{"id":13755,"date":"2010-07-11T08:47:20","date_gmt":"2010-07-11T06:47:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=13755"},"modified":"2013-01-02T17:59:35","modified_gmt":"2013-01-02T16:59:35","slug":"reponse-aux-commentateurs-de-mon-billet-du-4-juillet-par-bernard-friot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/07\/11\/reponse-aux-commentateurs-de-mon-billet-du-4-juillet-par-bernard-friot\/","title":{"rendered":"Repenser le travail : R\u00e9ponse aux commentateurs de mon billet du 4 juillet, par Bernard Friot"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je remercie chaleureusement les personnes qui ont comment\u00e9 mon billet du 4 juillet (<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=13534\">La pension comme salaire continu\u00e9, solution aux impasses dans lesquelles sont aujourd\u2019hui le travail et l\u2019investissement<\/a>) et je souhaite faire \u00e9cho \u00e0 leurs questions et objections en quatre points.<\/p>\n<ol> <span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>1. Syst\u00e8me utopique ou changements r\u00e9volutionnaires\u00a0?<\/strong><\/span><\/ol>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/p>\n<p>Mon propos est d\u2019observer des contradictions porteuses de changements r\u00e9volutionnaires\u00a0en mati\u00e8re d\u2019investissement et de travail, ce qui est le contraire de la construction d\u2019un syst\u00e8me utopique. A l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une d\u00e9marche utopique qui construit un syst\u00e8me imaginaire sym\u00e9trique d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 lue d\u2019une mani\u00e8re p\u00e9jorative et univoque, op\u00e9rer un changement r\u00e9volutionnaire c\u2019est savoir discerner dans le pr\u00e9sent le d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 r\u00e9volutionnaire et le porter plus loin. Ainsi, j\u2019observe une contradiction entre l\u2019emploi et le salaire \u00e0 vie que je pose au c\u0153ur de l\u2019enjeu des retraites. Construite au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle comme un salaire continu\u00e9, la pension de retraite subvertit le march\u00e9 des capitaux par l\u2019extraordinaire r\u00e9ussite d\u2019un engagement massif et de long terme assum\u00e9 sans aucune accumulation financi\u00e8re qui montre que celle-ci est inutile pour l\u2019investissement. Elle subvertit aussi le march\u00e9 du travail par l\u2019exp\u00e9rience massive du bonheur au travail d\u00e8s lors qu\u2019est attach\u00e9e \u00e0 la personne une qualification qui \u00e9tait jusqu\u2019alors l\u2019attribut de ses emplois. Les changements r\u00e9volutionnaires \u00e0 notre port\u00e9e consistent donc<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 transposer \u00e0 l\u2019investissement la cotisation sociale et \u00e0 abolir le droit de propri\u00e9t\u00e9 lucrative [1] tout en ass\u00e9chant le profit,<\/p>\n<p>&#8211; et \u00e0 attribuer \u00e0 tous \u00e0 partir de 18 ans le salaire \u00e0 la qualification des retrait\u00e9s en supprimant ainsi le march\u00e9 du travail n\u00e9gateur de notre qualit\u00e9 de cr\u00e9ateurs du monde commun.<\/p>\n<p><!--more-->L\u2019obstacle \u00e0 surmonter pour engager de tels changements r\u00e9volutionnaires est notre vision d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb tout puissant qui ne change que pour maintenir le pouvoir des dominants. Ce d\u00e9sespoir fonde notre conviction que le pr\u00e9sent n\u2019est pas porteur d\u2019un autre avenir collectif, ce qui conduit soit \u00e0 la fuite utopique, soit au cynisme, soit \u00e0 d\u2019interminables rationalisations de notre d\u00e9faitisme [2]. En appeler \u00e0 la r\u00e9sistance ne suffit pas\u00a0: n\u00e9cessaire, elle est porteuse de redoutables perversions si elle s\u2019en tient \u00e0 dire non, comme on le voit dans le devenir de tant de mouvements de lib\u00e9ration. Les r\u00e9volutionnaires sont port\u00e9s par un oui\u00a0: ils se lib\u00e8rent de l\u2019utopie, du cynisme et du d\u00e9faitisme dans la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u2019\u00eatre que nourrit l\u2019amour des personnes et donc une vision dialectique du r\u00e9el, toujours \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de la vie qui sourd des institutions les plus mortif\u00e8res. Que ceux qui pensent que les pistes que j\u2019ouvre sont trop belles et trop faciles pour \u00eatre bonnes interrogent l\u2019\u00e9trange conviction qui veut que demain sera pire qu\u2019aujourd\u2019hui\u00a0; qu\u2019ils mesurent leur d\u00e9termination \u00e0 affronter des obstacles consid\u00e9rables pour d\u00e9passer le march\u00e9 du travail et l\u2019accumulation priv\u00e9e du capital, d\u00e9passements qui pourtant sont aujourd\u2019hui \u00e0 port\u00e9e de mains.<\/p>\n<ol> <span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>2. La cotisation \u00e9conomique et le salaire \u00e0 la qualification \u00e0 vie sont l\u2019\u00e9tape aujourd\u2019hui possible de l\u2019\u00e9mancipation du travail et de la production<\/strong><\/span><\/ol>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/p>\n<p>Je partage bien s\u00fbr les interrogations de mes interlocuteurs sur la part d\u2019inconnu qu\u2019ouvre la sortie du march\u00e9 du travail et du march\u00e9 des capitaux. Se lib\u00e9rer d\u2019une partie de ses cha\u00eenes cr\u00e9e le trouble dans les routines et dans les quelques s\u00e9curit\u00e9s acquises en \u00e9change de la soumission. L\u2019essentiel est dans la solidit\u00e9 des institutions d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 de la qualification et de la cotisation sociale que nous pouvons aujourd\u2019hui porter \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur en remplacement d\u2019institutions centrales du capitalisme.<\/p>\n<p>Depuis 1945, la classe dirigeante m\u00e8ne campagne contre la cotisation sociale\u00a0: elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en mesure d\u2019emp\u00eacher sa consid\u00e9rable progression, de 32 \u00e0 65% du salaire brut. Sa r\u00e9gression qu\u2019elle organise aujourd\u2019hui au nom de la r\u00e9forme (remplacement partiel par la CSG, gel des taux, changement de sens de la cotisation comme financement du salaire continu\u00e9 en pr\u00e9voyance d\u2019un revenu diff\u00e9r\u00e9) nous place devant l\u2019alternative\u00a0: combattons-nous en d\u00e9fense (au prix de d\u00e9faites r\u00e9p\u00e9t\u00e9es) ou sommes-nous assez confiants dans la solidit\u00e9 et le caract\u00e8re \u00e9mancipateur de la cotisation pour nous battre pour son extension au financement de l\u2019investissement\u00a0qui portera un coup fatal au droit de propri\u00e9t\u00e9 lucrative\u00a0? N\u2019avons-nous pas prouv\u00e9 que faire de 30% de la valeur ajout\u00e9e un bien commun en la ponctionnant pour l\u2019affecter au salaire sous forme de cotisations sociales [3] a \u00e9t\u00e9 favorable \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9 ou aux pensions de retraite, et que nous avons su g\u00e9rer ces institutions non \u00e9tatiques du salaire socialis\u00e9 avant que la classe dirigeante s\u2019emploie \u00e0 les \u00e9tatiser pour tenter de reprendre la main sur elles\u00a0? Sur ce mod\u00e8le et forts de cette exp\u00e9rience, nous pouvons \u00e0 la fois reconqu\u00e9rir le pouvoir sur les caisses de s\u00e9curit\u00e9 sociale et affecter 25 autres % de la valeur ajout\u00e9e, qui vont aujourd\u2019hui au profit et nourrissent des portefeuilles financiers pr\u00e9dateurs et sous-investisseurs, \u00e0 une cotisation \u00e9conomique finan\u00e7ant l\u2019investissement productif sans taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Nous saurons g\u00e9rer les caisses d\u2019investissement, qui seront non \u00e9tatiques elles aussi puisque n\u00e9es de la mutualisation salariale de la valeur ajout\u00e9e, car nous avons d\u00e9j\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019examen de projets d\u2019investissement. L\u2019arbitrage entre les projets sera conflictuel, et on ne peut que s\u2019en r\u00e9jouir pour la d\u00e9mocratie \u2026 et inventer au fur et \u00e0 mesure les institutions et les r\u00e8gles de ces arbitrages.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, les conventions collectives ont class\u00e9 les postes de travail dans une grille de qualifications correspondant \u00e0 une grille de salaires que les employeurs ont d\u00fb respecter, gr\u00e2ce \u00e0 la mobilisation syndicale face au patronat de branche. Cette s\u00e9curit\u00e9 du salaire \u00e9tait tol\u00e9r\u00e9e par les employeurs parce qu\u2019elle \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 l\u2019emploi, dont ils ont seuls la ma\u00eetrise, et on pouvait penser possible un march\u00e9 du travail assurant une certaine s\u00e9curit\u00e9 de carri\u00e8re. Mais les droits salariaux li\u00e9s aux emplois sont devenus incompatibles avec la \u00ab\u00a0production de valeur pour l\u2019actionnaire\u00a0\u00bb, qui suppose une grande liquidit\u00e9 des investissements et donc une grande flexibilit\u00e9 du march\u00e9 du travail. La mise en cause de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019emploi au nom de\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019employabilit\u00e9\u00a0\u00bb nous place donc l\u00e0 aussi devant une alternative\u00a0: ou une action d\u00e9fensive pour introduire un peu de s\u00e9curit\u00e9 dans la flexibilit\u00e9 (l\u2019illusoire flexicurit\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9e par les r\u00e9formateurs) et ainsi tenter de limiter la casse, ou la revendication offensive de la fin des emplois et du march\u00e9 du travail par l\u2019attribution \u00e0 tous, sur le mod\u00e8le r\u00e9ussi des retrait\u00e9s, d\u2019une qualification personnelle et donc d\u2019un salaire \u00e0 vie, \u00e9videmment toujours \u00e9volutif au fur et \u00e0 mesure des \u00e9preuves de qualification, mais irr\u00e9vocable.<\/p>\n<p>Ainsi, la cotisation \u00e9conomique et la qualification personnelle ne naissent pas de l\u2019imagination du chercheur, elles sont l\u2019urgent prolongement d\u2019un d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 que la classe dirigeante tente de supprimer et qui ne pourra \u00eatre maintenu que par son affirmation d\u00e9cisive contre les fondements du pouvoir du capital que sont le march\u00e9 du travail et le droit de propri\u00e9t\u00e9 lucrative. Que leur remplacement pose des questions nouvelles est \u00e9vident\u00a0: il ne s\u2019agira pas de la fin de l\u2019histoire\u00a0! D\u00e9mocratiser l\u2019investissement ne nous pr\u00e9munira pas contre Bhopal. Comment allons-nous transposer \u00e0 la qualification des personnes notre exp\u00e9rience collective de la qualification des emplois\u00a0? L\u2019appariement des projets individuels et des besoins des entreprises continuera \u00e0 se faire par voie de contrat, mais la signature du contrat ne reposera plus sur le salaire offert (il faudra donc d\u2019autres arguments pour attirer les coll\u00e8gues, comme la qualit\u00e9 du travail), pas plus que sa rupture ne signifiera perte de la qualification et du salaire pour les int\u00e9ress\u00e9s. Le salaire direct ne sera plus pay\u00e9 par l\u2019entreprise, mais par des caisses (\u00e0 comp\u00e9tence de branche, territoriale, nationale ou autre) aliment\u00e9es par une cotisation \u00ab\u00a0salaire direct\u00a0\u00bb, comme il y a d\u00e9j\u00e0 une \u00ab\u00a0cotisation sociale\u00a0\u00bb, financ\u00e9e par la valeur ajout\u00e9e\u00a0: nous mutualisons d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s de la moiti\u00e9 du salaire, qui se trouve ainsi fort heureusement dissoci\u00e9 de l\u2019emploi (il est heureux que ce ne soit pas mon employeur qui paye ma contraception ou mon op\u00e9ration du c\u0153ur), il s\u2019agit de prolonger cette situation en mutualisant tout le salaire. Les contraintes, la hi\u00e9rarchie, le pouvoir de d\u00e9cision inh\u00e9rents \u00e0 tout collectif de travail seront assum\u00e9es sans la subordination capitaliste et en absence d\u2019employeurs et d\u2019actionnaires\u00a0: c\u2019est une situation d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cue \u00e0 grande \u00e9chelle dans la fonction publique, dans les coop\u00e9ratives, dans de nombreuses entreprises \u00e0 but non lucratif ou des cabinets de professions lib\u00e9rales. Les inqui\u00e9tudes des commentaires sur la motivation au travail de titulaires de salaires \u00e0 vie oublient que le malheur au travail (qui justifie selon eux la pression du chantage \u00e0 l\u2019emploi et de la subordination) est pr\u00e9cis\u00e9ment le r\u00e9sultat de l\u2019emploi [4]. Et s\u2019il reste des t\u00e2ches d\u00e9gradantes non m\u00e9canisables dans une production d\u00e9barrass\u00e9e de la valeur travail [5], il faudra nous les partager.<\/p>\n<ol> <span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>3. La qualification personnelle s\u2019oppose au revenu inconditionnel d\u2019existence<\/strong><\/span><\/ol>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/p>\n<p>Beaucoup de commentaires voient dans mon billet une argumentation en faveur du revenu inconditionnel d\u2019existence. C\u2019est un contresens. Le salaire universel (pour tous, \u00e0 travers la qualification personnelle, et pour tout, avec la salarisation de l\u2019investissement par la cotisation \u00e9conomique) est contradictoire au revenu universel. J\u2019ai d\u00e9battu \u00e0 ce propos avec Guy Standing [6]. Bri\u00e8vement\u00a0: un revenu est ce que l\u2019on tire d\u2019un patrimoine, ce qui conforte l\u2019id\u00e9ologie de la propri\u00e9t\u00e9 lucrative, alors que le salaire la subvertit\u00a0; au maximum \u00e9gal au Smic, le revenu universel appelle un \u00ab\u00a0second ch\u00e8que\u00a0\u00bb que l\u2019on tire d\u2019un emploi, ce qui conforte la logique du march\u00e9 du travail que le salaire abolit\u00a0; revenu d\u2019existence, il nous pose comme des \u00eatres de besoins, comme le fait le capital, alors que le salaire nous pose comme participants \u00e0 la production du bien commun au titre de notre qualification. Bref, comme toute utopie, le revenu d\u2019existence est sym\u00e9trique, et non pas contraire, aux institutions du capital.<\/p>\n<ol> <span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>4. La lutte de classes et la probl\u00e9matique r\u00e9actionnaire des g\u00e9n\u00e9rations<\/strong><\/span><\/ol>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/p>\n<p>Je conclus ce billet en \u00e9voquant les commentaires qui renvoient \u00e0 la probl\u00e9matique des g\u00e9n\u00e9rations, qu\u2019il s\u2019agisse de la guerre des g\u00e9n\u00e9rations ou de la solidarit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle. L\u2019invocation des \u00ab\u00a0\u00e2ges de la vie\u00a0\u00bb comme celle des \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0vieillissement\u00a0\u00bb n\u2019a de sens f\u00e9cond que pour les biographies individuelles. Transpos\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9, ces notions sont particuli\u00e8rement r\u00e9actionnaires. Une soci\u00e9t\u00e9 ne vieillit pas\u00a0: pour montrer l\u2019absurdit\u00e9 du propos, on pourrait dire, en consid\u00e9rant qu\u2019aujourd\u2019hui on est \u00e0 70 ans dans la situation de sant\u00e9 de ceux qui en 1850 avaient 40 ans et que la part des plus de 70 ans est inf\u00e9rieure \u00e0 celle des plus de 40 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, que nos soci\u00e9t\u00e9s sont aujourd\u2019hui plus jeunes qu\u2019au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. De m\u00eame le statut de salari\u00e9 abstrait les personnes de leurs caract\u00e9ristiques biographiques d\u2019\u00e2ge, de genre, de nationalit\u00e9. Ce qui diff\u00e9rencie un retrait\u00e9 d\u2019un actif, ce n\u2019est pas la g\u00e9n\u00e9ration, c\u2019est le support du salaire\u00a0: la personne pour le premier, l\u2019emploi pour le second. Savoir lire cette diff\u00e9rence, c\u2019est pointer une subversion du capitalisme par le salaire \u00e0 vie et la possible suppression des employeurs et des actionnaires, alors que la lire comme diff\u00e9rence de g\u00e9n\u00e9rations, c\u2019est pratiquer une naturalisation des \u00e2ges qui d\u00e9signe comme adversaires d\u2019autres salari\u00e9s. Affirmer, comme le font les opposants \u00e0 la r\u00e9forme, que les g\u00e9n\u00e9rations ne sont pas adversaires, que la solidarit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle est au c\u0153ur du lien social, ne change rien \u00e0 l\u2019affaire. Dans la production, le lien social ne met pas en pr\u00e9sence des g\u00e9n\u00e9rations mais des employeurs et des actionnaires confront\u00e9s \u00e0 des salari\u00e9s. Quand les r\u00e9formateurs tentent d\u2019opposer les \u00e2ges comme ils opposent les nationalit\u00e9s ou les genres, c\u2019est pour \u00e9viter l\u2019affirmation de salari\u00e9s et d\u2019institutions du salaire susceptibles d\u2019en finir avec les employeurs et les actionnaires. Exactement comme la probl\u00e9matique de la guerre des g\u00e9n\u00e9rations, celle de la solidarit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle fait des retrait\u00e9s des anciens salari\u00e9s, certes aux activit\u00e9s utiles mais qui ne travaillent plus et ne peuvent vivre que d\u2019une ponction sur la valeur cr\u00e9\u00e9e par les actifs. C\u2019est l\u00e0 s\u2019interdire toute alternative au capitalisme. Je reprends ce que je disais dans mon pr\u00e9c\u00e9dent billet\u00a0: \u00ab\u00a0travailler, est-ce tenir un emploi (qualification du poste) ou avoir un salaire \u00e0 vie (qualification de la personne)\u00a0? Le salaire \u00e0 la qualification \u00e0 vie des retrait\u00e9s transforme leur activit\u00e9 en travail. Le salaire \u00e0 vie est tr\u00e8s sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019emploi pour assumer notre aspiration \u00e0 contribuer au bien commun, car ce qu\u2019il d\u00e9finit comme travail s\u2019en rapproche davantage que ce que l\u2019emploi d\u00e9signe comme travail.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>======================<\/p>\n<p>[1] La propri\u00e9t\u00e9 lucrative est la possession d\u2019un patrimoine que l\u2019on ne consomme pas afin d\u2019en tirer un revenu, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019usage. C\u2019est la propri\u00e9t\u00e9 lucrative qui emp\u00eache la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019usage (exemple du report des titres sur le march\u00e9 du logement, source d\u2019une hausse des prix qui interdit \u00e0 beaucoup l\u2019achat d\u2019un logement). La d\u00e9fense de la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019usage suppose l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 lucrative.<\/p>\n<p>[2] Dont une des plus r\u00e9currentes (et les commentaires n\u2019y d\u00e9rogent pas) est l\u2019invocation de la mondialisation pour dire que nous ne pouvons rien changer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale ou europ\u00e9enne. Comme si l\u2019essentiel de nos \u00e9changes commerciaux n\u2019\u00e9taient pas intra-europ\u00e9ens, et comme si nous n\u2019attirions pas plus de capitaux que nous n\u2019en exportons.<\/p>\n<p>[3] Attention \u00e0 la confusion de nombreux commentaires\u00a0: les prestations sociales ne sont \u00e9videmment pas financ\u00e9es sur le salaire, mais sur la valeur ajout\u00e9e\u00a0; elles sont une ponction sur le profit op\u00e9r\u00e9e par des cotisations sociales calcul\u00e9es en pourcentage du salaire pour bien affirmer qu\u2019elles sont du salaire et qui, comme tout le salaire, sont une part de la valeur ajout\u00e9e. Qu\u2019elles s\u2019ajoutent en France \u00e0 des salaires directs plus bas que dans des pays o\u00f9 elles ont un poids plus faible montre l\u2019importance que nous attachons \u00e0 affecter la valeur ajout\u00e9e \u00e0 des formes non marchandes de production de biens et services. A contrario,\u00a0 l\u2019\u00e9tat catastrophique du march\u00e9 de l\u2019immobilier montre combien nous aurions gagn\u00e9 \u00e0 faire du logement une branche de la s\u00e9curit\u00e9 sociale \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la sant\u00e9 ou de la retraite.<\/p>\n<p>[4] Contre une s\u00e9rie de commentaires, j\u2019insiste sur le fait que nous sommes plus proches quantitativement et qualitativement du plein emploi que pendant les trente glorieuses\u00a0: le taux d\u2019emploi des 20-60 ans est nettement sup\u00e9rieur, et la qualit\u00e9 de l\u2019emploi aussi. La possibilit\u00e9 de recenser et d\u2019indemniser les demandeurs d\u2019emploi offerte par l\u2019Unedic en 1958 et l\u2019ANPE en 1967 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 leur existence, tout comme l\u2019invention du CDI au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 a impos\u00e9 de donner un cadre juridique aux petits boulots, et les a ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Mais ces thermom\u00e8tres n\u2019ont pas cr\u00e9\u00e9 la fi\u00e8vre. Et qu\u2019un taux d\u2019emploi sup\u00e9rieur avec des emplois de meilleure qualit\u00e9 juridique suscite plus de souffrance au travail ne surprendra que ceux qui ne veulent pas voir que l\u2019emploi, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9duction des personnes \u00e0 des forces de travail sur un march\u00e9, ne peut qu\u2019engendrer la n\u00e9gation des travailleurs comme uniques producteurs, qu\u2019elle se manifeste dans le ch\u00f4mage (il n\u2019y a de ch\u00f4mage que parce qu\u2019il y a de l\u2019emploi, c\u2019est-\u00e0-dire une qualification des postes et non pas des personnes) ou dans l\u2019impossibilit\u00e9 pour ceux qui ont un emploi de \u00ab\u00a0bien travailler\u00a0\u00bb. L\u2019emploi est aujourd\u2019hui, avec le sous-investissement, le principal obstacle au travail.<\/p>\n<p>[5] Sur ce point tr\u00e8s important que je n\u2019ai pas la place de d\u00e9velopper, comme d\u2019ailleurs sur le reste de mon argumentaire, je renvoie \u00e0 <em>L\u2019enjeu des retraites<\/em> que j\u2019ai publi\u00e9 en mars dernier \u00e0 La  Dispute (et \u00e0 <em>L\u2019enjeu du salaire<\/em> que je publie en 2011 chez le m\u00eame \u00e9diteur).<\/p>\n<p>[6] Pour un salaire universel, r\u00e9ponse \u00e0 Guy Standing, <em>les Mondes du Travail,<\/em> n\u00b0 5, janvier 2008, pp. 107-116.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Je remercie chaleureusement les personnes qui ont comment\u00e9 mon billet du 4 juillet (<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=13534\">La pension comme salaire continu\u00e9, solution aux impasses dans lesquelles sont aujourd\u2019hui le travail et l\u2019investissement<\/a>) et je souhaite faire \u00e9cho \u00e0 leurs questions et objections en quatre points.<\/p>\n<ol> <span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>1. Syst\u00e8me utopique ou changements r\u00e9volutionnaires\u00a0?<\/strong><\/span><\/ol>\n<p><span [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,90,102],"tags":[4476,689,338,4477],"class_list":["post-13755","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-entreprise","category-travail","tag-entreprise","tag-retraites","tag-salaires","tag-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13755","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13755"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13755\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48152,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13755\/revisions\/48152"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13755"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13755"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13755"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}