{"id":142311,"date":"2024-11-25T10:25:30","date_gmt":"2024-11-25T09:25:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=142311"},"modified":"2024-11-25T10:25:30","modified_gmt":"2024-11-25T09:25:30","slug":"the-guardian-au-plus-profond-de-ma-folie-les-sorcieres-mont-donne-de-lespoir-elizabeth-sankey-parle-de-maternite-de-depression-et-de-sorcieres-le-24-novembre-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2024\/11\/25\/the-guardian-au-plus-profond-de-ma-folie-les-sorcieres-mont-donne-de-lespoir-elizabeth-sankey-parle-de-maternite-de-depression-et-de-sorcieres-le-24-novembre-2024\/","title":{"rendered":"The Guardian &#8211; <b>Au plus profond de ma folie, les sorci\u00e8res m&rsquo;ont donn\u00e9 de l&rsquo;espoir : Elizabeth Sankey parle de maternit\u00e9, de d\u00e9pression et de sorci\u00e8res<\/b>, le 24 novembre 2024"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-142313\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"2427\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-300x284.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-1024x971.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-768x728.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-1536x1456.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-2048x1941.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/>Je traduis assez souvent des textes publi\u00e9s par le <em>Guardian<\/em>, qui ont jusqu&rsquo;ici toujours \u00e9t\u00e9 li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9. Dans ce cas-ci, c&rsquo;est ma pratique de psychanalyste qui a retenu mon choix.<\/p>\n<blockquote><p><em>Alors qu&rsquo;elle luttait contre les t\u00e9n\u00e8bres d&rsquo;une grave anxi\u00e9t\u00e9 post-partum, Elizabeth Sankey a vu une lumi\u00e8re de solidarit\u00e9 dans les r\u00e9cits de sorcellerie.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Elizabeth Sankey<\/p>\n<p>Il y a quatre ans, alors que mon fils n&rsquo;avait qu&rsquo;un mois, lui et moi avons \u00e9t\u00e9 admis dans une unit\u00e9 m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9, un service psychiatrique qui s&rsquo;occupe des personnes souffrant de probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale p\u00e9rinatale et de leurs b\u00e9b\u00e9s. On a diagnostiqu\u00e9 chez moi une anxi\u00e9t\u00e9 et une d\u00e9pression post-partum s\u00e9v\u00e8res et on m&rsquo;a mise sous traitement. J&rsquo;ai eu des s\u00e9ances hebdomadaires avec l&rsquo;\u00e9quipe psychiatrique pour discuter de mes progr\u00e8s, et mon fils et moi avons pass\u00e9 du temps avec les autres femmes du service et leurs b\u00e9b\u00e9s. Chaque jour, parfois deux fois par jour, mon mari venait nous voir et nous nous promenions dans Hackney tandis que j&rsquo;essayais de me rappeler qui j&rsquo;\u00e9tais autrefois et de r\u00e9sister \u00e0 la tentation de me jeter devant une voiture. Petit \u00e0 petit, horriblement, douloureusement lentement, je me suis un peu am\u00e9lior\u00e9e. Au bout de huit semaines, nous avons re\u00e7u notre cong\u00e9 et sommes rentr\u00e9s chez nous.<\/p>\n<p>Mais si je n&rsquo;\u00e9tais plus en situation de crise, ma sant\u00e9 mentale \u00e9tait extr\u00eamement fragile. J&rsquo;avais des appels hebdomadaires avec une th\u00e9rapeute du NHS qui abordait ma maladie de mani\u00e8re m\u00e9thodique et pr\u00e9cise. Elle m&rsquo;expliquait ce qui m&rsquo;arrivait et pourquoi c&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9. Je voulais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment mettre tout cela sur le compte des hormones, je voulais fuir la version corrompue de moi-m\u00eame et ne plus jamais penser \u00e0 elle, je voulais la rayer de mon c\u0153ur, de mon esprit, l&rsquo;enterrer et cracher sur sa tombe. J&rsquo;\u00e9tais tellement g\u00ean\u00e9e et honteuse d&rsquo;elle, je la d\u00e9testais. Mais mon th\u00e9rapeute m&rsquo;a gentiment rappel\u00e9 que ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement d\u00fb aux hormones et que je devais trouver un moyen de l&rsquo;accepter.<\/p>\n<p>Deux mois plus tard, je n&rsquo;avais toujours pas toute ma t\u00eate, j&rsquo;\u00e9tais toujours tourment\u00e9e par le fait que j&rsquo;avais imagin\u00e9 faire des choses terribles et mal\u00e9fiques \u00e0 mon fils. Je savais que ces pens\u00e9es intrusives \u00e9taient dues \u00e0 ma maladie, mais cela ne les rendait pas plus faciles \u00e0 vivre. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 penser aux sorci\u00e8res. M\u00eame si, pour \u00eatre honn\u00eate, j&rsquo;ai toujours pens\u00e9 aux sorci\u00e8res. C&rsquo;est le cas de nombreuses femmes. M\u00eame cette ann\u00e9e, pour Halloween, mon fils voulait \u00eatre la sorci\u00e8re de Room on the Broom &#8211; ce qui \u00e9tait ennuyeux parce que je lui avais d\u00e9j\u00e0 achet\u00e9 un costume de squelette. Et beaucoup de femmes ont une sorci\u00e8re pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e : Glinda du Magicien d&rsquo;Oz, Les sorci\u00e8res d&rsquo;Eastwick, Samantha dans Bewitched et, pour ma part, Mildred Hubble (La pire des sorci\u00e8res).<\/p>\n<p>Les sorci\u00e8res repr\u00e9sentent le pouvoir f\u00e9minin et peuvent \u00eatre une c\u00e9l\u00e9bration de notre puissance, mais elles sont aussi souvent utilis\u00e9es comme l&rsquo;incarnation des anciennes peurs de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes. Par cons\u00e9quent, beaucoup d&rsquo;entre nous ont peur de devenir des sorci\u00e8res, de se transformer en sorci\u00e8res et en biques en vieillissant, d&rsquo;\u00eatre pouss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de leur communaut\u00e9, d&rsquo;\u00eatre tourn\u00e9es en d\u00e9rision, d&rsquo;\u00eatre ignor\u00e9es, d&rsquo;\u00eatre hideuses. Pour d&rsquo;autres, les sorci\u00e8res repr\u00e9sentent des femmes incontr\u00f4lables &#8211; elles nous montrent les dangers d&rsquo;une femme d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, une m\u00e9g\u00e8re qui ne fait pas ce qu&rsquo;on lui dit de faire. Mais je pense que pour moi, en ce mois de d\u00e9cembre gris et silencieux, encore plong\u00e9e dans ma folie, les sorci\u00e8res repr\u00e9sentaient l&rsquo;espoir.<\/p>\n<p><strong>Les mauvaises sorci\u00e8res sont devenues une aspiration. Elles m&rsquo;ont fait sentir que je n&rsquo;\u00e9tais pas seule<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai dress\u00e9 une liste de tous les films de sorci\u00e8res auxquels je pouvais penser et je les ai regard\u00e9s un par un pendant que mon fils dormait sur ma poitrine. Ce faisant, j&rsquo;ai trouv\u00e9 des liens et du r\u00e9confort. Mais alors que j&rsquo;avais aim\u00e9 les \u00ab bonnes \u00bb sorci\u00e8res, roses et maternelles, qui n&rsquo;utilisaient leur pouvoir que pour changer de tenue ou aider une amie, j&rsquo;\u00e9tais de plus en plus attir\u00e9e par les \u00ab mauvaises \u00bb sorci\u00e8res. La m\u00e9chante sorci\u00e8re de l&rsquo;Ouest n&rsquo;avait peut-\u00eatre pas tort lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9criait \u00ab Quel monde, quel monde, quel monde ! \u00bb en se fondant dans un sol de pierre froide.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 qu&rsquo;en fait, ce dont j&rsquo;avais besoin, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;avoir le courage d&rsquo;accepter que la personne que je consid\u00e9rais comme mauvaise, path\u00e9tique et malade \u00e9tait, en fait, moi. Apr\u00e8s cela, les m\u00e9chantes sorci\u00e8res sont devenues une source d&rsquo;inspiration. Elles m&rsquo;ont donn\u00e9 l&rsquo;impression que je n&rsquo;\u00e9tais pas seule. Peut-\u00eatre que je n&rsquo;\u00e9tais pas mauvaise. Peut-\u00eatre n&rsquo;\u00e9tais-je qu&rsquo;une sorci\u00e8re ?<\/p>\n<p>Au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1645, Matthew Hopkins, l&rsquo;un des plus c\u00e9l\u00e8bres \u00ab d\u00e9couvreurs de sorci\u00e8res \u00bb \u00e0 parcourir le pays avec ses petites bottes \u00e0 talons, est arriv\u00e9 dans le Suffolk. \u00c0 cette \u00e9poque, les proc\u00e8s en sorcellerie se d\u00e9roulent en Angleterre depuis plus de 60 ans, et Hopkins est r\u00e9put\u00e9 pour d\u00e9couvrir des sorci\u00e8res partout o\u00f9 il passe. Pendant les pauses cin\u00e9ma, alors que mon fils buvait du lait maternis\u00e9 au biberon (je vous ai dit que j&rsquo;\u00e9tais m\u00e9chante), j&rsquo;ai lu les t\u00e9moignages des femmes accus\u00e9es dans ce proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Anna Moats avait avou\u00e9 volontairement dans les deux heures qui avaient suivi son arrestation. Et l&rsquo;acte diabolique qu&rsquo;elle avait commis ? \u00ab Maudire son mari et ses enfants \u00bb. Anna savait qu&rsquo;en avouant \u00eatre une sorci\u00e8re, elle serait mise dans une charrette et conduite dans les rues, avant d&rsquo;\u00eatre pendue \u00e0 la potence, sous les yeux de ses amis, de sa famille et peut-\u00eatre m\u00eame de ses enfants. Et pourtant, elle a avou\u00e9.<\/p>\n<p><strong>En 1645, Matthew Hopkins \u00e9tait connu pour avoir d\u00e9couvert des sorci\u00e8res partout o\u00f9 il allait<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai appel\u00e9 Marion Gibson, professeur de Renaissance et d&rsquo;\u00e9tudes magiques \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Exeter, et je lui ai demand\u00e9 pourquoi une personne comme Anna avouait &#8211; \u00e9tait-ce \u00e0 cause de la torture ? \u00ab Non, les sorci\u00e8res n&rsquo;\u00e9taient pas tortur\u00e9es en Angleterre. Ma voix s&rsquo;est bloqu\u00e9e dans ma gorge. Certaines femmes ont donc avou\u00e9 sans avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9es ? \u00ab Oui. Et elles savaient qu&rsquo;elles allaient mourir ? \u00ab Oui. Et personne n&rsquo;est s\u00fbr de savoir pourquoi elles ont fait \u00e7a. \u00bb Huh. J&rsquo;ai une th\u00e9orie.<\/p>\n<p>Pour clarifier, s&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu de torture, ils ont eu recours \u00e0 la privation de sommeil et \u00e0 l&rsquo;intimidation. Ils ont \u00e9galement fouill\u00e9 le corps nu des femmes \u00e0 la recherche de marques du diable, ce qui aurait conduit \u00e0 de nombreux aveux forc\u00e9s. Cependant, gr\u00e2ce aux recherches du professeur Louise Jackson, j&rsquo;ai appris que dans quelques d\u00e9positions du Suffolk, les aveux avaient \u00e9t\u00e9 faits \u00ab librement \u00bb. Matthew Hopkins a \u00e9crit que Rebecca Morris \u00ab a avou\u00e9, avant toute violence, observation [privation de sommeil] ou autre menace \u00bb, que le diable \u00e9tait venu \u00e0 elle sous la forme d&rsquo;un gar\u00e7on. Alicia Warner \u00ab a avou\u00e9 librement qu&rsquo;elle avait entretenu certains esprits mal\u00e9fiques \u00bb. Eliza Southerne a avou\u00e9 imm\u00e9diatement : \u00ab Le ministre n&rsquo;a utilis\u00e9 aucun autre argument pour la faire avouer&#8230; [il s&rsquo;est content\u00e9] de lui dire de faire le mal elle-m\u00eame, mais de lib\u00e9rer sa conscience \u00bb.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s peu de recherches ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es sur ces \u00ab aveux volontaires \u00bb et sur les raisons pour lesquelles ces femmes \u00e9taient si pr\u00eates \u00e0 se condamner \u00e0 mort. Mais en lisant leurs t\u00e9moignages, j&rsquo;ai eu l&rsquo;impression de savoir. En faisant d\u00e9filer les conversations t\u00e9l\u00e9phoniques que j&rsquo;ai avec les femmes de ma vie, j&rsquo;ai eu l&rsquo;impression de savoir. La culpabilit\u00e9 et la honte que tant d&rsquo;entre nous ressentent parce qu&rsquo;elles ne sont pas assez bonnes. La pression suffocante que nous ressentons pour \u00eatre parfaites. Comme l&rsquo;\u00e9crit le professeur Louise Jackson, \u00ab dans la production des aveux, la coercition \u00e9tait autant culturelle que physique. Les cadres de croyance concernant les r\u00f4les, les responsabilit\u00e9s et les attentes des femmes les conduisaient \u00e0 se condamner elles-m\u00eames&#8230; Les femmes du Suffolk qui avouaient \u00eatre des sorci\u00e8res avouaient \u00e9galement qu&rsquo;elles \u00e9taient de &lsquo;mauvaises&rsquo; m\u00e8res, de &lsquo;mauvaises&rsquo; \u00e9pouses et de &lsquo;mauvaises&rsquo; voisines&#8230; \u00bb \u00c0 mon avis, peu de choses ont chang\u00e9. Ils n&rsquo;ont pas besoin de nous torturer, nous le ferons nous-m\u00eames.<\/p>\n<p><strong>Elizabeth Sankey : \u00ab Ce qu&rsquo;il me fallait, c&rsquo;\u00e9tait le courage d&rsquo;accepter que la personne que je consid\u00e9rais comme mauvaise, path\u00e9tique et malade, c&rsquo;\u00e9tait en fait moi \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9galement vu des descriptions de maladies mentales dans les confessions. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, les tentatives de suicide et la d\u00e9pression \u00e9taient presque toujours li\u00e9es au diable, et ces id\u00e9es figurent en bonne place dans les t\u00e9moignages des femmes. Lidea Taylor a avou\u00e9 \u00ab que ses diablotins&#8230; lui conseillaient de se tuer \u00bb. Ellen Greenelif a avou\u00e9 qu&rsquo;\u00ab elle \u00e9tait souvent tent\u00e9e de se tuer \u00bb. Elizabeth Fillet a avou\u00e9 que \u00ab le diable l&rsquo;a tent\u00e9e de se tuer \u00bb. J&rsquo;ai \u00e9galement constat\u00e9 des signes de d\u00e9pression post-partum et de psychose. Prissilla Collit a avou\u00e9 que le diable l&rsquo;avait tent\u00e9e de tuer ses enfants. Elle a plac\u00e9 l&rsquo;un de ses enfants pr\u00e8s du feu pour le br\u00fbler, mais un fr\u00e8re ou une s\u0153ur l&rsquo;a \u00e9loign\u00e9. Mary Scrutton a avou\u00e9 que \u00ab le diable lui est apparu deux fois, une fois sous la forme d&rsquo;un ours, une fois sous la forme d&rsquo;un chat, et l&rsquo;a tent\u00e9e, d&rsquo;une voix creuse, de tuer son enfant \u00bb. Susanna Smith a avou\u00e9 le lendemain de son arrestation que 18 ans auparavant, le diable lui \u00e9tait apparu sous la forme d&rsquo;un chien rouge hirsute et l&rsquo;avait tent\u00e9e de tuer ses enfants.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai contact\u00e9 le Dr Trudi Seneviratne, une psychiatre qui a sauv\u00e9 d&rsquo;innombrables vies gr\u00e2ce \u00e0 son travail \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 Bethlem Mother and Baby, qui fait partie de l&rsquo;h\u00f4pital South London and Maudsley. Elle a hoch\u00e9 la t\u00eate en lisant les t\u00e9moignages de 1645, reconnaissant les sympt\u00f4mes d&rsquo;une maladie mentale post-partum. Elle a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui encore, le diable appara\u00eet dans les cas de psychose, les femmes se voient comme des sorci\u00e8res, entendent des voix sataniques qui leur disent de faire des choses terribles.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des cas les plus tragiques de psychose post-partum s&rsquo;est produit en 2001 lorsque Andrea Yates, une m\u00e8re texane, a noy\u00e9 ses cinq enfants dans la baignoire au cours d&rsquo;un \u00e9pisode psychotique. Yates a d\u00e9clar\u00e9 plus tard qu&rsquo;elle pensait \u00eatre une mauvaise m\u00e8re et qu&rsquo;elle les avait condamn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;enfer. Lorsque j&rsquo;ai lu l&rsquo;histoire d&rsquo;Andrea et de sa famille, j&rsquo;ai sanglot\u00e9. Bien que je ne sois pas atteinte de psychose, je savais \u00e0 quel point j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 proche de son exp\u00e9rience. Nombre de mes sympt\u00f4mes \u00e9taient similaires aux siens &#8211; manie, agitation, d\u00e9pression.<\/p>\n<p><strong>Beaucoup de mes sympt\u00f4mes \u00e9taient similaires \u00e0 ceux d&rsquo;Andrea &#8211; manie, agitation, d\u00e9pression<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais renferm\u00e9e, je pleurais, mon anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9tait telle que je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 dormir. Le plus alarmant, cependant, c&rsquo;est que quelques jours avant mon admission \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 croire que mettre fin \u00e0 la vie de mon fils \u00e9tait le seul moyen d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la torture que je subissais. Si je n&rsquo;avais pas re\u00e7u d&rsquo;aide aussi rapidement, qui sait ce qui se serait pass\u00e9 ? Les femmes atteintes de ces maladies peuvent voir leur \u00e9tat se d\u00e9t\u00e9riorer tr\u00e8s rapidement. Les sympt\u00f4mes de la psychose du post-partum apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement dans les heures ou les jours qui suivent l&rsquo;accouchement et la pr\u00e9sentation peut changer en quelques minutes. Pour un patient souffrant de psychose en g\u00e9n\u00e9ral, il faut parfois des mois pour observer les m\u00eames changements. C&rsquo;est l&rsquo;un des rares cas o\u00f9 un \u00e9pisode psychiatrique est consid\u00e9r\u00e9 comme une urgence.<\/p>\n<p>Je pense tout le temps \u00e0 Andrea. Elle vit actuellement dans un h\u00f4pital psychiatrique d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 faible s\u00e9curit\u00e9 et, bien qu&rsquo;elle puisse \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e depuis de nombreuses ann\u00e9es, elle refuse toujours. Heureusement, les cas comme le sien ne sont pas courants, mais ils se produisent encore. Alors qu&rsquo;au Royaume-Uni, la loi sur l&rsquo;infanticide, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9adopt\u00e9e en 1938, pr\u00e9voit des peines plus l\u00e9g\u00e8res pour une m\u00e8re qui tue son enfant au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e de sa vie, aux \u00c9tats-Unis, il n&rsquo;existe pas de protection de ce type.<\/p>\n<p>Le 4 janvier 2023, Lindsay Clancy, du Massachusetts, a \u00e9trangl\u00e9 ses trois enfants, puis s&rsquo;est ouvert les veines et a saut\u00e9 par la fen\u00eatre. Elle a surv\u00e9cu, mais pas ses enfants. Aujourd&rsquo;hui paralys\u00e9e \u00e0 partir de la taille, elle est jug\u00e9e pour homicide. Mme Clancy, dont le plus jeune enfant n&rsquo;avait que huit mois lorsqu&rsquo;il est mort, a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;elle avait \u00e9trangl\u00e9 les enfants pendant un \u00ab moment de psychose \u00bb. L&rsquo;accusation la d\u00e9peint comme une sociopathe qui a assassin\u00e9 ses enfants, puis simul\u00e9 une tentative de suicide. Ils affirment qu&rsquo;elle se comportait normalement le jour de la trag\u00e9die et qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais mentionn\u00e9 quoi que ce soit sugg\u00e9rant une crise psychotique, juste \u00ab une pointe d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 post-partum \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Mes amis et ma famille m&rsquo;ont incroyablement soutenue pendant ma maladie<\/strong><\/p>\n<p>Toute femme ayant souffert d&rsquo;une maladie mentale p\u00e9rinatale ne sera pas surprise de constater que Clancy \u00e9tait r\u00e9ticente \u00e0 parler explicitement de ce qui lui arrivait. Mes amis et ma famille m&rsquo;ont incroyablement soutenue pendant ma maladie, mais j&rsquo;avais peur de leur dire tout ce que je pensais et ressentais. Notamment comment, dans les jours pr\u00e9c\u00e9dant mon hospitalisation, mon cerveau s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 jouer en boucle des sc\u00e8nes horribles. Je me voyais \u00e9touffer notre fils avec un oreiller, le faire tomber d&rsquo;une fen\u00eatre au troisi\u00e8me \u00e9tage, le noyer dans la baignoire. Et pourtant, je l&rsquo;aimais plus que je n&rsquo;avais jamais aim\u00e9 qui que ce soit ou quoi que ce soit. C&rsquo;\u00e9tait si effrayant, si horrible. Je ne voulais pas les accabler, mais je ne voulais pas non plus que ce soit vrai. Alors je me convainquais que je faisais toute une histoire pour rien.<\/p>\n<p>Ce qui a finalement fait basculer les choses pour moi, c&rsquo;est de rejoindre Motherly Love, un groupe de soutien compos\u00e9 de femmes d&rsquo;horizons diff\u00e9rents ayant connu des probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale p\u00e9rinatale. Toutes ont compris. Quelles que soient les pens\u00e9es terrifiantes que j&rsquo;avais, quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre les avait eues aussi et avait surv\u00e9cu. Le groupe est devenu une source vitale d&rsquo;espoir, de soutien et de connaissances anecdotiques, qui ne semblaient accessibles nulle part ailleurs. Ce sont ces femmes qui ont reconnu la gravit\u00e9 de mes sympt\u00f4mes et qui m&rsquo;ont pouss\u00e9e \u00e0 me faire soigner imm\u00e9diatement. Elles m&rsquo;ont sauv\u00e9 la vie simplement en partageant leurs sentiments et en veillant \u00e0 ce que je sache que je n&rsquo;\u00e9tais pas seule.<\/p>\n<p>Le suicide reste la principale cause de d\u00e9c\u00e8s maternel entre six semaines et douze mois apr\u00e8s la naissance, repr\u00e9sentant 39 % des d\u00e9c\u00e8s au cours de cette p\u00e9riode. Et malgr\u00e9 l&rsquo;augmentation des financements et de la sensibilisation, les taux de suicide ont augment\u00e9 de 15 % en dix ans. Je pense que cela est d\u00fb en grande partie \u00e0 la pression \u00e9touffante que subissent les femmes pour \u00eatre parfaites.<\/p>\n<p>Ma maladie a commenc\u00e9 avec les hormones, mais elle a \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9e par la stigmatisation, la culpabilit\u00e9 et la honte qui ont commenc\u00e9 d\u00e8s que j&rsquo;ai quitt\u00e9 l&rsquo;h\u00f4pital avec mon petit gar\u00e7on et que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que j&rsquo;avais ouvert la porte d&rsquo;une autre chambre de torture pour les femmes. Nous devons \u00eatre des m\u00e8res et, lorsque nous sommes m\u00e8res, nous devons \u00eatre des m\u00e8res parfaites. Nous devons allaiter nos b\u00e9b\u00e9s, ils doivent bien dormir, s&rsquo;ils sont gard\u00e9s, il faut que ce soit la meilleure des gardes, nous devons faire des carri\u00e8res \u00e0 mort, tout en \u00e9tant pr\u00e9sentes et calmes pour nos enfants, nous devons rester jeunes, nous ne pouvons pas prendre de poids. Nous devons \u00eatre sages. Et surtout, nous devons \u00eatre bons.<\/p>\n<p>C&rsquo;est impossible, nous le savons tous, et pourtant nous continuons \u00e0 essayer, \u00e0 \u00e9chouer, et lorsque nous \u00e9chouons, nous int\u00e9riorisons la honte et la culpabilit\u00e9 parce que c&rsquo;est ce que nous avons \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9s \u00e0 faire, et cela nous ronge.<\/p>\n<p>Ma maladie m&rsquo;a chang\u00e9e \u00e0 bien des \u00e9gards, mais je pense que le plus grand cadeau qu&rsquo;elle m&rsquo;ait fait est de me faire prendre conscience qu&rsquo;il y a une infinit\u00e9 de fa\u00e7ons d&rsquo;\u00eatre une femme. Et j&rsquo;ai renonc\u00e9 \u00e0 \u00eatre une bonne m\u00e8re &#8211; j&rsquo;ai \u00e9chou\u00e9 apr\u00e8s seulement un mois. Ce qui est en fait incroyablement lib\u00e9rateur. Ces jours-ci, je me sens tellement chanceuse d&rsquo;\u00eatre encore l\u00e0. De tenir le corps chaud de mon fils chaque matin \u00e0 son r\u00e9veil, de le regarder manger une part de g\u00e2teau d&rsquo;anniversaire dans un silence extatique. J&rsquo;ai de la chance d&rsquo;avoir eu l&rsquo;occasion d&rsquo;accepter et m\u00eame d&rsquo;aimer cette version sombre et tordue de moi-m\u00eame que je d\u00e9testais tant autrefois. Elle me manquerait si elle disparaissait. Et j&rsquo;ai beaucoup de chance de pouvoir vieillir. Beaucoup trop d&rsquo;entre nous n&rsquo;ont pas cette chance. J&rsquo;ai l&rsquo;intention de voler vers lui comme la sorci\u00e8re que je suis, sauvage et folle, imparfaite et imparfaite.<\/p>\n<p>Le documentaire d&rsquo;Elizabeth Sankey, Witches, sera diffus\u00e9 sur MUBI \u00e0 partir du 22 novembre 2024.<\/p>\n<p><em>Si vous avez \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e par l&rsquo;un de ces probl\u00e8mes, consultez Maternal Mental Health Alliance ou Action on Postpartum Psychosis.<\/em><\/p>\n<p>Traduit par DeepL.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-142313\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"2427\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-300x284.jpeg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-1024x971.jpeg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-768x728.jpeg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-1536x1456.jpeg 1536w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sankey-2048x1941.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/>Je traduis assez souvent des textes publi\u00e9s par le <em>Guardian<\/em>, qui ont jusqu&rsquo;ici toujours \u00e9t\u00e9 li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9. Dans ce cas-ci, c&rsquo;est ma pratique de psychanalyste qui a retenu mon choix.<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Alors qu&rsquo;elle luttait contre les t\u00e9n\u00e8bres d&rsquo;une grave anxi\u00e9t\u00e9 post-partum, Elizabeth Sankey a vu une lumi\u00e8re [&hellip;]<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,9],"tags":[1805,3868,194],"class_list":["post-142311","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-psychanalyse","tag-psychanalyse-2","tag-psychiatrie","tag-sorcellerie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/142311","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=142311"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/142311\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":142315,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/142311\/revisions\/142315"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=142311"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=142311"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=142311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}