{"id":13542,"date":"2010-07-04T19:29:10","date_gmt":"2010-07-04T17:29:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=13542"},"modified":"2013-01-02T17:59:41","modified_gmt":"2013-01-02T16:59:41","slug":"compte-rendu-de-comment-la-verite-et-la-realite-furent-inventees-par-gerard-chouquer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/07\/04\/compte-rendu-de-comment-la-verite-et-la-realite-furent-inventees-par-gerard-chouquer\/","title":{"rendered":"<b>COMPTE-RENDU DE \u00ab Comment la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 furent invent\u00e9es \u00bb, par G\u00e9rard Chouquer<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><span style=\"font-size: 13.1944px;\">Merci \u00e0 G\u00e9rard Chouquer pour ce compte-rendu \u00ef\u00bb\u00bf\u00ef\u00bb\u00bfde \u00ab\u00a0Comment la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 furent invent\u00e9es\u00a0\u00bb (1)\u00a0dans la revue <strong>Les Annales<\/strong>.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p>Paul Jorion dispose de talents multiples, \u00e9tant aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans l&rsquo;analyse des march\u00e9s financiers, du second th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del, du mode de raisonnement d&rsquo;Aristote que de la philosophie de Hegel. Il propose ici un ouvrage d&rsquo;anthropologie du savoir, ambitieux en ce qu&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 se situer au niveau le plus \u00e9lev\u00e9 qui soit, celui de l&rsquo;histoire de la rationalit\u00e9. Son livre s\u2019int\u00e9resse en effet \u00e0 deux objets, la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9, qui, l\u2019un et l\u2019autre, ont \u00e0 voir avec la formation de la pens\u00e9e scientifique moderne. L\u2019auteur entreprend de d\u00e9monter que l\u2019une et l\u2019autre sont des productions culturelles majeures, l\u2019une, la v\u00e9rit\u00e9, appartenant \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 grecque, l\u2019autre, la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 la pens\u00e9e rationnelle moderne du XVIIe s.<\/p>\n<p>Parlant \u00e0 plusieurs reprises de coup de force \u00e9pist\u00e9mologique, on pourrait se demander si l\u2019entreprise de Paul Jorion est de s\u2019engager dans une critique d\u00e9constructrice et quelque peu ravageuse des fondements de la science moderne. Le projet de l\u2019auteur est diff\u00e9rent. Il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0 contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait craindre, la chronique que proposent les pages qui suivent ne d\u00e9bouche nullement sur un relativisme sceptique quant \u00e0 la connaissance et \u00e0 son caract\u00e8re cumulatif o\u00f9 tous les chats sont gris\u00a0\u00bb (p. 19). Je ne sais si cette br\u00e8ve mention liminaire suffira \u00e0 rassurer le lecteur, mais je l&rsquo;invite \u00e0 s&rsquo;aventurer dans le livre sans crainte d&rsquo;\u00eatre conduit l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;aurait pas envie d&rsquo;aller, \u00e0 savoir dans l&rsquo;impasse d&rsquo;une critique qui n&rsquo;aboutirait nulle part par position anti-scientifique. Son but est, au contraire, de \u00ab pr\u00f4ner un retour \u00e0 la rigueur dans le raisonnement \u00bb (p. 11).<\/p>\n<p><!--more-->La th\u00e8se du livre est expos\u00e9e en quatre chapitres. Le premier d\u00e9crit ce que sont les modes de pens\u00e9e \u201c\u00e0 l\u2019\u00e9cart du miracle grec\u201d, ce qui fera ressortir plus vigoureusement encore la diff\u00e9rence avec la pens\u00e9e grecque \u00e9voqu\u00e9e au chapitre suivant. Pour cette partie, le guide principal de Paul Jorion est Lucien L\u00e9vy-Bruhl, parce que ce chercheur a jadis d\u00e9fini la mentalit\u00e9 primitive\u00a0: indiff\u00e9rence \u00e0 la contradiction\u00a0; utilisation brute des capacit\u00e9s de la m\u00e9moire\u00a0; modes de classement des notions selon l\u2019\u00e9quivalence de la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle qu\u2019elles suscitent\u00a0; enfin, autre mod\u00e9lisation physique du monde. Paul Jorion insiste sur les modes logiques de cette pens\u00e9e, qui sont sym\u00e9triques (en ce sens qu\u2019ils supposent une relation d\u2019\u00e9quivalence et non d\u2019inclusion), sur la \u201cconnexion simple\u201d qui ouvre sur la forme de l\u2019inventaire et non sur la taxinomie. Il rel\u00e8ve que certains anthropologues peuvent ne pas reconna\u00eetre l\u2019inventaire parce qu\u2019ils entendent lire une taxinomie dans les r\u00e9alit\u00e9s qui se pr\u00e9sentent \u00e0 eux, alors que celles-ci fonctionnent diff\u00e9remment. Il insiste sur le signe, engendr\u00e9 par la logique sym\u00e9trique des relations, alors que la rupture de cette sym\u00e9trie engendrera une autre relation, celle de la cause.<\/p>\n<p>Le second chapitre explore le miracle grec. Avec cette expression, classique depuis Renan, Paul Jorion n\u2019entend pas tout rapporter aux Grecs, mais simplement souligner que ce qui se passe en Gr\u00e8ce avec Platon et surtout Aristote est vraiment unique. Par exemple, il est conscient que l\u2019apparition de la causalit\u00e9 (du genre\u00a0: A cause B) et celle du raisonnement inclusif (du genre\u00a0: B appartient \u00e0 A) sont des inventions logiques qui sont plus anciennes que la Gr\u00e8ce du IVe si\u00e8cle av. J.-C. Mais comme ces modes logiques ne sont pas universels (ils sont par exemple absents de la Chine \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque), et comme c\u2019est en Gr\u00e8ce qu\u2019on en saisit le mieux la forme, l\u2019expression convient. S\u2019il y a miracle, c\u2019est parce que le langage des proportions et des relations appara\u00eet, ce que d\u00e9signe tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment le mot <em>logos<\/em>, que les Latins d\u00e9signeront par <em>ratio<\/em>. Il faut lire les pages 82-92 qui font l\u2019analyse des formes de l\u2019analogie et restituent aux mots leur sens le plus pr\u00e9cis. S&rsquo;il y a miracle, on le sait, c&rsquo;est parce qu&rsquo;une d\u00e9finition de la science, particuli\u00e8rement robuste, est donn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois : ce sera le discours portant sur ce qui est g\u00e9n\u00e9ral. Les conditions sont r\u00e9unies pour que le n\u00e9cessaire soit distingu\u00e9 du contingent, le g\u00e9n\u00e9ral du particulier, et pour que naisse une conception culturelle nouvelle de ce qu&rsquo;on appelle la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>On sait que des civilisations tout autant techniciennes que la civilisation occidentale n\u00e9e du miracle grec, n&rsquo;ont pas eu besoin des th\u00e9orisations d&rsquo;Aristote pour progresser, et ceci d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge. Quel est donc l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui a fait la diff\u00e9rence, et qui, sur la longue dur\u00e9e, explique ce que les choses sont devenues ? C&rsquo;est que, si la v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre ainsi d\u00e9finie et si l&rsquo;\u00e9tablir s&rsquo;apparente \u00e0 une d\u00e9marche scientifique mobilisant \u00e0 la fois des cat\u00e9gories, une analytique (la m\u00e9thode scientifique) et une dialectique (comment argumenter dans la vie quotidienne), alors le substrat \u00e9pist\u00e9mologique est r\u00e9uni pour que naisse un autre mythe fondamental, celui de la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 par des mod\u00e8les math\u00e9matiques. Ce nouvel apport fait l&rsquo;objet du troisi\u00e8me chapitre. Il raconte comment \u00ab aux temps modernes, l&rsquo;existence d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 plus \u201csolide\u201d que celle du monde sensible de l&rsquo;Existence-empirique r\u00e9ussit son ascension au rang de mythe dominant, un mythe non th\u00e9ologique sans doute mais n\u00e9anmoins dogmatique : celui de la R\u00e9alit\u00e9-objective. Cet av\u00e8nement, dont les h\u00e9ros furent Kepler et Galil\u00e9e, suppose une assimilation du r\u00e9el \u00e0 la loi des nombres&#8230;\u00bb (p. 173). Que s&rsquo;est-il pass\u00e9 au d\u00e9but de la Modernit\u00e9 ? Au XVIe s on se situait encore par rapport \u00e0 trois espaces distincts, celui de l&rsquo;exp\u00e9rience et de l&rsquo;existence empirique (les apparences ou ph\u00e9nom\u00e8nes), celui de la mod\u00e9lisation ou de la connaissance (<em>\u00e9pist\u00e9m\u00e9<\/em>) qui recourt volontiers aux math\u00e9matiques pour r\u00e9pondre au \u201ccomment\u201d, enfin celui de l&rsquo;explication ontologique portant sur l&rsquo;inconnaissable et dont on ne peut parler qu&rsquo;en termes d&rsquo;opinion (<em>doxa<\/em>). Paul Jorion explique alors que le coup de force ontologique, d&rsquo;inspiration pythagoricienne, consista, c&rsquo;est moi qui r\u00e9sume, \u00e0 fusionner les plans de l&rsquo;<em>\u00e9pist\u00e9m\u00e9<\/em> et de la <em>doxa<\/em> en d\u00e9cr\u00e9tant que l&rsquo;inconnaissable (\u201cl&rsquo;\u00catre-donn\u00e9\u201d), non seulement n&rsquo;\u00e9tait pas inconnaissable mais qu&rsquo;il \u00e9tait m\u00eame d\u00e9j\u00e0 connu : il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une somme d&rsquo;entit\u00e9s math\u00e9matiques. Autrement dit, les math\u00e9matiques s&rsquo;autoproclamaient science de l&rsquo;\u00catre, science de ce qui est et n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9montr\u00e9. C&rsquo;est en cela qu&rsquo;il y eut une revanche (tardive) de Pythagore (titre du quatri\u00e8me et dernier chapitre du livre) : le mage n&rsquo;avait-il pas dirig\u00e9 une secte qui pr\u00e9tendait, sur le mode mystique, que la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est constitu\u00e9e que de nombres ?<\/p>\n<p>Mais, et le saut temporel est n\u00e9cessaire pour comprendre la th\u00e8se de P. Jorion, puisque des \u00e9volutions majeures ont eu lieu au XXe s., et que des physiciens des syst\u00e8mes complexes se sont \u00e9loign\u00e9s de la conception habituelle \u2013 universalisante et l\u00e9gale \u2013 de la science pour se rapprocher des discours portant sur des savoirs empiriques ; puisque les dynamiques des syst\u00e8mes peuvent \u00eatre non lin\u00e9aires, ce qui met \u00e0 mal la causalit\u00e9, on se trouve conduit \u00e0 observer que, aussi bien \u00e0 ses d\u00e9buts que dans ses \u00e9volutions actuelles, le mode scientifique dit universel se trouve historicis\u00e9, et, de ce fait, profond\u00e9ment culturel. \u00c0 l&rsquo;explication m\u00e9canique, o\u00f9 il faut toujours trouver une cause \u00e0 chaque fait, et o\u00f9 les faits paraissent incapables de produire entre eux quoi que ce soit, ne doit-on pas pr\u00e9f\u00e9rer, comme d\u00e9j\u00e0 Hegel le soulignait, l&rsquo;explication t\u00e9l\u00e9ologique, celle qui admet la manifestation de l&rsquo;autod\u00e9termination ? Comme nous pouvons, aujourd&rsquo;hui, donner \u00e0 ce concept d&rsquo;autod\u00e9termination des contenus vari\u00e9s, et pas uniquement dans les sciences physiques, le moment moderne de la R\u00e9alit\u00e9-objective ne suffit plus et ne peut plus constituer le r\u00e9servoir unique des explications.<\/p>\n<p>Les apports de l\u2019ouvrage sont nombreux, et le livre est parcouru de fils conducteurs sous-jacents \u00e0 la d\u00e9monstration g\u00e9n\u00e9rale en quatre temps.<\/p>\n<p>Les mots et la psychanalyse sont une de ces trames subtiles de liaison. Paul Jorion attache beaucoup d\u2019importance \u00e0 cette disposition \u00e0 regrouper les notions selon l\u2019\u00e9quivalence de la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle quelles provoquent, contrairement \u00e0 Claude L\u00e9vi-Strauss qui \u00e9crivait que la pens\u00e9e sauvage proc\u00e9dait par l\u2019entendement et non par l\u2019affectivit\u00e9. Il relie cette forme \u00e0 la notion de \u201ccomplexe psychanalytique\u201d selon la d\u00e9finition de Freud\u00a0: tout groupe d\u2019\u00e9l\u00e9ment repr\u00e9sentatifs li\u00e9s ensemble et charg\u00e9s d\u2019affects. Ainsi la pens\u00e9e primitive serait proche de ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0l\u2019association d\u2019id\u00e9es\u00a0\u00bb mais au lieu de s\u2019en d\u00e9soler, comme on le faisait jadis, il y aurait lieu de s\u2019en informer.<\/p>\n<p>Un autre fil conducteur de second plan est celui qui consiste \u00e0 rep\u00e9rer, dans les actes des scientifiques, des paradoxes qui t\u00e9moignent du fait que la pens\u00e9e non scientifique reste sensiblement pr\u00e9sente chez eux quoique mal assum\u00e9e. Je crois la piste tr\u00e8s fructueuse qui consiste \u00e0 montrer comment, dans nos raisonnements scientifiques, se logent des formes d&rsquo;analogisme, comment ne pouvant tout expliquer par la cause nous c\u00e9dons \u00e0 la s\u00e9duction du signe. C&rsquo;est ce que Paul Jorion appelle \u201cduplicit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique\u201d (p. 366), en quelque sorte un usage combin\u00e9 de plans \u00e9pist\u00e9mologiques diff\u00e9rents mais sans l&rsquo;admettre.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur est convaincu que la naissance du mythe fondateur de la R\u00e9alit\u00e9-objective au d\u00e9but du XVIIe s. notamment, a \u00e0 voir avec une transformation plus profonde encore qui est la naissance du sujet. Comment, en effet, des savants peuvent-ils en venir \u00e0 \u201cconfondre\u201d un espace de mod\u00e9lisation avec un r\u00e9el ? C&rsquo;est, explique l&rsquo;auteur, parce que se produit un processus d&rsquo;individuation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, qui conduit \u00e0 une m\u00e9prise, lorsque le sujet se confond avec son image et qu&rsquo;il se met \u00e0 prendre la fiction de son \u201cimage au miroir pour son propre r\u00e9el\u201d (p. 266). L&rsquo;une des explications principales qu&rsquo;il propose, n&rsquo;est donc pas \u201ccontextualiste\u201d, mais plus large : ce ne serait pas l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;Allemagne en 1600 qui expliquerait les id\u00e9es de Kepler, ni l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;Italie \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque qui rendrait compte de celles de Galil\u00e9e. Ce serait, de pr\u00e9f\u00e9rence, un processus plus g\u00e9n\u00e9ral et plus profond : une modification du sujet.<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e de P. Jorion en sugg\u00e8re alors d&rsquo;autres : comment ne pas faire le lien avec la naissance de cette conception sp\u00e9culaire globale qui s&rsquo;installe au d\u00e9but de la Modernit\u00e9 et qui, progressivement, conduit \u00e0 une r\u00e9interpr\u00e9tation du monde \u00e0 travers les mots et les images ? Cette profonde transformation de la personne aurait ainsi rendu possible \u00e0 la fois la science (c&rsquo;est le propos du livre de Jorion), mais aussi le paysage, l&rsquo;histoire, l&rsquo;utopie, chacune de ces figures sp\u00e9culaires ayant ensuite connu le d\u00e9veloppement que l&rsquo;on sait.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les travaux de M. Foucault, ceux des \u00e9coles de sociologie des sciences, et ceux des anthropologues form\u00e9s par l&rsquo;enseignement de L\u00e9vi-Strauss (Paul Jorion ayant \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame un de ses \u00e9l\u00e8ves), l&rsquo;ouvrage apporte sa pierre \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice d&rsquo;une arch\u00e9ologie ou anthropologie des savoirs. L&rsquo;anthropologie, discipline qui est souvent partag\u00e9e de doutes, montre ainsi un de ses plus grands succ\u00e8s : sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer une forme de discours \u00e9pist\u00e9mologique qui soit \u00e0 la fois explicatif (r\u00e9trospectif) et propositionnel (aider \u00e0 d\u00e9finir les m\u00e9thodologies \u00e0 venir). Car pourra-t-on continuer longtemps \u00e0 faire comme si l&rsquo;accumulation de travaux anthropologiques sur la science n&rsquo;avait aucun impact sur la repr\u00e9sentation qu&rsquo;elle a d&rsquo;elle-m\u00eame ? Le propos de Paul Jorion d\u00e9passe les math\u00e9matiques et la physique auxquelles il emprunte plusieurs exemples, et d&rsquo;ailleurs, ces disciplines n&rsquo;ont pas attendu l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;anthropologie pour faire bouger leurs propres lignes. Le propos concerne la rationalit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, son histoire et son devenir. Il invite \u00e0 consid\u00e9rer ce qui est sans doute le moteur de la science \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne : son besoin de se constituer en \u00eele d\u00e9tach\u00e9e du continent du r\u00e9el pour pouvoir produire, \u00e0 peupler cette \u00eele d&rsquo;\u00eatres r\u00e9duits pour y parvenir, et donc \u00e0 devoir ensuite inventer, par une s\u00e9rie de figures, une dialectique qui r\u00e9ussisse \u00e0 cr\u00e9er des liens autour de cette insularit\u00e9.<\/p>\n<p>=======<\/p>\n<p>(1) Paul JORION, <em>Comment la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 furent invent\u00e9es<\/em>, Biblioth\u00e8que des sciences humaines, \u00e9d. nrf Gallimard, 2009, 386 pp.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><span style=\"font-size: 13.1944px;\">Merci \u00e0 G\u00e9rard Chouquer pour ce compte-rendu \u00ef\u00bb\u00bf\u00ef\u00bb\u00bfde \u00ab\u00a0Comment la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 furent invent\u00e9es\u00a0\u00bb (1)\u00a0dans la revue <strong>Les Annales<\/strong>.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paul Jorion dispose de talents multiples, \u00e9tant aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans l&rsquo;analyse des march\u00e9s financiers, du second th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del, du mode de raisonnement d&rsquo;Aristote que de la philosophie de Hegel. 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