{"id":134106,"date":"2022-10-02T17:34:11","date_gmt":"2022-10-02T15:34:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=134106"},"modified":"2022-10-02T17:34:11","modified_gmt":"2022-10-02T15:34:11","slug":"le-transfert-en-psychanalyse-le-18-septembre-2022-retranscription","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2022\/10\/02\/le-transfert-en-psychanalyse-le-18-septembre-2022-retranscription\/","title":{"rendered":"<b>Le transfert en psychanalyse, le 18 septembre 2022<\/b> &#8211; Retranscription"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-125253\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-298x300.png 298w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund.png 319w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><em><b><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2022\/09\/18\/video-le-transfert-en-psychanalyse-le-18-septembre-2022\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le transfert en psychanalyse, le 18 septembre 2022<\/a><\/b> &#8211; Retranscription<\/em><\/p>\n<p class=\"p1\">Bonjour, nous sommes le dimanche 18 septembre 2022 et l\u00e0, je vais parler du transfert en psychanalyse. [\u2026]<\/p>\n<p class=\"p1\">Je vais vous dire quelques mots l\u00e0-dessus parce que, en fait, la question du transfert en psychanalyse est tout \u00e0 fait essentielle, non pas parce que ce qui se passe dans la t\u00eate de l\u2019analysant ou de l\u2019analysante qui d\u00e9borderait du cadre \u00e0 proprement parler du cadre d\u2019un traitement th\u00e9rapeutique de type analytique soit \u00e0 ce point important mais parce que la relation amoureuse \u00e9ventuelle qui peut appara\u00eetre du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019analysant ou de l\u2019analysante et qu\u2019on appelle alors transfert ou alors carr\u00e9ment du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019analyste, on parle alors de contre-transfert. Pour savoir exactement ce que ce rapport amoureux perturbe, il faut avoir une id\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9cise justement de ce qui est perturb\u00e9 et c\u2019est une des deux raisons \u00e0 mon avis pourquoi la question est devenue \u00e0 ce point importante en psychanalyse.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/vVCfT0CWeHs\" width=\"700\" height=\"450\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p class=\"p1\">Dans un petit texte de Freud qui s\u2019appelle\u00a0: \u00ab\u00a0Remarques sur l\u2019amour de transfert\u00a0\u00bb [1915], on lit en particulier ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Le psychanalyste sait qu\u2019il travaille avec les forces les plus explosives et qu\u2019il a besoin de faire preuve de la m\u00eame prudence et de la m\u00eame conscience que le chimiste. Mais a-t-on jamais interdit au chimiste l\u2019usage des substances explosives en raison de leur dangerosit\u00e9, alors qu\u2019on ne peut se passer de l\u2019effet qu\u2019elles produisent ?\u00a0\u00bb (p. 165).<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Tout \u00e7a est assez dramatique ! \u00ab\u00a0Les forces les plus explosives\u2026\u00a0\u00bb ! Freud commence par faire un parall\u00e8le avec la situation m\u00e9dicale quand il fait remarquer que, dans la relation m\u00e9dicale, on a affaire \u00e0 \u00e7a, le fait que l\u2019analysant ou l\u2019analysante tombe amoureux de l\u2019analyste et qu\u2019il puisse y avoir r\u00e9ciprocit\u00e9 dans le sentiment. Il fait un parall\u00e8le avec la m\u00e9decine disant que c\u2019est un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral en m\u00e9decine qui est peut-\u00eatre &#8211; bien qu\u2019il parle de \u00ab\u00a0forces explosives\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0chimie\u00a0\u00bb &#8211; et o\u00f9 il fait remarquer que dans le cas du m\u00e9decin, le fait qu\u2019un malade soit physiquement d\u00e9nud\u00e9 devant le m\u00e9decin peut encore rajouter, on pourrait dire, la qualit\u00e9 explosive de l\u2019attraction des corps qui ferait que le fait que l\u2019un soit d\u00e9nud\u00e9 devant l\u2019autre pourrait produire dans sa t\u00eate &#8211; et ailleurs dans son corps &#8211; des choses tout \u00e0 fait inattendues. Et de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019autre voit le corps, le corps d\u00e9nud\u00e9 du patient, en psychanalyse, il n\u2019y a pas de corps nu &#8211; enfin en principe &#8211; et pourquoi serait-ce encore plus explosif que dans le cas du m\u00e9decin\u00a0?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Alors, pourquoi est-ce que Freud nous dit que quelque chose [l\u2019amour] qui vient perturber quelque chose de tr\u00e8s d\u00e9licat [le d\u00e9roulement d\u2019une psychanalyse], il faut s\u2019en abstraire ou essayer de s\u2019en d\u00e9barrasser ? Il le justifie en disant\u00a0: \u00ab\u00a0La relation amoureuse vient perturber quelque chose qu\u2019on essaye de faire et qui est tout \u00e0 fait essentiel\u00a0\u00bb. Il dit en particulier\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 c\u2019est un r\u00f4le g\u00eanant pour l\u2019homme que de jouer \u00e0 celui qui repousse et manque \u00e0 sa t\u00e2che quand la femme cherche \u00e0 obtenir l\u2019amour, et d\u2019une noble femme qui reconna\u00eet sa passion \u00e9mane un charme incomparable. Ce n\u2019est pas l\u2019exigence grossi\u00e8re de la patiente qui fait na\u00eetre la tentation. [\u2026]<\/p>\n<p class=\"p1\">Et pourtant, pour l\u2019analyste, il est exclu de c\u00e9der. Quelle que soit l\u2019estime qu\u2019il porte \u00e0 l\u2019amour, il doit placer \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur le fait qu\u2019il a l\u2019occasion de faire franchir \u00e0 sa patiente un palier d\u00e9cisif de sa vie. Elle doit apprendre de lui le d\u00e9passement du principe de plaisir, le renoncement \u00e0 une satisfaction tentante au profit d\u2019une satisfaction plus \u00e9loign\u00e9e, peut-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralement incertaine mais impeccable du point de vue psychologique et social\u00a0\u00bb (pp. 163-164).<\/p>\n<p class=\"p1\">Tout \u00e7a est dans ce petit texte qui s\u2019appelle donc\u00a0: \u00ab\u00a0Remarques sur l\u2019amour de transfert\u00a0\u00bb et on trouve \u00e7a dans un petit bouquin qui s\u2019appelle <i>L\u2019amour de transfert chez Freud<\/i>\u00a0(Payot 2017).<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Vous avez \u00e9cout\u00e9 ce que je viens de lire, le passage, et vous avez sans doute eu la m\u00eame r\u00e9action que moi au moment de l\u2019entendre, c\u2019est\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette affaire\u00a0? Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette histoire\u00a0? [rires] Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette \u00ab\u00a0noble femme\u00a0\u00bb dont la \u00ab\u00a0passion \u00e9mane un charme incomparable\u00a0\u00bb ? \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas l\u2019exigence grossi\u00e8re de la patiente qui fait na\u00eetre la tentation\u00a0\u00bb ? \u00c9coutez, vous ne m\u2019en voudrez pas si j\u2019ai l\u2019impression que Freud pense \u00e0 une personne particuli\u00e8re quand il raconte cette histoire [rires] et que, sachant qu\u2019elle va le lire probablement, qu\u2019il dit que de cette femme \u00e9mane un charme incomparable, et ce n\u2019est pas quelque chose de, comment dire ? d\u2019absolument r\u00e9pugnant qui se passe chez cette dame mais, \u00ab\u00a0Madame, comprenez bien que je ne suis pas amoureux de vous et qu\u2019il est tr\u00e8s important que je poursuive la t\u00e2che qui est la mienne d\u2019\u00eatre votre psychanalyste et de vous faire sortir \u2018gr\u00e2ce au miracle de la psychanalyse\u2019, de la douleur, de la souffrance qui \u00e9tait la v\u00f4tre.\u00a0\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Donc, il y a chez Freud, quand il \u00e9crit ce petit texte, \u00e0 mon sens, il y a deux dimensions\u00a0: l\u2019une effectivement qui est qu\u2019\u00eatre amoureux, et comme la relation d\u2019un m\u00e9decin avec sa patiente, \u00e7a peut rendre le probl\u00e8me th\u00e9rapeutique plus compliqu\u00e9 s\u2019il tombe amoureux, si c\u2019est le coup de foudre ou si la relation de l\u2019homme devant le corps d\u00e9nud\u00e9 de la femme par exemple ou de l\u2019homme d\u00e9nud\u00e9 devant la femme m\u00e9decin, etc., si \u00e7a produit des choses qui peuvent troubler \u00e9ventuellement leur jugement et le diagnostic, le pronostic et la r\u00e9daction de l\u2019ordonnance. Mais ici, dans le cas de la psychanalyse, j\u2019ai l\u2019impression que cette question du transfert est devenue \u00e0 ce point consid\u00e9r\u00e9e comme essentielle [en psychanalyse] parce qu\u2019il y avait du c\u00f4t\u00e9 de Sigmund Freud lui-m\u00eame quelque chose qu\u2019il n\u2019est pas arriv\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer enti\u00e8rement \u00e0 sa satisfaction. Vous me direz que dans l\u2019histoire de la psychanalyse, il y a encore bien pire que \u00e7a et, surtout, il y a le fait que quand son coll\u00e8gue Breuer lui parle en particulier d\u2019une patiente qui invente la psychanalyse sous ses yeux \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 lui utilise aussi l\u2019hypnose et Freud utilise \u00e9galement l\u2019hypnose, que cette femme vient lui dire qu\u2019elle a invent\u00e9 sa propre technique pour se gu\u00e9rir de sa n\u00e9vrose qui est la parole, que le fait de parler lui permet de ramoner la chemin\u00e9e selon l\u2019expression qu\u2019elle utilise, <i>chimney sweeping<\/i> (elle le dit pas en allemand parce que, pr\u00e9cis\u00e9ment, un de ses sympt\u00f4mes est qu\u2019elle consid\u00e8re qu\u2019elle ne peut plus parler l\u2019allemand, sa langue maternelle et celle de son psychanalyste et qu\u2019elle ne peut plus parler que l\u2019anglais).<\/p>\n<p class=\"p1\">Pourquoi est-ce que le transfert est devenu une question \u00e0 ce point importante en psychanalyse\u00a0? \u00c0 mon avis, parce que, justement, du c\u00f4t\u00e9 de Freud lui-m\u00eame, il y a eu quelque chose qu\u2019il n\u2019a pas su g\u00e9rer ou qu\u2019il n\u2019a pas su mettre entre parenth\u00e8ses comme les m\u00e9decins peuvent le faire. Bien entendu, l\u2019un des deux est nu et l\u2019autre peut \u00eatre du sexe qui est attir\u00e9 justement par cette nudit\u00e9 qu\u2019il voit mais on ne consid\u00e8re pas que c\u2019est le probl\u00e8me essentiel de la m\u00e9decine ou qu\u2019on peut tout faire tourner autour de \u00e7a : c\u2019est consid\u00e9r\u00e9 comme accessoire. Pourquoi est-ce qu\u2019en psychanalyse, c\u2019est devenu \u00e0 ce point important\u00a0? Deux raisons\u00a0: parce que, comme le dit Freud, l\u2019amour lui-m\u00eame, on ne sait pas exactement ce que c\u2019est et m\u00eame le psychanalyste ne peut pas dire v\u00e9ritablement de quoi il s\u2019agit. Il fait une petite remarque l\u00e0 quand une des choses qu\u2019il dit, c\u2019est que l\u2019amour, c\u2019est une des choses qui ressemble le plus \u00e0 des choses de l\u2019ordre du pathologique et de l\u2019inexpliqu\u00e9 quand il s\u2019agit de psychanalyse [\u00ab\u00a0\u2026 l\u2019\u00e9tat amoureux ordinaire, en-dehors de la cure analytique, rappelle plus lui aussi les ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques anormaux que les normaux\u00a0\u00bb (p. 161).<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Beaucoup des sympt\u00f4mes que pr\u00e9sente une personne et dont elle dit que c\u2019est sa souffrance, sont du m\u00eame ordre ou quelque chose d\u2019apparent\u00e9 \u00e0 ce sentiment de l\u2019amour et en particulier quand l\u2019amour n\u2019est pas partag\u00e9, quand le sentiment n\u2019est pas r\u00e9ciproque, il y a l\u00e0 une des occasions bien entendu d\u2019une tr\u00e8s grande souffrance et qui peut conduire des gens \u00e0 aller voir leur analyste. Mais dans la plupart des cas quand m\u00eame, le patient et la patiente ne deviennent pas amoureux du m\u00e9decin, le m\u00e9decin ne devient pas amoureux de la patiente. Il y a peut-\u00eatre eu quelque chose, je dirais, de l\u2019ordre du plus pr\u00e9sent dans le cas de la relation analytique et pr\u00e9cis\u00e9ment dans le cas de Breuer et de cette personne qui, devant lui, invente un peu la technique psychanalytique, on sait que \u00e7a a mal tourn\u00e9 : on sait qu\u2019il y a eu une grossesse nerveuse, que Breuer lui s\u2019est retrouv\u00e9 dans une situation extr\u00eamement difficile, que \u00e7a a fait un peu un scandale \u00e0 Vienne, etc., etc.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Donc d\u00e8s le d\u00e9part peut-\u00eatre en psychanalyse et avant m\u00eame que Freud n\u2019utilise cette technique, quand un de ses coll\u00e8gues l\u2019invente, je dirais, en combinaison avec une de ses patientes, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 au centre des pr\u00e9occupations. Alors, est-ce que ce serait v\u00e9ritablement une maladie professionnelle de la psychanalyse\u00a0? \u00c7a, c\u2019est une question int\u00e9ressante parce que, une chose qu\u2019on peut dire, c\u2019est que la situation m\u00eame conduit \u00e0 une intimit\u00e9 qui est une intimit\u00e9 qui n\u2019est pas du corps mais qui est une intimit\u00e9, je dirais, des \u00e2mes, qui est tout \u00e0 fait consid\u00e9rable. D\u2019abord, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019analysant ou de l\u2019analysante, il y a la souffrance qui m\u00e8ne au psychanalyste. Le psychanalyste est, pour reprendre une expression invent\u00e9e par Lacan, le \u00ab\u00a0sujet suppos\u00e9 savoir\u00a0\u00bb, le sujet suppos\u00e9 savoir ce qui va permettre de faire sortir de la douleur, de la souffrance, la personne qui vient. Donc, une confiance va s\u2019installer. Si elle ne s\u2019installe pas, la relation analytique n\u2019a pas lieu, et cette confiance est fond\u00e9e sur le fait que c\u2019est l\u00e0 la personne qui va me sortir de la douleur\u2026 que \u00e7a r\u00e9ussisse ou non. Quand \u00e7a r\u00e9ussit, bien entendu, il y a du c\u00f4t\u00e9 de\u2026 La reconnaissance, c\u2019est quelque chose de tout \u00e0 fait g\u00e9n\u00e9ral chez les \u00eatres humains mais, au moment o\u00f9 il y a lib\u00e9ration et s\u2019il s\u2019agit de deux personnes de deux sexes dont ils consid\u00e8rent chacun que c\u2019est le sexe susceptible de l\u2019attirer, il y a du c\u00f4t\u00e9 effectivement de l\u2019analysant quelque chose de l\u2019ordre d\u2019un salut qui est recherch\u00e9, d\u2019un sauvetage et ce sauvetage, ce salut, peut \u00eatre apport\u00e9 par l\u2019analyste. Donc il y a quelque chose qui est de l\u2019ordre de la r\u00e9alisation d\u2019un v\u0153u et qu\u2019une attirance des corps ait eu lieu ou non auparavant, il peut y avoir ce sentiment de \u00ab\u00a0Je veux donner mon corps \u00e0 cette personne qui est la personne qui a sauv\u00e9 mon \u00e2me\u00a0\u00bb. Ne me dites pas que \u00e7a ne fonctionne pas comme \u00e7a les \u00eatres humains : il y a des choses de cet ordre-l\u00e0 qui fonctionnent effectivement.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019analyste, qu\u2019est-ce qui pourrait encourager l\u2019apparition du sentiment amoureux\u00a0? Il y a que s\u2019il fait le travail correctement, l\u2019analyste doit laisser cro\u00eetre en lui ou en elle, une repr\u00e9sentation correcte de l\u2019inconscient de l\u2019autre personne, avec cet avantage sur l\u2019autre personne que n\u2019\u00e9tant pas pass\u00e9e par des traumatismes, n\u2019ayant pas soumis au refoulement un certain nombre de choses, c\u2019est une vision plus claire de ce qu\u2019il se passe dans la t\u00eate de l\u2019autre et dans le corps de l\u2019autre, dans le c\u0153ur de l\u2019autre, qui doit \u00e9merger chez l\u2019analyste. Et quand le processus se passe bien, c\u2019est une repr\u00e9sentation, je dirais totale, de l\u2019autre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la propre \u00e2me de l\u2019analyste (ce sont pas des termes techniques bien entendu), c\u2019est une reconstitution de l\u2019inconscient de l\u2019autre qui peut avoir lieu. Et si cela produit l\u2019effet esp\u00e9r\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la lib\u00e9ration de l\u2019analysant par l\u2019analyste, pour que le processus ait bien march\u00e9, c\u2019est un travail consid\u00e9rable qui doit \u00eatre produit par l\u2019analyste, travail consid\u00e9rable sur le plan de la reconstruction mentale mais aussi de l\u2019engagement \u00e9motionnel : \u00e7a co\u00fbte quelque chose de tirer l\u2019autre du puits. Tout analyste vous dira qu\u2019il y a des s\u00e9ances qui sont absolument \u00e9puisantes et moi, je l\u2019avais vu avec mon analyste Philippe Julien, j\u2019avais vu, avec des s\u00e9ances avec moi dont il sortait \u00e9puis\u00e9, et pas parce qu\u2019il ne savait pas faire son m\u00e9tier mais parce que je lui demandais \u00e9norm\u00e9ment avec tout ce que je racontais. Je l\u2019entra\u00eenais dans des endroits\u2026 L\u2019analysant entra\u00eene l\u2019analyste dans des endroits qui ne sont pas n\u00e9cessairement confortables, en particulier quand l\u2019analysant est quelqu\u2019un dont le probl\u00e8me, je dirais, la source de la souffrance est une lucidit\u00e9 un petit peu particuli\u00e8re, un peu, je dirais, exacerb\u00e9e par rapport \u00e0 d\u2019autres. Cette lucidit\u00e9, l\u2019analyste n\u2019a pas n\u00e9cessairement envie, lui ou elle, spontan\u00e9ment, d\u2019aller dans ces endroits qui sont un peu inconfortables sur le sens r\u00e9el de la vie, sur le fait de d\u00e9cider ou non de mettre fin \u00e0 ses jours et des choses de cet ordre-l\u00e0. Quand un analysant ou une analysante me signale que dans son analyse pr\u00e9c\u00e9dente, il y a des endroits o\u00f9 elle ou lui viennent avec moi, et qu\u2019on me fait comprendre que quand cet autre analyste a entendu parler de \u00e7a, il ou elle a dit [implicitement]\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas envie de me rendre dans des endroits aussi inconfortables avec vous\u00a0\u00bb, il y a l\u00e0 quelque chose qu\u2019on peut comprendre : que c\u2019est \u00e9videmment ne pas faire bien son m\u00e9tier, que c\u2019est le plombier qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Non, ce genre de canalisation bouch\u00e9e, je laisse \u00e7a \u00e0 d\u2019autres\u00a0\u00bb, non ! on aimerait bien que ce soit d\u00e9bouch\u00e9 et qu\u2019il n\u2019ait pas fait la fine bouche. \u00c7a arrive bien entendu dans certains m\u00e9tiers et on voit malheureusement\u2026 j\u2019entends dire des choses qui me font penser que certains analystes n\u2019ont pas r\u00e9ussi leur propre analyse et que, donc, il y a des tas de choses o\u00f9 ils ou elles n\u2019ont pas envie d\u2019aller parce que ce sont des probl\u00e8mes qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus de leur c\u00f4t\u00e9.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Alors, est-ce que \u00e7a peut arriver\u00a0? Une remarque de Lacan tient, une remarque de Lacan \u00e0 ce propos-l\u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 mieux l\u2019analyste sera analys\u00e9, plus il sera possible qu\u2019il soit franchement amoureux, ou franchement en \u00e9tat d\u2019aversion, de r\u00e9pulsion, sur les modes les plus \u00e9l\u00e9mentaires du rapport des corps entre eux, par rapport \u00e0 son partenaire\u00a0\u00bb. Il ajoute, c\u2019\u00e9tait dans un s\u00e9minaire en 60-61, celui qu\u2019on a appel\u00e9 par la suite \u00ab\u00a0Le transfert\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que je dis l\u00e0 va un peu fort, en ce sens que cela nous g\u00eane\u00a0\u00bb (Lacan 1960-1961 : 220), voil\u00e0. Mais c\u2019est ce que je viens de dire : l\u2019analyste qui s\u2019implique v\u00e9ritablement dans la disparition de la souffrance de la personne en face, c\u2019est quelqu\u2019un qui fait un voyage : il ou elle fait un voyage, un voyage int\u00e9rieur avec l\u2019autre, un voyage dans les r\u00e9gions o\u00f9 se trouvent pr\u00e9cis\u00e9ment ces choses que m\u00eame les analystes ne comprennent pas tr\u00e8s bien, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019amour.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Voil\u00e0, je vais parler de cela dans ce s\u00e9minaire : j\u2019ai essay\u00e9 de mettre mes id\u00e9es un petit peu \u00e0 plat \u00e0 propos de \u00e7a. On va s\u2019int\u00e9resser en particulier au livre qui est maintenant le s\u00e9minaire de Lacan sur le transfert. J\u2019ai l\u2019impression, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, que Lacan lui aussi, il y a des choses dans l\u2019amour en particulier qui le mettent un peu mal \u00e0 l\u2019aise mais, bien entendu, comme il s\u2019agit de retranscription de son s\u00e9minaire, nous avons ses r\u00e9actions \u00e0 chaud, comme cette petite remarque que je viens de lire o\u00f9 il dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que je dis l\u00e0 va un peu fort en ce sens que cela nous g\u00eane\u00a0\u00bb. En fait, il est plus honn\u00eate que Freud qui, lui, parle de relation \u00ab\u00a0\u00e9ventuelle\u00a0\u00bb avec une dame en particulier, une dame avec \u00ab\u00a0un certain charme\u00a0\u00bb bien entendu, etc. et o\u00f9 on comprend qu\u2019il est en train de se battre avec une d\u00e9cision importante \u00e0 prendre et dans ce cas-l\u00e0, c\u2019est le rejet. Il fait une autre remarque \u00e0 un autre endroit o\u00f9 il dit\u00a0: \u00ab\u00a0Evidemment, si tout \u00e7a se termine par un mariage, \u00e9videmment, c\u2019est un autre type de solution au probl\u00e8me psychique\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0\u2026 il ne peut y avoir que deux issues, l\u2019une, assez rare, dans laquelle toutes les circonstances autorisent l\u2019union l\u00e9gitime des deux personnes concern\u00e9es\u2026\u00a0\u00bb (p. 147)], l\u2019air de dire : \u00ab\u00a0Bon, le mariage peut \u00eatre aussi la r\u00e9solution d\u2019une douleur : \u00e7a peut \u00eatre la r\u00e9ponse \u00e0 la douleur d\u2019une personne qui vient vous voir et, ajoute-t-il dans le cas du mariage, alors que souvent il dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les remarques que je fais-l\u00e0 s\u2019adressent essentiellement \u00e0 mes coll\u00e8gues psychanalystes\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0\u2026 parce que je n\u2019\u00e9cris pas \u00e0 l\u2019attention de la client\u00e8le, mais de m\u00e9decins confront\u00e9s \u00e0 de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb (p. 153)], l\u00e0, il [laisse entendre]\u00a0: \u00ab\u00a0En plus, le mariage, c\u2019est un truc qui satisfait la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble : tout le monde pourra dire que si l\u2019analyste et l\u2019analysant se marient, qu\u2019on a trouv\u00e9 une solution qui n\u2019est peut-\u00eatre pas celle de la psychanalyse [rires] mais quand m\u00eame une solution commun\u00e9ment admise \u00e0 (comme il le dit), une \u00ab\u00a0chimie\u00a0\u00bb (ou on dirait une \u00ab\u00a0alchimie\u00a0\u00bb) qui se passe entre deux personnes\u00a0\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Voil\u00e0, alors, comme je l\u2019ai dit &#8211; et \u00e7a, j\u2019en parlerai aussi dans ces s\u00e9minaires &#8211; une fois qu\u2019on a compris que l\u2019amour de type classique pouvait constituer une interf\u00e9rence avec le processus analytique, il est important de comprendre avec quoi \u00e7a interf\u00e8re v\u00e9ritablement parce que, \u00e0 ce moment-l\u00e0, on a une vision je dirais beaucoup plus claire de ce qui se passe v\u00e9ritablement dans une analyse, question \u00e0 laquelle Freud a consacr\u00e9 bien entendu de tr\u00e8s nombreux \u00e9crits et beaucoup de psychanalystes apr\u00e8s lui et, en particulier, dans ce texte qui me para\u00eet une sorte de synth\u00e8se, en 1937, donc c\u2019est deux ans avant sa mort, ce texte dont le titre est un peu restrictif\u00a0: \u00ab\u00a0Analyse terminable ou interminable\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0 \u2026 infinie ou finie\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire comme si la question \u00e9tait simplement de savoir si on allait pouvoir terminer une analyse mais, au passage, bien entendu, il est oblig\u00e9 de nous expliquer qu\u2019est-ce qui peut r\u00e9ussir et qu\u2019est-ce qui peut rater dans une psychanalyse [traduction fran\u00e7aise la plus r\u00e9cente : \u00ab\u00a0L\u2019analyse avec fin et l\u2019analyse sans fin\u00a0\u00bb, dans S. Freud, <i>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes II 1921-1938<\/i>, PUF 1985 : 231-268].<\/p>\n<p class=\"p1\">[\u2026]<\/p>\n<p class=\"p2\">Voil\u00e0, allez, \u00e0 bient\u00f4t\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-125253\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-150x150.png 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund-298x300.png 298w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sigmund.png 319w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><em><b><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2022\/09\/18\/video-le-transfert-en-psychanalyse-le-18-septembre-2022\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le transfert en psychanalyse, le 18 septembre 2022<\/a><\/b> &#8211; Retranscription<\/em><\/p>\n<p class=\"p1\">Bonjour, nous sommes le dimanche 18 septembre 2022 et l\u00e0, je vais parler du transfert en psychanalyse. [\u2026]<\/p>\n<p class=\"p1\">Je vais vous dire quelques mots l\u00e0-dessus parce que, en fait, la question du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[8718,8901,155,7934,1805,403,8717],"class_list":["post-134106","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-psychanalyse","tag-contre-transfert","tag-guerir","tag-jacques-lacan","tag-lamour","tag-psychanalyse-2","tag-sigmund-freud","tag-transfert"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134106","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=134106"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134106\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":134108,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134106\/revisions\/134108"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=134106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=134106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=134106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}