{"id":128441,"date":"2021-06-24T20:51:01","date_gmt":"2021-06-24T18:51:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=128441"},"modified":"2021-06-24T21:05:10","modified_gmt":"2021-06-24T19:05:10","slug":"dix-sept-portraits-de-femmes-xix-ce-quon-na-jamais-pris-la-peine-de-reveler-sur-la-jouissance-des-hommes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/06\/24\/dix-sept-portraits-de-femmes-xix-ce-quon-na-jamais-pris-la-peine-de-reveler-sur-la-jouissance-des-hommes\/","title":{"rendered":"\u00ab Dix-sept portraits de femmes \u00bb <b>XIX. Ce qu\u2019on n\u2019a jamais pris la peine de r\u00e9v\u00e9ler sur la jouissance des hommes<\/b>"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/06\/30\/chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh\/castiglione\/\" rel=\"attachment wp-att-96661\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96661\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Quand je vois une femme nue ou la repr\u00e9sentation d\u2019une femme nue, dans un magazine, ou sur l\u2019\u00e9cran, c\u2019est sur ses yeux que mon regard se fixe en premier. Au moment o\u00f9 j\u2019en ai pris conscience, cela m\u2019a surpris. J\u2019en ai tir\u00e9 aussit\u00f4t la conclusion que si c\u2019est de cette mani\u00e8re que le d\u00e9sir fonctionne chez moi, il doit en \u00eatre de m\u00eame, sinon chez tous les hommes, du moins, chez un certain nombre. Mon incertitude r\u00e9sulte du fait que les hommes ne s\u2019expriment que tr\u00e8s laconiquement sur ce genre de choses. Et il y a \u00e0 leur silence plusieurs raisons. Tout d\u2019abord la pudeur, le sujet \u00e9tant intime et donc de mani\u00e8re tr\u00e8s typique, du genre qui les fait fuir, car ils pr\u00e9f\u00e8rent de beaucoup, comme l\u2019a observ\u00e9 il y a longtemps Aristote, compter sans atermoiements sur leur confrontation nue avec le monde, o\u00f9 la force brute r\u00e9sout bien des questions en deux temps, trois mouvements, plut\u00f4t qu\u2019analyser les rapports entre les personnes et se sentent du coup mal \u00e0 l\u2019aise sur ce genre de terrain. Il y a ensuite que les femmes, s\u2019\u00e9tant r\u00e9cemment interrog\u00e9es \u00e0 profusion sur la question, et ayant investi un temps et une \u00e9nergie consid\u00e9rables dans son \u00e9lucidation, ont atteint un tr\u00e8s haut degr\u00e9 de sophistication dans les explications qu\u2019elles en proposent (lesquelles supposent que quand un homme et une femme entrem\u00ealent leur corps, ce que l\u2019homme ressent est \u00e0 la fois banal et facile \u00e0 caract\u00e9riser, alors que ce que la femme \u00e9prouve est complexe et ne mobilise pas moins de trois organes distincts), et en cons\u00e9quence, elles ne peuvent s\u2019emp\u00eacher de couper syst\u00e9matiquement le sifflet aux hommes s\u2019ils font mine de vouloir exprimer une opinion sur le sujet, lesquels battent alors en retraite avec un \u00ab\u00a0Bon\u00a0! bof\u00a0! pour ce que j&rsquo;en disais\u2026\u00a0\u00bb, sur l\u2019\u00e9troite ligne de cr\u00eate s\u00e9parant le courage de la l\u00e2chet\u00e9, attitude qui les caract\u00e9rise de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p class=\"p1\">Je poss\u00e8de un tr\u00e8s beau livre, intitul\u00e9 <i>Love and Desire<\/i>, consacr\u00e9 \u00e0 la sensualit\u00e9 photographique, o\u00f9 sont reproduites, entre autres, quelques photos pornographiques des tout d\u00e9buts de la photographie. On retrouve sur plusieurs une composition identique\u00a0: la femme rel\u00e8ve sa jupe et s\u2019en sert pour cacher le bas de son visage, les seules parties d\u2019elle que l\u2019on continue de voir \u00e9tant constitu\u00e9es exclusivement de son sexe et de ses yeux, le fait \u00e9tant int\u00e9ressant en soi puisqu\u2019il permet au voyeur &#8211; moi-m\u00eame en particulier &#8211; une \u00e9conomie consid\u00e9rable du regard puisque ce sont de toute mani\u00e8re les deux seuls endroits o\u00f9 celui-ci est attir\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le plaisir de la femme est repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, elle y coule devant moi, elle s\u2019enfonce, d\u2019abord petit \u00e0 petit, puis chavire et dispara\u00eet rapidement, en direction du fond\u00a0: \u00ab\u00a0Mets ton habit, scaphandrier !\u00a0\u00bb, et l\u2019homme la perd alors de vue. Et la seule chose qu\u2019il puisse alors faire, c\u2019est observer le corps qui est rest\u00e9 \u00e9tendu l\u00e0 tandis que l\u2019\u00e2me a disparu, absorb\u00e9e dans un trou noir, dont on sait que de la lumi\u00e8re y est contenue mais sans qu\u2019elle puisse jamais s\u2019en \u00e9chapper.<\/p>\n<p class=\"p1\">Tant que la femme est seule avec son plaisir, l\u2019homme la prot\u00e8ge. Dans le film <i>La Matrice<\/i>, un h\u00e9ros imagine vaquer \u00e0 quelque besogne dans le monde virtuel qu\u2019il croit authentique alors que dans l\u2019univers r\u00e9el, son corps, dont les yeux sont clos, est agit\u00e9 comme en proie au plaisir, tandis que ses compagnons : son amant ou son amante, veillent sur elle ou sur lui.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le plaisir de la femme est au centre. Et comme c\u2019est vers ce centre le plus profond que son regard converge, ses yeux sont n\u00e9cessairement ferm\u00e9s. Les yeux de l\u2019homme tentent eux de la retrouver l\u00e0 o\u00f9 elle s\u2019est retir\u00e9e\u00a0: ils fouillent le centre de la femme o\u00f9 sa jouissance et elle ont rendez-vous. Et l\u2019homme a donc les yeux ouverts, et de ses yeux ouverts, il fixe ces deux yeux f\u00e9minins clos, tout proches de son propre visage. Et au-del\u00e0 l\u2019ourlet des l\u00e8vres gonfl\u00e9es, par la bouche entrouverte, il entrevoit le centre, et provenant de ce centre, il entend le chant rauque et modul\u00e9 des soufflets de la forge de Vulcain.<\/p>\n<p class=\"p1\">C\u2019est l\u00e0 le c\u0153ur de la relation entre les hommes et les femmes\u00a0: la jouissance que l\u2019un et l\u2019autre tirent pr\u00e9cis\u00e9ment de cet objet qu\u2019on imaginerait \u00ab\u00a0abstrait\u00a0\u00bb et qui est le <i>rapport<\/i> existant entre eux deux. Certains ont utilis\u00e9 les termes \u00ab\u00a0actif\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0passif\u00a0\u00bb, pour \u00e9voquer cela. Mais ces termes sont sans lien avec ce dont il s\u2019agit vraiment\u00a0: de la capture, interne pour la femme, externe pour l\u2019homme. Car son centre qui a captur\u00e9 la femme est au sein d\u2019elle-m\u00eame tandis que pour l\u2019homme, captiv\u00e9 par ce m\u00eame foyer, il se situe pour lui \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur : dans cet autre corps coll\u00e9 au sien, suant et convuls\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p1\">La femme aime son plaisir parce qu\u2019elle peut s\u2019y perdre mais, fid\u00e8le en cela \u00e0 sa nature fondamentalement cliv\u00e9e, elle veut tout aussi bien s\u2019y soustraire et pour la m\u00eame raison\u00a0: parce qu\u2019elle craint de s\u2019y perdre. Le d\u00e9sir de l\u2019homme est qu\u2019elle y demeure\u00a0: il est l\u2019alli\u00e9 puissant de l\u2019une de ces deux composantes contradictoires qui d\u00e9chirent la femme. Elle peut, par un effort de concentration, \u00e9chapper \u00e0 l\u2019orgasme en s\u2019\u00e9brouant comme le fait un chien d\u00e9tremp\u00e9 par l\u2019averse. L\u2019homme au contraire aime l\u2019observer prisonni\u00e8re de sa jouissance et il tentera le tout pour le tout en vue de l\u2019y maintenir. Il la sait en s\u00fbret\u00e9, parce qu\u2019il veille au grain aussi longtemps qu\u2019elle s\u2019y trouve, attentif aux menaces en provenance du monde\u00a0; ce dont elle doute, ne faisant confiance en cette mati\u00e8re \u2013 la chose est bien connue \u2013, ni \u00e0 lui, ni davantage \u00e0 elle-m\u00eame. Du coup, il cherche \u00e0 l\u2019immobiliser pour qu\u2019elle s\u2019y livre toute enti\u00e8re, priv\u00e9e par lui de pouvoir s\u2019y arracher en se d\u00e9battant. Le plus militant, le plus prosa\u00efque, ne se contente pas de la m\u00e9taphore : b\u00e9n\u00e9ficiant de sa complicit\u00e9 bienveillante, il l\u2019entrave litt\u00e9ralement, et pour ce faire, il se procure des cordes.<\/p>\n<p class=\"p1\">Toutes\u00a0les femmes ne sont pas r\u00e9concili\u00e9es avec le p\u00e9riple int\u00e9rieur, intestin, de leur jouissance. L\u2019homme le sait, parce qu\u2019au tr\u00e9fonds de celles qui ne le sont pas, il fait froid, et ce froid glace le c\u0153ur de celui qui, s\u2019il avait fait preuve de quelqu\u2019intelligence, n\u2019aurait jamais d\u00fb s\u2019avancer imprudemment, \u00e0 d\u00e9couvert, dans des r\u00e9gions aussi inhospitali\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/06\/30\/chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh\/castiglione\/\" rel=\"attachment wp-att-96661\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96661\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Quand je vois une femme nue ou la repr\u00e9sentation d\u2019une femme nue, dans un magazine, ou sur l\u2019\u00e9cran, c\u2019est sur ses yeux que mon regard se fixe en premier. 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