{"id":126287,"date":"2021-01-18T18:36:57","date_gmt":"2021-01-18T17:36:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=126287"},"modified":"2021-01-18T18:36:57","modified_gmt":"2021-01-18T17:36:57","slug":"compte-rendu-de-anthony-d-buckley-yoruba-medecine-oxford-university-press-oxford-1985","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/01\/18\/compte-rendu-de-anthony-d-buckley-yoruba-medecine-oxford-university-press-oxford-1985\/","title":{"rendered":"<b>Compte-rendu de Anthony D. Buckley, <em>Yoruba Medecine<\/em>, Oxford University Press, Oxford, 1985<\/b>"},"content":{"rendered":"\r\n<blockquote><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-125141\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LHomme.png\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"260\" \/> <strong><p>Compte-rendu de Anthony D. Buckley, Yoruba Medecine, Oxford University Press, Oxford, 1985<\/p><\/strong> \r\n<p>A paru dans <strong><i>L\u2019Homme, 1988, 105 : 132-133.<\/i><\/strong><\/p><\/blockquote>\r\n\r\n<p class=\"p1\">Anthony<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Buckley a \u00e9crit un livre exemplaire sur le savoir empirique dont disposent un ou plusieurs m\u00e9decins traditionnels du pays yoruba (Nig\u00e9ria Occidental). Que l\u2019auteur de l\u2019ouvrage ne puisse trancher entre la nature idiosyncrasique ou partag\u00e9e de ce savoir est d\u00fb \u00e0 son caract\u00e8re \u00e9sot\u00e9rique et \u00e0 la complexit\u00e9 de l\u2019enseignement\u00a0: Buckley n\u2019a pu l\u2019acqu\u00e9rir lui-m\u00eame de mani\u00e8re aussi approfondie que par apprentissage aupr\u00e8s d\u2019un ma\u00eetre unique. Mais ceci n\u2019entache nullement la qualit\u00e9 de l\u2019ouvrage. L\u2019auteur a cependant le sentiment que le savoir m\u00e9dical est toujours tr\u00e8s personnel, partag\u00e9 par les sp\u00e9cialistes quant \u00e0 ses pr\u00e9misses les plus g\u00e9n\u00e9rales seulement\u00a0: bien des syst\u00e9matisations que son ma\u00eetre lui transmet semblent \u00eatre propres \u00e0 celui-ci.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\r\n<!--more-->\r\n<p class=\"p1\">Cela ne signifie pas pour autant que chaque m\u00e9decin traditionnel dispose d\u2019un savoir original, mais plut\u00f4t que, comme le savoir s\u2019acquiert au cours d\u2019un long apprentissage, des <i>lign\u00e9es<\/i> de transmission distinctes se sont cr\u00e9\u00e9es, des \u00ab\u00a0enseignements\u00a0\u00bb qui se perp\u00e9tuent en parall\u00e8le de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, contribuant ainsi \u00e0 maintenir \u00e0 tout moment en pays yoruba le m\u00eame degr\u00e9 de vari\u00e9t\u00e9 dans l\u2019expertise m\u00e9dicale consultable. Il est sans doute tout \u00e0 l\u2019avantage du patient (puisque la r\u00e9ussite du traitement demeure al\u00e9atoire), qu\u2019il puisse ainsi se tourner successivement vers des praticiens d\u00e9positaires d\u2019un savoir diff\u00e9rent\u00a0; il n\u2019en va pas autrement chez nous. On pense aussi aux populations d\u2019une esp\u00e8ce, dont la survie \u00e0 long terme d\u00e9pend du maintien en leur sein d\u2019un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique vari\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">La maladie n\u2019est qu\u2019une des manifestations du malheur con\u00e7u comme ce qui prive de ses forces la personne atteinte\u00a0: l\u2019impuissance, les peines de c\u0153ur ou les revers de fortune, appartiennent au m\u00eame ensemble. La taxonomie distingue les maladies selon le type de personne (homme, femme, enfant) et la partie du corps affect\u00e9s. L\u2019\u00e9tiologie retient parmi les agents causaux, l\u2019action des sorciers, l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0empoisonnement\u00a0\u00bb, l\u2019action du dieu (<i>oricha<\/i>) de la variole <i>Chonponno<\/i>, et les insectes qui p\u00e9n\u00e8trent dans le corps * (leur pr\u00e9sence ne d\u00e9clenche la maladie qu\u2019en cas de prolif\u00e9ration). La s\u00e9miologie joue sur le rapport r\u00e9ciproque des trois couleurs noir, rouge et blanc\u00a0: la sant\u00e9 correspond au m\u00e9lange \u00e9quilibr\u00e9 du blanc (le sperme, le lait) et du rouge (le sang) dans l\u2019enceinte que d\u00e9termine le noir (la peau)\u00a0; la maladie correspond \u00e0 toute autre combinaison\u00a0: apparition du blanc et du rouge en surface, changement de la couleur habituelle (sang devenant noir, lait devenant rouge, etc.). La pharmacop\u00e9e comprend des d\u00e9coctions, des pri\u00e8res, des \u00ab\u00a0paroles fortes\u00a0\u00bb (<i>\u00e8p\u00e8<\/i>) et des incantations emprunt\u00e9es au corpus interpr\u00e9tatif de la divination inspir\u00e9e par l\u2019<i>oricha Ifa<\/i>.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">C\u2019est \u00e0 partir de cet ensemble assez simple que chaque m\u00e9decin se construit un savoir synth\u00e9tique par la combinaison de ce qu\u2019il a acquis par apprentissage et des d\u00e9couvertes qu\u2019il a pu faire par exp\u00e9rience personnelle. Une m\u00e9thode se b\u00e2tit \u00e0 partir de sous-syst\u00e8mes dont Buckley souligne qu\u2019ils ne sont pas n\u00e9cessairement compatibles, mais constituent autant d\u2019alternatives dans l\u2019approche et qui se chevauchent partiellement. La coh\u00e9rence pratique se reconstitue dans l\u2019empirisme, dans l\u2019ent\u00eatement th\u00e9rapeutique comme disposition \u00e0 sacrifier les principes jusqu\u2019\u00e0 ce que soit obtenue la gu\u00e9rison. Encore une fois, rien qui devrait nous surprendre, mais qui cadre mal avec ce que nous pr\u00e9jugeons d\u2019une m\u00e9decine traditionnelle\u00a0: Buckley insiste en particulier sur le fait que l\u2019aspect psychoth\u00e9rapeutique de la m\u00e9decine traditionnelle yoruba est r\u00e9duit \u00e0 la portion congrue, et non massif comme on l\u2019a dit souvent des m\u00e9decines africaines.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Buckley fait merveille en \u00e9vitant d\u2019imposer \u00e0 la m\u00e9decine yoruba la th\u00e9orie unifi\u00e9e qui lui fait d\u00e9faut et en la r\u00e9v\u00e9lant au contraire dans son opportunisme et son sens aigu de l\u2019efficacit\u00e9 pragmatique. Les trois chapitres qu\u2019il consacre \u00e0 la s\u00e9miologie fond\u00e9e sur trois couleurs, \u00ab\u00a0le rouge r\u00e9v\u00e9l\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le rouge et le blanc confondus\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le sang noir\u00a0\u00bb, mettent en \u00e9vidence comment le tissu de corr\u00e9lations ph\u00e9nom\u00e9nales que le monde sensible offre \u00e0 notre \u00ab\u00a0appr\u00e9hension\u00a0\u00bb permet aux lectures les plus simples d\u2019\u00eatre <i>d\u00e9j\u00e0<\/i> \u00ab\u00a0payantes\u00a0\u00bb comme support d\u2019une pratique. Ce n\u2019est que tr\u00e8s occasionnellement que l\u2019auteur se laisse tenter par les d\u00e9mons tut\u00e9laires de l\u2019anthropologie, il s\u2019emp\u00eatre par exemple dans une vaine tentative de faire rendre \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie une v\u00e9rit\u00e9 qui ne fut jamais la sienne. R\u00e9p\u00e9tons-le, <i>Yoruba Medecine<\/i> constitue un coup de ma\u00eetre qu\u2019il convenait de saluer.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">Paris, le 16 mars 1987.<\/p>\r\n<p class=\"p1\">* Il ne s\u2019agit pas d\u2019un fantasme : c\u2019est le cas en particulier dans ces contr\u00e9es du \u00ab\u00a0ver de Cayor\u00a0\u00bb, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cordylobia_anthropophaga\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><i>Cordylobia anthropophaga<\/i><\/a>.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-125141\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LHomme.png\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"260\" \/> <strong><\/strong><\/p>\n<p>Compte-rendu de Anthony D. Buckley, Yoruba Medecine, Oxford University Press, Oxford, 1985<\/p>\n<\/p>\n<p>A paru dans <strong><i>L\u2019Homme, 1988, 105 : 132-133.<\/i><\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p1\">Anthony<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Buckley a \u00e9crit un livre exemplaire sur le savoir empirique dont disposent un ou plusieurs m\u00e9decins traditionnels du pays [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4456,3,3608],"tags":[7828,1657,193,7037],"class_list":["post-126287","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-anthropologie","category-medecine-2","tag-anthony-d-buckley","tag-medecine","tag-nigeria","tag-yoruba"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=126287"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126287\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":126292,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126287\/revisions\/126292"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=126287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=126287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=126287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}