{"id":128880,"date":"2021-07-24T13:18:01","date_gmt":"2021-07-24T11:18:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=128880"},"modified":"2021-07-24T13:22:31","modified_gmt":"2021-07-24T11:22:31","slug":"dix-sept-portraits-de-femmes-xxxii-la-femme-qui-est-dans-mon-camp","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/07\/24\/dix-sept-portraits-de-femmes-xxxii-la-femme-qui-est-dans-mon-camp\/","title":{"rendered":"\u00ab Dix-sept portraits de femmes \u00bb <b>XXXII. La femme qui est dans mon camp<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/06\/30\/chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh\/castiglione\/\" rel=\"attachment wp-att-96661\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96661\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>J&rsquo;ai racont\u00e9 il y a quelques mois <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/10\/16\/ceux-qui-affament-les-petits-enfants\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une anecdote familiale<\/a> que je tenais de ma tante Anna-Maria van der Sluis. J&rsquo;ai \u00e9toff\u00e9 ce tout petit texte pour en faire un v\u00e9ritable portrait de ma tante : un chapitre de plus \u00e0 ce feuilleton.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais lyc\u00e9en, j\u2019\u00e9tais membre des <i>\u00c9tudiants Socialistes<\/i> de Belgique. Nous \u00e9tions la branche \u00ab\u00a0scolaire\u00a0\u00bb d\u2019une organisation plus vaste : la <i>Jeune Garde Socialiste<\/i>. Nous avions quelquefois des \u00ab\u00a0\u00e9coles de cadre\u00a0\u00bb o\u00f9 nous nous penchions sur des textes marxistes, le plus souvent de la mouvance <i>Socialisme ou barbarie<\/i>.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Je me souviens d\u2019un weekend d\u2019hiver pas loin de Furnes en Flandre Occidentale o\u00f9 pour une raison qui m\u2019\u00e9chappe aujourd\u2019hui nous \u00e9tions dans une maison sans chauffage o\u00f9 nous n\u2019avions rien \u00e0 manger. Le soir nous sommes all\u00e9s dans un bar. Comme il y avait de la musique j\u2019ai invit\u00e9 \u00e0 danser la s\u0153ur de notre h\u00f4te. Un type saoul, un malabar, est mont\u00e9 sur la piste et s\u2019est mis \u00e0 l\u2019invectiver\u00a0: \u00ab\u00a0Alors, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par ce connard\u00a0? Tu rigoleras moins quand tu verras comment je vais lui casser la gueule !\u00a0\u00bb. Elle chuchotait \u00e0 mon oreille\u00a0: \u00ab\u00a0Ignore-le\u00a0!\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait plus vite dit que fait. Une autre fois, nous lisions des textes dans une cave, \u00e9clair\u00e9e par des chandelles que nous avions coll\u00e9es dans leur jus sur le haut d\u2019un tonneau. Avec le recul je ne vois pas d\u2019autre raison possible \u00e0 toutes ces privations sinon le d\u00e9sir d\u2019entourer nos activit\u00e9s d\u2019un parfum r\u00e9volutionnaire.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nEn 1965, le mouvement \u00ab\u00a0Provo\u00a0\u00bb \u00e9tait n\u00e9 en Hollande, pr\u00f4nant comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs nihilistes, la propagande par le fait ; il ne tarderait pas \u00e0 d\u00e9border sur la Belgique, sa partie flamandophone essentiellement.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Un dimanche matin de 1967, j\u2019\u00e9tais l\u00e0 \u00e0 faire du chambard avec mes petits camarades \u00e0 la place des Martyrs \u00e0 Bruxelles quand la mar\u00e9chauss\u00e9e nous a pris de court en d\u00e9boulant d\u2019une ruelle transversale. Heureusement l\u2019ange gardien d\u2019Emil Zatopek planait toujours sur ces parages et je parvins \u00e0 rejoindre ma deuche gar\u00e9e par l\u00e0 avec un peu d\u2019avance sur la petite troupe de gendarmes \u00e0 mes trousses. J\u2019\u00e9tais attendu \u00e0 Knokke-le-Zoute \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner pour y retrouver Rebecca, son petite fr\u00e8re (un de nos meilleurs penseurs aujourd\u2019hui) et ses parents, lesquels avaient eu l\u2019amabilit\u00e9 de m\u2019inviter \u00e0 me joindre \u00e0 eux. J\u2019\u00e9tais v\u00eatu de rouge de pied en cap, le signe de reconnaissance des Provos, ce qui garantissait a priori que je d\u00e9tonne quelque peu dans un endroit aussi chicos que <i>La R\u00e9serve.<\/i> Or un d\u00e9boire sur l\u2019autoroute devait rendre mon apparence plus inaccoutum\u00e9e encore.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Faisant la plein \u00e0 hauteur de Aalter, je demandai au pompiste de v\u00e9rifier l\u2019huile \u00e9galement &#8211; \u00e0 qui il fallut en effet apporter un appoint. Ayant repris la route, je ne tardai pas \u00e0 observer ce qui me sembla a priori un \u00e9trange ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9t\u00e9orologique : de la brume devant moi et rien sur les c\u00f4t\u00e9s. Et, plus j\u2019allais, plus le contraste apparaissait marqu\u00e9. Je finis par m\u2019arr\u00eater sur l\u2019accotement, suspectant une entourloupe. D\u2019inqui\u00e9tantes tra\u00een\u00e9es brun\u00e2tres z\u00e9braient le capot, que j\u2019ouvris sur-le-champ. Mal m\u2019en a pris : une vapeur br\u00fblante et de couleur rouille m\u2019engouffra aussit\u00f4t. Le clapet du r\u00e9servoir d\u2019huile avait \u00e9t\u00e9 mal, voire pas du tout, referm\u00e9. Rouille sur rouge, c\u2019est heureusement ton sur ton me direz-vous. C\u2019est tout \u00e0 fait vrai : cela aurait pu \u00eatre bien pire ! Mais c\u2019\u00e9tait compter sans l\u2019odeur d\u2019huile de moteur surchauff\u00e9e. Le ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel de cette excellente maison se comporta de mani\u00e8re irr\u00e9prochable : comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Il me conduisit sans sourciller \u00e0 la table o\u00f9 j\u2019\u00e9tais attendu, o\u00f9 mes h\u00f4tes, connaissant le zigoto qui devait se joindre \u00e0 eux, ne furent pas plus que \u00e7a \u00e9tonn\u00e9s.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/span><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 de cette ann\u00e9e 1967, je ne me suis pas rendu \u00e0 Londres comme les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. La premi\u00e8re partie de l\u2019\u00e9t\u00e9, je l\u2019ai pass\u00e9e \u00e0 Amsterdam. Dans la matin\u00e9e du jour de mon arriv\u00e9e, cherchant o\u00f9 me loger dans les limites de mon maigre budget, je trouvai dans la Warmoesstraat &#8211; c\u00e9l\u00e8bre dans le monde des f\u00eatards pour son commissariat de police &#8211; une chambre d\u2019une surface de trois m\u00e8tres carr\u00e9s avec deux lits superpos\u00e9s \u00e0 partager avec un autre jeune m\u00e2le fauch\u00e9. En soir\u00e9e, je d\u00e9couvris que l\u2019h\u00f4tel \u00e9tait l\u2019annexe du bar \u00e0 putes situ\u00e9 au rez-de-chauss\u00e9e. Ces dames \u00e9taient toutes couvertes de paillettes, elles \u00e9taient tr\u00e8s belles et l\u2019ensemble \u00e9tait du plus bel effet.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Bien des ann\u00e9es plus tard, un matin d\u2019hiver, je me retrouverai en compagnie de Kathleen dans le Vondelpark \u00e0 Amsterdam. Il n\u2019y avait pas grand monde. Nous sommes all\u00e9s prendre un caf\u00e9 \u00e0 un kiosque. Il y avait l\u00e0 au comptoir, perch\u00e9e comme nous sur un tabouret de bar, une jeune femme en conversation avec le patron. Elle \u00e9tait inhabituellement v\u00eatue\u00a0: une petite veste serr\u00e9e et un tutu. J\u2019\u00e9tais assis juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle quand, attirant soudain mon regard, bien visible, son sexe. Sous son tutu, elle ne portait rien. Rien du tout. Nous \u00e9tions donc bien \u00e0 Amsterdam.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Quand Provo \u00e9tait apparu, un petit nombre d\u2019intellectuels hollandais en vue s\u2019\u00e9taient d\u00e9clar\u00e9s sympathisants. Parmi eux, le po\u00e8te Simon Vinkenoog, l\u2019architecte Constant, le peintre Corneille et le romancier Harry Mulisch. Je demandai un rendez-vous \u00e0 Vinkenoog qui deviendrait plus tard \u00ab\u00a0Po\u00e8te national\u00a0\u00bb des Pays-Bas, mais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, une authentique vedette, et il me l\u2019accorda aussit\u00f4t.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>On appelait l\u2019une de mes tantes, cousine germaine de ma m\u00e8re, \u00ab\u00a0Mia\u00a0\u00bb quand on parlait d\u2019elle et \u00ab\u00a0Miek\u00a0\u00bb (prononcez M\u00eek), quand on s\u2019adressait \u00e0 elle,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>alors que son vrai nom \u00e9tait \u00ab\u00a0Anna-Maria\u00a0\u00bb. Les Hollandais ont la manie des diminutifs hyper-all\u00e9g\u00e9s, comme \u00ab\u00a0A\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0Adrianus\u00a0\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Alors que je partageais un jour un repas chez elle et son mari &#8211; mon oncle Cor (pour \u00ab\u00a0Cornelius\u00a0\u00bb) &#8211; Miek me demanda ce que j\u2019allais faire dans les jours qui suivraient. Je lui expliquai que j\u2019allais interviewer Vinkenoog.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu lui as demand\u00e9 de le rencontrer ?\u00a0\u00bb, dit-elle, et avant que je ne puisse confirmer, elle avait ajout\u00e9 du m\u00eame ton sceptique : \u00ab\u00a0Et il va vraiment te recevoir\u00a0?\u00a0\u00bb. J\u2019allais avoir vingt-et-un ans cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 et \u00e0 mes yeux tout allait de soi. Je voulais interroger Vinkenoog ? Eh bien, je trouvais son num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone dans l\u2019annuaire, je l\u2019appelais, il me disait : \u00ab\u00a0Bien entendu !\u00a0\u00bb, et je me rendais \u00e0 son aimable invitation.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Mais, ce fut alors mon tour d\u2019\u00eatre estomaqu\u00e9 quand ma tante, au lieu de me tourmenter davantage, me demanda\u00a0si elle pouvait venir avec moi.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui tout est embrouill\u00e9 : mes enfants pensent que Jimi Hendrix, c\u2019est leur g\u00e9n\u00e9ration et non la mienne, mais il faut faire l\u2019effort de se resituer \u00e0<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>cette \u00e9poque, 1967, o\u00f9\u00a0le mot \u00ab\u00a0croulant\u00a0\u00bb datait \u00e0 peine d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, et \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019une personne de la g\u00e9n\u00e9ration de mes parents m\u2019accompagne dans mes exp\u00e9ditions contestataires, le sang se figea dans mes veines.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Un facteur suppl\u00e9mentaire jouait cependant\u00a0: ma tante ressemblait \u00e0 Rita Hayworth, en un tantinet plus jolie, et on imaginait mal qu\u2019un homme normalement constitu\u00e9 lui ferme la porte au nez sous pr\u00e9texte qu\u2019elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 officiellement invit\u00e9e.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Le mouvement hippy d\u00e9boulait sur l\u2019Europe\u00a0; dix mois plus tard ce serait mai 68. Miek transcendait les g\u00e9n\u00e9rations, au grand \u00e9moi de ses deux filles adolescentes. Elle conduisait, comme moi, une deuche, une injure &#8211; pas moins &#8211; \u00e0 son milieu. En hollandais on ne disait bien entendu pas \u00ab\u00a0deuche\u00a0\u00bb\u00a0mais \u00ab\u00a0Lelijk eendje\u00a0\u00bb, ce qui signifie dans la langue de Vondel, \u00ab\u00a0vilain petit canard\u00a0\u00bb. Un dimanche matin, dans sa banlieue am\u00e9ricanis\u00e9e de Rotterdam, au bord du trottoir, elle eut l\u2019id\u00e9e de d\u00e9corer de plumes sa voiture\u00a0; mes deux cousines assistaient \u00e0 l\u2019entreprise et la suppliaient\u00a0: \u00ab\u00a0Maman, s&rsquo;il-te-pla\u00eet, arr\u00eate\u00a0: tu vas nous faire mourir de honte\u00a0!\u00a0\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_128881\" aria-describedby=\"caption-attachment-128881\" style=\"width: 812px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.maibeeldbank.nl\/foto\/030026000133\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-128881\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Vinkenoog.png\" alt=\"\" width=\"812\" height=\"538\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Vinkenoog.png 812w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Vinkenoog-300x199.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Vinkenoog-768x509.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 812px) 100vw, 812px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-128881\" class=\"wp-caption-text\">Reineke van der Linden et Simon Vinkenoog \u00a9 Wim van der Linden<\/figcaption><\/figure>\n<p>Miek confectionna des boucles d\u2019oreilles pour Reineke van der Linden la femme du Vinkenoog, une artiste de <i>happening <\/i>bien connue, et elles eurent plein de choses \u00e0 se dire.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Enfant, j\u2019aimais beaucoup son mari, mon oncle Cor : quand j\u2019avais huit ans et que je ne comprenais pas encore grand-chose \u00e0 la lutte des classes et n\u2019ayant du coup pas encore choisi mon camp, il m\u2019emmena un jour de Rotterdam \u00e0 Bruxelles dans sa Talbot Lago d\u00e9capotable, un voyage qui fut parfaitement \u00e0 mon go\u00fbt. Mais quand j\u2019eus choisi mon camp, les choses tourn\u00e8rent au vinaigre. Il me dit un jour : \u00ab Ton r\u00eave secret, c\u2019est de d\u00e9couper ma propri\u00e9t\u00e9 en lopins qu\u2019on distribuerait \u00e0 des paysans chinois ! \u00bb. J\u2019ai \u00e9clat\u00e9 de rire, mais il ne plaisantait pas : il avait peur. Et il savait que sa femme \u00e9tait dans mon camp.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Que Miek soit dans mon camp, cela ne faisait pour moi aucun doute depuis nos escapades au temps des Provos. Mais c\u2019est plus tard qu\u2019elle m\u2019a racont\u00e9 le jour o\u00f9 elle s\u2019y \u00e9tait ralli\u00e9e &#8211; une tr\u00e8s belle histoire, vous allez voir, \u00e0 raconter aux petits enfants pour les faire s\u2019endormir, presqu\u2019un conte de f\u00e9es.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se passe \u00e0 Rotterdam \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente. Miek a alors onze ans. Elle a pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi chez l\u2019une de ses amies. Et dans cette maison, l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait sombre. On lui a expliqu\u00e9 pourquoi.<\/p>\n<p>Et donc le soir, au repas familial, dans ces familles o\u00f9 on a la chance que ce puisse \u00eatre le cas, les parents demandent aux enfants ce qu\u2019ils ont fait durant la journ\u00e9e. Et l\u00e0, Miek, la voix tremblante d\u2019indignation, explique \u00e0 ses parents qu\u2019ils ignorent sans doute ce qui se trame en ville o\u00f9 les dockers sont en gr\u00e8ve parce que les Barons du Port les traitent en esclaves, et que la tristesse r\u00e8gne dans les familles o\u00f9 les enfants ont faim.<\/p>\n<p>Et ayant termin\u00e9 son r\u00e9cit, que seul un grand silence a accueilli, elle s\u2019\u00e9crie : \u00ab\u00a0Mais, c\u2019est qui donc, ces Barons du Port ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et son p\u00e8re, mon grand-oncle Martinus, la fixant dans les yeux, lui r\u00e9pond : \u00ab\u00a0C\u2019est moi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un Tintoret ornait l\u2019un des murs de la salle \u00e0 manger o\u00f9 s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e la sc\u00e8ne ; si Miek avait \u00e9t\u00e9 plus \u00e2g\u00e9e, elle aurait pu y lire un indice.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Par la suite, ma tante a vraiment bien tourn\u00e9\u00a0: elle a quitt\u00e9 mon oncle, l\u2019ennemi du Peuple chinois, pour son amour de jeunesse, un yachtman faisant le une des journaux, et on s\u2019est mis \u00e0 voir sa photo d\u2019anarchiste dans <i>Libelle<\/i>, le <i>Paris Match<\/i> de par l\u00e0-bas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/06\/30\/chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh\/castiglione\/\" rel=\"attachment wp-att-96661\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96661\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Castiglione.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>J&rsquo;ai racont\u00e9 il y a quelques mois <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2020\/10\/16\/ceux-qui-affament-les-petits-enfants\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une anecdote familiale<\/a> que je tenais de ma tante Anna-Maria van der Sluis. 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