{"id":129123,"date":"2021-08-11T09:56:13","date_gmt":"2021-08-11T07:56:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=129123"},"modified":"2025-09-16T09:41:26","modified_gmt":"2025-09-16T07:41:26","slug":"veille-effondrement-12-discours-de-jules-roman-a-ses-semblables-in-larchipel-du-petit-jesu-de-regis-pasquet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2021\/08\/11\/veille-effondrement-12-discours-de-jules-roman-a-ses-semblables-in-larchipel-du-petit-jesu-de-regis-pasquet\/","title":{"rendered":"Veille effondrement #12 &#8211; <b>Discours de Jules Romain \u00e0 ses semblables in \u00ab L\u2019Archipel du petit J\u00e9su(-) \u00bb de R\u00e9gis Pasquet<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-128470\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/GIEC-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>\u00ab Je veux m\u2019adresser a\u0300 mes semblables, cupides, pre\u0301dateurs, barbares, vandales, nuisibles, ne\u0301vrose\u0301s, malfaisants repus de la chair symbolique du Monde de\u0301re\u0301gle\u0301, candidats a\u0300 une mort ine\u0301luctable et proprie\u0301taires putatifs de deux me\u0300tres carre\u0301s de la terre d\u2019un cimetie\u0300re crame\u0301 par le soleil. Je veux m\u2019adresser a\u0300 mes s\u0153urs, a\u0300 mes fre\u0300res qui conchient et compissent, suivant des us jamais questionne\u0301s, l\u2019humaine espe\u0300ce, d\u2019une sotte et ancestrale opinion. Je veux m\u2019adresser a\u0300 celles et ceux, mes conge\u0301ne\u0300res, que les mots progre\u0300s, croissance, richesse, modernite\u0301, performance, productivite\u0301, concurrence, libe\u0301ralisme, capitalisme, publicite\u0301, re\u0301forme et corruption enivrent et poussent a\u0300 la turgescence. Je veux m\u2019adresser a\u0300 ces individus et couples e\u0301clos &#8211; comme aux premiers matins du monde &#8211; dans l\u2019indiffe\u0301rence, croissant et multipliant sans le moindre calcul. <!--more-->Aux fils et filles des hommes, travailleurs, artisans, ouvriers, man\u0153uvres, financiers, the\u0301rapeutes, soldats, producteurs et ne\u0301gociants de viande faisande\u0301e, de bie\u0300re, de vins, de baies qui saignent dans la bouche, de drupes rouges et noires, de gramine\u0301es blondes et de feuilles le\u0301ge\u0300res cache-sexe, de houille noire et blanche, techniciens en cosme\u0301tiques fameux et onguents de\u0301licats, cre\u0301ateurs de pendules inoxydables sur buffets bas bretons, de roues par deux ou par quatre, fournisseurs de dentelles ajoure\u0301es et de brocarts chamarre\u0301s, de cochenilles colorantes, de musc, d\u2019encens, d\u2019ambre, fac\u0327onniers de chaudie\u0300res e\u0301tame\u0301es, inge\u0301nieurs de turbines mirifiques, de centrales accablantes, de fume\u0301es lourdes, de fume\u0301es sales, de fume\u0301es vertes, d\u2019eaux fe\u0301tides, d\u2019eaux pourries, d\u2019eaux corrompues, de tas de merdes, de blocs de merdes, a\u0300 tous ces hommes s\u2019honorant de leurs productions et se fe\u0301licitant du discernement de leurs pe\u0300res qui ont su transmettre, avant qu\u2019il ne soit trop tard, a\u0300 leur descendance des he\u0301ritages patiemment et sauvagement accumule\u0301s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ami, camarade, ma s\u0153ur, mon fre\u0300re, re\u0301veille-toi ! Tu appelles lumie\u0300re, la fente par laquelle filtre l\u2019insuffisance de ceux qui estiment qu\u2019il convient de penser ainsi qu\u2019on a toujours pense\u0301. Tu nous pre\u0301sentes comme neuves les repre\u0301sentations du monde re\u0302ve\u0301es depuis des millions d\u2019anne\u0301es par les amibes primitives. Mais tu es rance, mon fre\u0300re, rance ma s\u0153ur. Rance vous e\u0302tes et vos ide\u0301es ont toujours e\u0301pouvantablement pue\u0301 la pourriture. Ce n\u2019est pas le jour charge\u0301 des promesses de l\u2019avenir que tu entrevois, mais le reflet du passe\u0301 sur de vieilles lunes auste\u0300res. Tu appelles progre\u0300s, l\u2019e\u0301puisement de la Nature et de l\u2019espe\u0300ce des hommes, les gisements d&rsquo;immondices, la corruption de l\u2019eau, la puanteur qui se re\u0301pand sur la Terre, la disparition des crapauds buffles et des avocettes. Ce n\u2019est pas le mieux- e\u0302tre pour tous auquel tu pre\u0301tends mais a\u0300 une fuite en avant pour produire, produire, produire et combler la vacance de ton c\u0153ur. Qu\u2019est-ce que la concurrence que tu espe\u0300res sinon le pouvoir absolu des ploutocrates et de leurs sectateurs oligarques. Au nom de quelle sublime pense\u0301e ? Au seul nom du me\u0301rite. Le me\u0301rite, notion perverse qui ne vous sert a\u0300 toi et a\u0300 tes semblables qu\u2019a\u0300 dissimuler l\u2019unique objet qui vous obse\u0300de et vous tient debout : la loi du plus fort. Qui ne me\u0301rite sur cette plane\u0300te ? Qui ne me\u0301rite de vivre de la simple raison qu\u2019il ait e\u0301te\u0301, un jour, mis au monde ? Tu nommes, abusivement, de\u0301mocratie, l\u2019organisation des hommes autour du Marche\u0301. Ce n\u2019est pas la parole pour tous a\u0300 laquelle tu aspires mais a\u0300 l\u2019asservissement des citoyens par une consommation sce\u0301le\u0301rate et morbide.\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De\u0300s demain, mes camarades, mes s\u0153urs et fre\u0300res, il importe que nous soyons en e\u0301veil. De\u0300s demain, chacun de nous existera parce qu\u2019on le regardera, parce qu\u2019on ira a\u0300 sa rencontre. Nous existerons. Notre plane\u0300te ? Parlons-en enfin ! Il semble que ce soit une petite boule, toute menue dans un univers sombre et froid. D\u2019acier. C\u2019est de la poe\u0301sie. On n\u2019entend rien, sinon, peut-e\u0302tre, dans le cosmos des chants allonge\u0301s comme des chants de sire\u0300nes, que nulle voix ne module. Musique de ciel glissant entre les e\u0301toiles. Une boule bleue. Bleue comme une orange. Orange. Jaune. Verte comme un cul de bouteille au frais dans un ruisseau qui bruisse. Quel ruisseau ? On s\u2019en fout. Il chante et chuinte. Il ronronne et dort parfois le long des berges ou\u0300 ma\u0302chonnent des demoiselles. Quelles demoiselles ? Combien de pattes, combien d\u2019ailes, combien de facettes dans leurs gros yeux ? On n\u2019en sait fichtrement rien et on a bien raison d\u2019en ricaner. Le ruisseau compose a\u0300 ses moments perdus des e\u0301clats cristallins et les hommes l\u2019accompagnent avec des clochettes de fleurs pendues a\u0300 leurs oreilles. C\u2019est de la poe\u0301sie. Il y a des matins frais et roses qui sentent toutes les odeurs des coquillages bivalves palpitant dans des criques sauma\u0302tres. Toutes les odeurs du foin des gramine\u0301es que l\u2019on fauche au de\u0301but de l\u2019e\u0301te\u0301. Toutes les odeurs des arbustes incendie\u0301s au soleil de juillet, d\u2019aou\u0302t et de septembre. Toutes les odeurs des fleurs qui la\u0302chent, dans le vent qui re\u0302ve, des game\u0300tes insolites. Toutes les odeurs de la plume d\u2019oiseau qui balance dans l\u2019air, et descend en dansant des guirlandes. Toutes les odeurs de sapins qui frissonnent dans la fore\u0302t gerce\u0301e. Toutes les odeurs des poitrails e\u0301cumants des chevaux isabelle. Toutes les odeurs des amours de belettes que le soleil de\u0301range. Mais, on sent aussi les odeurs de la craie dans des classes abandonne\u0301es. Et les odeurs du civet de lie\u0300vre bruni du vin de Bergerac. Et les odeurs des gaz de combustion d\u2019une roche liquide. Et les odeurs des filles qui gloussent sur des plages bises. Et les odeurs du cuir dans l\u2019e\u0301choppe du cordonnier. Il y a des cordonniers puisque tous marchent et usent des godasses a\u0300 sauter a\u0300 la marelle sur des routes goudronne\u0301es. Terre et ciel. Il y a une terre et qu\u2019importe le ciel. Un ciel qui plisse en gris les soirs de mauvais temps. Quand c\u0327a pe\u0300te et e\u0301claire comme l\u2019enfer. Il n\u2019y a pas d\u2019enfer. Ni me\u0302me de paradis. Seulement des matins et des soirs. C\u2019est de la poe\u0301sie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La plane\u0300te est toute menue dans un univers sombre et glace\u0301 mais quelle importance cela peut- il avoir, puisque nous n\u2019irons plus jamais dans l\u2019espace ? On n\u2019entend rien, sinon, peut-e\u0302tre, dans le cosmos des ponctuations ane\u0301anties de satellites de\u0301sempare\u0301s. Des chants informatiques pleurant d\u2019e\u0301ternels et tragiques me\u0301gaoctets. Musique de ciel rouillant entre les e\u0301toiles. C\u2019est de la poe\u0301sie. Personne ne dort, chacun vit. L\u2019air que l\u2019on y respire est compose\u0301 d\u2019un peu d\u2019oxyge\u0300ne, de beaucoup d\u2019azote, de dioxyde de carbone et de me\u0301thane en constante diminution, et de quelques gaz rares aussi. Les poumons des nouveaux-ne\u0301s gou\u0302tent, a\u0300 pre\u0301sent, ce me\u0301lange respirable. Agre\u0301able me\u0302me, le matin. Le matin, surtout. Car il y a des matins puisqu\u2019il y a un soleil. C\u2019est de la poe\u0301sie. Des matins frais et blancs couvrant, en abondance, de jupons entrouverts les pommiers fleuris de certains bocages ou\u0300 l\u2019on ne s\u2019affaire plus que pour aimer. Des matins bleus qui sentent la re\u0301glisse fauve des buissons roux et grille\u0301s que l\u2019on frotte d\u2019une main experte avant de la renifler en fermant les yeux. Des licols de cuir ra\u0302pe\u0301 trai\u0302nent dans des e\u0301curies ou\u0300 filent des e\u0301peires jaunes et noires au cul qui se ha\u0302te. Des chevaux libres en juin comme en de\u0301cembre mastiquent des pompons gras en accordant la ra\u0302pe de leurs incisives a\u0300 la paille du vent. C\u2019est de la musique. De\u0301sormais, partout sur la plane\u0300te, on che\u0301rit les novembre ou les fe\u0301vrier car on n\u2019ignore pas &#8211; et l\u2019on de\u0301sire ne pas oublier \u2013 que plus loin, ils semblent pareils a\u0300 mai ou a\u0300 juillet et la\u0300-bas, aux antipodes contradictoires, des hommes les regardent comme un bel aou\u0302t qui passe en re\u0302vant. La plane\u0300te est une et divisible. Elle plai\u0302t dans sa diversite\u0301 et dans les multitudes des songes et des illusions qui la composent. Les fleurs se logent de nouveau dans toutes les excavations et laissent aller au vent qui s\u2019en re\u0301jouit, des germes de la diversite\u0301, revenus de l\u2019enfer. On respire. L\u2019odeur de la figue rosette qui e\u0301clate par terre. L\u2019odeur du chat entier qui frissonne sur un coussin de plumes. L\u2019odeur des e\u0301tangs de\u0301gele\u0301s au printemps de l\u2019Europe. Toutes ces odeurs disparues derrie\u0300re les e\u0301crans crasseux des fume\u0301es, attrapent, avec bonheur, toutes les narines qui leur veulent du bien. C\u2019est de la poe\u0301sie. Dore\u0301navant, l\u2019on sent les odeurs de craie vert clair dans les classes enchante\u0301es. L\u2019odeur de la soupe de le\u0301gumes qu\u2019on ache\u0300ve au vin rouge. L\u2019odeur du jardin que l\u2019on fend et parse\u0300me de grains. Les odeurs des jeunes filles et des femmes que les gars aiment comme des fous dans des chais, des paillers et des buanderies. Les odeurs du cuir dans l\u2019e\u0301choppe du cordonnier. Il y a toujours des cordonniers puisque tous ont de\u0301cide\u0301 de marcher toujours et de ne s\u2019arre\u0302ter jamais. Tous ont de\u0301cide\u0301 d\u2019errer partout ou\u0300 l\u2019on pouvait vagabonder. Toi et moi. Vous et nous. Nomades. On marche et on use des godasses a\u0300 sauter a\u0300 pieds joints, a\u0300 cloche pied sur des chemins de traverse, a\u0300 franchir des frontie\u0300res couvertes d\u2019herbes. folles et a\u0300 escalader des murs de pierres nobles qui sentent le passe\u0301 et le destin. Personne ne dort et chacun pense. La plane\u0300te est une terre et aussi un ciel. On distingue bien un ciel mais cela suffit-il pour pre\u0301tendre qu\u2019il existe ? Nous profiterons des jours &#8211; derniers beaux jours &#8211; qui nous restent a\u0300 user de notre curiosite\u0301 pour percer les myste\u0300res de la foi, de la dialectique et de la critique de la raison pure. Ou bien si l\u2019on pre\u0301fe\u0300re a\u0300 siroter de la poe\u0301sie. Aux abords de la plane\u0300te, tre\u0300s loin, bien qu\u2019il s\u2019en rapproche inexorablement, on ne manquera pas de de\u0301couvrir un soleil jaune et rouge et orange. Et vert parfois et bleu aussi. Une terre, un ciel et un soleil. Du carbone, de l\u2019eau et de la lumie\u0300re. N\u2019est-ce pas suffisant ? Il n\u2019y a toujours pas d\u2019enfer. Ni me\u0302me de paradis. Seulement des matins et des soirs et la vie qui s\u2019invite chaque jour a\u0300 revenir jusqu\u2019a\u0300 l\u2019ultime ou\u0300 sous une ombre frai\u0302che, une falaise vive, un rideau de che\u0300vrefeuille et de cornouiller, on attend de passer en laissant derrie\u0300re soi les impressions de quelques paroles poe\u0301tiques et cette petite musique caracte\u0301ristique qu\u2019on faisait en vivant. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-128470\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/GIEC-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>\u00ab Je veux m\u2019adresser a\u0300 mes semblables, cupides, pre\u0301dateurs, barbares, vandales, nuisibles, ne\u0301vrose\u0301s, malfaisants repus de la chair symbolique du Monde de\u0301re\u0301gle\u0301, candidats a\u0300 une mort ine\u0301luctable et proprie\u0301taires putatifs de deux me\u0300tres carre\u0301s de la terre d\u2019un cimetie\u0300re crame\u0301 par le soleil. 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