{"id":141130,"date":"2024-08-02T11:56:42","date_gmt":"2024-08-02T09:56:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=141130"},"modified":"2024-08-02T13:49:25","modified_gmt":"2024-08-02T11:49:25","slug":"sur-annie-le-brun-par-francois-rene-simon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2024\/08\/02\/sur-annie-le-brun-par-francois-rene-simon\/","title":{"rendered":"<b>Sur Annie Le Brun<\/b>, par Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 Simon *"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-141131\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12.png\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"932\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12.png 1600w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-300x175.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-1024x596.png 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-768x447.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-1536x895.png 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><\/p>\n<p class=\"p1\">\u00ab\u00a0Allez-y, vous serez ma voix\u00a0\u00bb. C\u2019est avec ces mots d\u2019une confiance folle (mais justifi\u00e9e) qu\u2019Andr\u00e9 Breton avait demand\u00e9 en 1966 \u00e0 Annie Le Brun de se rendre au colloque de Cerisy consacr\u00e9 au surr\u00e9alisme auquel Breton, de sant\u00e9 faiblissante et n\u2019ayant aucun go\u00fbt pour ce genre de rassemblement, ne se rendit pas, bien qu\u2019il f\u00fbt organis\u00e9 par son ami Ferdinand Alqui\u00e9, auteur de <i>Philosophie<\/i> <i>du<\/i> <i>surr\u00e9alisme<\/i>. La disparition aussi inattendue que brutale de celle qu\u2019on pr\u00e9sente trop h\u00e2tivement comme \u00ab\u00a0la derni\u00e8re des surr\u00e9alistes\u00a0\u00bb va laisser un vide\u00a0: elle savait d\u00e9crypter le monde, ses horreurs, ses ali\u00e9nations, ses trahisons qu\u2019elle s\u2019obstinait \u00e0 d\u00e9noncer sans rel\u00e2che comme elle s\u2019obstinait \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer aussi bien ses richesses et ses beaut\u00e9s les plus \u00e9videntes que les plus insoup\u00e7onn\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"p1\">On permettra \u00e0 l\u2019ami que je fus pour elle et qu\u2019elle fut pour moi et mon \u00e9pouse Guylaine (elle n\u2019appelait que \u00ab\u00a0la Belle\u00a0\u00bb) de lui rendre un hommage subjectif. Qu\u2019il se recoupe avec des t\u00e9moignages plus historiques inspir\u00e9s d\u2019une \u0153uvre prot\u00e9iforme et d\u2019envergure ne pourra qu\u2019accro\u00eetre la dimension de ce qu\u2019Annie nous a donn\u00e9. J\u2019eus personnellement la chance d\u2019\u00eatre invit\u00e9 par Breton \u00e0 m\u2019asseoir parmi les surr\u00e9alistes r\u00e9unis quotidiennement \u00e0 La Promenade de V\u00e9nus, un caf\u00e9 au c\u0153ur des Halles \u00e0 Paris. D\u2019embl\u00e9e son visage me frappa\u00a0: il \u00e9tait d\u2019une <i>autre<\/i> \u00e9poque. Menue, presque tapie parmi ces hommes et ses femmes qui entendaient ne pas se laisser envahir par le <i>trop de r\u00e9alit\u00e9<\/i> environnant, Annie ne parlait qu\u2019\u00e0 bon escient et avec une radicalit\u00e9 dont elle ne se d\u00e9partit jamais. Car l\u2019exceptionnel avec ce brin de femme, c\u2019est la coexistence, l\u2019alliance, l\u2019intrication de la pens\u00e9e discursive et de la po\u00e9sie. J\u2019ouvre, au hasard, <i>Si rien avait une forme, ce serait cela<\/i> et je lis\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0[\u2026] trois enfants errants cherchent \u00e0 entendre le bruit d\u2019un train. Et soudain, il est l\u00e0 ce train, gris, interminable, bringuebalant. A peine a-t-on le temps de le voir arriver qu\u2019on est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, o\u00f9 semble entass\u00e9e toute la mis\u00e8re du monde\u00a0: avidit\u00e9 de survie, d\u00e9sirs d\u2019infime port\u00e9e, chance ignor\u00e9e, inattention fatale\u00a0\u00bb. Penseur de haut vol auquel on ne se confrontait pas sans risques (l\u2019auteur de <i>Vagit\u2019prop<\/i> connaissait trop les pouvoirs de sa langue pour la soumettre au joug de la \u201cgenrification\u201d), Annie Le Brun gardait au plus fort de ses r\u00e9flexions une part d\u2019enfance qu\u2019elle n\u2019oublia jamais. Elle dont l\u2019appartement \u00e9tait un entassement de si\u00e8cles et de livres gardait toute sa d\u00e9votion pour les \u201cpop up\u201d s\u2019ouvrant sur des enchantements f\u00e9\u00e9riques. D\u2019ailleurs, son mot leitmotiv, qu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 dans ses textes, c\u2019est le mot \u201csensible\u201d, qui se de divise en sens-cible (elle co-organisa avec Gilbert Titeux une exposition sur les cibles en 2012-2013, au Mus\u00e9e de la chasse et de la nature \u00e0 Paris). Parce que le c\u0153ur, chez elle, dirige ses doigts sur le clavier comme dans ses envois ou ses lettres qui s\u2019achevaient toujours par la formule \u00ab\u00a0De tout c\u0153ur\u00a0\u00bb dont on ne pouvait douter la totale sinc\u00e9rit\u00e9. Annie avait aussi le g\u00e9nie des titres frappeurs. J\u2019en cite quelques-uns\u00a0: <i>Soudain un bloc d\u2019ab\u00eeme, Sade<\/i>, ou <i>Vingt mille lieux sous les mots<\/i> (sur Raymond Roussel, qui se prosternait au seul nom de Jules Verne) dont l\u2019\u00e9criture la fit rencontrer Michel Leiris (cf. <i>Roussel &amp; Co.<\/i>), <i>Du trop de r\u00e9alit\u00e9 <\/i>(d\u00e9tournement d\u2019<i>Introduction au discours sur le peu de r\u00e9alit\u00e9<\/i> d\u2019Andr\u00e9 Breton). Et je n\u2019aurais garde d\u2019oublier Et je n\u2019aurais garde d\u2019oublier <em>Les ch\u00e2teaux de la subversion<\/em> (1982, Annie y est d\u00e9j\u00e0 tout enti\u00e8re), Alfred Jarry et prioritairement son <i>Surm\u00e2le<\/i>, non plus que son <i>Faustroll<\/i>. Mais n\u2019allez pas croire qu\u2019Annie Le Brun se cantonnait \u00e0 ses h\u00e9ros. Elle fit d\u00e9couvrir, parmi d\u2019autres, St\u00e9phane Audeguy et sa <i>Th\u00e9orie des nuages<\/i>, elle qui ne craignit pas de d\u00e9noncer la supercherie de la \u201cfrench theory\u201d qui accapara et accabla tant de cerveaux. Et pour donner la dimension <i>physique<\/i> de sa pens\u00e9e (\u00ab\u00a0pas d\u2019id\u00e9es sans corps, pas de corps sans id\u00e9es\u00a0\u00bb, affirmait-elle), Annie Le Brun se lan\u00e7a dans le commissariat de spectaculaires expositions\u00a0: \u201cPetits et grands th\u00e9\u00e2tres du marquis de Sade\u201d au Paris Art Center en 1989 en passant par \u201cLes arcs-en-ciel du noir\u00a0: Victor Hugo\u201d (2012), \u201cL\u2019ange du bizarre\u201d sur le romantisme noir de tous les temps (2013), \u201cSade, attaquer le soleil\u201d (2014) , \u201cRadovan Ivsic et la for\u00eat insoumise\u201d (au Mus\u00e9e d\u2019art contemporain de Zagreb, 2015) sans oublier la somptueuse et r\u00e9cente \u201cToyen, l\u2019\u00e9cart absolu\u201d (au Mus\u00e9e d\u2019art moderne de Paris, 2022). Car, hormis Andr\u00e9 Breton, trois personnages sont indissociables de la vie et de la pens\u00e9e d\u2019Annie\u00a0: Jean Beno\u00eet, \u00e0 qui elle consacra une indispensable monographie (Filipacchi, 1996), Toyen, et Radovan Ivsic qui fut l\u2019amour absolu de sa vie. Une anecdote, pour finir\u00a0: en 1999, Daniel Filipacchi nous invita au mus\u00e9e Guggenheim de New York, ma femme Guylaine et moi, \u00e0 une exposition mirifique\u00a0: \u201cSurrealism\u00a0: two private eyes\u201d. Un d\u00eener conclut ce vernissage comme je n\u2019en connus pas d\u2019autre. Malin et connaisseur, Filipacchi nous avait plac\u00e9 \u00e0 la table d\u2019Annie et de Radovan\u00a0!<\/p>\n<blockquote><p>* N\u00e9 en 1945, \u00e0 Chaumont (Haute-Marne), Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 Simon prend contact avec Andr\u00e9 Breton en 1965 et publie ses premiers po\u00e8mes dans la revue surr\u00e9aliste L&rsquo;Archibras et publie Pari Mutuel chez Fata Morgana en 1970. Egalement journaliste \u00e0 Jazz Magazine et \u00e0 Muziq, on lui doit de nombreux textes sur ses amis surr\u00e9alistes, comme Jorge Camacho, ou aux marges du mouvement, \u00e0 l&rsquo;instar de son \u00e9dition de Je suis parfois cet homme de Stanislas Rodanski chez Gallimard en 2013. Para\u00eetra prochainement, son autobiographie (depuis 1713, ann\u00e9e f\u00e9tiche d\u2019Andr\u00e9 Breton et transcription chiffr\u00e9e de ses initiales) avec pour titre : <em>Cette ortie folle\u2026<\/em> aux \u00e9ditions des Cendres.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-141131\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12.png\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"932\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12.png 1600w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-300x175.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-1024x596.png 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-768x447.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Annie-2024-08-02-a\u0300-11.55.12-1536x895.png 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><\/p>\n<p class=\"p1\">\u00ab\u00a0Allez-y, vous serez ma voix\u00a0\u00bb. 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