{"id":128494,"date":"2021-06-29T17:33:01","date_gmt":"2021-06-29T15:33:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=128494"},"modified":"2022-10-03T17:51:54","modified_gmt":"2022-10-03T15:51:54","slug":"le-temps-quil-fait-le-18-juin-2021-ii-eloge-de-la-psychanalyse-retranscription","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/06\/29\/le-temps-quil-fait-le-18-juin-2021-ii-eloge-de-la-psychanalyse-retranscription\/","title":{"rendered":"Le temps qu&rsquo;il fait le 18 juin 2021 (II) : <b>\u00c9loge de la psychanalyse<\/b> &#8211; Retranscription"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-125253\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-298x300.png 298w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund.png 319w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/>Retranscription de la seconde partie de <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/06\/18\/video-le-temps-quil-fait-le-18-juin-2021\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le temps qu&rsquo;il fait le 18 juin 2021<\/a> \u00e0 21m51s.<\/p><\/blockquote>\n<p>J\u2019arrive toujours quand m\u00eame \u00e0 faire mes transitions. Je ne sais pas comment \u00e7a marche, \u00e7a doit \u00eatre \u00ab\u00a0freudien\u00a0\u00bb [Je ris : je viens en effet de parler de Freud, accompagn\u00e9 de Ferenczi et de Jung, arrivant par paquebot dans le port de New York le 29 ao\u00fbt 1909, leur disant \u00ab\u00a0Ils ne se doutent pas que nous leur apportons la peste !\u00a0\u00bb, disant que j&rsquo;ai fait la m\u00eame chose avec la th\u00e9orie financi\u00e8re]. Je voulais vous parler de psychanalyse pour terminer. Je suis tomb\u00e9\u00a0&#8230; j\u2019ai fait <a href=\"https:\/\/youtu.be\/KUlN5cGv0mE\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une vid\u00e9o<\/a> il n\u2019y a pas tellement longtemps [le 28 avril 2021] sur la conscience, sur la repr\u00e9sentation que je me fais de la conscience et l\u00e0, on n\u2019est plus dans les math\u00e9matiques financi\u00e8res, on est dans la th\u00e9orie psychanalytique, et je suis tomb\u00e9, et j\u2019en ai parl\u00e9, j\u2019ai fait un petit billet l\u00e0-dessus [<a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/06\/13\/le-modele-que-je-propose-pour-la-conscience-avait-deja-ete-decrit-par\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le mod\u00e8le que je propose pour la conscience a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit par&#8230;<\/a>], je suis tomb\u00e9 chez Nabokov sur quelque chose de tr\u00e8s int\u00e9ressant que je vais commencer par vous relire, c&rsquo;est court.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nVladimir Nabokov (1899-1977), romancier d\u2019origine russe, est surtout connu pour son roman \u00ab\u00a0Lolita\u00a0\u00bb. Il en a fait une pi\u00e8ce aussi de \u00ab\u00a0Lolita\u00a0\u00bb. Il y a eu un film bien s\u00fbr qui a \u00e9t\u00e9 fait par Stanley Kubrick, un tr\u00e8s tr\u00e8s beau film avec des gens formidables dans leur r\u00f4le, Shelley Winters, James Mason et vais-je trouver le nom de&#8230; Sue Linton, je crois [<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sue_Lyon\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sue Lyon<\/a> (1946-2019)], la jeune fille qui joue Lolita. Extr\u00eamement bon film, extr\u00eamement bon roman, extr\u00eamement bonne pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Nabokov, qui \u00e9tait un prince russe [rires], a \u00e9crit des tas d\u2019autres choses tr\u00e8s tr\u00e8s tr\u00e8s int\u00e9ressantes. Il avait d\u2019ailleurs \u00e9crit un roman auparavant qui s\u2019appelle <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rire_dans_la_nuit\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00ab\u00a0Camera obscura\u00a0\u00bb<\/a> qui parlait d\u00e9j\u00e0 de la relation d\u2019un homme assez \u00e2g\u00e9 avec une jeune femme. Si j\u2019ai bon souvenir, dans \u00ab\u00a0Camera obscura\u00a0\u00bb, elle n\u2019est pas aussi jeune que dans \u00ab\u00a0Lolita\u00a0\u00bb [17 ans au lieu de 12 \u00bd]. Et d\u2019autres choses, \u00ab\u00a0Pale fire\u00a0\u00bb, \u00e7a doit s\u2019appeler \u00ab\u00a0Feu p\u00e2le\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais, je ne sais pas [Oui ! Pour une fois, la traduction du titre n\u2019est pas loufoque]. Mais aussi, c\u2019est une personne qui parle de litt\u00e9rature de mani\u00e8re tout \u00e0 fait formidable et, en particulier, j\u2019ai \u00e7a en livre de poche\u00a0: Nabokov \u00ab\u00a0Litt\u00e9rature 1\u00a0\u00bb. Il y a aussi \u00ab\u00a0Litt\u00e9rature 2\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Litt\u00e9rature 1\u00a0\u00bb, c\u2019est parce qu\u2019il a partag\u00e9 son enseignement entre la litt\u00e9rature russe, qui fait le volume 2 et litt\u00e9rature non-russe et, dans le livre o\u00f9 il discute de litt\u00e9rature non-russe, le volume 1, il parle en particulier de \u00ab\u00a0Mansfield Park\u00a0\u00bb de Jane Austen, de \u00ab\u00a0Bleak House\u00a0\u00bb de Dickens, de \u00ab\u00a0Madame Bovary\u00a0\u00bb d\u2019un certain Flaubert, du \u00ab\u00a0Cas \u00e9trange de Dr Jekyll et Mr Hyde\u00a0\u00bb de Stevenson, \u00ab\u00a0Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann\u00a0\u00bb de M. Marcel Proust, de \u00ab\u00a0La m\u00e9tamorphose\u00a0\u00bb de Franz Kafka et de \u00ab\u00a0Ulysse\u00a0\u00bb de James Joyce.<\/p>\n<p>Et l\u00e0, dans dans le chapitre\u2026 dans la le\u00e7on en fait, parce que ce sont ces le\u00e7ons qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u00e0 Cornell University en 1948, on est dans le dernier volume de \u00ab\u00a0La recherche du temps perdu\u00a0\u00bb et, en particulier, au chapitre 3. C\u2019est dans \u00ab\u00a0Le temps retrouv\u00e9\u00a0\u00bb, l\u00e0 o\u00f9 Proust va dire qu\u2019il a compris maintenant tout ce qu\u2019il a essay\u00e9 de faire et l\u00e0, il y a ce que dit Nabokov et Nabokov cite Proust mais il cite aussi &#8211; et l\u00e0, je vous montrerai le livre &#8211; un critique anglais de Proust, Derrick Leon, qui a \u00e9crit un livre qui s\u2019appelle \u00ab\u00a0Introduction to Proust\u00a0\u00bb. Voil\u00e0, \u00e7a se traduit assez facilement en fran\u00e7ais et je ne vais pas vous faire l\u2019injure de vous dire comment \u00e7a se traduit en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019il dit l\u00e0\u00a0? Je commence par Nabokov qui parle ou qui \u00e9crit\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Le pont entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent que Marcel d\u00e9couvre alors est que <\/i>&#8211; et l\u00e0 on cite Proust &#8211; <i>\u2018ce que nous appelons la r\u00e9alit\u00e9 est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultan\u00e9ment\u2019\u00a0\u00bb<\/i>. \u00c7a, \u00e7a a un lien avec le mod\u00e8le de la conscience que j\u2019avais produit, propos\u00e9, avant d\u2019avoir lu ce passage et avant d\u2019avoir pens\u00e9 \u00e0 Proust.<\/p>\n<p>Bon, alors, \u00ab\u00a0sensation\u00a0\u00bb, la sensation, c\u2019est ce qu\u2019il y a dans le pr\u00e9sent. Et \u00e7a, ils n\u2019en parlent jamais eux, mais moi, j\u2019insiste l\u00e0-dessus aussi : pendant qu\u2019il y a la sensation, il y a [des informations relatives \u00e0 cette sensation] qui sont envoy\u00e9es dans la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>On vit des choses, on est [plong\u00e9] au milieu d\u2019une exp\u00e9rience particuli\u00e8re et il y a des choses [relatives \u00e0 cela] qui vont aller s\u2019inscrire dans la m\u00e9moire. On va se souvenir de ce qui se passe [ : des souvenirs qui remontent] mais il y a des souvenirs qui [descendent] au m\u00eame moment : il y a des choses qui se sont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es du m\u00eame ordre et qui sont rappel\u00e9es \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n<p>Bon, ce que dit Marcel Proust\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Ce que nous appelons la r\u00e9alit\u00e9 est un certain rapport entre ces sensations pr\u00e9sentes et ces souvenirs qui viennent du pass\u00e9 qui nous entourent simultan\u00e9ment\u00a0\u00bb<\/i>. Alors, commentaire de Nabokov\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Bref, pour qu\u2019il y ait recr\u00e9ation du pass\u00e9, il faut que se produise autre chose qu\u2019une simple op\u00e9ration de m\u00e9moire : il faut qu\u2019il y ait une combinaison d\u2019une sensation pr\u00e9sente<\/i> &#8211; et il met entre parenth\u00e8ses &#8211; <i>(particuli\u00e8rement go\u00fbt, odeur, toucher, son) et d\u2019une r\u00e9surgence d\u2019un souvenir, d\u2019une sensation pass\u00e9e\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Bon, alors, maintenant, Nabokov va citer quelqu\u2019un d\u2019autre\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Pour citer Derrick Leon <\/i>(l\u2019auteur de \u00ab\u00a0Une introduction \u00e0 Proust\u00a0\u00bb) :<i> \u2018Donc, si \u00e0 l\u2019instant de cette r\u00e9surrection [comme celle de Venise \u00e0 partir des dalles in\u00e9gales de la cour de Guermantes], au lieu d\u2019effacer le pr\u00e9sent, on peut continuer \u00e0 en avoir conscience, si l\u2019on peut conserver le sentiment de sa propre identit\u00e9 et, au m\u00eame instant, vivre pleinement ce moment que l\u2019on a cru longtemps ne plus exister, alors, et alors seulement, on est enfin en pleine possession du temps perdu\u2019<\/i> &#8211; fin de la citation de Derrick Leon. Et Nabokov termine : \u00ab\u00a0<i>Autrement dit, un bouquet de sensations dans le pr\u00e9sent et la vision d\u2019un \u00e9v\u00e8nement ou d\u2019une sensation dans le pass\u00e9, voil\u00e0 o\u00f9 la sensation et la m\u00e9moire se rejoignent et o\u00f9 le temps perdu se retrouvent\u00a0\u00bb<\/i>. \u00c7a, c\u2019est un commentaire \u00e0 nouveau sur Proust, c\u2019est comment retrouve-t-on le temps perdu, \u00ab\u00a0A la recherche du temps perdu\u00a0\u00bb, traduit en anglais selon deux titres \u00ab\u00a0Remembrance of Things Past\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0In Search of Lost Time\u00a0\u00bb, deux nuances diff\u00e9rentes qui sont l\u00e0 dans le titre fran\u00e7ais et qu\u2019on a s\u00e9par\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, diff\u00e9rents traducteurs, ont s\u00e9par\u00e9 dans l\u2019intitul\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Proust.<\/p>\n<p>Alors, <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/06\/13\/le-modele-que-je-propose-pour-la-conscience-avait-deja-ete-decrit-par\/comment-page-1\/#comment-851724\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">quelqu\u2019un sur mon blog<\/a> a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, mais Proust, voil\u00e0, il s\u2019inspire essentiellement de Bergson\u00a0\u00bb et j\u2019ai r\u00e9pondu que ce n\u2019\u00e9tait pas vrai. Ce qu\u2019il y a, c\u2019est un lien familial entre Proust et Bergson. Je lis\u00a0: <i>\u00ab\u00a0ce dernier \u00e9tant mari\u00e9 \u00e0 une cousine ou \u00e0 un cousin <\/i>&#8211; puisqu\u2019en anglais, on ne peut pas savoir &#8211;<i> de sa m\u00e8re\u00a0\u00bb<\/i>, donc il y a effectivement un lien de parent\u00e9 \u00e9loign\u00e9 entre Bergson et Proust. Mais par ailleurs, il y a aussi Freud et si vous me demandiez combien il y a de Bergson et combien il y a de Freud, en \u00e9tant all\u00e9 regarder r\u00e9cemment, [pr\u00e9cis\u00e9ment] parce que quelqu\u2019un m\u2019a interpell\u00e9 \u00e0 ce sujet. Combien il y a de Bergson chez Proust, je dirais 10 %, et 90 % quand m\u00eame de Freud. C\u2019est le sentiment aussi de ce Derrick Leon.<\/p>\n<p>Ce qui est quand m\u00eame formidable de nos jours, c\u2019est que sur Abebooks [Je brandis \u00ab Introduction to Proust \u00bb, quand vous entendez parler d\u2019un livre dont vous n\u2019aviez jamais entendu parler, vous pouvez l\u2019acheter [au prix de vente normal] dans une premi\u00e8re \u00e9dition, \u00e0 condition, bien entendu, que ce soit un livre dont personne n\u2019a entendu parler en tout cas r\u00e9cemment. Publi\u00e9 chez Kegan Paul en 1940.<\/p>\n<p>Pourquoi ce monsieur Derrick Leon, n\u2019est-il pas connu\u00a0? Essentiellement parce qu\u2019il est mort tr\u00e8s jeune. Il avait entrepris, chacun le savait, un tr\u00e8s gros ouvrage sur [le polymathe]\u00a0<b>John Ruskin<\/b> (1819-1900), et malheureusement, il est mort \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans de la tuberculose. Et, donc, nous avons de lui son introduction \u00e0 Proust. Il avait aussi \u00e9crit autre chose sur un autre romancier [Tolsto\u00ef]. C\u2019est tr\u00e8s bien fait.<\/p>\n<p>Alors, qu\u2019est-ce que je vais faire pour terminer\u00a0? Pour terminer, je vais faire la chose suivante\u00a0: je vais reprendre ce passage de Derrick Leon qui a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 par Nabokov, dans un commentaire sur Proust. Pourquoi\u00a0? Parce qu\u2019il y a l\u00e0, en plus par rapport \u00e0 ce qui est cit\u00e9 par Nabokov, il y a autre chose, qui est un\u2026 ce n\u2019est pas dit comme \u00e7a mais c\u2019est vraiment un \u00e9loge de la psychanalyse et \u00e7a vous montre ce que la psychanalyse peut faire. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s tr\u00e8s bien per\u00e7u donc \u00e0 la fois par M. Nabokov, par M. Proust et par M. Derrick Leon, moins connu que les deux pr\u00e9c\u00e9dents. Je vais vous lire quelques phrases en plus de celles que Nabokov a cit\u00e9es, lui, dans son \u00ab\u00a0Litt\u00e9rature 1\u00a0\u00bb, une le\u00e7on donn\u00e9e \u00e0 Cornell en 1948.<\/p>\n<p>C\u2019est de l\u2019anglais donc je vais peut-\u00eatre me reprendre quelquefois dans ma traduction\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Chacun de ces moments o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment conscients, chaque moment dans lequel nos perceptions ont \u00e9t\u00e9 claires, intenses, authentiques, est marqu\u00e9 du sceau ind\u00e9l\u00e9bile pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 des d\u00e9tails de chaque forme et sensation dont cette exp\u00e9rience \u00e9tait compos\u00e9e ; et le retour de toute forme ou sensation similaire est \u00e0 m\u00eame de superposer ce souvenir sur le pr\u00e9sent et faire ainsi que le pass\u00e9 revive \u00e0 nouveau. Alors, si au moment de cette r\u00e9surrection, au lieu d\u2019oblit\u00e9rer le pr\u00e9sent, nous pouvons continuer \u00e0 en \u00eatre conscient : si nous pouvons retenir le sens entier de notre identit\u00e9 propre, et au m\u00eame moment, vivre pleinement en cet instant dont nous avions longtemps cru qu\u2019il avait disparu, alors et alors seulement, nous sommes enfin en pleine possession du temps perdu, et nous avons atteint en nous-m\u00eame l\u2019essence la plus profonde de notre \u00eatre, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de cette personnalit\u00e9 superficielle que nous consid\u00e9rons d\u2019habitude \u00eatre nous-m\u00eame. L\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de notre temps est stock\u00e9e dans la s\u00e9rie des souvenirs authentiques qui sont dans notre inconscient, et notre vraie vie est seulement possible quand nous avons cess\u00e9 d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9 d\u2019eux. C\u2019est seulement alors que l\u2019essence en nous qui, elle, est immuable, et par cons\u00e9quent, ind\u00e9pendante des lois temporelles, peut revenir \u00e0 la surface &#8211; cette part de notre \u00eatre qui \u00e9tait consciente du pass\u00e9, et continue de vivre &#8211; cette part de nous-m\u00eame qui, en cons\u00e9quence, est intemporelle et qui, du coup contacte une r\u00e9alit\u00e9 imperm\u00e9able \u00e0 tout changement\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Je crois qu\u2019on ne peut pas dire mieux. Si je l\u2019ai lu, c\u2019est parce que je n\u2019ai jamais vu exprim\u00e9 aussi bien ce que c\u2019est que la psychanalyse, ce qu\u2019elle arrive \u00e0 faire : qui est effectivement de faire revenir en surface la totalit\u00e9 de ses souvenirs et, en particulier, bien entendu, dans le vocabulaire de Freud et que j\u2019adopte aussi, tous ces moments qui sont marqu\u00e9s \u00e0 titre personnel par une <i>valeur d\u2019affect<\/i> importante : les choses qui ont marqu\u00e9 et qui sont souvent, quand \u00e7a vient de l\u2019enfance, des choses insignifiantes. C\u2019est un mot mal compris, un mot banal mal compris qu\u2019on a d\u00e9compos\u00e9 de la mauvaise mani\u00e8re, quelqu\u2019un qui nous a fait une remarque dont on n\u2019a pas compris du tout que le contexte en fait \u00e9tait &#8211; et on l\u2019aurait compris plus tard &#8211; le contexte voulait dire que c\u2019\u00e9tait telle ou telle chose, une chose qui nous a vex\u00e9 profond\u00e9ment quand nous \u00e9tions enfant alors que c\u2019\u00e9tait une simple banalit\u00e9 ou que c\u2019\u00e9tait des paroles de bonne volont\u00e9 de la part de quelqu\u2019un.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a nous marque \u00e0 jamais et tous ces moments doivent revenir en surface pour composer ce temps retrouv\u00e9, cette r\u00e9conciliation de nous-m\u00eame avec tous ces moments de malentendus, toutes ces souffrances, toutes ces choses qui nous font nous-m\u00eame, et contre lesquelles nous nous sommes prot\u00e9g\u00e9s par ce m\u00e9canisme extraordinaire du <i>refoulement<\/i> qui, en fait, recouvre, fait de tout \u00e7a la poussi\u00e8re repouss\u00e9e sous le tapis pour que cela ne nous d\u00e9range pas, mais voil\u00e0 : comme la poussi\u00e8re en-dessous du tapis, quand \u00e7a commence \u00e0 faire une grosse bosse au milieu de la pi\u00e8ce, \u00e7a commence \u00e0 faire des d\u00e9g\u00e2ts. Et nous sommes l\u00e0 \u00e0 naviguer [handicap\u00e9s par] des tas de tabous, des tas d\u2019interdictions que nous nous sommes faites \u00e0 nous-m\u00eame et qui n\u2019ont aucune signification, qui n\u2019ont aucune n\u00e9cessit\u00e9 : des d\u00e9guisements dont nous nous [affublons] alors que personne ne nous a demand\u00e9 de nous d\u00e9guiser : le monde nous accepterait aussi bien comme nous sommes v\u00e9ritablement plut\u00f4t que comme le personnage que nous mettons en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est tr\u00e8s bien dit, c\u2019est tr\u00e8s bien dit par cette personne [Derrick Leon] dont j\u2019ai le sentiment qu\u2019elle est surtout inconnue parce qu\u2019elle est morte tr\u00e8s jeune. De son \u00ab\u00a0Ruskin : The Great Victorian\u00a0\u00bb, on ne connait que ce qui \u00e9tait \u00e0 ses yeux un brouillon. On a ce livre sur Proust mais voil\u00e0, M. Nabokov, lui, n\u2019est pas pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a : lui, il l\u2019a introduit dans sa discussion de Proust et \u00e7a nous permet, voil\u00e0, \u00e0 quelqu\u2019un comme moi ou comme vous, de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Tiens, Nabokov a \u00e9crit un truc sur Proust ! Je vais lire \u00e7a !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, allez, \u00e0 la semaine prochaine\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-125253\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-298x300.png 298w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund.png 319w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/>Retranscription de la seconde partie de <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/06\/18\/video-le-temps-quil-fait-le-18-juin-2021\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le temps qu&rsquo;il fait le 18 juin 2021<\/a> \u00e0 21m51s.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>J\u2019arrive toujours quand m\u00eame \u00e0 faire mes transitions. Je ne sais pas comment \u00e7a marche, \u00e7a doit \u00eatre \u00ab\u00a0freudien\u00a0\u00bb [Je ris : je viens en effet de parler [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11,9],"tags":[1803,8189,6481,1805,8216,403,6966],"class_list":["post-128494","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","category-psychanalyse","tag-conscience","tag-derrick-leon","tag-marcel-proust","tag-psychanalyse-2","tag-refoulement","tag-sigmund-freud","tag-vladimir-nabokov"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/128494","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=128494"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/128494\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":134116,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/128494\/revisions\/134116"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=128494"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=128494"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=128494"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}