{"id":137247,"date":"2023-08-30T19:20:14","date_gmt":"2023-08-30T17:20:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=137247"},"modified":"2023-08-30T19:20:14","modified_gmt":"2023-08-30T17:20:14","slug":"je-vous-lavais-bien-ecrit-par-francois-ruffin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2023\/08\/30\/je-vous-lavais-bien-ecrit-par-francois-ruffin\/","title":{"rendered":"<b>Je vous l\u2019avais bien \u00e9crit\u2026<\/b>, par Fran\u00e7ois Ruffin"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-137248\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LFI-vs-RN.png\" alt=\"\" width=\"292\" height=\"700\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LFI-vs-RN.png 292w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LFI-vs-RN-125x300.png 125w\" sizes=\"auto, (max-width: 292px) 100vw, 292px\" \/><\/p>\n<section class=\"blogs__heading-wrapper\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"blogs__heading grid padding-block:600\" data-content-heading=\"\">\n<div class=\"blogs__heading__center\">\n<p class=\"subheading-product:01 color:text-product margin-top:600 \">Aujourd&rsquo;hui para\u00eet la r\u00e9\u00e9dition, en poche, de mon livre \u00ab\u00a0Je vous \u00e9cris du front de la Somme\u00a0\u00bb, aux Liens qui lib\u00e8rent. Avec cette pr\u00e9face, in\u00e9dite, en acc\u00e8s libre.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n<section class=\"blogs__body-wrapper\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"blogs__body grid\">\n<div class=\"blogs__body__left\">\n<div class=\"blogs__body__left__sticky-wrapper\" data-content-body-left-sticky=\"\">\n<div class=\"hidden@until-lg hidden@print\">\n<div class=\"bio\">\n<div class=\"bio__body\">\n<div class=\"avatar\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/imageperso\/5ffd8fb571538.png\" alt=\"Ruffin Fran\u00e7ois (avatar)\" \/><\/div>\n<p class=\"bio__body__description ui-body-product:100 color:text-product\">Fran\u00e7ois Ruffin. D\u00e9put\u00e9 de la Somme<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"blogs__body__center splitter _vertical\">\n<div class=\"splitter__first\">\n<div class=\"blogs__body__center__article blogs__rich-text-content color:text-default content-body-news:02 margin-top:600\">\n<p>\u00ab\u00a0<i>J\u2019ai entendu dans les manifestations une volont\u00e9 de retrouver du sens dans son travail, d\u2019en am\u00e9liorer les conditions, d\u2019avoir des carri\u00e8res qui permettent de progresser dans la vie<\/i>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait du Emmanuel Macron, en plein conflit sur les retraites. Et son porte-voix, Gabriel Attal, se disait soudain fort pr\u00e9occup\u00e9 par \u00ab\u00a0<i>le bien-\u00eatre au travail<\/i>\u00a0\u00bb. M\u00eame Bruno Le Maire donnait dans le tr\u00e9molo\u00a0: il comprenait \u00ab\u00a0<i>la col\u00e8re des Fran\u00e7ais qui se questionnent sur la finalit\u00e9 de leur travail<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Du coup, tout le gouvernement s\u2019activerait, c\u2019\u00e9tait promis jur\u00e9, \u00e0 un\u00a0<i>\u00ab\u00a0pacte de la vie au travail\u00a0\u00bb<\/i>. Pour\u00a0<i>\u00ab\u00a0am\u00e9liorer les revenus\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0faire progresser les carri\u00e8res\u00a0\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0mieux partager les richesses\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0aider \u00e0 la reconversion\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0am\u00e9liorer les conditions de travail\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0trouver des solutions \u00e0 l\u2019usure professionnelle \u00bb<\/i>\u00a0\u2026<br \/>\nRien que \u00e7a.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, c\u2019\u00e9tait pour eux un subterfuge\u00a0: d\u00e9placer du combat, ici et maintenant, sur le passage \u00e0 64 ans, vers un d\u00e9bat, plus tard, sur la qualit\u00e9 de vie au travail.<\/p>\n<p>Il n\u2019emp\u00eache.<br \/>\nIl n\u2019emp\u00eache.<\/p>\n<p>Le travail, ce mal-\u00eatre au travail, ce mal-faire son travail, ce mal-vivre de son travail, l\u2019an dernier d\u00e9j\u00e0, nous le placions au c\u0153ur de notre petit essai, et au c\u0153ur d\u2019un malaise des classes populaires. Le travail \u00e9cras\u00e9, humili\u00e9, depuis quarante ans. Le travail, aux statuts min\u00e9s, aux revenus \u00e9lim\u00e9s. Le travail qui, malgr\u00e9 les l\u00e9gendes de la start-up nation, s\u2019est durci, intensifi\u00e9. Et le travail pourtant central, toujours, pour les Fran\u00e7ais, capital par le salaire, bien s\u00fbr, mais par la fiert\u00e9 qu\u2019on en tire, aussi, par l\u2019utilit\u00e9 qu\u2019on \u00e9prouve.<\/p>\n<p>Ce malaise dans le travail, le conflit sur les retraites l\u2019a fait \u00e9clater au grand jour, comme une fracture aux plaies ouvertes.<\/p>\n<p><i>\u00ab C\u2019est la premi\u00e8re fois que je sors, en 33 ans d\u2019h\u00f4pital. \u00bb<br \/>\n<\/i>Ce jeudi 19 janvier, premier jour de gr\u00e8ve, 5h30 du matin, on est sur le rond-point \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019autoroute A16. De sa lampe de poche, un monsieur \u00e0 chasuble FO de chez Val\u00e9o balaie la voie, pour inviter les voitures, les camions \u00e0 ralentir, \u00e0 prendre le tract pour la manif. Et sa lueur \u00e9claire mon cahier, pour que je gribouille des notes dans mon cahier. C\u2019est sa femme, elle,\u00a0<i>\u00ab aide-soignante au service traumatologie \u00bb<\/i>. Pas en pleine forme, d\u00e9j\u00e0 :<i>\u00a0\u00ab Je souffre de poly-arthrologie. Je travaille sous morphine.<br \/>\n\u2013 A cause de votre m\u00e9tier ?<br \/>\n\u2013 Bah oui, \u00e0 force de porter. Deux ans de plus, c\u2019est pas possible\u2026 Ils se rendent compte ? \u00bb<\/i>\u00a0Mais aujourd\u2019hui, elle vient pour autre chose, au-del\u00e0 d\u2019elle, au-del\u00e0 de la retraite :\u00a0<i>\u00ab C\u2019est le ras-le-bol : ils nous poussent \u00e0 bout, ils d\u00e9truisent l\u2019h\u00f4pital. On ne parle plus de soin, mais d\u2019<\/i>\u00ab\u00a0<i>acte<\/i>\u00ab\u00a0<i>. A la limite, ma cadre, que le patient soit lav\u00e9 ou pas lav\u00e9, elle s\u2019en fiche\u2026\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Et son mari\u00a0? \u00ab\u00a0<i>Chez Val\u00e9o, j\u2019ai commenc\u00e9 par cinq ans d\u2019int\u00e9rim, mais hach\u00e9, avec du ch\u00f4mage entre les missions. Je suis sur les embrayages de camion, mais le pire, c\u2019est que Macron, il a \u00e9limin\u00e9 de la p\u00e9nibilit\u00e9 le port des charges lourdes. Qu\u2019il vienne se trimbaler les embrayages de camion ! Du coup, entre ces deux r\u00e9formes, je prends trois ann\u00e9es de plus. Jusque 65 ans. \u00bb<\/i><\/p>\n<p>Le rond-point de l\u2019Oncle Sam est bien bloqu\u00e9, avec des barricades de pneus sur la chauss\u00e9e, des barnums sur la pelouse pour le caf\u00e9.<br \/>\n<i>\u00ab La m\u00e9decine du travail, nous-m\u00eames, on conseille aux gars de rien dire<\/i>, me raconte un syndicaliste Force Ouvri\u00e8re chez Goodyear-Dunlop.<br \/>\n<i>\u2013 Pourquoi ?<br \/>\n\u2013 Eh bien, s\u2019il leur dit qu\u2019il souffre du dos, comme moi, ou des \u00e9paules, ou des genoux, ou de n\u2019importe, le m\u00e9decin il fait quoi ? Il recommande un poste adapt\u00e9. C\u2019est son boulot. Le gars revient avec son papier, sauf que la direction r\u00e9pond :<\/i>\u00a0\u00ab\u00a0Des postes adapt\u00e9s, il n\u2019y en a plus\u2026\u00a0\u00bb<i>\u00a0Et du coup, ils le licencient pour inaptitude. On en a au moins un ou deux par mois, des comme \u00e7a, de tous les \u00e2ges. C\u2019est la double peine : le boulot les fait souffrir, et on les vire \u00e0 cause de \u00e7a. Faut souffrir en silence. Moi, je me suis fait op\u00e9rer quatre fois du dos, mais je ne le dis pas dedans.<br \/>\n\u2013 Moi, j\u2019attends la retraite pour passer sur le billard.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Avant,<\/i>\u00a0compare un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Airbus, l<i>es maladies, \u00e7a venait vers 50-55 ans. D\u00e9sormais, c\u2019est descendu \u00e0 40-45. Et on a D\u00e9d\u00e9, 31 ans, il a les \u00e9paules flingu\u00e9es, sept ans au rivetage, avec son pistolet multi-frappe, il est foutu. Parce qu\u2019avec la<\/i>\u00a0\u00ab\u00a0moving line\u00a0\u00bb,<i>\u00a0comme ils appellent \u00e7a, ils ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 les cadences. Auparavant, le gars avait sa perceuse \u00e0 quatre m\u00e8tres, \u00e7a lui faisait une respiration. Aujourd\u2019hui, avec le<\/i>\u00a0\u00ab\u00a0lean manufacturing\u00a0\u00bb<i>, elle lui pend devant lui, tout est optimis\u00e9, il ne perd plus une seconde. Mais r\u00e9sultat, il n\u2019y a plus aucun temps de rel\u00e2chement.<br \/>\n-C\u2019est pareil pour nous, encha\u00eene un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d\u2019Auchan\u00a0: il n\u2019y a plus de temps mort. Ils appellent \u00e7a le<\/i>\u00a0\u00ab\u00a0mod\u00e8le organisationnel\u00a0\u00bb<i>. Avant, tu g\u00e9rais un rayon, tu faisais du remplissage, tu g\u00e9rais les stocks, tu changeais les prix. C\u2019\u00e9tait vari\u00e9, et tu avais ton territoire\u00a0: le gars de la cr\u00e9merie \u00e9tait fier de bien tenir sa partie. Maintenant, tu ne fais plus que du remplissage, dans tous les rayons, de tout le magasin. Tu bourres tu bourres tu bourres. Et un autre passe le soir qui met des \u00e9tiquettes partout. Ils nous ont dit, \u00e0 la pr\u00e9sentation,\u00a0<\/i>\u00ab\u00a0c\u2019est la fin des temps morts\u00a0\u00bb<i>. C\u2019est \u00e7a qui m\u2019a le plus marqu\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Je cite souvent une note de la Dares, du minist\u00e8re du Travail. En 1984, 12% des salari\u00e9s subissaient une triple contrainte physique\u00a0: se baisser, porter des charges, r\u00e9p\u00e9ter le m\u00eame geste, etc. On pourrait croire que, avec quarante ann\u00e9es de num\u00e9rique, d\u2019informatique, de m\u00e9canique, tout cela s\u2019est all\u00e9g\u00e9\u00a0? C\u2019est la start-up nation, non\u00a0? Eh bien, au contraire\u00a0: de 12%, ce taux est pass\u00e9 \u00e0 34%. Il a presque tripl\u00e9. Et il s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 60% chez les ouvriers (contre 23% auparavant). Quant aux\u00a0<i>\u00ab\u00a0contraintes psychiques\u00a0\u00bb<\/i>, elles ont bondi, multipli\u00e9 par six\u00a0: de 6% \u00e0 34%. C\u2019est contre-intuitif, \u00e7a ne colle pas au \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb. M\u00eame moi, j\u2019\u00e9tais surpris. Mais pas Christine Erhel, \u00e9conomiste\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Tous les chercheurs, tous les sociologues du travail le savent, le disent\u00a0: le travail s\u2019est intensifi\u00e9, des centres d\u2019appels aux ateliers de logistique, on ne laisse plus les salari\u00e9s respirer.\u00a0<\/i>\u00bb<\/p>\n<p>Je participais \u00e0 un colloque, organis\u00e9 par mon coll\u00e8gue d\u00e9put\u00e9 Benjamin Lucas,\u00a0<i>\u00ab\u00a0travailler moins, travailler mieux, travailler tous.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Tr\u00e8s clairement, pour ma part, l\u2019accent doit \u00eatre mis sur le\u00a0<i>\u00ab\u00a0travailler mieux.\u00a0\u00bb<\/i><br \/>\nVoil\u00e0 le socle de ma gauche\u00a0: les Fran\u00e7ais, tous les habitants de ce pays, doivent vivre de leur travail. Bien en vivre, et pas en survivre. Et bien le vivre.<\/p>\n<p class=\"center\" style=\"text-align: center;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p>Un\u00a0<i>\u00ab\u00a0pacte de la vie au travail\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0: telle \u00e9tait donc la promesse.<\/p>\n<p>Mais bon, finalement, en ce mois de juin, les macronistes n\u2019ont pas lanc\u00e9 les<i>\u00a0\u00ab\u00a0Etats G\u00e9n\u00e9raux du travail\u00a0\u00bb<\/i>. Non, \u00e0 la place, ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les\u00a0<i>\u00ab\u00a0Assises de la d\u00e9pense publique\u00a0\u00bb<\/i>. Avec cette bonne nouvelle \u00e0 la cl\u00e9\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Ouvrir un chantier pour limiter les arr\u00eats maladie.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Qui ont grimp\u00e9, en effet, en dix ans, de six \u00e0 huit millions. Elisabeth Borne et Bruno Le Maire prenaient des airs s\u00e9v\u00e8res\u00a0: les travailleurs tire-au-flanc \u00e9taient dans leur viseur, ils allaient mater tout \u00e7a. Le patron du Medef applaudissait\u00a0:<i>\u00a0\u00ab\u00a0Il y a trop d\u2019arr\u00eats de travail de complaisance en France. Surtout chez les jeunes.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>De la faute des malades, bien s\u00fbr. Des travailleurs. Et des jeunes. Des petites natures, tous ces feignants. Les causes, elles, ne seraient pas trait\u00e9es.<\/p>\n<p>Que cherchent-ils\u00a0?<br \/>\nDes petites \u00e9conomies, certes, sans doute.<br \/>\nMais surtout, des gains politiques, cyniques.<\/p>\n<p>Durant les retraites, nous avons retrouv\u00e9 une\u00a0<i>\u00ab\u00a0bipartition de l\u2019espace social\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0: nous, contre eux. Nous, les travailleurs, nous, le bas, nous rassembl\u00e9s, deux tiers des Fran\u00e7ais, quatre cinqui\u00e8me des salari\u00e9s, tous les syndicats unis, des millions dans la rue, contre eux, eux en haut, eux \u00e0 Paris, et en v\u00e9rit\u00e9\u00a0: nous tous contre Macron, presque seul.<\/p>\n<p>Il leur fallait, \u00e0 la macronie, \u00e0 la droite, le plus vite possible, casser cette unit\u00e9. Retrouver\u00a0<i>\u00ab\u00a0la tripartition de l\u2019espace social\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>: nous, eux, ils. Retrouvez le \u00ab ils\u00a0\u00bb en bas. Les cas sociaux. Les immigr\u00e9s. Les fraudeurs. D\u2019o\u00f9, tr\u00e8s vite, Le Maire qui s\u2019en prend aux mandats envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. D\u2019o\u00f9 Ciotti-Retailleau-Marleix et leur une-tribune sur l\u2019immigration. D\u2019o\u00f9 Attal sur la fraude sociale. D\u2019o\u00f9 le RSA dans le collimateur de France Travail. D\u2019o\u00f9, enfin, les arr\u00eats maladie.<br \/>\nQue les regards de la France du milieu se tournent vers le bas. Qu\u2019on stimule la petite jalousie. Et qu\u2019on oublie \u00e0 nouveau le haut.<\/p>\n<p>Je voudrais citer ici un article qu\u2019on m\u2019a remis, juste avant la sortie de ce livre, qui illustrait \u00e0 merveille mon propos, mais que j\u2019ai d\u00e9couvert trop tard pour l\u2019ajouter \u00e0 mon manuscrit\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0La conscience sociale des Gilets jaunes\u00a0: \u00e9tude sociologique de repr\u00e9sentations en lutte\u00a0\u00bb<\/i>, paru dans la revue\u00a0<i>Mots\u00a0<\/i>en 2022. C\u2019est un jeune docteur en sociologie, Samuel Legris, qui a men\u00e9 une \u00e9tude sur les ronds-points dans son coin, le Berry. Y domine une\u00a0<i>\u00ab\u00a0vision tripartite du monde social\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0:<i>\u00a0\u00ab\u00a0ceux d\u2019en bas\/nous\/ceux d\u2019en haut\u00a0\u00bb<\/i>. Comme il l\u2019\u00e9crit,\u00a0<i>\u00ab\u00a0la banalisation de la conscience sociale triangulaire\u00a0dans les strates situ\u00e9es \u00e0 la fronti\u00e8re des classes populaires et des classes moyennes, o\u00f9 se sont essentiellement recrut\u00e9s les Gilets jaunes, est constat\u00e9e depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es par les chercheurs en sciences sociales.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Elle constitue, pour lui<i>, \u00ab\u00a0le principal obstacle\u00a0\u00e0 l\u2019unification d\u2019un bloc populaire.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Comment cette<i>\u00a0\u00ab\u00a0conscience sociale triangulaire\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>se traduit-elle dans les discours ? Il y a ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb des Gilets jaunes, ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb des travailleurs modestes. Qui s\u2019opposent au \u00ab\u00a0ils\u00a0\u00bb d\u2019en haut, au gouvernement, aux \u00e9lites, qui les taxent, qui les \u00e9touffent. Mais qui s\u2019en prennent, aussi, aux\u00a0<i>\u00ab\u00a0assist\u00e9s\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0immigr\u00e9s\u00a0\u00bb<\/i>. Et recr\u00e9ent une fronti\u00e8re sociale, morale m\u00eame, entre ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb qui\u00a0<i>\u00ab\u00a0bosse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0paie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0se prive\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pr\u00e9serve\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0respecte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0joue le jeu\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0et un \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb qui\u00a0<i>\u00ab\u00a0glande\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9pense\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0profite\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9truit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0m\u00e9prise\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0triche\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Sauf que, parfois, sur des ronds-points, des gens de gauche, ou des<i>\u00a0\u00ab\u00a0assist\u00e9s\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0se pointent, s\u2019installent. Et refusent cette\u00a0<i>\u00ab\u00a0vision tripartite de l\u2019espace social\u00a0\u00bb<\/i>. Ainsi de Martine, secr\u00e9taire dans un garage agricole, qui lance \u00e0 ses coll\u00e8gues\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Moi, je suis plus pour qu\u2019on fasse descendre ceux d\u2019en haut\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i>. Et qui rappelle \u00e0 l\u2019ordre les camarades qui traitent\u00a0<i>\u00ab\u00a0ceux d\u2019en bas\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>de<i>\u00a0\u00ab\u00a0cas soc\u2019\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>ou de\u00a0<i>\u00ab\u00a0branleurs\u00a0\u00bb<\/i>.\u00a0Alors, soit par censure, soit par humanisme, par compr\u00e9hension, le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb se reforme, s\u2019\u00e9largit, le milieu cesse de bl\u00e2mer le bas. Et tous deux s\u2019unissent, dans leurs critiques, contre le haut.<\/p>\n<p>C\u2019est ce r\u00f4le que nous devons jouer dans le pays tout entier. Unifier. Unifier le bloc populaire. Unifier le milieu et le bas, et m\u00eame le haut, pour celles et ceux que la vie a servis et qui veulent servir en retour, servir un id\u00e9al de justice pour tous, nation sans exclusion. Unifier la France des bourgs et celle des tours. Unifier, contre toutes les forces centrifuges, de division, d\u2019\u00e9clatement.<\/p>\n<p>Unifier par les discours, il le faut, mais aussi par du commun, par le \u00ab\u00a0faire-ensemble\u00a0\u00bb\u00a0: les Fran\u00e7ais, les habitants de ce pays, doivent vivre de leur travail. De leur travail selon leurs moyens, pas forc\u00e9ment \u00e0 temps plein, pas seulement sur un \u00ab\u00a0march\u00e9 du travail\u00a0\u00bb qui trie, qui \u00e9reinte, qui rejette, qui fragilise les fragiles, mais aussi par des emplois aid\u00e9s, par des territoires z\u00e9ro ch\u00f4meurs, par un accompagnement\u00a0qui, dans le grand changement qu\u2019il nous faut, ne n\u00e9glige aucun talent\u00a0: bricoler, cuisiner, jardiner, creuser, s\u2019occuper de nos enfants ou de nos a\u00een\u00e9s. Chaque geste, chaque plaisir, \u00e0 chaque instant, repose sur le travail des autres, sur la masse colossale du travail des autres, et c\u2019est ainsi que nous faisons soci\u00e9t\u00e9\u00a0: un verre d\u2019eau, rien qu\u2019un verre d\u2019eau que je bois, combien de travail pour extraire la mati\u00e8re, pour la fondre dans les fours, plus l\u2019eau qu\u2019il a fallu pomper, filtrer, dans des canalisations (qui fuient, \u00e0 r\u00e9parer) pour arriver jusqu\u2019\u00e0 nos robinets\u2026 Il se trouve que, par hasard, je suis en train de lire les M\u00e9moires de Jean Monnet. Dans l\u2019imm\u00e9diate apr\u00e8s-guerre, fin 1945, alors qu\u2019il fonde le Plan, lui pr\u00e9vient le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Je ne sais pas encore exactement ce qu\u2019il faut faire, mais je suis s\u00fbr d\u2019une chose, c\u2019est qu\u2019on ne pourra pas transformer l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise sans que le peuple fran\u00e7ais participe \u00e0 cette transformation.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Et plus loin\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Toute la nation doit \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 cet effort.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ma conviction, c\u2019est que la bataille \u00e9cologique, la sauvegarde de notre plan\u00e8te, le d\u00e9fi du r\u00e9chauffement, r\u00e9clament le m\u00eame effort. Cette transformation de notre agriculture, de notre industrie, de nos logements, de nos d\u00e9placements, r\u00e9clame du travail, une masse de travail, haies \u00e0 planter, passoires thermiques \u00e0 isoler, et que chacun doit y prendre sa part\u00a0: du haut avec ses capitaux au bas avec sa main d\u2019\u0153uvre, le peuple fran\u00e7ais tout entier doit y participer. De quoi chasser le sentiment d\u2019injustice qui, aujourd\u2019hui, sinon pourrit, du moins assombrit le c\u0153ur des travailleurs.<\/p>\n<p class=\"center\" style=\"text-align: center;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tau se resserre, enfin.<\/p>\n<p>24 mai 2023. Avec pas mal d\u2019\u00e9lus de gauche, une panoplie d\u2019insoumis, je suis mont\u00e9 dans le train pour Saint-Br\u00e9vin. On y allait pour soutenir le maire, certes, Yannick Morez, d\u00e9missionnaire, harcel\u00e9 par les zemmouriens ou assimil\u00e9s, sa voiture et sa maison br\u00fbl\u00e9es. Son tort\u00a0? Avoir accueilli sur sa commune un centre de r\u00e9fugi\u00e9s. On y allait pour la R\u00e9publique en danger, c\u2019est vrai, qui file un mauvais coton. Mais on y allait aussi pour nous, pour \u2013 je dirais \u2013 nous d\u00e9senclaver.<\/p>\n<p>C\u2019est que, au fil de l\u2019ann\u00e9e parlementaire, le rejet en germe d\u00e9crit dans le bouquin ne s\u2019est pas arrang\u00e9. Au Rassemblement national, les macronistes ont accord\u00e9 deux vice-pr\u00e9sidences et des bons points\u00a0:<i>\u00a0\u00ab\u00a0S\u00e9bastien Chenu (RN) n\u2019est pas un bon mais un tr\u00e8s bon vice-pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0\u00bb<\/i>, le f\u00e9licitait sa pr\u00e9sidente, Ya\u00ebl Braun-Pivet. Tandis que de notre c\u00f4t\u00e9, on pue. On fait du bruit. On manque de respect. On a des mauvaises mani\u00e8res. Et s\u2019installe plus qu\u2019une petite musique, un v\u00e9ritable concert\u00a0:\u00a0 d\u2019abord, que,\u00a0<i>\u00ab\u00a0extr\u00eame droite et extr\u00eame gauche se valent\u00a0\u00bb<\/i>. Et puis, pire\u00a0: que nous serions pires. Que nous n\u2019appartiendrions plus \u00e0\u00a0<i>\u00ab\u00a0l\u2019arc r\u00e9publicain\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0\u2026\u00a0Nous qui l\u2019avons fond\u00e9e, la R\u00e9publique, en 1792, nous qui l\u2019avons d\u00e9fendue, toujours, nous qui sommes les fils de Danton et de Robespierre, de Gambetta et de Jaur\u00e8s, de Cl\u00e9menceau et de Blum\u00a0! Alors, Saint-Br\u00e9vin, c\u2019\u00e9tait pour r\u00e9int\u00e9grer dans les images, dans les esprits,<i>\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019arc r\u00e9publicain\u00a0\u00bb<\/i>. Pour refiler le stigmate \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 que patatras.<\/p>\n<p>A la tribune, sur la place, c\u2019est le pr\u00e9sident de l\u2019Association des Maires de France du 44, de Loire-Atlantique, qui jette un froid. Au d\u00e9tour d\u2019une phrase, je ne sais plus trop la formule, il sermonne\u00a0<i>\u00ab\u00a0l\u2019attitude indigne\u00a0\u00bb<\/i>, ou le<i>\u00a0\u00ab\u00a0comportement d\u00e9plac\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>, des d\u00e9put\u00e9s de la Nupes. Dans la foule, il est hu\u00e9, pas tout le monde mais des sifflets.<i>\u00a0\u00ab\u00a0\u00c7a vous plait pas, mais je vous le dis, c\u2019est comme \u00e7a.\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>Ouh\u00a0! On n\u2019est pas venu pour se faire engueuler\u00a0!<\/p>\n<p>Le cort\u00e8ge fait un bout de d\u00e9fil\u00e9.<\/p>\n<p>Devant sa mairie, Yannick Morez prend la parole. A son tour, \u00e0 demi-mots, il s\u2019attaque \u00e0 la gauche, aux insoumis et aux \u00e9colos<del>,<\/del>\u00a0qui veulent le z\u00e9ro artificialisation nette, ajoutant qu\u2019on ne peut plus construire, que \u00e7a am\u00e8ne de la tension avec les administr\u00e9s. Dans ce go\u00fbt-l\u00e0, en gros. Bref, on partait pour effacer la tache, la marque de honte, et on s\u2019en revient de Saint-Br\u00e9vin avec tout le contraire\u2026<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Ce sont des cons.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Dans le TGV du retour, avec un peu d\u2019amertume, la conclusion est vite tir\u00e9e par les camarades\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Ce sont des cons.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Soit, peut-\u00eatre. Mais la connerie est un fait politique majeur, \u00e9ternel, parfois majoritaire, on doit bien faire avec\u00a0!\u00a0<i>\u00ab\u00a0Le souci,<\/i>\u00a0confie un coll\u00e8gue, avec un peu de bouteille,<i>\u00a0c\u2019est que si la diabolisation tombe sur nous, on en prend pour vingt ans. On doit tout faire pour se sortir du pi\u00e8ge.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ce pi\u00e8ge, \u00eatre marginalis\u00e9, ostracis\u00e9, pas seulement \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e et dans la bonne soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019importe, mais chez nos voisins, chez les \u00e9lecteurs moyens, ce risque, \u00eatre per\u00e7u non pas comme une voie de d\u00e9cence et de bon sens, mais comme des excit\u00e9s, des azimut\u00e9s, je l\u2019avais senti tr\u00e8s vite, d\u00e8s ma campagne l\u00e9gislative, et je l\u2019avais pos\u00e9 dans cet essai. Depuis, avons-nous \u0153uvr\u00e9 pour \u00e9viter ce risque\u00a0? Pour \u00e9chapper \u00e0 ce pi\u00e8ge\u00a0? J\u2019en doute. Avons-nous \u00e9tabli, pour la\u00a0<i>\u00ab\u00a0d\u00e9diabolisation\u00a0\u00bb<\/i>, une strat\u00e9gie\u00a0? Ce n\u2019est pas une question de fond, je pense, mais davantage d\u2019expression, de style \u2013 qui fait l\u2019homme et la femme politiques.<\/p>\n<p>On sourira\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Quoi\u00a0? C\u2019est le r\u00e9alisateur de Merci patron\u00a0!, c\u2019est le d\u00e9put\u00e9 du maillot de foot \u00e0 la tribune, c\u2019est le brandisseur de carnet de ch\u00e8que, c\u2019est le multi-sanctionn\u00e9 qui vient donner des le\u00e7ons\u00a0? Qui pr\u00f4ne la sagesse et la raison\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Oui, parce que la situation a chang\u00e9. En face, au Rassemblement national, le groupe compte d\u00e9sormais 88 d\u00e9put\u00e9s, et leur leader apparait, pour de bon, comme une option vers l\u2019Elys\u00e9e. Voil\u00e0 qui peut susciter une certaine gravit\u00e9. Et nous, nous ne sommes plus dix-sept, mais soixante-quinze, et nous devrions \u00eatre la locomotive d\u2019une gauche unie. Voil\u00e0 qui, comme dirait Spiderman, impose une grande responsabilit\u00e9. Alors, m\u00eame si je dois \u0153uvrer contre moi-m\u00eame, contre mon temp\u00e9rament et mes coups de sang, j\u2019essaie.<\/p>\n<p>J\u2019essaie, parce que ce sondage vient de tomber\u00a0:<\/p>\n<figure class=\"media--image format-66-pcent _align:center orientation-landscape\">\n<div class=\"media--image--wrapper\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/francoisruffin.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Preface-je-vous-ecris-du-front-de-la-somme-sondage.png\" \/><\/div>\n<\/figure>\n<p>On fait quoi\u00a0? On hausse les \u00e9paules\u00a0? On affirme qu\u2019<i>\u00ab\u00a0on ne croit pas aux sondages\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0? On fait assaut de\u00a0<i>\u00ab\u00a0radicalit\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>, notre mot cl\u00e9, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019endiabler des \u00e9tudiants de socio en AG, et pas de convaincre un pays tout entier\u00a0? Ou \u00e7a nous fait un \u00e9lectro-choc et on s\u2019interroge, vraiment, sur le pourquoi du comment\u00a0? Le Rassemblement national vote, avec les macronistes, contre l\u2019augmentation du SMIC, contre l\u2019indexation des salaires sur l\u2019inflation, contre le gel des loyers, contre l\u2019encadrement des \u00e9carts de revenus dans les entreprises, contre le r\u00e9tablissement de l\u2019Imp\u00f4t de Solidarit\u00e9 sur la Fortune, contre le conditionnement des aides publiques aux grandes entreprises, contre la taxation des yachts et des jets priv\u00e9s, ils protestent sans bruit contre la r\u00e9forme des retraites, ne se mobilisent aucunement, et pourtant, pourtant, c\u2019est Marine Le Pen qui marque des points, qui effraie moins, qui pourrait recueillir le torrent du ressentiment. Et jusqu\u2019ici, pas nous\u2026<\/p>\n<p>Ces lignes, je les avais \u00e9crites avant le meurtre de Nahel \u00e0 Nanterre, et les r\u00e9voltes en banlieue. Qui n\u2019ont rien arrang\u00e9\u00a0: l\u2019\u00e9tau de l\u2019<i>\u00ab\u00a0arc r\u00e9publicain\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>s\u2019est encore resserr\u00e9.<\/p>\n<p>La gauche est corn\u00e9ris\u00e9e, tandis que le Rassemblement national se place au centre du jeu.<br \/>\nNous devons affronter cet enjeu, droit dans les yeux.<\/p>\n<p>Je l\u2019\u00e9nonce, mais sans fatalit\u00e9. La crise de 1929 a engendr\u00e9 le nazisme en Allemagne, mais le New Deal aux Etats-Unis, et le Front populaire en France.<br \/>\nIl n\u2019y a pas de fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>Jamais, dans notre pays, l\u2019extr\u00eame droite n\u2019est arriv\u00e9e au pouvoir par les urnes, seulement par la d\u00e9faite, en 1940, et pas pour \u00e9crire une page pleine de gloire. Il n\u2019y a pas de fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019histoire demeure ce que les hommes et les femmes en font. Elle sera ce que nous en ferons.<br \/>\nIl n\u2019y a pas de fatalit\u00e9.<br \/>\nJamais.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-137248\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LFI-vs-RN.png\" alt=\"\" width=\"292\" height=\"700\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LFI-vs-RN.png 292w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/LFI-vs-RN-125x300.png 125w\" sizes=\"auto, (max-width: 292px) 100vw, 292px\" \/><\/p>\n<section class=\"blogs__heading-wrapper\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"blogs__heading grid padding-block:600\" data-content-heading=\"\">\n<div class=\"blogs__heading__center\">\n<p class=\"subheading-product:01 color:text-product margin-top:600 \">Aujourd&rsquo;hui para\u00eet la r\u00e9\u00e9dition, en poche, de mon livre \u00ab\u00a0Je vous \u00e9cris du front de la Somme\u00a0\u00bb, aux Liens qui lib\u00e8rent. Avec cette pr\u00e9face, in\u00e9dite, en acc\u00e8s libre.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p> [&hellip;]<\/section>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6093,4454],"tags":[2626,311,4785],"class_list":["post-137247","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fascisme","category-france","tag-fascisme","tag-france","tag-francois-ruffin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137247","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=137247"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137247\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":137254,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137247\/revisions\/137254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=137247"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=137247"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=137247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}