{"id":14258,"date":"2010-07-24T20:20:49","date_gmt":"2010-07-24T18:20:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=14258"},"modified":"2013-01-02T17:58:46","modified_gmt":"2013-01-02T16:58:46","slug":"goldman-sachs-aujourdhui-ii-la-denonciation-de-la-supercherie-par-michael-lewis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/07\/24\/goldman-sachs-aujourdhui-ii-la-denonciation-de-la-supercherie-par-michael-lewis\/","title":{"rendered":"Goldman Sachs aujourd\u2019hui (II) &#8211; La d\u00e9nonciation de la supercherie par Michael Lewis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Lorsqu\u2019il devint \u00e9vident en f\u00e9vrier 2007 qu\u2019une crise de dimension cataclysmique s\u2019\u00e9bauchait dans le secteur <em>subprime<\/em> de l\u2019immobilier r\u00e9sidentiel am\u00e9ricain, un sauve-qui-peut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 s\u2019empara des banques am\u00e9ricaines qui en poss\u00e9daient des quantit\u00e9s substantielles en portefeuille. L\u2019image que l\u2019on s\u2019\u00e9tait faite \u00e9tait que ces produits financiers appara\u00eetraient aux yeux du public comme des placements de bon p\u00e8re de famille et que des myriades de petits investisseurs se les r\u00e9partiraient entre eux. Ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait que l\u2019\u00e9valuation erron\u00e9e du risque associ\u00e9 \u00e0 ces produits par les agences de notation les avait fait appara\u00eetre comme d\u2019un taux de rendement extraordinairement \u00e9lev\u00e9 par rapport au risque encouru et \u00e7\u2019avaient \u00e9t\u00e9 les banques elles-m\u00eames qui, dans les ann\u00e9es 2000 &#8211; 2006, les avaient acquis en quantit\u00e9s colossales et les avaient accumul\u00e9s dans leurs portefeuilles.<\/p>\n<p>Rien dans ce que nous savons a posteriori ne sugg\u00e8re qu\u2019il y ait eu chez ces banques qui refil\u00e8rent \u00e0 leurs clients les pertes qui s\u2019annon\u00e7aient dans le cataclysme imminent, le moindre d\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me\u00a0: elles mirent au point en un rien de temps des produits financiers qui leur permettraient de parier dans une configuration de profit optimale sur la chute de ce qui apparaissait soudain comme un secteur du cr\u00e9dit condamn\u00e9 globalement, et se tourn\u00e8rent vers leurs clients les plus fid\u00e8les comme \u00e9tant les victimes toutes d\u00e9sign\u00e9es qui leur permettraient \u00e0 elles de se tirer d\u2019affaire. La justification qu\u2019elles se donn\u00e8rent pour agir de la sorte \u00e9tait simple\u00a0: il s\u2019agissait apr\u00e8s tout avec leurs clients d\u2019intervenants \u00ab\u00a0avertis\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab sophisticated \u00bb en am\u00e9ricain \u2013 sur les march\u00e9s financiers, et s\u2019ils achetaient les produits frelat\u00e9s qu\u2019on leur offrait, ce devait \u00eatre en toute connaissance de cause. L\u2019hypocrisie alla beaucoup plus loin encore\u00a0: \u00ab\u00a0Qui sait, se disait-on dans ces firmes, c\u2019est peut-\u00eatre eux apr\u00e8s tout qui ont raison\u00a0dans l\u2019\u00e9valuation du march\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb La fiction qui r\u00e8gne en ma\u00eetre dans tout entreprise, qui veut que le client est roi, se transformait en farce.<\/p>\n<p>D\u00e9veloppement apparemment paradoxal, ce ne furent pas les r\u00e9gulateurs qui lev\u00e8rent le li\u00e8vre mais un livre\u00a0: <em>The Big Short<\/em> par Michael Lewis, un auteur qui, vingt-et-un ans auparavant, dans un best-seller intitul\u00e9 <em>Liar\u2019s Poker<\/em>, avait d\u00e9nonc\u00e9 les m\u0153urs des grandes banques d\u2019investissement de Wall Street, et plus particuli\u00e8rement de la firme Salomon Brothers qui l\u2019avait employ\u00e9. Il expliquait \u00e0 propos de son ouvrage publi\u00e9 en 1989, soulignant d\u2019ailleurs sa perplexit\u00e9 \u00e0 ce sujet, qu\u2019un livre qui constituait \u00e0 ses yeux une d\u00e9nonciation de comportements inavouables dans\u00a0le monde financier, avait au contraire \u00e9t\u00e9 re\u00e7u avec enthousiasme par une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes loups qui en avaient fait dans le monde des banques d\u2019affaires le <em>vade-mecum<\/em> d\u2019une \u00e9lite de traders et de commerciaux aux dents longues.<\/p>\n<p>Le nouveau livre de Lewis, publi\u00e9 en avril 2010, rapportait de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e la campagne entreprise par Wall Street quand il devint \u00e9vident que les titres \u00e9mis dans le secteur <em>subprime<\/em> sombraient et que le seul espoir de survie pour ceux qui les d\u00e9tenaient en grandes quantit\u00e9s \u2013 ce qui \u00e9tait le cas de Wall Street dans son ensemble \u2013 r\u00e9sidait dans leur vente imm\u00e9diate, et mieux encore, dans des paris portant sur leur perte afin de r\u00e9aliser un gain rapide et pouvant rapporter des sommes plus \u00e9lev\u00e9es encore que le risque effectivement couru. La d\u00e9monstration qu\u2019offre le livre est brillante, d\u00e9montant les m\u00e9canismes, m\u00ealant les r\u00e9cits d\u2019acteurs interrog\u00e9s par Lewis \u00e0 sa propre narration o\u00f9 le cynisme des uns et des autres est mis en sc\u00e8ne avec humour et talent. L\u2019auteur a le sens de la formule et certaines, c\u2019est s\u00fbr, seront non seulement r\u00e9p\u00e9t\u00e9es mais iront aussi s\u2019inscrire dans la m\u00e9moire que l\u2019on gardera des ann\u00e9es du nouveau <em>grand tournant<\/em>. Qui contestera par exemple que \u00ab\u00a0la meilleure d\u00e9finition peut-\u00eatre pour \u00ab\u00a0investir\u00a0\u00bb est \u00ab\u00a0parier en ayant mis toutes les chances de son c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (Lewis 2010\u00a0: 256)\u00a0?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que, dans une belle unanimit\u00e9 de ses principaux protagonistes, Wall Street puisa dans la caisse, et que chacun \u2013 qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 de ceux qui pari\u00e8rent sur l\u2019effondrement du syst\u00e8me financier, ou de ceux qui conserv\u00e8rent l\u2019espoir secret de son r\u00e9tablissement jusqu\u2019au 15 septembre, quand la chute de Lehman Brothers entra\u00eena dans sa chute le syst\u00e8me tout entier \u2013, que chacun donc se retrouva quand m\u00eame avec en poche quelques dizaines de millions de dollars au moins, Lewis pose la question qui s\u2019impose\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi des gens prendraient-ils des d\u00e9cisions financi\u00e8res intelligentes, s\u2019il n\u2019y a pour eux aucun imp\u00e9ratif \u00e0 ce que ce soit ainsi, et s\u2019ils peuvent devenir riches tout aussi bien en prenant des d\u00e9cisions stupides\u00a0?\u00a0\u00bb (ibid. 257). Pour finir sur le constat dont on d\u00e9couvrira a posteriori qu\u2019il joua un r\u00f4le d\u00e9cisif dans ce nouveau <em>grand tournant<\/em> : \u00ab\u00a0Les financiers au monde les plus puissants et les mieux pay\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement discr\u00e9dit\u00e9s. Sans l\u2019intervention des gouvernements, chacun d\u2019entre eux aurait perdu son poste\u00a0; et pourtant, ces m\u00eame financiers utilis\u00e8rent les gouvernements pour s\u2019enrichir encore davantage\u00a0\u00bb (ibid. 262). On avait attribu\u00e9 \u00e0 ces financiers une expertise. Quand on d\u00e9couvrit que celle-ci \u00e9tait illusoire, on imagina que l\u2019arrogance qui avait cette expertise pour excuse, se serait \u00e9vanouie avec le mirage. Il n\u2019en fut rien et l\u2019\u00e9vidence s\u2019imposa\u00a0: il n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 question d\u2019expertise, il n\u2019y avait jamais eu qu\u2019un simple rapport de force. Et celui-ci \u00e9tait maintenant pleinement visible, nu et glac\u00e9.<\/p>\n<p>(\u00e0 suivre\u2026)<\/p>\n<p>===============<\/p>\n<p>Michael Lewis,\u00a0<em>Liar\u2019s Poker. Rising Through the Wreckage on Wall   Street, New   York<\/em> : Norton, 1989<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;,\u00a0<em>The Big Short. Inside the Doomsday Machine<\/em>, London : Allen Lane, 2010<\/p>\n<blockquote><p><strong>(*) Un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb est libre de reproduction en tout ou en partie \u00e0 condition que le pr\u00e9sent alin\u00e9a soit reproduit \u00e0 sa suite. Paul Jorion est un \u00ab journaliste presslib\u2019 \u00bb qui vit exclusivement de ses droits d\u2019auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d\u2019\u00e9crire comme il le fait aujourd\u2019hui tant que vous l\u2019y aiderez. Votre soutien peut s\u2019exprimer <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?page_id=647\">ici<\/a>.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsqu\u2019il devint \u00e9vident en f\u00e9vrier 2007 qu\u2019une crise de dimension cataclysmique s\u2019\u00e9bauchait dans le secteur <em>subprime<\/em> de l\u2019immobilier r\u00e9sidentiel am\u00e9ricain, un sauve-qui-peut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 s\u2019empara des banques am\u00e9ricaines qui en poss\u00e9daient des quantit\u00e9s substantielles en portefeuille. 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