{"id":12917,"date":"2010-06-14T11:01:05","date_gmt":"2010-06-14T09:01:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=12917"},"modified":"2013-01-02T18:00:36","modified_gmt":"2013-01-02T17:00:36","slug":"bfm-radio-le-lundi-13-juin-a-10h46-peut-il-y-avoir-trop-de-propriete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/06\/14\/bfm-radio-le-lundi-13-juin-a-10h46-peut-il-y-avoir-trop-de-propriete\/","title":{"rendered":"BFM Radio, le lundi 14 juin \u00e0 10h46 \u2013 Peut-il y avoir trop de propri\u00e9t\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Je reviens sur un th\u00e8me que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 bri\u00e8vement \u00e9voqu\u00e9 dans le billet <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=11019\"> \u00ab\u00a0Le <em>citoyen<\/em> et le <em>bourgeois<\/em>\u00ab\u00a0<\/a>, et que je d\u00e9velopperai bien davantage encore dans une communication que je ferai cet \u00e9t\u00e9 (le 9 ao\u00fbt) au <a href=\"http:\/\/www.lamaisondubanquet.moonfruit.fr\/#\/prog-chaque-un\/3148128\">Banquet de Lagrasse<\/a> : \u00ab Hegel : le citoyen et le bourgeois qui se logent en nous ne parlent pas d\u2019une seule voix \u00bb.<\/p>\n<p><object width=\"480\" height=\"360\"><param name=\"movie\" value=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/swf\/video\/xdpxyf\"\/><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\"\/><param name=\"allowScriptAccess\" value=\"always\"\/><embed type=\"application\/x-shockwave-flash\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/swf\/video\/xdpxyf\" width=\"480\" height=\"360\" allowfullscreen=\"true\" allowscriptaccess=\"always\"\/><\/object><\/p>\n<p><strong>Peut-il y avoir trop de propri\u00e9t\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019existait pour Georg Wilhelm Friedrich Hegel, le philosophe allemand de la fin du XVIIIe et du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, que tr\u00e8s peu de sujets sur lesquels il n\u2019avait une opinion ferme et d\u00e9finitive. Or il existait une question dont il ignorait la r\u00e9ponse, et il\u00a0le reconnut volontiers\u00a0: comment \u00e9liminer la pauvret\u00e9 de nos soci\u00e9t\u00e9s\u00a0? Il \u00e9crivait dans sa <em>Philosophie du Droit <\/em>(\u00a7 245)\u00a0: \u00ab\u00a0Si on imposait \u00e0 la classe riche la charge directe d\u2019entretenir la masse r\u00e9duite \u00e0 la mis\u00e8re\u2026 la subsistance des mis\u00e9rables serait assur\u00e9e sans \u00eatre procur\u00e9e par le travail, ce qui serait contraire au principe de la soci\u00e9t\u00e9 civile et au sentiment individuel de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019honneur. Si au contraire leur vie \u00e9tait assur\u00e9e par le travail (dont on leur procurerait l\u2019occasion), la quantit\u00e9 des produits augmenterait, exc\u00e8s, qui avec le d\u00e9faut des consommateurs correspondants qui seraient eux-m\u00eames des producteurs, constitue pr\u00e9cis\u00e9ment le mal et il ne ferait que s\u2019accro\u00eetre doublement. Il appara\u00eet ici que malgr\u00e9 son exc\u00e8s de richesse, la soci\u00e9t\u00e9 civile n\u2019est pas assez riche, c\u2019est-\u00e0-dire que dans sa richesse elle ne\u00a0 poss\u00e8de pas assez de biens pour payer tribut \u00e0 l\u2019exc\u00e8s de mis\u00e8re et \u00e0 la pl\u00e8be qu\u2019elle engendre\u00a0\u00bb\u00a0(1). La question de la pauvret\u00e9 \u00e9tait pour Hegel, insoluble dans le cadre de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Il l\u2019\u00e9voqua dans d\u2019autres contextes, comme r\u00e9sultant d\u2019une contradiction entre le <em>droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9<\/em> et l\u2019<em>\u00e9thique<\/em>, la morale dans sa dimension collective et sociale. Une autre mani\u00e8re encore de formuler la m\u00eame difficult\u00e9, c\u2019est de souligner les exigences contradictoires du <em>citoyen<\/em> et du <em>bourgeois<\/em> qui cohabitent en nous\u00a0: le <em>citoyen<\/em> aspire \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous alors que le <em>bourgeois<\/em> insiste sur son droit \u00e0 accumuler autant de richesse qu\u2019il le jugera bon.<\/p>\n<p>Cette contradiction fut centrale aux r\u00e9volutions \u00ab\u00a0bourgeoises\u00a0\u00bb de la fin du XVIIIe et du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Durant la R\u00e9volution fran\u00e7aise, Robespierre avait propos\u00e9 une solution politique \u00e0 la question\u00a0: distinguer le n\u00e9cessaire du superflu. Dans son discours sur \u00ab\u00a0Les subsistances\u00a0\u00bb (1792), il posait la question\u00a0: \u00ab\u00a0Quel est le premier objet de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb, et il r\u00e9pondait\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est de maintenir les droits imprescriptibles de l\u2019homme. Quel est le premier de ces droits\u00a0? Celui d\u2019exister. La premi\u00e8re loi sociale est donc celle qui garantit \u00e0 tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 les moyens d\u2019exister\u00a0; toutes les autres sont subordonn\u00e9es \u00e0 celle-l\u00e0\u00a0; la propri\u00e9t\u00e9 n\u2019a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e ou garantie que pour la cimenter\u00a0; c\u2019est pour vivre d\u2019abord que l\u2019on a des propri\u00e9t\u00e9s. Il n\u2019est pas vrai que la propri\u00e9t\u00e9 puisse jamais \u00eatre en opposition avec la subsistance des hommes. Les aliments n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019homme sont aussi sacr\u00e9s que la vie elle-m\u00eame. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propri\u00e9t\u00e9 commune \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. Il n\u2019y a que l\u2019exc\u00e9dent qui soit une propri\u00e9t\u00e9 individuelle et qui soit abandonn\u00e9e \u00e0 l\u2019industrie des commer\u00e7ants. [\u2026] quel est le probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre en mati\u00e8re de l\u00e9gislation sur les subsistances\u00a0? Le voici\u00a0: assurer \u00e0 tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 la jouissance de la portion des fruits de la terre qui est n\u00e9cessaire \u00e0 leur existence, aux propri\u00e9taires ou aux cultivateurs le prix de leur industrie et livrer le superflu \u00e0 la libert\u00e9 du commerce. Je d\u00e9fie le plus scrupuleux d\u00e9fenseur de la propri\u00e9t\u00e9 de contester ces principes, \u00e0 moins de d\u00e9clarer ouvertement qu\u2019il entend par ce mot le droit de d\u00e9pouiller et d\u2019assassiner ses semblables\u00a0\u00bb (2).<\/p>\n<p>Alors, comment rapprocher les points de vue du <em>citoyen<\/em> et du <em>bourgeois<\/em> que nous sommes \u00e0 la fois\u00a0? La r\u00e9ponse, c\u2019est John Maynard Keynes, qui nous l\u2019a offerte. Il \u00e9crivait en 1930\u00a0: \u00ab\u00a0Il est vrai que les besoins des \u00eatres humains semblent insatiables. Mais ils appartiennent \u00e0 deux cat\u00e9gories\u00a0: il y a d\u2019abord les besoins qui sont absolus au sens o\u00f9 nous les ressentons quelle que soit la situation dans laquelle nous sommes, et il y a ensuite ceux qui sont relatifs, au sens o\u00f9 nous les \u00e9prouvons seulement si leur satisfaction nous \u00e9l\u00e8ve par-dessus, nous fait sentir sup\u00e9rieurs \u00e0 nos concitoyens\u00a0\u00bb (3). Les besoins du premier type font de nous des <em>citoyens<\/em>, ceux du second type, des <em>bourgeois<\/em>. Pour r\u00e9concilier ces deux points de vue \u2013 au cas o\u00f9 la solution politique de Robespierre ne nous conviendrait pas \u2013 il faudra malheureusement attendre que notre esp\u00e8ce \u00e9merge des gamineries du genre : \u00ab\u00a0C\u2019est la mienne la plus grande\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>==========<\/p>\n<p>(1) Traduction de Jean Hyppolite dans <em>Introduction \u00e0 la philosophie de l\u2019histoire de Hegel<\/em>, Paris\u00a0: Marcel Rivi\u00e8re et Cie, 1948\u00a0: 92.<\/p>\n<p>(2) Maximilien Robespierre, \u00ab\u00a0Les subsistances\u00a0\u00bb (1792), in <em>Robespierre\u00a0: entre vertu et terreur<\/em>, Slavoj Zizek pr\u00e9sente les plus beaux discours de Robespierre, Paris\u00a0: Stock 2007\u00a0: 144\u2013145.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>(3) John Maynard Keynes, \u00ab\u00a0Economic Possibilities for our Grandchildren\u00a0\u00bb (1930), in <em>Essays in Persuasion<\/em>, Collected Writings Volume IX, Cambridge: Macmillan \/ Cambridge University Press for the Royal Economic Society, [1931] 1972\u00a0: 326.<\/p>\n<blockquote><p><strong>(*) Un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb est libre de reproduction en tout ou en partie \u00e0 condition que le pr\u00e9sent alin\u00e9a soit reproduit \u00e0 sa suite. Paul Jorion est un \u00ab journaliste presslib\u2019 \u00bb qui vit exclusivement de ses droits d\u2019auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d\u2019\u00e9crire comme il le fait aujourd\u2019hui tant que vous l\u2019y aiderez. 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