{"id":126021,"date":"2021-01-05T19:33:19","date_gmt":"2021-01-05T18:33:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=126021"},"modified":"2021-01-05T23:43:10","modified_gmt":"2021-01-05T22:43:10","slug":"lafrique-et-moi-ii-un-poste-de-tout-repos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/01\/05\/lafrique-et-moi-ii-un-poste-de-tout-repos\/","title":{"rendered":"<b>L&rsquo;Afrique et moi<\/b> II. Un poste de tout repos"},"content":{"rendered":"\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"238\" class=\"alignleft size-medium wp-image-126034\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1024x811.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-768x608.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1536x1216.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-2048x1622.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Quand j\u2019arrivai \u00e0 Cotonou, le repr\u00e9sentant de la FAO m\u2019attendait \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. Il riait, il me dit\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates le premier expert qui arrive ici sans avoir sign\u00e9 son contrat\u00a0!\u00a0\u00bb Il en avait un exemplaire, au rang qui m\u2019avait \u00e9t\u00e9 offert initialement. Je le signai sans h\u00e9sitation.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En attendant que je me trouve une habitation permanente, je logeais dans un petit h\u00f4tel tr\u00e8s sympathique dans la zone du port. Toutes les chambres ouvraient en grand sur la cour int\u00e9rieure et il y avait l\u00e0 une piscine modeste et une v\u00e9randa-paillotte tout aussi modeste donnant sur elle et sous laquelle \u00e9taient servis les repas. L\u2019h\u00f4tel offrait une cuisine africaine teint\u00e9e de globalisation qui me conquit imm\u00e9diatement.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Quelques jours apr\u00e8s mon arriv\u00e9e, une femme, une Anglaise, demanda \u00e0 me voir et nous e\u00fbmes une conversation au bord de la piscine. Elle m\u2019expliqua que son mari avait occup\u00e9 avant moi le poste qui \u00e9tait d\u00e9sormais le mien. Elle me dit\u00a0: \u00ab\u00a0Il est en mission en ce moment et ne sait pas que je cherche \u00e0 vous parler mais il est important que je le fasse, il est essentiel que je vous pr\u00e9vienne\u00a0: votre patron, Alphonse Collart, a cherch\u00e9 \u00e0 assassiner mon mari\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n\r\n<p>Je ne connaissais pas cette femme, je connaissais \u00e0 peine mon patron qui, bien que sec comme un coup de trique, me paraissait un homme affable. Je me dis que j\u2019avais affaire \u00e0 une folle. Quelques jours plus tard \u2013 au tout d\u00e9but de mon s\u00e9jour africain donc \u2013 je devais d&rsquo;ailleurs l\u2019accompagner dans un p\u00e9riple qui d\u00e9buterait au S\u00e9n\u00e9gal, se poursuivrait au Sierra Leone, et se terminerait en C\u00f4te d\u2019Ivoire, avant notre retour au B\u00e9nin.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Le s\u00e9jour \u00e0 Dakar, la visite des plages s\u00e9n\u00e9galaises o\u00f9 d\u00e9barquent les pirogues de p\u00eache, furent autant de moments fastes. Je tombai amoureux de l\u2019ancienne architecture coloniale de Freetown, la capitale du Sierra Leone. J\u2019eus un peu de mal \u00e0 y chasser de ma chambre la prostitu\u00e9e qui m\u2019avait suivi dans le corridor de l\u2019h\u00f4tel et qui s\u2019\u00e9tait faufil\u00e9e par la porte au moment o\u00f9 je l&rsquo;ouvrais. Elle bondissait comme un cabri sur mon lit. Je parvins \u00e0 la saisir par la taille et \u00e0 l\u2019expulser manu militari. Confin\u00e9e dans le corridor, elle n&rsquo;en continuait pas moins de rire aux \u00e9clats. Le premier conseil, tr\u00e8s paternel, de Collart, avait \u00e9t\u00e9 que je recoure abondamment \u00e0 la prostitution, le seul moyen selon lui de conserver sa sant\u00e9 mentale pour un Europ\u00e9en en Afrique. Je lui dis que ce n\u2019\u00e9tait pas mon style. Il accueillit ma r\u00e9ponse avec un sourire goguenard : je me demande aujourd&rsquo;hui si la jeune Sierra-l\u00e9onaise n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 un pr\u00e9sent de sa part, un cadeau sardonique dans ce cas-l\u00e0, comme vous le d\u00e9couvrirez bient\u00f4t.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Tumbu, un gros village de p\u00eacheurs, situ\u00e9 sur le flanc oppos\u00e9 du volcan qui domine Freetown, \u00e9tait en 1984 difficile d\u2019acc\u00e8s. Nous dormirions au village et nous prendrions le bateau le lendemain pour nous rendre \u00e0 Shenge, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la baie, o\u00f9 un projet de d\u00e9veloppement des p\u00eacheries \u00e9tait alors patronn\u00e9 par la FAO.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Notre venue \u00e0 Tumbu \u00e9tait l\u2019occasion d\u2019une animation dans la soir\u00e9e\u00a0: des documentaires produits par les Nations-Unies \u00e9taient projet\u00e9s sur le mur d\u2019un petit entrep\u00f4t. La foule des habitants du village assistait debout au spectacle improvis\u00e9. J\u2019\u00e9tais l\u00e0 avec les autres, \u00e0 regarder les films. \u00c0 un moment, j\u2019entends une voix, c\u2019est un homme qui me parle, il se tient juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Il ne me regarde pas, il fixe l\u2019\u00e9cran droit devant lui et il dit\u00a0: \u00ab\u00a0You\u2019re going to die tomorrow\u00a0\u00bb. J\u2019avais entendu tr\u00e8s distinctement les mots qu\u2019il avait prononc\u00e9s, je n\u2019en \u00e9tais pas moins interloqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0I beg your pardon\u00a0?\u00a0\u00bb, je vous demande pardon. Et il r\u00e9p\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0You\u2019re going to die tomorrow\u00a0\u00bb, vous allez mourir demain, avant de s\u2019\u00e9loigner.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les propos de mon voisin dans la foule \u00e9taient sans \u00e9quivoque : je les lui avais fait r\u00e9p\u00e9ter, et j\u2019avais entendu \u00e0 deux reprises exactement les m\u00eames mots. Je suis all\u00e9 me coucher dans la case mise \u00e0 ma disposition et j\u2019ai r\u00e9fl\u00e9chi. Je ne parvins pas bien entendu \u00e0 m\u2019endormir aussit\u00f4t. L&rsquo;homme \u00e9tait grand et jeune, il avait parl\u00e9 avec beaucoup d\u2019assurance et apparemment en connaissance de cause. Je n\u2019avais pas la moindre id\u00e9e de la mani\u00e8re dont il avait obtenu son information, de source naturelle ou surnaturelle, peu m\u2019importait : je la prenais au s\u00e9rieux. Au bout d\u2019un moment, ma d\u00e9cision fut prise : je ne participerais pas \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition du lendemain, je pr\u00e9tendrais avoir \u00e9t\u00e9 malade toute la nuit, et dans l\u2019incapacit\u00e9 de me rendre \u00e0 Shenge avec mon patron. Je passai cette journ\u00e9e \u00e0 me promener et \u00e0 m&rsquo;entretenir avec des p\u00eacheurs. Dans ces r\u00e9gions du monde, \u00e0 l\u2019\u00e9poque en tout cas, les plages n\u2019int\u00e9ressaient gu\u00e8re les adultes dans un but r\u00e9cr\u00e9atif, seuls les enfants les fr\u00e9quentaient et je me souviens d\u2019une tr\u00e8s longue conversation avec une demi-douzaine d\u2019entre eux d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es sur une plage ignor\u00e9e et paradisiaque dans les parages de Tumbu.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il a fallu dix ans pour qu&rsquo;un rapprochement s&rsquo;op\u00e8re pour moi entre les propos de l\u2019\u00e9tranger dans la foule \u00e0 Tumbu et la conversation au bord de la piscine la semaine pr\u00e9c\u00e9dente avec l&rsquo;Anglaise, femme de l\u2019expert, et ce ne fut pas m\u00eame moi qui le fis : il me fut offert par quelqu\u2019un qui savait de quelle mani\u00e8re exactement ils \u00e9taient li\u00e9s. \r\n\r\n<\/p>\r\n<p>Une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard en effet, je rendais visite \u00e0 Genevi\u00e8ve Delbos, la m\u00e8re de deux de mes enfants et mon co-auteur de <em>La transmission des savoirs<\/em> (1984), le livre o\u00f9 nous avions mis en commun nos recherches respectives sur la saliculture et la conchyliculture quant \u00e0 elle, et la p\u00eache quant \u00e0 moi. Il y avait dans la maison un autre invit\u00e9, un B\u00e9ninois. Nous nous sommes un jour retrouv\u00e9s seuls lui et moi, \u00e0 la table du petit d\u00e9jeuner.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab Je connais bien votre histoire au B\u00e9nin \u00bb, me dit-il. Je lui r\u00e9pondis : \u00ab Ah ! Genevi\u00e8ve vous a racont\u00e9 ! \u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab Non ce n\u2019est pas \u00e7a, ajouta-t-il, je sais tr\u00e8s exactement ce qui vous est arriv\u00e9 \u00bb. Et il poursuivit : \u00ab Vous souvenez-vous de Denise, au projet ? \u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab\u00a0Oui, bien s\u00fbr, lui dis-je,\u00a0elle \u00e9tait tr\u00e8s jolie, elle faisait des m\u00e9nages\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019elle les faisait bien\u00a0?\u00a0\u00bb, me demanda-t-il avec un sourire. Je r\u00e9pondis assez surpris\u00a0: \u00ab\u00a0Pas vraiment, on se demandait un peu ce qu\u2019elle faisait l\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab\u00a0Denise est ma s\u0153ur, me dit-il, elle \u00e9tait la ma\u00eetresse de Collart. Est-ce que vous vous souvenez de l\u2019accident de voiture que Collart a eu un jour\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je m\u2019en souvenais tr\u00e8s bien\u00a0: mon patron \u00e9tait revenu du d\u00e9jeuner, sa voiture toute caboss\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab Ce n\u2019\u00e9tait pas un accident : c\u2019\u00e9tait mon beau-fr\u00e8re, le mari de Denise, qui avait lapid\u00e9 sa voiture \u00bb. Et mon interlocuteur me rapporta alors les conversations que Collart avait eues avec sa ma\u00eetresse avant que je ne rejoigne le projet. Il aurait dit \u00e0 mon sujet : \u00ab Ce gars-l\u00e0 constitue une menace, je ferai tout ce que je pourrai pour qu\u2019on ne le recrute pas et si je n\u2019y parviens pas, je trouverai une autre mani\u00e8re de me d\u00e9barrasser de lui \u00bb. Il y parviendrait, mais un an plus tard seulement, sans l\u00e9siner dans ses efforts : j\u2019aurai un accident \u2013 un vrai \u2013 un pneu \u00e9clatera sur mon v\u00e9hicule tout terrain qui tombera de la piste et se retrouvera sur le toit, il mettra entre parenth\u00e8ses le pneu et ira raconter \u00e0 qui voudra l\u2019entendre que j\u2019\u00e9tais ivre ; il expliquera aussi que si j\u2019avais fait construire une paillote pour pouvoir passer la nuit dans le principal village o\u00f9 nous travaillions, c&rsquo;\u00e9tait pour y organiser des orgies. Il parviendra \u00e0 m\u2019\u00e9carter du projet mais je le quitterai en vie et non les pieds devant comme il l&rsquo;aurait souhait\u00e9. Et je serai invit\u00e9 \u00e0 y revenir l\u2019ann\u00e9e suivante. Et j\u2019y verrai le fruit de mon travail r\u00e9compens\u00e9.\u00a0<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"238\" class=\"alignleft size-medium wp-image-126034\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1024x811.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-768x608.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1536x1216.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-2048x1622.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Quand j\u2019arrivai \u00e0 Cotonou, le repr\u00e9sentant de la FAO m\u2019attendait \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. 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