{"id":1427,"date":"2009-01-06T00:32:12","date_gmt":"2009-01-05T23:32:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=1427"},"modified":"2009-01-06T00:32:12","modified_gmt":"2009-01-05T23:32:12","slug":"le-monde-economie-lundi-5-janvier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/01\/06\/le-monde-economie-lundi-5-janvier\/","title":{"rendered":"Le Monde Economie, lundi 5 janvier"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&rsquo;impr\u00e9paration devant la crise<\/strong> <\/p>\n<p>Les premiers jours d&rsquo;une ann\u00e9e nouvelle ont valeur psychologique en raison du bilan que l&rsquo;on \u00e9tablit alors de celle qui vient de s&rsquo;\u00e9couler : on tourne le regard en arri\u00e8re et l&rsquo;on soup\u00e8se. L&rsquo;expression qui vient \u00e0 l&rsquo;esprit quand on contemple ainsi 2008, c&rsquo;est : \u00ab le champ couvert de morts \u00bb. Et il ne s&rsquo;agit pas comme le plus souvent \u00e0 la guerre, de pi\u00e9taille seulement : des g\u00e9n\u00e9raux en furent cette fois les victimes, tels Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Fannie Mae, Freddie Mac, Wachovia, Washington Mutual, AIG ou Countrywide, et en Europe : Fortis, Hypo, ainsi que les banques britanniques et islandaises. Parmi les survivants, beaucoup de grands bless\u00e9s, comme Citigroup, et les deux banques d&rsquo;affaires rescap\u00e9es de justesse, Goldman Sachs et Morgan Stanley. <\/p>\n<p>Les fleurons de Wall Street \u00e9taient pr\u00e9tendument invincibles. Au lieu de cela, le symbole de la finance assurant une fois pour toutes sa domination sur le monde est en ruines. Le contraste entre l&rsquo;ambition d\u00e9mesur\u00e9e qui avait \u00e9t\u00e9 affirm\u00e9e et le caract\u00e8re absolu de la d\u00e9route observ\u00e9e souligne encore davantage l&rsquo;\u00e9tendue du d\u00e9sastre : la chute d&rsquo;un empire qui avait \u00e9t\u00e9 promis pour mille ans est tout sp\u00e9cialement d\u00e9risoire. Et la trag\u00e9die avait \u00e9clat\u00e9 dans un ciel pourtant sans nuages : la finance qui s&rsquo;effondra en un peu plus d&rsquo;une ann\u00e9e avait obtenu la caution de tous, de la droite qui lui \u00e9tait naturellement acquise \u00e0 la gauche qui s&rsquo;\u00e9tait bien s\u00fbr fait tirer l&rsquo;oreille. Quand cette belle unanimit\u00e9 fut finalement acquise, l&rsquo;\u00e9difice monumental que chacun admirait alors en se congratulant mutuellement, s&rsquo;\u00e9croula d&rsquo;un seul coup.<\/p>\n<p>Mr. Paulson, le secr\u00e9taire am\u00e9ricain au Tr\u00e9sor, \u00e0 qui l&rsquo;on reproche les atermoiements et les changements de cap multiples qui caract\u00e9ris\u00e8rent ses tentative d&rsquo;endiguement, d\u00e9clarait mardi dernier dans un entretien au Financial Times : nous n&rsquo;imaginions pas l&rsquo;ampleur du mal, nous n&rsquo;\u00e9tions pas pr\u00eats, nous ne disposions d&rsquo;aucuns des moyens qui nous auraient \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les corps sont align\u00e9s sur les tables de dissection et l&rsquo;on d\u00e9couvre avec stup\u00e9faction l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9plorable des organes vitaux de ces grands gaillards que l&rsquo;on imaginait pourtant vigoureux. Seule la fuite en avant leur conf\u00e9rait semble-t-il leur \u00e9lan et le fonds Madoff ne constitue que la forme extr\u00eame, caricaturale, du business plan qui r\u00e9gnait en ma\u00eetre \u00e0 Wall Street il y encore un an.   <\/p>\n<p>Les propos de Mr. Paulson sont tr\u00e8s humbles et il loue aussi les m\u00e9rites de ceux qui se pr\u00e9parent \u00e0 lui succ\u00e9der. J&rsquo;ignore si cette humilit\u00e9 l&rsquo;a toujours caract\u00e9ris\u00e9 o\u00f9 s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une le\u00e7on qui lui fut inculqu\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements qui \u00e9maill\u00e8rent 2008. S&rsquo;il souligne que les moyens pratiques lui firent d\u00e9faut, il faut ajouter qu&rsquo;il en va de m\u00eame des moyens th\u00e9oriques. <\/p>\n<p>On entend dire aujourd\u2019hui, au spectacle de la d\u00e9route int\u00e9grale de la science \u00e9conomique dominante, celle que l&rsquo;on appelle aussi \u00ab l&rsquo;\u00c9cole de Chicago \u00bb, que sa d\u00e9confiture signifie la victoire de ses ennemis traditionnels : le marxisme et le keyn\u00e9sianisme. Il s&rsquo;agirait bien entendu au mieux pour les chefs de ces \u00e9coles d&rsquo;une victoire posthume, car ils nous ont quitt\u00e9 il y a longtemps. Rappelons aussi que leurs th\u00e9ories ne furent pas ignor\u00e9es sans autre forme de proc\u00e8s : elles furent test\u00e9es sur le terrain &#8211; m\u00eame si ce ne fut sans doute pas sous la forme exacte qu&rsquo;ils leur avaient imagin\u00e9e &#8211; et qu&rsquo;elles subirent la m\u00eame sanction que celle inflig\u00e9e aujourd\u2019hui \u00e0 \u00ab l&rsquo;\u00c9cole de Chicago \u00bb. <\/p>\n<p>Il serait bon alors que les \u00e9conomistes fassent preuve de l&rsquo;humilit\u00e9 que l&rsquo;on voit aujourd\u2019hui \u00e0 Mr. Paulson : eux non plus n&rsquo;envisag\u00e8rent pas l&rsquo;ampleur du mal en gestation, eux non plus n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00eats, et ceci vaut aussi bien pour l&rsquo;opposition marxiste ou keyn\u00e9sienne que pour les tenants de l&rsquo;\u00e9cole mon\u00e9tariste dominante. Le fait est que la vari\u00e9t\u00e9 de science \u00e9conomique que les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9clament aujourd\u2019hui \u00e0 cor et \u00e0 cri reste encore \u00e0 b\u00e2tir. C&rsquo;est l\u00e0 \u00e0 la fois une mauvaise et une bonne nouvelle. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong>L&rsquo;impr\u00e9paration devant la crise<\/strong> <\/p>\n<p>Les premiers jours d&rsquo;une ann\u00e9e nouvelle ont valeur psychologique en raison du bilan que l&rsquo;on \u00e9tablit alors de celle qui vient de s&rsquo;\u00e9couler : on tourne le regard en arri\u00e8re et l&rsquo;on soup\u00e8se. 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