{"id":128698,"date":"2021-07-13T12:12:20","date_gmt":"2021-07-13T10:12:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=128698"},"modified":"2021-07-13T12:17:10","modified_gmt":"2021-07-13T10:17:10","slug":"dix-sept-portraits-de-femmes-xxiv-la-femme-de-mon-ami","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/07\/13\/dix-sept-portraits-de-femmes-xxiv-la-femme-de-mon-ami\/","title":{"rendered":"\u00ab Dix-sept portraits de femmes \u00bb <b>XXIV. La femme de mon ami<\/b>"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/06\/30\/chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh\/castiglione\/\" rel=\"attachment wp-att-96661\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96661\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Il y a tr\u00e8s longtemps j\u2019avais un ami qui s\u2019appelait Marc. Nous travaillions dans le m\u00eame cadre, chacun selon sa sp\u00e9cialit\u00e9, et nous avions plaisir \u00e0 partager nos loisirs en ce lieu quelque peu recul\u00e9. Nous posions surtout le m\u00eame regard amus\u00e9, \u00e0 la fois moqueur et indulgent sur le monde. Il faut pr\u00e9ciser, \u00e0 notre d\u00e9charge, que nous avions vingt-cinq ans.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Nous habitions \u00e0 cent m\u00e8tres l\u2019un de l\u2019autre. Marc \u00e9tait mari\u00e9 \u00e0 Roberte. Et par une nuit de temp\u00eate &#8211; ce qui importe peu pour le cours m\u00eame des \u00e9v\u00e9nements, \u00e0 ceci pr\u00e8s que cela les dotait de cette aura dramatique que procure la col\u00e8re manifeste des dieux &#8211; Roberte, bravant les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cha\u00een\u00e9s, est venue frapper \u00e0 ma porte. Elle \u00e9tait seule. Nous nous connaissions bien car nous nous voyions tous les jours. Je l\u2019ai faite entrer, et je l\u2019ai faite asseoir. Elle m\u2019a expliqu\u00e9 alors qu\u2019elle voulait quitter Marc pour venir vivre avec moi. Je lui ai expliqu\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas possible\u00a0: qu\u2019il \u00e9tait mon ami et que je ne pouvais pas envisager agir ainsi vis-\u00e0-vis de lui. Je me souviens, le c\u0153ur toujours bris\u00e9, l\u2019avoir renvoy\u00e9e dans la nuit, alors que les embruns battaient hargneusement les vitres et que la porte que j\u2019ouvris pour la prier de sortir s\u2019ouvrait sur un gouffre noir de hauts de hurlevent.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\n<!--more--><\/p>\n<p>J\u2019ignore si j\u2019aurais toujours agi semblablement dans le m\u00eame type de circonstances, le cas ne s\u2019\u00e9tant jamais repr\u00e9sent\u00e9. Or il s\u2019est fait que j\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 cette aventure au cours de la semaine derni\u00e8re, sans la relier alors \u00e0 rien de particulier. Jusqu\u2019\u00e0 hier soir, quand elle m\u2019est revenue en m\u00e9moire.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Vendredi de la semaine derni\u00e8re, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 d\u00eener chez Raoul. Je savais qu\u2019il \u00e9tait mari\u00e9 et que son \u00e9pouse et lui avaient une petite fille mais je n\u2019avais jamais encore rencontr\u00e9 ni la femme, ni l\u2019enfant.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et j\u2019arrive donc chez eux\u00a0: Raoul et moi sommes venus ensemble directement du bureau. Schultz a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 et viendra s\u00e9par\u00e9ment.\u00a0C\u2019est Raoul qui le remplacera \u00e0 la banque, lui-m\u00eame ayant \u00e9t\u00e9 vir\u00e9 pour inefficacit\u00e9 notoire, raison pour laquelle ils se sont connus, l\u2019employ\u00e9 d\u00e9chu \u00e9tant requis d\u2019instruire, coutume s\u00e9culaire et avanie ultime, son nouvel avatar, cens\u00e9 davantage performant.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et il y a donc en cet instant dans ce petit appartement, Macha, l\u2019\u00e9pouse de Raoul et L\u00e9na, la petite fille qui aura bient\u00f4t trois ans. Macha est belle, de la beaut\u00e9 resplendissante d\u2019une ouvri\u00e8re portant foulard sur la photo d\u2019une ligne d\u2019assemblage \u00e0 Leningrad en 1943. Ses pommettes saillantes, venues d\u2019Asie Centrale, rappellent que sous un visage existent toujours des os. Ses cheveux sont noir de jais et toute sa personne s\u2019organise harmonieusement autour de la couleur de sa chevelure, comme Blanche-Neige sous le regard de Walt Disney\u00a0: la peau trop blanche, les l\u00e8vres trop rouges. Elle s\u2019\u00e9pile les sourcils en arc de cercle comme, \u00e0 une autre \u00e9poque, Marl\u00e8ne Dietrich.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Je savais que Raoul parlait russe\u00a0: il est d\u2019une famille grecque install\u00e9e \u00e0 Odessa depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Quand j\u2019apprends que Macha est Russe, je demande s\u2019ils se sont rencontr\u00e9s l\u00e0-bas, mais non, le coup de foudre a eu banalement lieu, si l\u2019on peut dire, ici \u00e0 San Francisco.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et la petite est volubile\u00a0: bavarde comme une pie, et revient sans cesse sur son explication complexe du d\u00e9ploiement d\u2019une poussette \u2013 du moins c\u2019est ce que son p\u00e8re m\u2019indique, puisqu\u2019\u00e0 part ce qu\u2019elle dit avec les mains, la petite s\u2019exprime uniquement en russe. Je demande si elle va \u00e0 l\u2019\u00e9cole maternelle ou dans une garderie\u00a0: non, elle passe ses journ\u00e9es avec sa maman. A-t-elle l\u2019occasion de voir de petits Am\u00e9ricains\u00a0et de parler anglais\u00a0? \u00ab\u00a0Oui, \u00e0 la plaine de jeux de Chestnut \u00e0 Buchanan.\u00a0\u00bb Admettons, mais comme l\u2019endroit est \u00e0 onze blocs de chez eux, \u00e7a ne doit pas arriver souvent. Et je les imagine, la m\u00e8re et l\u2019enfant seules \u00e0 longueur de journ\u00e9es dans le c\u0153ur hupp\u00e9 de San Francisco, se parlant russe l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, comme un couple autiste, et donc jusqu\u2019\u00e0 plus inform\u00e9, le contraire d\u2019une histoire exemplaire d\u2019int\u00e9gration aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Et Macha a mis les petits plats dans les grands\u00a0: elle a confectionn\u00e9 une tourte aux l\u00e9gumes comme entr\u00e9e et le plat principal c\u2019est du blanc de poulet dans une roulade savante dont je ne parviens pas \u00e0 d\u00e9composer les saveurs. Et comme dessert, elle a pr\u00e9par\u00e9 une sorte de flanc au fromage frais (une sp\u00e9cialit\u00e9, m\u2019informe-t-elle, de la P\u00e2que orthodoxe) et une p\u00e2tisserie extr\u00eamement \u00e9labor\u00e9e apparent\u00e9e au <i>plum-pudding : <\/i>d\u00e9bordante de noix diverses et de fruits confits.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Le sens de l\u2019hospitalit\u00e9 de Macha est tr\u00e8s europ\u00e9en\u00a0: les Am\u00e9ricains vous offrent toujours des mets qui ont \u00e9t\u00e9 \u2013 au moins partiellement \u2013 confectionn\u00e9s en usine ou, dans le meilleur des cas, par des professionnels\u00a0: on consid\u00e8re ici comme un donn\u00e9 que personne n\u2019a le temps de pr\u00e9parer un plat digne de ce nom. Quand l\u2019Am\u00e9ricain \u00ab\u00a0cuisine\u00a0\u00bb c\u2019est, la chose vous est famili\u00e8re, toujours une grillade. On vous rappelle volontiers ici que l\u2019on mange tr\u00e8s mal en Angleterre, mais uniquement parce qu\u2019on l\u2019a entendu dire par des Fran\u00e7ais. En fait, on mange beaucoup mieux en Angleterre qu\u2019en Am\u00e9rique\u00a0: en dix ans je n\u2019y ai jamais mang\u00e9 des choses aussi abominables que celles qu\u2019on trouve aux \u00c9tats-Unis.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et l\u2019hospitalit\u00e9 de Macha n\u2019est pas uniquement europ\u00e9enne mais en sus, rurale : il y a chez elle une sorte de respect, de r\u00e9v\u00e9rence, pour l\u2019invit\u00e9, que je n\u2019ai pas eu l\u2019occasion de rencontrer dans les villes mais seulement dans les campagnes.<\/p>\n<p>Et au moment de nous s\u00e9parer, il me semble qu\u2019il n\u2019existe qu\u2019une seule fa\u00e7on pour moi d\u2019exprimer ma reconnaissance qui serait \u00e0 la hauteur de la mani\u00e8re dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 re\u00e7u, et c\u2019est de \u00ab\u00a0r\u00e9ciproquer\u00a0\u00bb comme le dit le fran\u00e7ais pratiqu\u00e9 en Belgique. Et j\u2019invite tous les pr\u00e9sents \u00e0 venir chez moi le samedi suivant, c\u2019est-\u00e0-dire hier.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et le lendemain de mon invitation, au r\u00e9veil, je me dis que l\u2019appartement est trop nu \u00e0 la suite du r\u00e9cent partage des biens et je m\u2019empresse d\u2019aller acheter un tapis pour le hall et un kilim pour la chambre \u00e0 coucher.<\/p>\n<p>Raoul, Macha et L\u00e9na arrivent avec plus d\u2019une heure de retard. J\u2019ai fini par les appeler et ils \u00e9taient toujours chez eux, \u00ab\u00a0sur le point de partir\u00a0\u00bb. Schultz qui en a eu marre d\u2019attendre, a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller regarder dans ma chambre un film glauque que je lui ai recommand\u00e9 : l\u2019<i>After Hours<\/i> de Martin Scorsese. En arrivant, il a constat\u00e9 que cette fois c\u2019\u00e9tait moi qui avais mis les petits plats dans les grands, ce qui l\u2019a conduit \u00e0 dire sur un ton sarcastique : \u00ab\u00a0Des pistaches\u00a0? Mazette ! Pourtant c&rsquo;est juste Raoul\u00a0!\u00a0\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et Macha enl\u00e8ve son manteau et je vois qu\u2019elle s\u2019est faite belle, en r\u00e9alit\u00e9 vraiment tr\u00e8s tr\u00e8s belle, et c\u2019est peut-\u00eatre pour cela qu\u2019ils arrivent si tard. L\u2019ensemble qu\u2019elle porte est tr\u00e8s int\u00e9ressant, le haut, c\u2019est une blouse en dentelle noire sur un maillot de corps, noir lui aussi, une sorte de flanelle, le tout tr\u00e8s court, comme ce qu\u2019on voit en ce moment. Je veux dire que si la peau de son ventre n\u2019appara\u00eet pas, c\u2019est aux seules conditions qu\u2019elle se tienne roide et immobile comme un piquet. Mais devrait-elle se pencher vers la petite fille assise par terre, qu\u2019on lui verrait plus de la moiti\u00e9 du dos, et je d\u00e9tourne pudiquement le regard, qui tombe alors sur celui de son \u00e9poux \u2013 s\u2019inqui\u00e9tant \u00e9galement de son c\u00f4t\u00e9 de la spectaculaire \u00e9tendue de peau expos\u00e9e.<\/p>\n<p>Et sa jupe est tr\u00e8s longue, noire elle aussi : c\u2019est comme du chiffon, gans\u00e9 tous les trente centim\u00e8tres par une torsade horizontale. Ce qui n\u2019est pas sans rappeler le style <i>trashy<\/i> de Madonna dans les ann\u00e9es quatre-vingts, sauf qu\u2019ici c\u2019est sans le <i>trash<\/i>\u00a0: \u00e7a ne sort pas d\u2019une poubelle, c\u2019est au contraire tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant. Et il me suffit de la voir comme \u00e7a, faisant tomber son manteau sur ses \u00e9paules, pour que je r\u00e9alise soudain pourquoi durant la semaine \u00e9coul\u00e9e la pens\u00e9e m\u2019est venue de Roberte, et du don malvenu de sa personne au milieu de la nuit.<\/p>\n<p>Cinq mois de solitude ont fait de moi l\u2019un de ces m\u00e2les p\u00e9riph\u00e9riques \u00e0 l\u2019orbite irr\u00e9guli\u00e8re autour de la horde, le regard d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment absent mais n\u00e9anmoins fix\u00e9 sur le centre o\u00f9 sont les femelles appartenant \u00e0 d\u2019autres. Et d\u00e8s qu\u2019ils sont partis, et que je me couche, ma r\u00e9solution fl\u00e9chit. Je me souviens de la suite de l\u2019histoire de Marc et de Roberte. Je suis all\u00e9 les voir, quatre ans plus tard. Ils avaient maintenant un enfant\u00a0: un petit gar\u00e7on. Et c\u2019est tout juste s\u2019ils ne m\u2019ont pas jet\u00e9. Ils \u00e9taient hostiles\u00a0: ils n\u2019avaient pas envie de me revoir. Et j\u2019ai r\u00e9fl\u00e9chi, et je me suis dit que j\u2019\u00e9tais le t\u00e9moin g\u00eanant\u00a0: qu\u2019elle avait d\u00fb lui expliquer ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 cette nuit o\u00f9 elle s\u2019\u00e9tait esquiv\u00e9e pour venir frapper \u00e0 ma porte. Et je les retrouvais bien plus tard, r\u00e9concili\u00e9s et r\u00e9sign\u00e9s\u00a0: elle, revenue \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s mais parce que je l\u2019avais \u00e9conduite\u00a0; lui qui la poss\u00e8de, mais uniquement parce que je n\u2019avais pas voulu d\u2019elle. Humili\u00e9s par moi, l\u2019un et l\u2019autre.<\/p>\n<p>Et au milieu de la nuit je p\u00e8se les m\u00e9rites de deux sc\u00e9narios contradictoires et exclusifs\u00a0: le premier qui ne d\u00e9passe pas le stade de l\u2019esquisse, o\u00f9 je fais asseoir Macha, comme Roberte trente ans plus t\u00f4t, et lui explique le sens de l\u2019amiti\u00e9 authentique, et le second, qui a droit \u00e0 de plus longs d\u00e9veloppements et \u00e0 des variations multiples et d\u00e9taill\u00e9es. Si bien qu\u2019au bout d\u2019un moment, je formule une hypoth\u00e8se\u00a0: et s\u2019il aurait mieux valu accepter la proposition de Roberte, une femme dont j\u2019ai jusqu\u2019ici, par inadvertance, oubli\u00e9 de souligner \u00e0 quel point j\u2019\u00e9tais attir\u00e9 par elle, et lui offrir ainsi le choix entre retourner chez lui ou rester \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s\u00a0? M\u2019abandonnant plus tard pour lui, elle aurait \u00e9t\u00e9 triomphante, ma\u00eetresse de sa vie\u00a0: ayant eu ce qu\u2019elle voulait et le rechoisissant lui, en toute libert\u00e9, et lui, pour sa part, retrouvant sa femme, qui le pr\u00e9f\u00e8re alors \u00e0 un rival pourtant redoutable\u00a0: en d\u2019autres mots, \u00ab\u00a0vainqueur\u00a0\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et voil\u00e0 donc ce que j\u2019\u00e9labore dans mon fantasme solitaire\u00a0: la r\u00e9invention de l\u2019histoire dans une version qui ne fait que des heureux, et, qui moi, m\u2019exon\u00e8re. Parce que si Macha devait venir frapper \u00e0 ma porte, \u00e0 la faveur de la nuit, le meilleur service que je puisse lui rendre ainsi qu\u2019\u00e0 mon ami, serait de la lui ouvrir sans rien dire, de lui signifier \u00ab\u00a0Chut !\u00a0\u00bb de mon index touchant ses l\u00e8vres, et de l\u2019enlacer aussit\u00f4t le seuil d\u00e9pass\u00e9, avant qu\u2019elle n\u2019ait pu m\u00eame prononcer un seul mot, et mes l\u00e8vres et mes mains tireraient alors parti sans vergogne des diktats d\u2019une mode aujourd\u2019hui complice de mes desseins, jusqu\u2019\u00e0 ce que les genoux lui manquent et qu\u2019elle s\u2019affaisse \u00e0 l\u2019endroit-m\u00eame o\u00f9 nous sommes (d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des tapis acquis r\u00e9cemment) pour lui faire l\u2019amour sur le sol, faisant quelquefois mine au cours de la nuit de la laisser s\u2019\u00e9chapper, pour souligner ainsi \u00e0 chaque fois la vanit\u00e9 de tentatives qui, \u00e9tant celles d\u2019une femme nue, et ne pouvant avoir lieu qu\u2019\u00e0 quatre pattes ou en rampant, constituent n\u00e9cessairement autant de nouvelles provocations, autant d\u2019huile fra\u00eeche vers\u00e9e sur notre feu. Voil\u00e0 jusqu\u2019o\u00f9 pourrait aller mon sacrifice.<\/p>\n<p>Et les enfants dans tout \u00e7a, me direz-vous\u00a0? Eh bien, ils grandissent, comme ils l\u2019ont toujours fait, l\u2019esp\u00e8ce \u00e9tant ce qu\u2019elle est. De deux choses l\u2019une\u00a0: soit les parents baisent et les enfants trinquent, ce qui n\u2019est pas bien, soit la pr\u00e9sence des enfants suffit \u00e0 emp\u00eacher les adultes de concr\u00e9tiser leurs r\u00eaveries, obligeant celles-ci \u00e0 demeurer ce qu\u2019elles sont, \u00e0 savoir\u00a0de purs fantasmes. Et dans ce cas-l\u00e0, tant pis pour les Macha et tant pis pour les Paul Jorion de ce monde. Tant pis pour tous les amants en puissance auxquels est refus\u00e9 d\u2019\u00eatre jamais amants en acte. Et cela aussi, \u00e0 sa mani\u00e8re, ce n\u2019est pas bien non plus. <span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/06\/30\/chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh\/castiglione\/\" rel=\"attachment wp-att-96661\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96661\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Il y a tr\u00e8s longtemps j\u2019avais un ami qui s\u2019appelait Marc. 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