de ligne\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les carnets de compte de Jean-Marie Le Hu\u00e9d\u00e9 r\u00e9v\u00e8lent quatre types d\u2019acheteurs\u00a0: les \u00ab\u00a0usines\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les conserveries [environ 40% des ventes en 1924], les \u00ab\u00a0marchands\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les mareyeurs [environ 51% des ventes\u00a0; 44% pour les huit principaux], le \u00ab\u00a0d\u00e9tail\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les marchands \u00e0 la sauvette qui achetaient chaque soir 300 ou 400 sardines qu\u2019ils allaient revendre \u00e0 pied ou \u00e0 bicyclette dans les fermes de la r\u00e9gion, jusqu\u2019\u00e0 Gu\u00e9rande [environ 7%], enfin les parents, voisins et amis [en quantit\u00e9s n\u00e9gligeables] (**).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il existait au XIX\u00e8me si\u00e8cle et au d\u00e9but du XX\u00e8me, ce qu\u2019on appelait le \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0grand compte\u00a0\u00bb \u00e0 la vente. Le petit compte \u00e9tait de mille sardines exactement pour \u00ab\u00a0un mille\u00a0\u00bb, soit cinq caissettes ou paniers de 200 sardines\u00a0; le grand compte \u00e9tait de 1250 sardines pour un mille, mais en \u00e9change du grand compte, le marchand ou l\u2019usinier ajoutait quatre ou cinq litres de vin pour l\u2019\u00e9quipage. \u00c0 l\u2019\u00e9poque qui nous occupe ici, il n\u2019existait plus que le petit compte. Il arrivait quelquefois que des p\u00eacheurs trichent, ne mettant, par exemple que 190 sardines par panier\u00a0; cela n\u2019\u00e9tait toutefois pas dans leur int\u00e9r\u00eat, car, d\u00e9couverts, ils \u00e9taient boycott\u00e9s par l\u2019ensemble des acheteurs.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La politique d\u2019achat du mareyeur \u00e9tait conditionn\u00e9e par la contrainte suivante\u00a0: il fallait que \u00ab\u00a0les ordres\u00a0\u00bb puissent \u00eatre mis au train qui quittait Le Croisic pour Nantes \u00e0 quatre heures et demie\u00a0; les femmes, au magasin, devaient nettoyer, emballer, conditionner la p\u00eache du jour pour qu\u2019elle puisse partir au train. Il \u00e9tait donc de l\u2019int\u00e9r\u00eat du mareyeur de faire d\u00e9buter ses achats le plus t\u00f4t possible dans la journ\u00e9e. Pour ce faire, il \u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 payer plus cher la sardine offerte par les premiers rentr\u00e9s [les chiffres pour 1924 r\u00e9v\u00e8lent que le premier prix pouvait repr\u00e9senter jusqu\u2019\u00e0 175 % des prix obtenus plus tard dans la journ\u00e9e]. Il ne leur prenait toutefois pas toute leur p\u00eache, mais par exemple cinq \u00ab\u00a0milles\u00a0\u00bb\u00a0; il savait en effet, que d\u2019ici que les femmes aient trait\u00e9 ces poissons, d\u2019autres bateaux seraient rentr\u00e9s qui, du fait de la plus grande concurrence, mais aussi du fait qu\u2019ils avaient ramen\u00e9 davantage de poisson, seraient pr\u00eats \u00e0 vendre \u00e0 plus bas prix. Le marchand fractionnait donc et diversifiait ses achats. Il arrivait que les mareyeurs \u00e9chouent dans leurs tactiques savantes et manquent le train, dans ce cas, s\u2019ils \u00e9taient s\u00fbrs de leurs ordres, ils chargeaient une charrette rapide qui s\u2019effor\u00e7ait de prendre le train de vitesse en gare de Saint-Nazaire [26 kilom\u00e8tres].<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les conserveurs avaient aussi leur politique d\u2019achat (sur laquelle je reviendrai plus loin). Quant aux p\u00eacheurs, leur strat\u00e9gie \u00e9tait compl\u00e9mentaire, les int\u00e9r\u00eats des deux parties \u00e9tant, bien entendu, inverses. Comme je l\u2019ai signal\u00e9 plus haut, il y avait un choix \u00e0 faire entre deux tactiques\u00a0: faire moins de route, rentrer plus t\u00f4t avec des quantit\u00e9s moindres, et obtenir un meilleur prix, ou bien, faire davantage de route, obtenir un prix plus faible du mille, mais avoir plus de poisson \u00e0 vendre, tout en augmentant cependant le risque de manquer le train. Au retour, on acceptait de fractionner selon les desiderata des acheteurs\u00a0: une p\u00eache de trente mille pouvait ainsi se vendre cinq mille par cinq mille. Si au contraire, l\u2019acheteur \u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 prendre \u00ab\u00a0toute la p\u00eache\u00a0\u00bb, le p\u00eacheur consid\u00e9rait qu\u2019il \u00e9tait raisonnable qu\u2019il obtienne un prix du mille plus faible. Il \u00e9tait toutefois entendu que pour une p\u00eache moyenne ou m\u00e9diocre, l\u2019acheteur prenne toute la p\u00eache. Si par exemple, le p\u00eacheur avait 4\u00a0423 sardines \u00e0 vendre, le marchant se portait preneur de l\u2019ensemble et payait les 423 sardines en sus aux prix convenu pour un mille.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La transaction entre offreur et acheteur potentiel d\u00e9butait par la \u00ab\u00a0premi\u00e8re mise\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Si t\u2019avais vendu le jour d\u2019avant 200 F du mille, tu faisais une premi\u00e8re mise de 500 F\u00a0\u00bb. Le prix s\u2019\u00e9tablissait alors selon le m\u00e9canisme classique de l\u2019offre et de la demande\u00a0; on verra cependant que les conditions d\u2019une telle situation de \u00ab\u00a0march\u00e9 parfait\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient que tr\u00e8s rarement r\u00e9unies\u2026 pour autant qu\u2019elles l\u2019aient jamais \u00e9t\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il existe cependant entre ces repr\u00e9sentations \u00ab\u00a0id\u00e9ales\u00a0\u00bb de m\u00e9canisme de la vente, et les chiffres de ventes r\u00e9elles tels qu\u2019ils apparaissent dans la comptabilit\u00e9 de M. Le Hu\u00e9d\u00e9, des \u00e9carts qu\u2019il convient d\u2019expliquer. En 1924, pour une saison \u00e0 la sardine qui va de la mi-mai \u00e0 la mi-octobre et qui couvre donc cinq mois, le chiffre des quantit\u00e9s commercialis\u00e9es tourne autour de 113\u00a0000 poissons. Or, quand il nous parle du volume de la p\u00eache, M. Le Hu\u00e9d\u00e9 nous dit par exemple, \u00ab\u00a0Quand tu en as 25\u00a0000, tu rentres\u2026\u00a0\u00bb, ou bien, \u00ab\u00a0Si tu as une p\u00eache de 30 000, tu vends cinq mille par cinq mille\u2026\u00a0\u00bb. \u00c0 en croire ces chiffres utilis\u00e9s dans les exemples, quatre \u00e0 cinq jours de p\u00eache auraient suffi \u00e0 assurer la saison de p\u00eache 1924. Le tableau 1 nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une saison m\u00e9diocre, mais qui demeurait toutefois du m\u00eame ordre de grandeur que celle des ann\u00e9es proches. Une saison de cinq mois en \u00e9t\u00e9, cela repr\u00e9sente environ cent jours de p\u00eache, soit une commercialisation moyenne de 1\u00a0100 sardines par jour en 1924. Entre ces onze cents et les 25\u00a0000 ou 30\u00a0000 des exemples donn\u00e9s, il demeure un \u00e9cart dont il faut rendre compte.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Cet \u00e9cart m\u2019\u00e9tait apparu en relisant mes notes des entretiens pr\u00e9c\u00e9dents et je suis retourn\u00e9 voir M. Le Hu\u00e9d\u00e9 en lui faisant part de mon \u00e9tonnement. \u00ab\u00a0En r\u00e9alit\u00e9, tu p\u00eachais entre 2 000 et 20\u00a0000\u00a0\u00bb, les chiffres de 25\u00a0000 et 30\u00a0000 \u00e9taient donc id\u00e9aux\u00a0; mais m\u00eame ainsi, l\u2019\u00e9cart persiste. Il y a bien s\u00fbr les jours o\u00f9 l\u2019on manque le train, \u00e9valu\u00e9s, comme on l\u2019a vu plus haut, \u00e0 une trentaine par saison. Il ne nous resterait donc que 70 jours pour lesquels la p\u00eache est effectivement vendue\u00a0; en comptant une p\u00eache moyenne de cinq mille par jour, cela ferait encore 350\u00a0000 par saison. Qu\u2019en est-il des jours o\u00f9 l\u2019on ne p\u00eachait pas, ou tr\u00e8s peu\u00a0? \u00ab\u00a0Parfois, on avait que la godaille\u00a0: 300 \u2013 500, plus quelques maquereaux\u00a0\u00bb (***). Combien de fois par saison une telle situation se pr\u00e9sentait-elle\u00a0? \u00ab\u00a0La godaille seulement, c\u2019\u00e9tait deux ou trois fois par saison\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9cart entre chiffres th\u00e9oriques et chiffres r\u00e9els demeure donc.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La r\u00e9ponse \u00e0 notre question, la voici\u00a0: \u00ab\u00a0Il fallait souvent tout rejeter \u00e0 la baille\u00a0: il y avait m\u00e9vente. Il y avait m\u00e9vente deux jours par semaine souvent. Un jour, c\u2019\u00e9tait vers 1935, on a pris un camion pour aller en vendre 60\u00a0000 \u00e0 Angers. On en a vendu 3\u00a0000. Celles qui restaient, on les a renvers\u00e9es sur la route. On a eu une amende. C\u2019\u00e9tait les go\u00e9lands qui les mangeaient, ils se r\u00e9galaient. Si un jour il y avait m\u00e9vente, on se r\u00e9unissait, les patrons, l\u2019usinier et les marchands, et on se taxait pour le lendemain [on contingentait]. Le marchand disait combien il pourrait prendre pour le lendemain, il disait ses ordres \u2013 parfois il se trompait\u00a0: ses ordres \u00e9taient d\u00e9command\u00e9s \u2013 il disait aussi le prix qu\u2019il pourrait payer, parfois le jour dit il payait davantage. On disait alors, &lsquo;on p\u00eachera tant de paniers demain&rsquo;, on taxait par exemple \u00e0 50 kg par bonhomme, ou 150 kg, ce qui faisait 4\u00a0000 ou 13\u00a0000 sardines pour le bateau [quatre hommes d\u2019\u00e9quipage, et environ 4 kg les 100 sardines]. Il y en avait un alors qui v\u00e9rifiait le nombre de paniers qu\u2019on d\u00e9barquait. Il y en avait qui trichaient, ils disaient en douce au marchand le jour d\u2019avant\u00a0: &lsquo;Je t\u2019en mettrai 250 par panier&rsquo;. Les autres le savaient pas, et le marchand leur payait ce qu\u2019ils avaient vraiment livr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Dans les ann\u00e9es qui suivirent on s\u2019organisa encore davantage pour tenir compte de la m\u00e9vente\u00a0: \u00ab\u00a0Vers 1935-37, on faisait une caisse noire pour ceux qui avaient d\u00fb tout jeter \u00e0 l\u2019eau. On donnait vingt francs par semaine par bateau. Avec \u00e7a, on s\u2019arrangeait pour payer les \u00ab\u00a0frais\u00a0\u00bb des malchanceux\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Trois jours de godaille, trente jours o\u00f9 l\u2019on manque le train, jusqu\u2019\u00e0 deux jours de m\u00e9vente par semaine, plus un nombre difficile \u00e0 pr\u00e9ciser de jours o\u00f9 la p\u00eache \u00e9tait contingent\u00e9e\u00a0: voil\u00e0 qui rend compte de mani\u00e8re satisfaisante de l\u2019\u00e9cart que nous avions per\u00e7u entre chiffres th\u00e9oriques et chiffres r\u00e9els. Profitons-en toutefois pour faire quelques remarques\u00a0: l\u2019existence d\u2019un march\u00e9 o\u00f9 le producteur sacrifie \u2013 comme une chose normale \u2013 les deux tiers de sa production, m\u00e9rite une explication. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, le march\u00e9 de la sardine fra\u00eeche \u00e9tait comme tout march\u00e9 du poisson frais un march\u00e9 \u00ab\u00a0sp\u00e9culatif\u00a0\u00bb. Cette nature sp\u00e9culative est g\u00e9n\u00e9ralement expliqu\u00e9e par l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 d\u2019un produit qui se d\u00e9grade rapidement\u00a0: \u00ab\u00a0Le lendemain, ta sardine elle est pourrie\u00a0\u00bb. Remarquons que l\u2019on rejette toujours sur le mareyeur et les interm\u00e9diaires la responsabilit\u00e9 de ce caract\u00e8re sp\u00e9culatif, vu comme n\u00e9faste. Aux yeux du p\u00eacheur, toutefois, le comportement du mareyeur \u00e9tait justifi\u00e9, ou tout au moins excusable\u00a0: \u00ab\u00a0Les mareyeurs, ils se font beaucoup d\u2019argent\u00a0; c\u2019est normal si ils veulent bien payer le p\u00eacheur. Dans ce m\u00e9tier-l\u00e0, il y en a un sur deux qui fait faillite\u00a0: c\u2019est le dernier des m\u00e9tiers. Le matin, faut que tu vendes, m\u00eame sans profit\u00a0: il suffit pas de travailler, faut que t\u2019aies avec toi un ministre des finances. T\u2019as vu P. qu\u2019a fait faillite la semaine derni\u00e8re\u00a0: 75 millions de dettes\u00a0!\u00a0\u00bb. Mais ce qui appara\u00eet du r\u00e9cit de M. Le Hu\u00e9d\u00e9, comme d\u2019autres donn\u00e9es, contemporaines celles-l\u00e0, c\u2019est que le p\u00eacheur est loin d\u2019\u00eatre innocent\u00a0: lui aussi est poss\u00e9d\u00e9 du d\u00e9mon du jeu\u00a0! Non pas \u00e0 la mesure de son volant financier comme le mareyeur, mais \u00e0 la mesure du volume de sa p\u00eache. Quand le p\u00eacheur actuel dit d\u2019un ton n\u00e9gligent qu\u2019il \u00ab\u00a0se d\u00e9barrasse de sa p\u00eache\u00a0\u00bb, ou quand le patron sardinier en 1924 disait \u00e0 son matelot, \u00ab\u00a0Tu te d\u00e9merderas \u00e0 vendre\u00a0!\u00a0\u00bb, on aurait tort de prendre \u00e0 la lettre cette indiff\u00e9rence affich\u00e9e\u00a0: il ne s\u2019agit que d\u2019une des tactiques de bluff du vendeur avis\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Revenons-en pour finir \u00e0 ce qu\u2019il en advint de la p\u00eache \u00e0 la sardine. On sait que la longueur du bateau constitue \u00e0 la p\u00eache le mode le plus commun de d\u00e9finition d\u2019une embarcation, de m\u00eame, la mani\u00e8re traditionnelle d\u2019\u00e9valuer les profits consiste \u00e0 comparer le revenu d\u2019une ann\u00e9e avec le prix \u00e0 l\u2019achat du bateau\u00a0: \u00ab\u00a01926 et 1928, c\u2019\u00e9tait de bonnes ann\u00e9es (voir tableau 3)\u00a0; j\u2019aurais pu m\u2019acheter un bateau chaque ann\u00e9e. Attention\u00a0! Il y avait encore des vieux [p\u00eacheurs] qui crevaient de faim dans ces ann\u00e9es-l\u00e0. C\u2019\u00e9tait pas comme maintenant\u00a0\u00bb, et M. Le Hu\u00e9d\u00e9 me montre la fiche o\u00f9 je peux lire le montant de sa retraite.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab\u00a0De 1933 \u00e0 1939, \u00e7a a aussi \u00e9t\u00e9 de bonnes ann\u00e9es, mais la p\u00eache au filet droit devenait de plus en plus ch\u00e8re\u00a0: il fallait maintenant deux barils de rogue [par jour] et quatre sacs de farine\u00a0; et le prix de la rogue n\u2019arr\u00eatait pas de monter parce que le franc baissait. Apr\u00e8s la guerre, il y a eu de nouveau des bonnes ann\u00e9es\u00a0: de 1946 \u00e0 1951, avec le filet tournant, la bolinche. Mais quand m\u00eame, avec ce filet-l\u00e0, pour cent kilos de poisson on d\u00e9truisait une tonne. Puis en 1954, c\u2019\u00e9tait fini\u00a0: il y avait plus de sardines\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Quant aux conserveries, elles ont ferm\u00e9 leurs portes, les unes apr\u00e8s les autres\u00a0: \u00ab\u00a0Les usines seraient rest\u00e9es si les p\u00eacheurs avaient fait un geste. \u00c0 La Turballe, ils l\u2019ont fait. Comme on allait souvent \u00e0 deux ou \u00e0 trois heures de route, on revenait plus tard [qu\u2019au Guilvinec, par exemple, o\u00f9 les p\u00eacheurs p\u00eachaient \u00e0 une demi-heure de route] et les femmes de l\u2019usine devaient travailler la nuit. Alors quand les syndicats ont oblig\u00e9 \u00e0 payer plus cher [le travail de nuit des femmes], les usiniers ont demand\u00e9 qu\u2019on fasse un geste\u00a0: que les premiers bateaux rentr\u00e9s vendent un tiers de leur p\u00eache \u00e0 l\u2019usine [dont les prix d\u2019achat \u00e9taient, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, de 10 \u00e0 15 % plus faibles que ceux offerts par les mareyeurs]. Mais on l\u2019a pas fait.\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pourquoi l\u2019auraient-ils fait, puisque comme nous l\u2019avons vu, s\u2019ils rentraient plus t\u00f4t c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment pour obtenir un meilleur prix\u00a0?\u00a0Ironiquement, c\u2019est \u00e0 La Turballe, dont les p\u00eacheurs ont, dans les autres ports une r\u00e9putation de \u00ab\u00a0viandards\u00a0\u00bb, que l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral a pr\u00e9valu. Mais il s\u2019agissait d\u2019un port de la \u00ab\u00a0sardine en bo\u00eete\u00a0\u00bb\u00a0: au Croisic, port de la \u00ab\u00a0fra\u00eeche\u00a0\u00bb, c\u2019est la passion du jeu tenant mareyeur et p\u00eacheur \u00e9galement sous sa loi, qui l\u2019emporta. Avec les cons\u00e9quences que l\u2019on sait.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Tableau 1\u00a0:<\/strong> Part du bateau (un tiers apr\u00e8s d\u00e9duction des frais du total) \u00e0 la sardine et aux m\u00e9tiers d\u2019hiver.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-table\">\r\n<table>\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td><strong>sardines<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>%<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>hiver<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>%<\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td><strong>1923<\/strong><\/td>\r\n<td>16\u00a0347.05<\/td>\r\n<td>59.52<\/td>\r\n<td>11\u00a0119.65<\/td>\r\n<td>40.48<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td><strong>1924<\/strong><\/td>\r\n<td>17\u00a0154.65<\/td>\r\n<td>68.14<\/td>\r\n<td>8\u00a0018.95<\/td>\r\n<td>31.86<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td><strong>1925<\/strong><\/td>\r\n<td>22\u00a0683.90<\/td>\r\n<td>76.28<\/td>\r\n<td>7\u00a0053.45<\/td>\r\n<td>23.72<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td><strong>1926<\/strong><\/td>\r\n<td>39\u00a0722.50<\/td>\r\n<td>74.03<\/td>\r\n<td>13\u00a0935.65<\/td>\r\n<td>25.97<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td><strong>1927<\/strong><\/td>\r\n<td>21\u00a0465.35<\/td>\r\n<td>68.94<\/td>\r\n<td>9\u00a0670.15<\/td>\r\n<td>31.06<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td><strong>1928<\/strong><\/td>\r\n<td>42\u00a0066.60<\/td>\r\n<td>81.43<\/td>\r\n<td>9\u00a0594.65<\/td>\r\n<td>18.57<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td><strong>Moyenne sur six ans<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>71.39<\/strong><\/td>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td><strong>28.61<\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Tableau 2\u00a0:<\/strong> Ventilation de la sardine commercialis\u00e9e en 1924.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-table\">\r\n<table>\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td><strong>Nom<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>Nombre<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>%<\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>1- Conserveries<\/td>\r\n<td>Gicquel (La Turballe)<\/td>\r\n<td>25\u00a0500<\/td>\r\n<td>22.7<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Philippe &amp; Canaud (Le Croisic)<\/td>\r\n<td>20 280<\/td>\r\n<td>18.0<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>2- Mareyeurs<\/td>\r\n<td>Toublanc<\/td>\r\n<td>15 075<\/td>\r\n<td>13.4<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Audonnet<\/td>\r\n<td>6 920<\/td>\r\n<td>6.2<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Fressange<\/td>\r\n<td>6 600<\/td>\r\n<td>5.9<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Moulin<\/td>\r\n<td>4 600<\/td>\r\n<td>4.1<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Le Cornet<\/td>\r\n<td>4 570<\/td>\r\n<td>4.1<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Tirilly<\/td>\r\n<td>4 450<\/td>\r\n<td>4.0<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Gouret<\/td>\r\n<td>4 200<\/td>\r\n<td>3.7<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>Fourrage<\/td>\r\n<td>2 759<\/td>\r\n<td>2.4<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Autres mareyeurs<\/td>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>9 185<\/td>\r\n<td>8.2<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>3- Petits marchands<\/td>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>7 806<\/td>\r\n<td>6.9<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>4- Parents, voisins, amis<\/td>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>458<\/td>\r\n<td>0.4<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td>112 403<\/td>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Tableau 3\u00a0:<\/strong> Revenus sur l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-table\">\r\n<table>\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td>\u00a0<\/td>\r\n<td><strong>part du bateau<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>part d\u2019\u00e9quipage<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>matelot, par mois<\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>1923<\/td>\r\n<td>27 467<\/td>\r\n<td>13 733<\/td>\r\n<td>1 144<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>1924<\/td>\r\n<td>25 174<\/td>\r\n<td>12 587<\/td>\r\n<td>1 048<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>1925<\/td>\r\n<td>29 737<\/td>\r\n<td>14 869<\/td>\r\n<td>1 239<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>1926<\/td>\r\n<td>53 658<\/td>\r\n<td>26 829<\/td>\r\n<td>1 736<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>1927<\/td>\r\n<td>31 135<\/td>\r\n<td>15 568<\/td>\r\n<td>1 297<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>1928<\/td>\r\n<td>51 661<\/td>\r\n<td>25 830<\/td>\r\n<td>2 152<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>N.B. Toutes ces sommes sont en francs de l\u2019\u00e9poque. \u00c0 titre comparatif, en 1924, l\u2019oignon se vendait au particulier au Croisic entre 40 et 60 centimes du kilo, la pomme de terre entre 40 et 85 centimes.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>(*) Extrait de F. Gu\u00e9riff. <em>La Turballe. Vie maritime et populaire.<\/em> Association pr\u00e9historique et historique de Saint-Nazaire, N\u00b03, 1979 : \u00ab &#8211; Passe la bouteille : commandait le patron au mousse. Tout le monde se d\u00e9couvrait et la bouteille d\u2019eau b\u00e9nite passait de main en main. Chaque homme trempait un doigt dans le goulot et faisait le signe de la croix. Le patron en dernier se signait, jetait quelques gouttes dans la bo\u00ebtte, puis aspergeait le filet \u00bb, p. 9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>(**) Plus tard, les petits marchands durent passer par les mareyeurs, et pay\u00e8rent d\u00e8s lors un prix plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>(***) \u00ab\u00a0Quand un banc de maquereaux venait mailler dans les filets, on en prenait 200-300 qu\u2019on allait vendre \u00e0 la cri\u00e9e. \u00c7a arrivait deux ou trois fois par an. Le profit \u00e9tait partag\u00e9 entre l\u2019\u00e9quipage\u00a0: c\u2019\u00e9tait une godaille\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-125782\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/ine\u0301dit-300x153.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"153\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/ine\u0301dit-300x153.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/ine\u0301dit.png 372w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><strong>Vendre son poisson, \u00e0 qui, et \u00e0 quel prix\u00a0?<\/strong><br \/><em>Souvenirs de la p\u00eache \u00e0 la sardine au Croisic (1911-1954)<\/em><\/p>\n<p><code>Ce texte in\u00e9dit reprend des entretiens \u00e0 b\u00e2tons rompus que j'eus sur plusieurs semaines avec M. Jean-Marie Le Hu\u00e9d\u00e9 en 1981 et 1982 \u00e0 son domicile au Croisic [&hellip;]<\/code><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,7063,7,7781],"tags":[2236,7784,7729,7783,7782,3214],"class_list":["post-125960","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anthropologie","category-bretagne","category-histoire","category-pecheries","tag-bretagne","tag-la-turballe","tag-le-croisic","tag-peche-a-la-voile","tag-peche-artisanale","tag-pecheries"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125960","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125960"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125960\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":126002,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125960\/revisions\/126002"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125960"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125960"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125960"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}