{"id":1323,"date":"2008-12-23T22:15:32","date_gmt":"2008-12-23T21:15:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=1323"},"modified":"2008-12-23T22:15:32","modified_gmt":"2008-12-23T21:15:32","slug":"les-epees-decembre-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/12\/23\/les-epees-decembre-2008\/","title":{"rendered":"Les \u00c9p\u00e9es, d\u00e9cembre 2008"},"content":{"rendered":"<p><strong>La crise s\u2019installe. Entretien avec Paul Jorion <\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019opposition entre \u00ab capitalisme du l\u2019entrepreneur \u00bb et \u00ab capitalisme du sp\u00e9culateur \u00bb formul\u00e9e r\u00e9cemment par Nicolas Sarkozy explique-t-elle la crise que nous vivons ? <\/strong><\/p>\n<p>Oui, ce n&rsquo;est pas une mauvaise mani\u00e8re de caract\u00e9riser la crise actuelle. Le parasitisme de la sp\u00e9culation sur le syst\u00e8me \u00e9conomique n&rsquo;\u00e9puisait pas jusqu&rsquo;ici la b\u00eate au point de risquer de la faire mourir. Le pouvoir de nuisance de la sp\u00e9culation a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement d\u00e9multipli\u00e9 au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es par l&rsquo;informatisation et la complexification de la finance. Les banques centrales en prenant parti de fait pour les investisseurs &#8211; dont certains sont de purs sp\u00e9culateurs &#8211; ont oblig\u00e9 les salari\u00e9s \u00e0 se tourner toujours davantage vers le cr\u00e9dit \u00e0 la consommation pour compenser la baisse tendancielle des salaires. Or, contrairement au cr\u00e9dit productif o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats sont vers\u00e9s en ponctionnant le surplus cr\u00e9\u00e9 par les avances, dans le cr\u00e9dit \u00e0 la consommation, les int\u00e9r\u00eats sont ponctionn\u00e9s sur les salaires, faisant de ce secteur financier un secteur extr\u00eamement sensible \u00e0 la conjoncture \u00e9conomique globale.  <\/p>\n<p><strong>La conjonction entre crise financi\u00e8re, crise immobili\u00e8re et crise industrielle est-elle in\u00e9vitable aujourd\u2019hui ? Constitue-t-elle un ph\u00e9nom\u00e8ne in\u00e9dit ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, c&rsquo;est une configuration nouvelle. Ceci dit, les crises ne se ressemblent pas : elles sont toujours in\u00e9dites. La notion de \u00ab cycle \u00bb a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e pour nous faire croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais lieu de s&rsquo;inqui\u00e9ter : quand une crise est l\u00e0, c&rsquo;est que le bout du tunnel n&rsquo;est pas bien loin. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une vision l\u00e9nifiante mais aussi extr\u00eamement dangereuse puisqu&rsquo;elle nous conduit \u00e0 penser que les crises se r\u00e9solvent n\u00e9cessairement. En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 chaque crise, c&rsquo;est la panoplie enti\u00e8re de nos moyens qui est mobilis\u00e9e. La confusion que l&rsquo;on observe dans la mani\u00e8re dont les autorit\u00e9s r\u00e9pondent \u00e0 la crise actuelle, et que leurs t\u00e2tonnements trahissent, r\u00e9v\u00e8le leur totale impr\u00e9paration. <\/p>\n<p><strong>Pourquoi les m\u00e9canismes de titrisation ont-ils provoqu\u00e9 une multiplication des risques et non, comme les experts l\u2019avaient longtemps pens\u00e9, une division et une mutualisation de ces risques ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a plusieurs aspects. D&rsquo;abord si la titrisation permet en principe la dispersion du risque, rien n&#8217;emp\u00eache certains intervenants de concentrer les titres \u00e9mis entre leurs mains. Ensuite, si l&rsquo;id\u00e9e peut sembler excellente a priori de multiplier le nombre des assureurs, ils peuvent finir par constituer une poussi\u00e8re d&rsquo;agents dont le volant financier est beaucoup trop faible pour leur permettre d&rsquo;exercer cette fonction sur le long terme. Enfin, le principe de l&rsquo;\u00e9parpillement du risque ne vaut que si les sinistres (ici la d\u00e9faillance des emprunteurs) sont distribu\u00e9s dans le temps de mani\u00e8re al\u00e9atoire. Lorsqu&rsquo;on a au contraire affaire \u00e0 un processus o\u00f9 une p\u00e9riode o\u00f9 les sinistres sont tr\u00e8s concentr\u00e9s succ\u00e8de \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 ils \u00e9taient quasiment absents, le syst\u00e8me s&rsquo;effondre de la mani\u00e8re que l&rsquo;on a observ\u00e9e. C&rsquo;est un d\u00e9faut r\u00e9dhibitoire de la titrisation : elle g\u00e9n\u00e8re des produits qui sont tr\u00e8s rentables quand tout va bien mais qui ne valent plus rien d\u00e8s que la situation se d\u00e9t\u00e9riore.<\/p>\n<p><strong>Les r\u00e8gles comptables internationales ont-elles contribu\u00e9 \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la crise financi\u00e8re ? Peuvent-elles \u00eatre modifi\u00e9es \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance et selon quels principes nouveaux ?<\/strong><\/p>\n<p>Les r\u00e8gles comptables comportent toujours une part de pari sur l&rsquo;avenir &#8211; c&rsquo;est in\u00e9vitable. Quand les choses vont bien, le bilan p\u00e9riodique peut offrir un portrait fid\u00e8le de la sant\u00e9 d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 mais aussit\u00f4t que les choses vont mal, l&rsquo;\u00e9cart se creuse entre ce qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu et ce qui se passe effectivement. On r\u00e9tribue donc actionnaires et dirigeants d&rsquo;entreprises \u00e0 l&rsquo;avance : sur des gains d\u00e9j\u00e0 comptabilis\u00e9s mais non encore r\u00e9alis\u00e9s. Si les \u00e9v\u00e9nements prennent un tour impr\u00e9vu, la situation tourne imm\u00e9diatement \u00e0 la catastrophe. Les r\u00e8gles comptables peuvent \u00eatre modifi\u00e9es en peu de temps. Il faut qu&rsquo;elles le soient en mettant davantage l&rsquo;accent sur le pr\u00e9sent, selon le principe \u00ab\u00a0un tiens vaut mieux que deux tu l&rsquo;auras\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Vous pr\u00e9conisez un encadrement juridique de la finance. Quelle(s) instance(s) et suivant quels principes cela pourrait-il \u00eatre fait ?<\/strong><\/p>\n<p>Je propose une constitution pour l&rsquo;\u00e9conomie sur le mod\u00e8le d&rsquo;une D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen. Un corps organis\u00e9 de principes auquel l&rsquo;ensemble des nations accepterait de souscrire. L&rsquo;\u00e9limination des pratiques sp\u00e9culatives doit en constituer le c\u0153ur. Ceci contribuerait \u00e0 r\u00e9duire drastiquement les pr\u00e9l\u00e8vements que la finance op\u00e8re sur l&rsquo;\u00e9conomie et serait tr\u00e8s positif en soi. Un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel d&rsquo;une constitution pour l&rsquo;\u00e9conomie serait une red\u00e9finition de la redistribution du surplus entre investisseurs, dirigeants d&rsquo;entreprises et salari\u00e9s qui ne force plus ces derniers \u00e0 un combat permanent pour en obtenir une part d\u00e9cente. Ceci obligerait les banques centrales \u00e0 revoir leur r\u00f4le et \u00e0 rejeter les conceptions mythiques de la monnaie v\u00e9hicul\u00e9es par le \u00ab\u00a0mon\u00e9tarisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;action des Etats pourra-t-elle se prolonger au-del\u00e0 des plans de sauvetage r\u00e9cemment pr\u00e9sent\u00e9s et aboutir \u00e0 une nouvelle architecture financi\u00e8re internationale ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui mais les solutions de rechange manquent : la fin du communisme semblait signaler le triomphe du capitalisme \u00ab\u00a0pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles\u00a0\u00bb, et \u00e0 part des poches isol\u00e9es comme Cuba et le r\u00e9cent groupe \u00ab\u00a0bolivarien\u00a0\u00bb V\u00e9n\u00e9zu\u00e9la, Salvador, Equateur et Bolivie, et la <i> d\u00e9croissance<\/i>, la r\u00e9flexion sur des alternatives au syst\u00e8me capitaliste s&rsquo;est pratiquement \u00e9vanouie. L&rsquo;effondrement actuel du capitalisme est intervenu soudainement, dans un \u00ab\u00a0ciel sans nuages\u00a0\u00bb et provoque la stup\u00e9faction. La science \u00e9conomique qui aurait pu constituer une r\u00e9serve d&rsquo;id\u00e9es neuves a failli \u00e0 son devoir en concentrant son attention sur des questions de d\u00e9tail ne se posant que dans un contexte o\u00f9 rien ne va jamais mal.    <\/p>\n<p><strong>Quel r\u00f4le pour les pays disposant de r\u00e9serves de change abondantes (grands pays \u00e9mergents, pays producteurs de p\u00e9trole\u2026) ? Peuvent-ils profiter de la crise pour prendre le contr\u00f4le d\u2019entreprises europ\u00e9ennes ou am\u00e9ricaines sous-\u00e9valu\u00e9es ? Vont-ils au contraire consacrer leurs exc\u00e9dents de ressources \u00e0 soutenir leur propre d\u00e9veloppement \u00e9conomique ?<\/strong><\/p>\n<p>Le prix du p\u00e9trole sur lequel repose la puissance de certains de ces pays est soumis \u00e0 deux types de forces : les fluctuations dues \u00e0 l&rsquo;offre et la demande, et la sp\u00e9culation qui accentue la volatilit\u00e9 de ce prix dans le sens que l&rsquo;offre et la demande d\u00e9termine. Quand la situation \u00e9conomique globale se d\u00e9t\u00e9riore, les b\u00e9n\u00e9fices des pays p\u00e9troliers baissent et la puissance de ces pays se r\u00e9duit dans le m\u00eame degr\u00e9. La Chine constitue un cas particulier \u00e9tant donn\u00e9 le r\u00f4le pr\u00e9dominant que joue encore le capitalisme d&rsquo;\u00e9tat dans son syst\u00e8me \u00e9conomique et financier, c&rsquo;est ce qui lui permet de r\u00e9agir au quart de tour \u00e0 des changements de la conjoncture. Ceci dit, quel que soit le volume de leurs r\u00e9serves de change, il ne sera jamais rentable pour ces pays d&rsquo;investir leurs fonds dans des entreprises dont il serait devenu \u00e9vident qu&rsquo;elles sont insolvables.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong>La crise s\u2019installe. Entretien avec Paul Jorion <\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019opposition entre \u00ab capitalisme du l\u2019entrepreneur \u00bb et \u00ab capitalisme du sp\u00e9culateur \u00bb formul\u00e9e r\u00e9cemment par Nicolas Sarkozy explique-t-elle la crise que nous vivons ? <\/strong><\/p>\n<p>Oui, ce n&rsquo;est pas une mauvaise mani\u00e8re de caract\u00e9riser la crise actuelle. 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