{"id":127857,"date":"2021-05-19T17:48:44","date_gmt":"2021-05-19T15:48:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=127857"},"modified":"2021-05-20T11:21:25","modified_gmt":"2021-05-20T09:21:25","slug":"lafrique-et-moi-v-jorion-se-fache","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/05\/19\/lafrique-et-moi-v-jorion-se-fache\/","title":{"rendered":"<b>L&rsquo;Afrique et moi<\/b> V. \u00ab\u00a0Jorion se f\u00e2che\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\r\n<blockquote>\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-126034\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1024x811.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-768x608.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1536x1216.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-2048x1622.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><b>Rappel<\/b> : L&rsquo;Afrique et moi <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/01\/05\/lafrique-et-moi-i-fonctionnaire-des-nations-unies\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">I. Fonctionnaire des Nations-Unies<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/01\/05\/lafrique-et-moi-ii-un-poste-de-tout-repos\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">II. Un poste de tout repos<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/05\/15\/lafrique-et-moi-iii-des-pecheurs-ne-sachant-pas-pecher\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">III. Des p\u00eacheurs ne sachant pas p\u00eacher<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/05\/18\/lafrique-et-moi-iv-la-verite-vraiment-pas-bonne-a-dire\/\">IV. La v\u00e9rit\u00e9 : vraiment pas bonne \u00e0 dire<\/a>.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n\r\n<p class=\"p1\">Mon renvoi des Nations-Unies apr\u00e8s un an seulement de pr\u00e9sence sur le terrain, cas tout \u00e0 fait exceptionnel, refl\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 des querelles entre factions au sein de la division des p\u00eaches de la FAO\u00a0: celle des anciens officiers coloniaux \u00e0 laquelle appartenait mon patron, en lutte contre celle des\u00a0\u00ab\u00a0id\u00e9alistes\u00a0\u00bb convaincus qu\u2019il \u00e9tait quand m\u00eame possible &#8211; \u00e0 petite \u00e9chelle &#8211; de faire avancer les choses. T\u00e9moignage de cette lutte de pouvoir : le fait qu\u2019une mission \u00e0 Pointe-Noire au Congo me fut confi\u00e9e durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1985, quelques mois \u00e0 peine apr\u00e8s mon ignominieux renvoi.<\/p>\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n<p class=\"p1\">Il s\u2019agissait de comprendre l\u2019instabilit\u00e9 des entreprises de p\u00eache men\u00e9es par des p\u00eacheurs locaux appartenant \u00e0 l\u2019ethnie vili. Des pirogues pratiquant la p\u00eache c\u00f4ti\u00e8re \u00e9taient \u00e9quip\u00e9es et lanc\u00e9es, mais l\u2019entreprise se dissolvait apr\u00e8s quelques mois, voire quelques semaines seulement. Curieusement, en d\u00e9pit de ces revers r\u00e9currents, ces p\u00eacheurs d\u2019origine locale trouvaient de l\u2019emploi et \u00e9taient appr\u00e9ci\u00e9s comme membres d\u2019\u00e9quipage sur des pirogues \u00e9trang\u00e8res command\u00e9es par des capitaines ghan\u00e9ens ou b\u00e9ninois.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\r\n<p class=\"p1\">L\u2019existence-m\u00eame des d\u00e9placements migratoires des p\u00eacheurs b\u00e9ninois continuait d\u2019\u00eatre officiellement ni\u00e9e par la FAO, et il y avait une ironie certaine dans le fait que ma premi\u00e8re rencontre au Congo fut avec la s\u0153ur d\u2019un p\u00eacheur b\u00e9ninois mort dans le cadre de notre projet au B\u00e9nin, dont j\u2019avais appris qu\u2019elle se trouvait \u00e0 Pointe Noire. J\u2019ai consign\u00e9 cela \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e0 chaud, dans un texte in\u00e9dit intitul\u00e9 <i>Le salon de 1850<\/i><span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 * <\/span>:<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"p2\">\u00ab\u00a0Lorsque j\u2019appris que j\u2019\u00e9tais envoy\u00e9 en mission \u00e0 Pointe-Noire, je sus aussit\u00f4t qu\u2019une occasion m\u2019\u00e9tait ainsi offerte de rencontrer certains parents de Foyovo Bessanh, install\u00e9s dans cette ville (et en particulier, sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e, Hu\u00e8ha) et que je pourrais de cette mani\u00e8re leur rendre compte de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Six mois d\u00e9j\u00e0 s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s depuis l\u2019accident, et bien que la nouvelle ait eu amplement le temps de parvenir aux membres de la communaut\u00e9 \u00e9tablis au Congo, le d\u00e9lai \u00e9tait trop court pour qu\u2019un voyageur ait pu, durant cette p\u00e9riode, venir et d\u00e9crire de vive voix les \u00e9v\u00e9nements dramatiques qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9roul\u00e9s au pays.<\/p>\r\n<p class=\"p2\">Les \u00e9trangers qui habitent les deux plages entourant le port de commerce\u00a0: \u00ab\u00a0Tantine Yvonne\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Quartier Nouveau\u00a0\u00bb, se connaissent tous. Il ne me fallut pas plus d\u2019une journ\u00e9e pour obtenir l\u2019adresse de Hu\u00e8ha Bessanh, et je fis savoir \u00e0 celui qui me renseigna que je me proposais de lui rendre visite le lendemain matin \u00e0 huit heures, sachant qu\u2019il confierait alors ce projet de rendez-vous \u00e0 un petit messager v\u00e9loce qui viendrait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, m\u2019informer \u00e0 l\u2019h\u00f4tel d\u2019une contre-proposition.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\r\n<p class=\"p2\">Je me pr\u00e9sentai \u00e0 la porte de l\u2019enclos \u00e0 l\u2019heure dite, et lorsque se fut ouvert l\u2019huis branlant auquel j\u2019avais frapp\u00e9, je compris bien vite que le rappel avait \u00e9t\u00e9 battu de tous ceux qui, dans le port de l\u2019exil, avaient \u00e0 c\u0153ur d\u2019entendre le r\u00e9cit de la mort tragique de celui qui \u00e9tait pour certains un parent, pour d\u2019autres, un ami, et, pour d\u2019autres encore, une simple connaissance. Les sourires signifiaient sans \u00e9quivoque que j\u2019\u00e9tais attendu et, comme l\u2019on dit ici, \u00ab\u00a0esp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb. Je fus conduit sans mot dire vers un banc camp\u00e9 \u00e0 l\u2019ombre, o\u00f9 l\u2019on me pria de m\u2019asseoir, puis l\u2019on pla\u00e7a devant moi une petite table basse. On apporta un pot \u00e9maill\u00e9 contenant de l\u2019eau fra\u00eeche et ce fut moi qui, suivant l\u2019ancien usage, rendit hommage aux d\u00e9funts le premier en versant quelques gouttes du liquide sur le sol de sable battu, apr\u00e8s en avoir humect\u00e9 mes l\u00e8vres. Lorsque le pot eut fait le tour de la compagnie des hommes qui, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, \u00e9taient venus s\u2019asseoir aupr\u00e8s de moi, le plus \u00e2g\u00e9 d\u2019entre eux se leva pour me saluer d\u2019abord en <i>mina<\/i> puis dans sa langue, tout en serrant longuement mes deux mains dans les paumes r\u00e9unies des siennes. Ce fut ensuite le tour de ses cadets, un \u00e0 un. Puis un voisin de banc m\u2019annon\u00e7a que l\u2019on \u00e9tait all\u00e9 chercher Hu\u00e8ha.<\/p>\r\n<p class=\"p2\">Elle apparut, suivie \u00e0 quelques pas par les femmes de l\u2019enclos, certaines, \u00e9trang\u00e8res comme elle, mais d\u2019autres, femmes vilis \u00e9pous\u00e9es ici par les travailleurs \u00e9migr\u00e9s de la mer. Je me levai pour la saluer, apr\u00e8s quoi elle s\u2019assit en vis-\u00e0-vis, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la table basse, tandis qu\u2019un adolescent venait se tenir debout \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, qui traduirait dans sa langue mon r\u00e9cit. Je dis ce que je savais quant aux faits proprement dits, m\u2019abstenant r\u00e9solument de tout propos pouvant ressembler \u00e0 l\u2019imputation d\u2019une responsabilit\u00e9. Je m\u2019interrompais apr\u00e8s chaque phrase pour permettre \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te de remplir son office et je voyais alors tous ceux qui l\u2019avaient \u00e9cout\u00e9 avec attention, parce qu\u2019ils n\u2019avaient pu suivre mon expos\u00e9 en fran\u00e7ais, hocher pensivement la t\u00eate.<\/p>\r\n<p class=\"p2\">Lorsque j\u2019eus termin\u00e9, Hu\u00e8ha me remercia au nom de tous, puis elle se retira avec l\u2019ensemble des femmes, tandis que les hommes qui demeuraient \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s remplissaient les verres de ce <i>sodabi<\/i> (alcool de palme) qui leur rappelait le pays natal, et qu\u2019ils vendaient par ailleurs \u00e0 prix d\u2019or aux natifs du lieu qui en ignoraient la recette. Pendant de longues minutes rien ne fut dit, le silence se fit de lui-m\u00eame et il fut respect\u00e9. Puis on \u00e9voqua le village, que j\u2019\u00e9tais le dernier parmi les pr\u00e9sents \u00e0 avoir visit\u00e9. On parla des amis et des parents que je connaissais, on me demanda o\u00f9 avaient eu lieu les naissances r\u00e9centes, si de nouveaux bateaux avaient \u00e9t\u00e9 mis en chantier ou achet\u00e9s d\u2019occasion et si la p\u00eache au cours des derniers mois avait \u00e9t\u00e9 fructueuse. Je demandai enfin \u00e0 pouvoir prendre cong\u00e9, et quelques-uns tinrent \u00e0 me donner l\u2019accolade, en proie \u00e0 une \u00e9motion sinc\u00e8re, que je partageai.<\/p>\r\n<p class=\"p2\">Je ne leur cachai pas que je n\u2019avais pas assist\u00e9 personnellement au drame\u00a0: je n\u2019en avais eu vent qu\u2019un matin en arrivant au bureau plus tard qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e. Seule Jennifer \u00e9tait l\u00e0, qui m\u2019avait expliqu\u00e9 que le reste de l\u2019\u00e9quipe s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 Adounko pour rencontrer la famille d\u2019un p\u00eacheur qui s\u2019\u00e9tait noy\u00e9 la veille. P\u00e9drono \u00e9tait sorti avec un \u00e9quipage du hameau pour ce qui devait \u00eatre leur deuxi\u00e8me s\u00e9ance de p\u00eache \u00e0 la ligne de fond et il avait perdu en route un de ses \u00e9quipiers. Le gars \u00e9tait malade, para\u00eet-il, depuis longtemps (sous-entendu\u00a0: il serait mort sous peu de toute mani\u00e8re), d\u2019ailleurs il n\u2019habitait pas la plage mais un village lagunaire (sous-entendu\u00a0: il n\u2019\u00e9tait qu\u2019un p\u00eacheur occasionnel). Sous-entendu\u00a0: tout cela n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s grave.<\/p>\r\n<p class=\"p2\">L\u2019\u00e9quipe revint du terrain. \u00ab\u00a0C\u2019est grave\u00a0!\u00a0\u00bb, dit Anastase, \u00ab\u00a0C\u2019est Foyovo Bessanh !\u00a0\u00bb. Nous le connaissions bien\u00a0: un p\u00eacheur d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es, en parfaite sant\u00e9, habitant en bordure de la plage, comme tous les repr\u00e9sentants de sa \u00ab\u00a0coutume\u00a0\u00bb, tous p\u00eacheurs professionnels et \u00e0 temps plein. Il laissait une femme et deux enfants, un petit gar\u00e7on et une petite fille. Eh oui, mort \u00e0 vingt kilom\u00e8tres des c\u00f4tes, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019aurait jamais d\u00fb aller, l\u00e0 o\u00f9 les \u00ab\u00a0marques\u00a0\u00bb [Les alignements de divers points de rep\u00e8re sur la c\u00f4te] ont cess\u00e9 d\u2019\u00eatre visibles et o\u00f9 la houle du large \u00e9prouve la stabilit\u00e9 des longues pirogues monoxyles. Parce qu\u2019on a cru bon en 1984 de tenter \u00e0 nouveau les exp\u00e9riences d\u00e9cevantes de 1964 et d\u2019une demi-douzaine de tentatives ant\u00e9rieures, toutes aussi infructueuses les unes que les autres mais dont on peut parier qu\u2019elles seront reprises d\u2019enthousiasme \u00e0 l\u2019avenir. Parce qu\u2019il suffit de baptiser un homme ordinaire du titre ronflant d\u2019\u00ab\u00a0expert\u00a0\u00bb pour qu\u2019il en devienne imm\u00e9diatement idiot. Parce que les p\u00eacheurs savent parfaitement ce qui am\u00e9liorerait leur sort, mais qu\u2019on ne le leur demandera jamais. Parce qu\u2019ils furent un jour d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s <i>sujets-suppos\u00e9s-ne-pas-savoir<\/i>, pour la convenance des \u00c9tats, par accord diplomatique d\u00fbment contresign\u00e9 par les parties int\u00e9ress\u00e9es.<\/p>\r\n<p class=\"p2\">Selon P\u00e9drono, le jeune p\u00eacheur \u00e9tait mort avant m\u00eame de toucher l\u2019eau. Je vous explique. Adoncques ils avaient pratiqu\u00e9 la p\u00eache au large et \u00e9taient sur le chemin du retour. \u00c0 un moment donn\u00e9, ils se sont arr\u00eat\u00e9s et pendant que l\u2019\u00e9quipage s\u2019occupait de choses et d\u2019autres, Foyovo a saut\u00e9 \u00e0 l\u2019eau. \u00ab\u00a0Personne ne s\u2019est inqui\u00e9t\u00e9\u00a0: on s\u2019est dit, il doit avoir une bonne raison (sic)\u00a0\u00bb. Pendant ce temps-l\u00e0 bien entendu, la pirogue d\u00e9rivait. Tout \u00e0 coup, quelqu\u2019un a dit\u00a0: \u00ab\u00a0O\u00f9 est donc Foyovo\u00a0?\u00a0\u00bb. Nous avons regard\u00e9 tout autour de nous et, merde\u00a0! il \u00e9tait l\u00e0\u00a0: le dos crevant la surface, les bras pendant vers le fond. Le temps de remettre le moteur en marche et il avait coul\u00e9. Au village, ils font tout un ramdam\u00a0: ils cuisinent son jeune fr\u00e8re qui se trouvait \u00e0 bord, ils voudraient lui faire dire qu\u2019il a vu quelque chose de suspect. Comme si des p\u00eacheurs adultes s\u2019amusaient \u00e0 se pousser \u00e0 l\u2019eau\u00a0! (Parce que toi, P\u00e9drono, malgr\u00e9 tes cinq ans de pr\u00e9sence ici, tu ne sais toujours pas que dans la langue du pays, c\u2019est le m\u00eame mot qu\u2019on emploie pour \u00ab\u00a0sort\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0empoisonnement\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0noyade\u00a0\u00bb).<\/p>\r\n<p class=\"p2\">Qu\u2019est-il arriv\u00e9, chez nous, \u00e0 la mort, qu\u2019on puisse en parler dans ces termes\u00a0? Pour commencer, il ne s\u2019agissait pour P\u00e9drono que d\u2019un Noir et, comme chacun le sait, il y en a plein ici, et il ne distingue pas un p\u00eacheur P\u00e9dah d\u2019un p\u00eacheur K\u00e9ta (ni m\u00eame un p\u00eacheur d\u2019un ma\u00e7on), et nous ne traitons pas nos morts blancs avec beaucoup plus de respect. Mais tout ce qui fut dit ou fait dans le hameau d\u2019Adounko \u00e0 propos du d\u00e9c\u00e8s d\u2019un des siens, fut consid\u00e9r\u00e9 par les membres de notre \u00e9quipe comme des salamalecs, bruit pour rien et embarras superflu. C\u2019est pourquoi, Foyovo Bessanh, p\u00eacheur maritime, je tiens \u00e0 parler de toi ici, je tiens \u00e0 parler de ta mort pour des prunes, sans en tirer pr\u00e9texte pour condamner ceci ou cela dans\u00a0les rapports pourtant contestables qui unissent aujourd\u2019hui l\u2019Afrique noire au\u00a0monde blanc, mais parce que ta mort d\u2019homme fut trait\u00e9e par nous comme quantit\u00e9 n\u00e9gligeable. Parce que, surtout, \u00e0 notre r\u00e9union hebdomadaire, celle o\u00f9 nous \u00e9voquons tous les probl\u00e8mes de l\u2019heure, il ne fut pas question de toi et de ta mort, ni comme accident, ni comme incident, ni m\u00eame comme anecdote\u00a0: il n\u2019en fut pas question <i>du tout<\/i>.<\/p>\r\n<p class=\"p3\">Ton corps ne sera pas retrouv\u00e9, et si j\u2019\u00e9voque ton nom ici, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit pour moi du seul moyen de perp\u00e9tuer ta m\u00e9moire. Tu reviendras bien s\u00fbr\u00a0: un jour un enfant na\u00eetra dont tu voudras \u00eatre le <i>djoto<\/i>. Tu effleureras son visage aux premi\u00e8res heures de sa vie et le <i>bokonon<\/i> apprendra du <i>F\u00e2<\/i>, pour en informer les pr\u00e9sents, que c\u2019est toi qui veilles d\u00e9sormais sur la destin\u00e9e de cet enfant. Et la personne que tu fus parce que tes anc\u00eatres eux furent toi, sous une forme autrement distribu\u00e9e, bien avant que tu ne naisses, revivra une fois encore dans une nouvelle personne. En le voyant, on dira en riant\u00a0: \u00ab\u00a0Regardez-le quand il se f\u00e2che\u00a0: ne reconna\u00eet-on pas l\u2019expression vivante de Foyovo, son <i>djoto\u00a0<\/i>?\u00a0\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p>=======<\/p>\r\n<p>* Le premier chapitre en a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sous le m\u00eame titre\u00a0: \u00ab\u00a0Le salon de 1850\u00a0\u00bb, <i>Le Genre Humain<\/i>, 15, 1987\u00a0: 75-92.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-126034\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-300x238.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1024x811.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-768x608.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-1536x1216.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Fe\u0301ticheur-2048x1622.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><b>Rappel<\/b> : L&rsquo;Afrique et moi <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/01\/05\/lafrique-et-moi-i-fonctionnaire-des-nations-unies\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">I. Fonctionnaire des Nations-Unies<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/01\/05\/lafrique-et-moi-ii-un-poste-de-tout-repos\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">II. Un poste de tout repos<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/05\/15\/lafrique-et-moi-iii-des-pecheurs-ne-sachant-pas-pecher\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">III. Des p\u00eacheurs ne sachant pas p\u00eacher<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/05\/18\/lafrique-et-moi-iv-la-verite-vraiment-pas-bonne-a-dire\/\">IV. La v\u00e9rit\u00e9 : vraiment pas bonne \u00e0 dire<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p [&hellip;] \n\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4456,8153,7781],"tags":[7376,836,3214,8170],"class_list":["post-127857","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-pecheries","tag-congo","tag-fao","tag-pecheries","tag-pointe-noire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127857","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=127857"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127857\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":127875,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127857\/revisions\/127875"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=127857"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=127857"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=127857"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}