{"id":14166,"date":"2010-07-24T00:03:37","date_gmt":"2010-07-23T22:03:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=14166"},"modified":"2013-01-02T17:58:48","modified_gmt":"2013-01-02T16:58:48","slug":"une-civilisation-cognitive-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/07\/24\/une-civilisation-cognitive-par-zebu\/","title":{"rendered":"Une civilisation cognitive, par z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>A mesure que l\u2019on avance dans la crise financi\u00e8re en cours, il devient de plus en plus \u00e9vident que celle-ci masque de plus en plus mal un autre type de crise\u00a0: une crise du sens que les hommes donnent \u00e0 la repr\u00e9sentation qu\u2019ils se font de ce monde.<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=14018\"> Pierre-Yves D. <\/a>et <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=14028\"> Jean-Pierre Pag\u00e9<\/a>, sans compter \u00e9videmment <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=11828\"> l\u2019h\u00f4te de ce blog <\/a> et <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=8685\"> Fran\u00e7ois Leclerc <\/a> ont d\u00e9j\u00e0 interrog\u00e9 cette crise paradigmatique.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9puisement des hommes, des concepts et des environnements y appara\u00eet en filigrane de mani\u00e8re r\u00e9dhibitoire. Simultan\u00e9ment, l\u2019urgence et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un nouvel \u2018astrolabe\u2019 pour effectuer des observations universelles mais aussi d\u2019un \u2018sextant\u2019 pour faire le point hors de vue d\u2019une terre en plein brouillard y sont sans cesse rappel\u00e9es. Car la navigation humaine se pratiquant \u00e0 l\u2019ou\u00efe, aux sons des chutes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es que pratique de mani\u00e8re assidue et croissante le capitalisme financier, le risque que celle-ci ne s\u2019\u00e9choue sur des bancs de crises, pour au mieux s\u2019y amarrer, semble de jour en jour croissant.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution \u00e9tant la chose la mieux partag\u00e9e tant qu\u2019elle n\u2019a pas commenc\u00e9, on convoque de toutes parts des processus qui permettraient enfin de sortir du bourbier que l\u2019on constate, tant les similitudes se pr\u00eatent parfois \u00e0 des analogies historiques\u00a0: \u20181788\u2019 est un item qui commence \u00e0 ressortir de plus en plus fr\u00e9quemment dans les moteurs de recherche sur internet (31\u00a0500\u00a0000 occurrences sur Google, contre 35\u00a0800\u00a0000 pour \u20181789\u2019).<\/p>\n<p>Mais d\u2019autres r\u00e9volutions ont aussi \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9es comme r\u00e9f\u00e9rentiel d\u2019analyse. La \u2018r\u00e9volution industrielle\u2019 marqua elle aussi une profonde c\u00e9sure entre un \u2018monde d\u2019avant\u2019 et un \u2018monde d\u2019apr\u00e8s\u2019, bien que ces deux mondes coexist\u00e8rent encore longtemps. Cette r\u00e9volution l\u00e0 provoqua de vives contestations, parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019insurrection arm\u00e9e, comme avec le mouvement luddiste en Angleterre, en 1811-1812 et jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1830, dans le secteur du tissage artisanal, qui subit de plein fouet les premi\u00e8res politiques de lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Des fabriques \u2018industrielles\u2019 furent ainsi d\u00e9truites mais le mouvement fut rapidement r\u00e9prim\u00e9 par le gouvernement anglais, autant inquiet de ce type de mouvement que de la lutte contre Napol\u00e9on.<\/p>\n<p><!--more-->En France, des \u00e9meutes contre l\u2019introduction des nouveaux m\u00e9tiers \u00e0 tisser furent aussi r\u00e9prim\u00e9es dans le sang \u00e0 Vienne en 1819. La r\u00e9volte des Canuts \u00e0 Lyon en 1831 quant \u00e0 elle concerna les salaires et non les outils de production mais la loi Le Chapelier (1791) fut invoqu\u00e9e par les fabricants pour d\u00e9nier le droit \u00e0 l\u2019Etat de s\u2019immiscer dans le monde du travail, rappelant ainsi aux ouvriers 40 ans apr\u00e8s que la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e9tait bien une r\u00e9volution lib\u00e9rale, notamment \u00e9conomique, dont les \u2018h\u00e9ritiers\u2019 comptaient bien faire valoir leurs nouveaux \u2018droits\u2019, y compris par les armes.<\/p>\n<p>Dans tous ces cas, la libert\u00e9 \u00e9conomique et son pendant id\u00e9ologique, le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, surgirent dans \u2018l\u2019Ancien monde\u2019, s\u2019appuyant sur les processus que la r\u00e9volution industrielle avait mis en \u0153uvre pour asseoir sa domination pour plus d\u2019un si\u00e8cle. Le paradigme de la m\u00e9canisation \u2018engendra\u2019 par la suite et bien plus tard une mod\u00e9lisation \u2018scientifique\u2019 avec le fordisme et le taylorisme. La cr\u00e9ation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de consommation de masse  puis d\u2019un capitalisme financier \u2018globalis\u00e9\u2019 finalis\u00e8rent le processus engag\u00e9 plus de deux si\u00e8cles auparavant, en poussant l\u2019exploitation jusqu\u2019au point maximal o\u00f9 elle pouvait l\u2019\u00eatre mais devant faire face aujourd\u2019hui aux cons\u00e9quences de cette m\u00eame exploitation \u00e0 outrance\u00a0: finitude environnementale (notamment des \u00e9nergies n\u00e9cessaires \u00e0 la m\u00e9canisation), exploitation maximale des consommateurs (sans tenir compte de la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server un pouvoir d\u2019achat suffisant \u00e0 la consommation), autonomisation de la finance sur la production (la finance ayant \u00e9t\u00e9 pourtant vitale \u00e0 la croissance de la m\u00e9canisation). C\u2019est donc la fin de la m\u00e9canisation comme paradigme, sans toutefois qu\u2019advienne pour \u2018prendre le relais\u2019 un nouveau paradigme.<\/p>\n<p>Or, les chances de r\u00e9ussite quant \u00e0 faire advenir un nouveau paradigme par un \u2018luddisme financier\u2019 (destruction de l\u2019outil de \u2018production\u2019 que sont les banques) semblent r\u00e9duites, d\u2019une part parce la \u2018globalisation\u2019 financi\u00e8re rendrait vain ce type d\u2019action et aussi parce qu\u2019aujourd\u2019hui comme hier les pouvoirs politiques seraient tr\u00e8s soucieux (autant que pouvait l\u2019\u00eatre le gouvernement anglais des luddistes en 1812) de pr\u00e9server cet outil essentiel de production qu\u2019est devenu l\u2019argent \u00e0 la civilisation \u2018industrielle\u2019, m\u00eame d\u00e9clinante. Il y a donc fort \u00e0 parier qu\u2019il faille, comme en 1789, accoucher la r\u00e9alit\u00e9 avec les forceps, ce qui se fait souvent dans le sang, la douleur et avec des marques \u00e0 vie pour l\u2019enfant.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres ont n\u00e9anmoins anticip\u00e9 cette fin paradigmatique, d&rsquo;une toute autre mani\u00e8re cependant que ne le saurait le proposer\u00a0une r\u00e9volution et\/ou un luddisme de fin d&rsquo;\u00e9poque envers le capitalisme. D\u00e8s avant la fin de son mandat, Jacques Delors, alors Pr\u00e9sident de la Commission Europ\u00e9enne, proposa un Livre Blanc intitul\u00e9 \u00ab Croissance, comp\u00e9titivit\u00e9, emploi. Les d\u00e9fis et les pistes pour entrer dans le 21e si\u00e8cle \u00bb en 1993, qui marquera un tournant fondateur vers ce que l&rsquo;on appellera ensuite &lsquo;l&rsquo;\u00e9conomie de la connaissance&rsquo;.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Globalement, l\u2019Union doit tendre vers une \u00e9conomie, \u00ab saine, ouverte, d\u00e9centralis\u00e9e, comp\u00e9titive et fond\u00e9e sur la solidarit\u00e9 \u00bb qui devrait produire quinze millions de nouveaux emplois \u00ab d\u2019ici la fin du si\u00e8cle \u00bb. En termes macro\u00e9conomiques, <a href=\"http:\/\/www.ires-fr.org\/IMG\/File\/R60-6.pdf\"> cela implique de r\u00e9duire les d\u00e9ficits publics<\/a>, de parvenir \u00e0 la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire et de s\u2019ouvrir plus largement \u00e0 l\u2019international, l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019UEM et la cl\u00f4ture du cycle de l\u2019Uruguay round du GATT sont tous les deux sur la table \u00e0 ce moment.\u00a0\u00bb On y retrouve d&rsquo;ailleurs, d\u00e9j\u00e0, la r\u00e9duction des d\u00e9ficits comme objectifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e de la &lsquo;soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information&rsquo; (qui ne s&rsquo;appelait pas encore &lsquo;\u00e9conomie cognitive&rsquo;) devait \u00eatre acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et pour ce faire, le march\u00e9 du travail devait \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de ses rigidit\u00e9s, afin d&rsquo;ailleurs de faciliter, gr\u00e2ce \u00e0 cette nouvelle flexibilit\u00e9, la formation tout au long de la vie et la remise \u00e0 niveau permanente, base de cette soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information en devenir.<\/p>\n<p>Le tournant semble d&rsquo;importance : \u00ab\u00a0Le livre blanc a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e des \u00e9lites europ\u00e9ennes en mati\u00e8re d\u2019emploi. Suivant l\u2019expression de Caroline de la Porte, \u00ab la Commission a formul\u00e9 avec succ\u00e8s le probl\u00e8me politique (ch\u00f4mage, croissance faible) et propos\u00e9 une \u2018solution politique\u2019 (pour accro\u00eetre l\u2019emploi et d\u00e9velopper des politiques actives sur le march\u00e9 du travail) \u00bb. Cette \u00ab formulation \u00bb comme ces propositions politiques ont fini par \u00eatre largement partag\u00e9es.\u00a0\u00bb. Tellement partag\u00e9es d&rsquo;ailleurs que le Conseil Europ\u00e9en d&rsquo;Essen en 1994 int\u00e8grera la politique de l&#8217;emploi \u00e0 l&rsquo;ordre du jour et le Conseil Europ\u00e9en de juin 1997 proposera d&rsquo;int\u00e9grer cette politique dans le Trait\u00e9 d&rsquo;Amsterdam, proposition accept\u00e9e en novembre 1997.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;ensemble de ces propositions concernant cette soci\u00e9t\u00e9 de la connaissance sera alors int\u00e9gr\u00e9 dans la fameuse Strat\u00e9gie de Lisbonne port\u00e9e en 2000 par le Conseil Europ\u00e9en et par <a href=\"http:\/\/ec.europa.eu\/commission_2010-2014\/president\/pdf\/johannes_laitenberger_fr.pdf\"> Johannes Laitenberger<\/a>, \u00ab\u00a0(&#8230;) <a href=\"http:\/\/www.observatoiredeleurope.com\/Europa-durchregieren-le-plan-allemand_a651.html\"> artisan de la \u00ab\u00a0strat\u00e9gie de Lisbonne\u00a0\u00bb<\/a>. Ce m\u00eame Johannes Laitenberger, intime de Manuel Barroso et devenu entre-temps son Directeur de Cabinet, porte aussi <a href=\"http:\/\/www.confrontations.org\/spip.php?article749\"> la strat\u00e9gie &lsquo;UE 2020&rsquo;<\/a>, succ\u00e9dan\u00e9 de celle de Lisbonne, aux dires m\u00eames des partisans des strat\u00e9gies propos\u00e9es &#8230;<\/p>\n<p>Tout ceci d\u00e9montre combien le changement de paradigme avait \u00e9t\u00e9 non seulement clairement diagnostiqu\u00e9 par les instances europ\u00e9ennes, et ce d\u00e8s 1993, mais aussi qu&rsquo;un nouveau paradigme avait \u00e9t\u00e9 recens\u00e9 et structur\u00e9 : le cognitif. Car le capitalisme a grand besoin de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019information pour atteindre enfin son r\u00eave de sym\u00e9trie informationnelle, justifiant ainsi la pertinence des \u2018march\u00e9s\u2019 et surtout pour se relancer en ces temps difficiles de crise croissante. Car l\u2019\u00e9conomie cognitive telle que pens\u00e9e par les lib\u00e9raux devrait permettre au syst\u00e8me de sortir la t\u00eate de l\u2019eau et rien moins que de lui sauver la peau\u00a0(avis tout \u00e0 fait anachronique, au vu de la situation actuelle) : en bons scientistes, s\u2019appuyer toujours sur des progr\u00e8s technologiques (comme pour la r\u00e9volution industrielle), faire face aux contraintes \u00e9cologiques dues \u00e0 l\u2019exploitation par trop massive des ressources naturelles, relancer la th\u00e9orie concurrentielle par le biais des \u2018savoirs comp\u00e9titifs\u2019 et parler de capital humain quand parler de capital tout court n\u2019est plus la panac\u00e9e.<\/p>\n<p>Malheureusement, le paradigme ainsi \u00e9nonc\u00e9 ne tiendra pas ses promesses et il faudra d\u00e9chanter rapidement devant les \u00e9checs (imput\u00e9s selon ses thurif\u00e9raires par l&rsquo;absence de structuration europ\u00e9enne suffisante) de la Strat\u00e9gie de Lisbonne d\u00e8s 2004, qui sera ensuite r\u00e9orient\u00e9e en 2005 vers une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement de la croissance et de l&#8217;emploi bien plus &lsquo;classique&rsquo;. Echec qui s&rsquo;explique d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s bien, l\u2019inverse des causes \u00e9voqu\u00e9es officiellement, tant  ce \u2018capitalisme cognitif\u2019 appara\u00eet pour ce qu\u2019il est\u00a0: un oxymore, une injonction paradoxale.<\/p>\n<p>En effet, le droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 subit de plein fouet la tension entre la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 ce que les informations puissent librement circuler tout en respectant un des \u2018droits\u2019 les plus essentiels du capitalisme, la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, notamment avec les brevets. Le travail est aussi concern\u00e9 puisque le salariat comme base sociale de production semble difficilement adapt\u00e9 \u00e0 ce genre de \u2018renversement\u2019, sauf \u00e0 remettre l\u00e0 aussi en question le productivisme, fondement th\u00e9orique jusque l\u00e0 n\u00e9cessaire au capitalisme. Enfin, un tel \u2018capitalisme cognitif\u2019 aura du mal \u00e0 g\u00e9rer la mutation de son g\u00e9nome concurrentiel pour faire place \u00e0 la coop\u00e9ration induite par une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9changes d\u2019informations et de savoirs. La pr\u00e9servation d\u2019un patrimoine commun, qu\u2019il soit local ou universel, fera lui aussi pi\u00e8ce aux multiples \u2018patrimoines\u2019 priv\u00e9s bas\u00e9s sur l\u2019accumulation de \u2018valeurs\u2019 qui n\u2019auront plus rien \u00e0 voir avec les valeurs d\u2019un syst\u00e8me cognitif. En se risquant \u00e0 une analogie, le \u2018capitalisme cognitif\u2019 serait comme un ordinateur qui accepterait pour sa survie de d\u00e9pendre d\u2019un virus (libre) qui mettrait gravement en danger son syst\u00e8me (d\u2019exploitation)\u00a0: un non-sens. L\u2019affaire semble donc entendue\u00a0: le capitalisme \u2018cognitif\u2019 n\u2019est pas pr\u00eat de voir le jour, du moins en tant que nouveau paradigme.<\/p>\n<p>Pour autant, le b\u00e9b\u00e9 doit-il \u00eatre jet\u00e9 avec l\u2019eau du bain, sous pr\u00e9texte que l\u2019eau para\u00eet bien trouble\u00a0?<\/p>\n<p>Jean Zin, dans la critique qu\u2019il fait de <a href=\"http:\/\/grit-transversales.org\/article.php3?id_article=221\"> l\u2019ouvrage de Yann Moulier-Boutang<\/a>, \u00e9nonce bien plusieurs pistes que le \u2018cognitif\u2019 permettrait d\u2019envisager, \u00e0 l\u2019envers du capitalisme\u00a0: revenu garanti, qui permettrait de faire face \u00e0 l\u2019extension d\u2019une potentielle pr\u00e9carisation qu\u2019induirait la g\u00e9n\u00e9ralisation du travail autonome des individus, relocalisation de l\u2019\u00e9conomie, monnaies locales, coop\u00e9ratives municipales, investissement public, \u2026  L\u2019alternative lui semble non seulement souhaitable mais aussi possible. D\u2019autres, comme Thierry Gaudin, parlent de <em>soci\u00e9t\u00e9 cognitive<\/em>, voir de <em>civilisation cognitive<\/em> et m\u00eame <a href=\"http:\/\/www.a-brest.net\/article497.html \"> \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9conomie cognitive\u00a0\u00bb <\/a> mais dans un sens bien diff\u00e9rent de celui pr\u00e9sent\u00e9 dans la Strat\u00e9gie de Lisbonne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9conomie cognitive est avant tout une \u00e9conomie de la REconnaissance. La notion essentielle dans la r\u00e9volution cognitive n\u2019est pas la connaissance, mais la reconnaissance (qui pr\u00e9c\u00e8de la connaissance, cf. Piaget <em>La construction du r\u00e9el chez l\u2019enfant<\/em>). C\u2019est vrai pour les humains, mais aussi pour les machines, les collectivit\u00e9s&#8230; La reconnaissance est d\u2019abord une reconnaissance de soi. Ce sont ces processus qui sont \u00e0 la base du fonctionnement de l\u2019internet. Il faut donc s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la reconnaissance et \u00e0 ses processus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>O\u00f9 l\u2019on reparle de \u2018communs\u2019, vieille notion m\u00e9di\u00e9vale, o\u00f9 l\u2019on r\u00e9interroge la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et la d\u00e9finition des normes et o\u00f9 l\u2019on parle de reconnaissance plus que de connaissance. De m\u00eame, le savoir n\u2019est pas sup\u00e9rieur au savoir-faire, qui tire sa l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une praxis, approche pratique de transformation de la r\u00e9alit\u00e9, qui g\u00e9n\u00e8re ainsi une connaissance sp\u00e9cifique que la connaissance th\u00e9orique ne peut int\u00e9grer (th\u00e9orie du <a href=\"http:\/\/pauljorion.com\/Jean+Pouillon+et+le+myst\u00e8re+de+la+chambre+chinoise-1.html\">myst\u00e8re de la chambre chinoise<\/a>, \u00e9voqu\u00e9e par Paul Jorion). Evidemment, on est loin d\u2019un \u00ab\u00a0capitalisme cognitif\u00a0\u00bb dont on pressent aussi que l\u2019approfondissement de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation de masse finira par se transformer alors en soci\u00e9t\u00e9 massivement consomm\u00e9e, l\u2019humain devant mobiliser tous ses affects pour devenir comp\u00e9titif. L\u2019Homme deviendra ainsi r\u00e9ellement un \u2018homme-nivore\u2019 complet\u00a0: il se cannibalisera lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse, une \u2018civilisation cognitive\u2019 permettra de lib\u00e9rer l\u2019Homme de sa propre consommation, en se reconnaissant lui-m\u00eame et en reconnaissant l\u2019Autre, tout en s\u2019affranchissant du fameux \u2018tripalium\u2019 productiviste tel que d\u00e9finit jusqu\u2019\u00e0 maintenant, dans un esprit coop\u00e9ratif et respectueux de son environnement, \u00e0 commencer par le sien. Une vraie r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Ce \u2018nouveau paradigme\u2019 (ou qui semble l\u2019\u00eatre) souffre de \u2018mod\u00e9lisation\u2019, au sens o\u00f9 seules quelques pistes \u00e9parses en lien avec cette \u2018civilisation cognitive\u2019 sont \u00e9voqu\u00e9es, rendant difficiles \u00e0 r\u00e9aliser ce \u00e0 quoi justement il devrait justement servir\u00a0: \u00eatre un \u2018prisme\u2019 explicatif de la r\u00e9alit\u00e9 du monde. Car des pistes ne forment pas une carte, encore moins les outils pour la \u2018lire\u2019.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, si l\u2019on revient \u00e0 l\u2019analyse de la crise du capitalisme post-1929, on constate que les solutions imagin\u00e9es (collectivement) et mises en \u0153uvres \u00e0 partir de 1936 en France avec le Front Populaire et en 1945 (sur la base du programme du CNR) et que l\u2019on appela \u2018Etat social\u2019 ou \u2018trente glorieuses\u2019 peut nous donner un \u00e9l\u00e9ment de prospective.<\/p>\n<p>En effet, l\u2019ensemble du syst\u00e8me imagin\u00e9 pour faire face \u00e0 cette crise \u2018mondiale\u2019 du capitalisme (mais pas encore du capitalisme \u2018mondialis\u00e9\u2019) \u00e9tait bas\u00e9 sur la mise en place de politiques sociales financ\u00e9es par des cotisations sociales et patronales dont l\u2019assiette de calcul \u00e9tait \u2026 le travail.<\/p>\n<p>L\u2019assise toute enti\u00e8re du syst\u00e8me social, du moins en France, reposa (et continue de reposer) sur le salariat. S\u2019il est vrai que les solutions envisag\u00e9es pour ces moments l\u00e0 furent op\u00e9rantes et firent progresser les soci\u00e9t\u00e9s les ayant mises en \u0153uvre, il demeure que ces m\u00eames solutions risqueront fort de ne pas l\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui (pour un ensemble, trop large, de raisons diverses et vari\u00e9es).<\/p>\n<p>Pour autant, rien n\u2019interdit de penser qu\u2019en lieu et place d\u2019instaurer des cotisations sur le travail salari\u00e9, que celles-ci le soient sur la connaissance et le savoir-faire. Quelle diff\u00e9rence me diriez-vous\u00a0?  Elles seraient de plusieurs ordres.<\/p>\n<p>D\u2019abord, le fait d\u2019asseoir la taxation sociale sur la connaissance permettrait de prendre en compte les ann\u00e9es de formation, y compris scolaire, dans la vie d\u2019un homme car ces connaissances permettront ensuite de g\u00e9n\u00e9rer un savoir-faire pour produire (des connaissances, des biens, des services). Alors m\u00eame que l\u2019individu arrive aujourd\u2019hui avec ses connaissances pour travailler dans une entreprise, ces m\u00eames connaissances ne sont ni financ\u00e9es par la dite entreprise ni m\u00eame reconnues par le syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 sociale, notamment pour la retraite. Ceci est d\u2019autant plus paradoxal que les \u00e9tudes s\u2019allongent dans la dur\u00e9e, r\u00e9duisant ainsi la dur\u00e9e de cotisation ou reportant de fait l\u2019\u00e2ge de la retraite. Si l\u2019on souhaite ainsi d\u00e9velopper une civilisation cognitive en haute intensit\u00e9 de connaissance, il est donc n\u00e9cessaire d\u2019inclure tout ou partie de la formation initiale suivie par un individu. On objectera que les dites entreprises financent d\u00e9j\u00e0 la formation initiale, via les imp\u00f4ts sur les soci\u00e9t\u00e9s, ce en quoi on peut tr\u00e8s rapidement constater que, pour celles qui les payent, le taux a \u00e9t\u00e9 progressivement et r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9duit, comme l\u2019est d\u2019ailleurs la part de leurs contributions au budget de l\u2019Etat (qui finance majoritairement l\u2019\u00e9ducation).<\/p>\n<p>De plus, les p\u00e9riodes de \u2018ch\u00f4mage\u2019 deviendraient alors plus \u2018propices\u2019 \u00e0 reprendre une formation \u00e9tant donn\u00e9 que ces m\u00eames p\u00e9riodes seraient incluses dans le calcul de droits \u00e0 la retraite. Des variations de taux de cotisations pourraient ainsi \u00eatre mises en \u0153uvre, favorisant la haute intensit\u00e9 de connaissance avec des taux faibles et une taxation forte sur les faibles niveaux de formation initiale, \u00e0 l\u2019inverse de ce qui s\u2019effectue actuellement, o\u00f9 les exon\u00e9rations de cotisations patronales et sociales sont principalement dues sur les bas salaires ou les postes non qualifi\u00e9s, ce qui ne permet pas vraiment d\u2019inciter les individus \u00e0 prolonger leur formation initiale, sauf \u00e0 r\u00e9aliser la course aux dipl\u00f4mes les plus \u00e9lev\u00e9s \u2026 pas forc\u00e9ment les plus adapt\u00e9s au regard des besoins du terrain, ni les entreprises \u00e0 s\u2019extraire de l\u2019effet d\u2019aubaine (les exon\u00e9rations de cotisations en France repr\u00e9sentent plusieurs dizaines de milliards d\u2019euros chaque ann\u00e9e).<\/p>\n<p>Concernant le savoir-faire, en se basant sur la sp\u00e9cificit\u00e9 propre de son acquisition \u00e0 laquelle ne saurait pr\u00e9tendre le savoir, il pourrait ainsi \u00eatre envisag\u00e9 de valoriser par des coefficients sup\u00e9rieurs les ann\u00e9es \u2018valid\u00e9es\u2019 comme \u00e9tant de savoir-faire, notamment pour la retraite. Ce type d\u2019approche permettrait \u00e0 la fois de \u2018compenser\u2019 un \u00e9ventuel d\u00e9ficit de savoir d\u2019un individu en formation initiale en survalorisant son exp\u00e9rience acquise, elle-m\u00eame plus longue que celle d\u2019un autre individu ayant suivi une formation initiale plus longue mais avec une potentielle exp\u00e9rience professionnelle plus courte. L\u2019avantage dans ce type de proposition est que loin d\u2019\u00eatre \u00e9gaux ou \u00e9galis\u00e9s, les individus de parcours diff\u00e9rents seraient EGALEMENT RECONNUS\u00a0: on rejoindrait ainsi une politique de civilisation.<\/p>\n<p>Des syst\u00e8mes de taxation aussi de la production pourraient \u00eatre bas\u00e9s sur un m\u00eame principe de distinction et de reconnaissance des savoirs utilis\u00e9s et produits. Dans le cas par exemple d\u2019une entreprise, il serait demand\u00e9 d\u2019identifier dans le process de fabrication (ou de cr\u00e9ation) ce qui rel\u00e8verait des savoirs \u2018communs\u2019 de l\u2019innovation propre au process\u00a0; identifi\u00e9 comme \u2018savoir-faire\u2019. L\u2019id\u00e9e sous-jacente serait de taxer l\u2019utilisation des savoirs communs \u00e0 un taux important et sur une assiette variable (d\u00e9pendante du niveau de savoirs \u2018communs\u2019 sollicit\u00e9s) tandis que la part relevant de l\u2019innovation serait elle tax\u00e9e faiblement, afin de favoriser l\u2019innovation. La possibilit\u00e9 pour une entreprise de faire basculer son savoir-faire dans le domaine public des savoirs lui ouvrirait par ailleurs des d\u00e9ductions de taxation sur ses futures productions, r\u00e9duisant ainsi le co\u00fbt de production, favorisant l\u2019innovation tout en d\u00e9veloppant le domaine \u2018public\u2019 des savoirs, dont tout le monde pourrait ensuite b\u00e9n\u00e9ficier. On peut aussi imaginer que le service public serait exon\u00e9r\u00e9 de taxes sur les savoirs, puisqu\u2019il est sens\u00e9 transmettre justement les savoirs et les \u2018communs\u2019. De m\u00eame, le secteur \u2018tiers\u2019, non lucratif, pourrait se voir reconna\u00eetre un d\u00e9duction variable de sa part de taxation sur les savoirs en fonction des actions b\u00e9n\u00e9voles qu\u2019elles m\u00e8neraient, tout en \u00e9tant exon\u00e9r\u00e9es de la part de taxation sur l\u2019innovation.<\/p>\n<p>On pourrait aussi imaginer que la taxation des savoirs et des savoirs-faire permettront dans les pays \u00e0 haut niveau cognitif de financer un revenu garanti et dans les autres pays, le financement de diverses priorit\u00e9s\u00a0: s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, eau potable, syst\u00e8mes de sant\u00e9 et \u00e9videmment syst\u00e8me d\u2019\u00e9ducation et de communication.<\/p>\n<p>Enfin, on pourrait tout aussi bien imaginer que le secteur bancaire, qui ne produit aucun savoir et dont les savoir-faire sont r\u00e9duits, soit tax\u00e9 sur la part des savoirs, part qui serait la plus haute possible. L\u2019Unesco deviendrait alors le Centre mondial de reconnaissance cognitif quant aux savoirs \u2018communs\u2019, permettant ainsi d\u2019\u0153uvrer pour l\u2019identification des savoirs ancestraux de tous les peuples, notamment dits \u2018primitifs\u2019, afin de les pr\u00e9server et les faire reconna\u00eetre. Les individus pourraient alors conna\u00eetre ce qui rel\u00e8ve du savoir \u2018commun\u2019, conna\u00eetre leur savoir et faire valoir leur savoir-faire, dans des situations vari\u00e9es, allant de la formation initiale, l\u2019enseignement, la production et le salariat, sans compter le b\u00e9n\u00e9volat, le revenu garanti venant ainsi permettre de reconna\u00eetre, l\u00e0 aussi, des temps diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc pour une vision intuitive de ce que pourrait \u00eatre une \u2018civilisation cognitive\u2019, qui pourrait \u00eatre un nouveau paradigme. Mais si vous me demandez par contre comment adviendra cette civilisation cognitive, je r\u00e9pondrais tout simplement que je ne peux pas y r\u00e9pondre puisque par d\u00e9finition, une telle r\u00e9ponse ne peut \u00eatre \u2026 que \u2018collective\u2019\u00a0: le terme \u2018civilisation\u2019 proviendrait du latin \u2018civis\u2019, \u00ab\u00a0ensemble des personnes qui dorment sous le m\u00eame toit\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>A mesure que l\u2019on avance dans la crise financi\u00e8re en cours, il devient de plus en plus \u00e9vident que celle-ci masque de plus en plus mal un autre type de crise\u00a0: une crise du sens que les hommes donnent \u00e0 la repr\u00e9sentation qu\u2019ils se font de ce monde.<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=14018\"> Pierre-Yves D. <\/a>et <a [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,17,5],"tags":[],"class_list":["post-14166","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-politique","category-sciences-cognitives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14166","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14166"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14166\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48121,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14166\/revisions\/48121"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14166"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14166"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14166"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}