{"id":13976,"date":"2010-07-18T20:37:34","date_gmt":"2010-07-18T18:37:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=13976"},"modified":"2013-01-02T17:59:13","modified_gmt":"2013-01-02T16:59:13","slug":"argent-on-a-perdu-le-mode-demploi-par-pierre-sarton-du-jonchay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/07\/18\/argent-on-a-perdu-le-mode-demploi-par-pierre-sarton-du-jonchay\/","title":{"rendered":"Argent : on a perdu le mode d&#8217;emploi, par Pierre Sarton du Jonchay"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Nature juridique de l&rsquo;argent<\/strong><\/p>\n<p>Paul Jorion r\u00e9tablit dans <em>L&rsquo;argent, mode d&#8217;emploi<\/em> la distinction entre argent et reconnaissance de dette, fondamentale pour comprendre la crise. Argent et dette sont conceptuellement diff\u00e9rents mais mat\u00e9riellement li\u00e9s. Sch\u00e9matiquement : Pierre pr\u00eate un objet de valeur \u00e0 Paul contre sa promesse non pas de lui rendre mais de lui rembourser la mesure, le prix. Pierre et Paul sont en confiance, se reconnaissent r\u00e9ciproquement comme dignes de confiance et sont d\u2019accord sur la mesure d\u2019\u00e9quivalence entre ce que l&rsquo;un pr\u00eate et l&rsquo;autre remboursera. A ce stade il y a dette mais pas d\u2019argent. La relation entre Pierre et Paul n\u2019a aucune utilit\u00e9 directe pour la soci\u00e9t\u00e9 et le march\u00e9.<\/p>\n<p>Ils conviennent maintenant de prendre un tiers \u00e0 t\u00e9moin et s&rsquo;adressent \u00e0 une banque pour enregistrer leur contrat. La banque s\u2019interpose entre eux par des \u00e9critures. Elle enregistre Paul comme emprunteur et Pierre comme d\u00e9posant pour la quantit\u00e9 convenue entre eux. D\u00e8s lors que les comp\u00e8res font clairement savoir \u00e0 la banque qu&rsquo;ils sont d\u2019accord sur la chose, le prix et l\u2019\u00e9ch\u00e9ance, la banque n\u2019a m\u00eame pas besoin de conna\u00eetre visuellement ou intellectuellement l\u2019objet et la mesure de l&rsquo;\u00e9change. Elle se contente de t\u00e9moigner de l&rsquo;accord ind\u00e9pendamment de son objet en inscrivant la m\u00eame mesure \u00e0 son actif et \u00e0 son passif. L\u2019objet de l&rsquo;\u00e9change et la mesure de son prix qui \u00e9taient entre Pierre et Paul une seule et m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 sont d\u00e9sormais dissoci\u00e9s par l\u2019interm\u00e9diation bancaire qui ne conna\u00eet qu\u2019un prix et les droits r\u00e9ciproques entre des personnes. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette interm\u00e9diation est que la banque peut affirmer qu\u2019elle dispose de la mesure d\u2019une valeur r\u00e9elle \u00e0 terme, celle que Paul a promise et que Pierre a accept\u00e9e. Pierre peut en tirer un b\u00e9n\u00e9fice dans l&rsquo;utilisation imm\u00e9diate de son d\u00e9p\u00f4t comme moyen de r\u00e8glement. La banque a actualis\u00e9 une cr\u00e9ance de valeur future en mesure pr\u00e9sente de la valeur imm\u00e9diatement utilisable.<\/p>\n<p><!--more--><strong>\u00c9mission mon\u00e9taire<\/strong><\/p>\n<p>Pour le moment, il n&rsquo;y a toujours pas d\u2019argent ; plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019argent en puissance mais pas en acte (Paul Jorion, dans L&rsquo;argent mode d&#8217;emploi, page 67). Par contre, Pierre, Paul et la banque forment entre eux une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;interm\u00e9diation financi\u00e8re : la banque et Pierre produisent la mesure d\u2019un droit \u00e0 la valeur r\u00e9elle, pr\u00e9sent pour Paul qui emprunte et futur pour Pierre qui sera rembours\u00e9. De l\u2019existence d\u2019un \u00e9tat de droit entre les trois, la banque va produire de l\u2019argent ; transformer l&rsquo;argent en puissance dans la cr\u00e9ance interm\u00e9di\u00e9e de Pierre sur Paul en argent en acte. L\u2019\u00e9change d\u2019un objet quelconque contre argent a trois effets : la mesure de la valeur de l\u2019objet, le r\u00e8glement d\u2019une dette entre l\u2019acheteur et le vendeur, la mise en r\u00e9serve de valeur pour l\u2019avenir au b\u00e9n\u00e9fice du vendeur pr\u00e9sent du r\u00e9el. Ces trois effets sont parfaitement conserv\u00e9s si la banque utilise le contrat entre Pierre et Paul pour pr\u00eater la mesure de la valeur \u00e0 un acheteur quelconque ou l\u2019emprunter \u00e0 un vendeur quelconque. La certitude du contrat entre Pierre et Paul implique que Paul va amorcer une suite d&rsquo;\u00e9changes pour produire la valeur qu&rsquo;il doit \u00e0 Pierre. Il est de leur int\u00e9r\u00eat commun que la banque utilise la promesse de valeur \u00e0 terme par des cr\u00e9dits d&rsquo;origine post\u00e9rieure et d&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance ant\u00e9rieure. Le cr\u00e9dit initial va produire de nouveaux cr\u00e9dits qui transforment la valeur de l&rsquo;objet emprunt\u00e9 par Paul en valeur \u00e0 terme remboursable \u00e0 Pierre.<\/p>\n<p>Pour transformer des dettes en argent au b\u00e9n\u00e9fice de ses nouveaux d\u00e9posants ou emprunteurs, la banque ne va pas proc\u00e9der comme avec Pierre et Paul entre lesquels la confiance a pr\u00e9-exist\u00e9. En r\u00e9glant avec l\u2019argent de la banque, l\u2019emprunteur-acheteur ne contracte pas une dette vis-\u00e0-vis du vendeur. De m\u00eame le d\u00e9posant-vendeur d&rsquo;un bien r\u00e9el se retrouve propri\u00e9taire d\u2019une r\u00e9serve de valeur garantie par la banque et non par l\u2019acheteur. La banque transforme en argent la dette d&rsquo;origine entre Pierre et Paul en prenant trois risques : que la valeur r\u00e9elle \u00e0 terme produite par l\u2019emprunteur en quantit\u00e9 et en \u00e9ch\u00e9ance pour rembourser la banque ne soit pas suffisante ; que le d\u00e9posant d\u00e9pense sa cr\u00e9ance sur la banque avant les remboursements des d\u00e9biteurs ; que la transformation macro-\u00e9conomique d&#8217;emprunts bancaires en valeur r\u00e9elle \u00e0 terme reste inf\u00e9rieure \u00e0 la masse des d\u00e9p\u00f4ts et pr\u00eats aux banques. Quand un d\u00e9posant d\u00e9pense sa cr\u00e9ance bancaire, il appartient au d\u00e9positaire d&rsquo;en assurer la liquidit\u00e9 en contrevaleur r\u00e9elle. La quantit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance sont d\u00e9cid\u00e9es par le d\u00e9posant et non la banque. La transformation du cr\u00e9dit en monnaie est un exercice rationnel dont l\u2019\u00e9quilibre conceptuel indiscutable ne co\u00efncide pas n\u00e9cessairement en temps et en quantit\u00e9 avec l\u2019\u00e9quilibre de la r\u00e9alit\u00e9 physique mat\u00e9rielle voulue par les agents \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><strong>Monnaie et risque<\/strong><\/p>\n<p>Pour que l&rsquo;anticipation d&rsquo;un banquier qui pr\u00eate et emprunte co\u00efncide avec la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 terme, il faut que son d\u00e9biteur soit effectivement vendeur au terme du cr\u00e9dit d&rsquo;un objet de valeur r\u00e9elle. L&rsquo;acheteur au terme du cr\u00e9dit du vendeur doit disposer dans une autre banque de la mesure \u00e0 terme en argent du prix de l&rsquo;objet. La r\u00e9conciliation de la vente \u00e0 terme sous-jacente au cr\u00e9dit dans la premi\u00e8re banque avec la mesure \u00e0 terme en argent de l&rsquo;acheteur dans la deuxi\u00e8me banque se fait par le march\u00e9 interbancaire. La deuxi\u00e8me banque pr\u00eate \u00e0 la premi\u00e8re la mesure de la valeur \u00e0 terme de l&rsquo;objet r\u00e9el. La transformation du cr\u00e9dit en monnaie entre des acheteurs, des vendeurs et des banques est un circuit d&rsquo;\u00e9change entre un objet r\u00e9el \u00e0 terme, la mesure en argent de cet objet et la d\u00e9finition en droit et obligation de cet objet. Entre un acheteur \u00e0 terme d\u00e9posant dans une banque de son pouvoir d&rsquo;achat actuel en argent et le syst\u00e8me interbancaire, l&rsquo;\u00e9change de la valeur ne se fait pas sur la r\u00e9alit\u00e9 objective mais sur la r\u00e9alit\u00e9 subjective, uniquement par des mesures et des d\u00e9finitions juridiques d&rsquo;objets de valeur. Entre banques et d\u00e9posants, il n&rsquo;y a que des r\u00e9alit\u00e9s verbales. Entre banques et emprunteurs, il y a normalement des r\u00e9alit\u00e9s physiques et subjectives : un pr\u00eat bancaire d&rsquo;argent est non seulement une mesure de la valeur \u00e0 terme mais l&rsquo;anticipation raisonnable d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 physique par l&rsquo;appr\u00e9ciation d&rsquo;un engagement personnel d&rsquo;un emprunteur.<\/p>\n<p>C\u2019est ici qu&rsquo;intervient le divorce actuel entre finance et politique d\u2019un cot\u00e9 et \u00e9conomie r\u00e9elle de l\u2019autre. La crise des subprimes a r\u00e9sult\u00e9 de l&rsquo;abandon par les interm\u00e9diaires financiers, aux \u00c9tats-Unis et ailleurs, du lien entre cr\u00e9dit, r\u00e9alit\u00e9 et droit. Les cr\u00e9dits subprimes et leur titrisation ont \u00e9t\u00e9 un simple calcul sans r\u00e9alit\u00e9 sous-jacente observable et sans relation sociale r\u00e9gl\u00e9e par le droit entre le pr\u00eateur et l&#8217;emprunteur. L&rsquo;argent \u00e0 circul\u00e9 issu d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 future non mesur\u00e9e vers un pr\u00e9sent non humainement engag\u00e9. L&rsquo;argent a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 sans cr\u00e9dit v\u00e9ritable qui s&rsquo;adosse \u00e0 un futur r\u00e9alisable. Les mesures de cr\u00e9dit se sont accumul\u00e9es hors de l&rsquo;actualisation de la r\u00e9alit\u00e9 future raisonnable. Le march\u00e9 interbancaire s&rsquo;est gel\u00e9 en 2007 quand les op\u00e9rateurs du cr\u00e9dit ont pris conscience qu&rsquo;ils se gavaient d&rsquo;illusions.<\/p>\n<p>La mystification s&rsquo;est jou\u00e9e entre banques centrales et banques commerciales. La fonction d&rsquo;une banque centrale est d&rsquo;assurer l&rsquo;interbancarit\u00e9. Les banques commerciales mat\u00e9rialisent le rapport qu&rsquo;elles \u00e9tablissent entre un objet anticip\u00e9 r\u00e9el de valeur future et sa mesure en argent. Pour qu&rsquo;elles fassent circuler leurs mesures de cr\u00e9dit entre elles en se pr\u00eatant r\u00e9ciproquement, il faut que leur unit\u00e9 de compte soit la m\u00eame. Cette unit\u00e9 est cr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;obligation bancaire d&rsquo;avoir des d\u00e9p\u00f4ts ou des emprunts dans la m\u00eame banque centrale \u00e9mettrice d&rsquo;une m\u00eame monnaie. Les banques commerciales ne peuvent pas op\u00e9rer cette mat\u00e9rialisation sans former entre elles un march\u00e9 unique du cr\u00e9dit. L&rsquo;existence de ce march\u00e9 requiert une banque commune qui vende dans ses cr\u00e9dits une m\u00eame loi d&rsquo;\u00e9quivalence entre des anticipations financi\u00e8res et leur mesure en monnaie. Une banque centrale pr\u00eate la valeur d&rsquo;un syst\u00e8me commun de contr\u00f4le du cr\u00e9dit. Pour emprunter \u00e0 la banque centrale, une banque doit d\u00e9montrer en permanence qu&rsquo;elle se conforme \u00e0 la r\u00e9gulation commune du cr\u00e9dit.<\/p>\n<p><strong>Disparition de la monnaie sans loi<\/strong><\/p>\n<p>Le principe d&rsquo;interbancarit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de la monnaie implique l&rsquo;unit\u00e9 de juridiction. L&rsquo;op\u00e9rateur financier non soumis au contr\u00f4le de la loi commune ne doit pas acc\u00e9der au cr\u00e9dit central m\u00eame indirectement. Or il n&rsquo;y a plus aucune loi mon\u00e9taire commune dans le syst\u00e8me financier mondialis\u00e9 depuis l&rsquo;abandon de l&rsquo;\u00e9talon or en aout 1971. Il n&rsquo;existe non plus de restriction \u00e0 l&rsquo;\u00e9mission de dollars, euros ou autres hors du p\u00e9rim\u00e8tre de juridiction de leur banque centrale. Les banques europ\u00e9ennes travaillent depuis longtemps en dollar hors du contr\u00f4le des autorit\u00e9s mon\u00e9taires \u00e9tatsuniennes. Apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 sous Paul Volcker \u00e0 contr\u00f4ler la masse mon\u00e9taire mondiale, la R\u00e9serve F\u00e9d\u00e9rale a renonc\u00e9 avec le gouvernement \u00e9tatsunien a r\u00e9guler le cr\u00e9dit et la monnaie. Les cr\u00e9dits de la Fed au syst\u00e8me bancaire mondial ne sont pas consentis selon une loi commune d&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9alit\u00e9 mais uniquement selon le prix de l&rsquo;argent. Le prix de l&rsquo;argent refl\u00e8te les limites prudentielles que les emprunteurs se donnent pour produire la contrevaleur r\u00e9elle \u00e0 terme du remboursement de leurs emprunts. Plus le prix de l&rsquo;argent est \u00e9lev\u00e9, plus les anticipations financi\u00e8res sont prudentes et moins il est possible que les cr\u00e9dits ne soient pas rembours\u00e9s. Le prix de l&rsquo;argent anticipe l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 terme de l&rsquo;offre et de la demande bancaires de d\u00e9dommagements financiers n\u00e9cessaires \u00e0 ne pas imputer sur les d\u00e9p\u00f4ts les pertes de cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Le prix de l&rsquo;argent contient le co\u00fbt anticip\u00e9 du risque de cr\u00e9dit. Les politiques centrales de facilit\u00e9 mon\u00e9taire ont retir\u00e9 aux banques la facult\u00e9 de mesurer entre elles le co\u00fbt collectif de leur risque de cr\u00e9dit. Elles ont appris \u00e0 avoir une taille suffisante pour obtenir \u00e0 coup s\u00fbr les cr\u00e9dits qui excluent toute faillite. La loi d&rsquo;\u00e9quivalence stable entre la r\u00e9alit\u00e9 raisonnablement pr\u00e9visible et l&rsquo;\u00e9mission de cr\u00e9dits a \u00e9t\u00e9 progressivement suspendue. La mati\u00e8re premi\u00e8re de fabrication de l&rsquo;argent a disparu : la confiance issue de la soci\u00e9t\u00e9 du droit de la r\u00e9alit\u00e9 interpersonnelle. L&rsquo;absence de soci\u00e9t\u00e9 internationale de droit a permis aux op\u00e9rateurs financiers d&rsquo;enr\u00f4ler les \u00c9tats et banques centrales dans la guerre mondiale de la mesure en argent sans cr\u00e9dit. Les \u00c9tats ont rachet\u00e9 les cr\u00e9ances creuses des banques avec l&rsquo;argent \u00e9mis par les banques centrales.<\/p>\n<p><strong>Le march\u00e9 international de la v\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Argent et cr\u00e9dit sont actuellement effectivement confondus. La mesure internationale du cr\u00e9dit force une r\u00e9alit\u00e9 qui n&rsquo;existe pas. Les pouvoirs politiques ne veulent pas comprendre que la confusion n\u2019est acceptable en pratique que par la permanence effective et universelle de l&rsquo;\u00c9tat de droit ; d&rsquo;une situation ou tout \u00e9pargnant sait que son d\u00e9positaire passe des contrats de r\u00e9alit\u00e9 avec des emprunteurs pour investir dans de vrais objets de la valeur future demand\u00e9e \u00e0 terme. Et les financiers font semblant d\u2019ignorer qu\u2019argent et cr\u00e9dit sont math\u00e9matiquement fongibles dans les m\u00eames quantit\u00e9s et les m\u00eames calculs mais renvoient \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes diff\u00e9rentes. L\u2019argent est unit\u00e9 de mesure contingente au cr\u00e9dit. Le cr\u00e9dit est confiance humaine contingente \u00e0 l\u2019argent. La seule mani\u00e8re de garder l\u2019\u00e9quilibre entre la raison, la confiance et la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, c\u2019est le march\u00e9 r\u00e9gul\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 du bien commun. Un bien commun qui n\u2019est pas une abstraction id\u00e9ologique mais une r\u00e9alit\u00e9 de raison, de confiance et de mat\u00e9rialit\u00e9 physique pr\u00e9sente et future que le march\u00e9 seul puisse v\u00e9ritablement r\u00e9v\u00e9ler.<\/p>\n<p>Parce que l\u2019autorit\u00e9 politique est d\u00e9positaire du bien commun, elle se croit propri\u00e9taire de sa d\u00e9finition et de sa r\u00e9alisation. L\u00e0 est l\u2019impasse actuelle des monnaies et du bancor. Si les \u00c9tats nationaux font leur travail de maintenir l\u2019ordre public d\u2019un bien commun perp\u00e9tuellement ren\u00e9gociable entre nationalit\u00e9s, soci\u00e9t\u00e9s et individus, la monnaie produite par le syst\u00e8me financier \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur-m\u00eame de cet ordre public suffit \u00e0 quantifier des droits nominalement diff\u00e9renti\u00e9s en plusieurs langues et cultures. Pour y parvenir, il faut renoncer au dogmatisme d&rsquo;un bien abstrait de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique et accepter le march\u00e9 comme lieu de calcul du bien commun par des discours diff\u00e9rents. Si la mat\u00e9rialit\u00e9 physique est naturellement commune \u00e0 l\u2019existence humaine, il faut pour que l&rsquo;anticipation financi\u00e8re en produise de la valeur que les personnes puissent s\u2019exprimer librement en assumant les cons\u00e9quences r\u00e9elles de leurs paroles \u00e9chang\u00e9es. Il faut qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de droit instaure un march\u00e9 o\u00f9 les prix ne soient pas engag\u00e9s sans que leur objet ne l&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 \u00e9galement.<\/p>\n<p>Le vrai march\u00e9 calcule le risque de la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment de sa mesure en cr\u00e9dit. Alors le cr\u00e9dit exempt de risque devient la mati\u00e8re d&rsquo;une monnaie s\u00fbre. L&rsquo;argent devient le signe mat\u00e9riel de la vraie monnaie fond\u00e9e sur la foi dans la r\u00e9alit\u00e9 subjective et objective.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Nature juridique de l&rsquo;argent<\/strong><\/p>\n<p>Paul Jorion r\u00e9tablit dans <em>L&rsquo;argent, mode d&#8217;emploi<\/em> la distinction entre argent et reconnaissance de dette, fondamentale pour comprendre la crise. Argent et dette sont conceptuellement diff\u00e9rents mais mat\u00e9riellement li\u00e9s. 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