{"id":14422,"date":"2010-07-29T18:43:57","date_gmt":"2010-07-29T16:43:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=14422"},"modified":"2013-01-02T17:58:23","modified_gmt":"2013-01-02T16:58:23","slug":"un-contrat-social-cognitif-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/07\/29\/un-contrat-social-cognitif-par-zebu\/","title":{"rendered":"Un contrat social cognitif, par z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Suite au billet \u00ab Une civilisation cognitive \u00bb, de nombreuses remarques se sont fait jour, en particulier sur la seconde partie de l\u2019article qui se voulait prospective et qui en lieu et place d\u2019avoir circonscrit un p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019\u00e9tude est directement pass\u00e9 \u00e0 la description des fonctionnalit\u00e9s possibles, sans passer par la case conceptualisation, ce qui ne rend bien \u00e9videmment la lecture ni ais\u00e9e ni compr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Pour rappel, le paradigme de la m\u00e9canisation apparu avec la r\u00e9volution industrielle est en train de s\u2019\u00e9crouler, de par son extension logique : produire plus, signifiant consommer plus, d\u2019o\u00f9 une soci\u00e9t\u00e9 de consommation \u2018de masse\u2019, consommant de plus en plus ses propres \u2018\u00e9l\u00e9ments\u2019. <\/p>\n<p>Ainsi du travail (en particulier le salariat), base sociale de ce paradigme, mais aussi de l\u2019argent, devenu dans une \u00e9conomie financiaris\u00e9e et lib\u00e9ralis\u00e9e \u2018totalement\u2019 l\u2019\u00e9l\u00e9ment en passe d\u2019\u00eatre le plus produit et consomm\u00e9 sur terre avec l\u2019\u00e9nergie, qui elle, est de moins en moins produite. <\/p>\n<p>Les \u00c9tats, qui ont jou\u00e9 une fonction de cheval de Troie pour l\u2019\u00e9conomie financi\u00e8re et jusque l\u00e0 garants du contrat social, se retrouvent actuellement dans une double impasse. <\/p>\n<p><!--more-->Impasse financi\u00e8re, puisqu\u2019ils ont financ\u00e9 par l\u2019emprunt le fonctionnement d\u2019un \u00c9tat social d\u00e9clinant (du fait de la modification de la r\u00e9partition des richesses produites, au d\u00e9triment du salariat) et puisqu\u2019ils ont apport\u00e9 les garanties (sonnantes et tr\u00e9buchantes) n\u00e9cessaires \u00e0 un capitalisme financier failli. <\/p>\n<p>Impasse politique car cette m\u00eame dette \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cr\u00e9anciers priv\u00e9s (ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019ils ont \u2018sauv\u00e9s\u2019) les rend d\u00e9pendants des \u2018march\u00e9s\u2019, les pla\u00e7ant dans une position de faiblesse politique pour agir. <\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, les \u00c9tats ont \u00e9t\u00e9 et se sont abus\u00e9s, \u2018\u00e0 l\u2019insu de leur plein gr\u00e9\u2019. Mais la propagande que l\u2019on a servi pendant des dizaines d\u2019ann\u00e9es aux citoyens pour qu\u2019ils continuent \u00e0 \u2018jouer\u2019 aux m\u00eames r\u00e8gles du jeu n\u2019a pas connu, elle, de failles majeures, jusqu\u2019\u00e0 ce que la Grande Crise n\u2019\u00e9merge d\u00e8s 2007 et produise la rupture que nous connaissons actuellement, rupture que l\u2019on ne pourra ressouder par les m\u00eames simples empl\u00e2tres employ\u00e9s jusqu\u2019ici : il n\u2019y aura pas de retours en arri\u00e8re car la crise suit sa propre dynamique.<\/p>\n<p>Or, les diff\u00e9rents mouvements de r\u00e9sistance face \u00e0 la r\u00e9volution industrielle montrent qu\u2019un luddisme (destruction des machines), m\u00eame \u2018r\u00e9nov\u00e9\u2019, ne permettrait gu\u00e8re de faire face \u00e0 cette situation. De m\u00eame, une r\u00e9volution sans id\u00e9aux et sans paradigme risque fort d\u2019accoucher dans ou de la terreur, ou du chaos.<\/p>\n<p>Reste que certains, au sein du capitalisme ont bien analys\u00e9 l\u2019impasse en vue et ont commenc\u00e9 \u00e0 produire une tentative de nouveau paradigme : le \u2018capitalisme cognitif\u2019. Bien que son avatar europ\u00e9en, la Strat\u00e9gie de Lisbonne, ait \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec d\u00e8s 2004, ce paradigme l\u00e0 reste d\u2019actualit\u00e9 car il permettrait non seulement de sauver la mise \u00e0 un capitalisme emp\u00eatr\u00e9 dans ses contradictions mais de r\u00e9cup\u00e9rer la dite mise pour rejouer au casino, m\u00eame joueurs, cartes neuves. <\/p>\n<p>Un tel \u2018capitalisme cognitif\u2019 ne serait qu\u2019une \u2018extension du domaine de la lutte\u2019 (ch\u00e8re \u00e0 Michel Houellebecq) au cognitif et ne r\u00e9soudrait pas de toute \u00e9vidence les injonctions paradoxales qu\u2019un tel \u2018paradigme\u2019 pourrait produire : concurrence\/coop\u00e9ration, lucrativit\u00e9\/gratuit\u00e9, productivisme\/qualit\u00e9, utilitarisme\/pr\u00e9servation, etc. <\/p>\n<p>C\u2019est pourtant ce que d\u2019aucuns, comme Yann Moulier-Boutang dans \u00ab L\u2019abeille et l\u2019\u00e9conomiste \u00bb, nous pr\u00e9disent comme avenir radieux, en s\u2019appuyant d\u2019ailleurs \u2026 sur le capitalisme financier, celui-l\u00e0 m\u00eame qui est la cause de nos soucis actuels !<\/p>\n<p>Autant dire un retour \u00e0 la case d\u00e9part, en prenant plusieurs millions de milliards d\u2019euros, une erreur de la banque en sa faveur.<\/p>\n<p>Afin d\u2019\u00e9viter ce cercle infernal, il est alors n\u00e9cessaire de d\u00e9finir un nouveau contrat social car celui en cours ne porte plus suffisamment en lui-m\u00eame, aux yeux des citoyens, de courage et de volont\u00e9 politique, de confiance partag\u00e9e. L\u2019\u00c9tat, en particulier, a promu depuis les ann\u00e9es 70 des politiques publiques n\u00e9o-lib\u00e9rales, celles-l\u00e0 m\u00eame qui ont conduit \u00e0 remettre en cause la stabilit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me social bas\u00e9 sur le travail, sur lequel un certains nombre de droits sociaux se fondaient, afin de g\u00e9n\u00e9raliser une soci\u00e9t\u00e9 de ch\u00f4mage de masse et la financiarisation de cette soci\u00e9t\u00e9 (notamment par la dette), venant \u00e0 saper les pouvoirs politiques de ces m\u00eames \u00c9tats.<\/p>\n<p>Or, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les \u00c9tats avaient bas\u00e9 leur l\u00e9gitimit\u00e9 sur la protection qu\u2019ils offraient des droits sociaux naturels, que la D\u00e9claration Universelle des droits de l\u2019Homme de 1948 avait consacr\u00e9s. <\/p>\n<p>Pire, l\u2019assujettissement de ces m\u00eames \u00c9tats aux politiques financi\u00e8res remet en cause les droits naturels politiques acquis depuis la D\u00e9claration des droits de l\u2019Homme et du citoyen de 1789, en rendant inop\u00e9rants les choix souverains op\u00e9r\u00e9s par les citoyens \u00e0 certaines occasions, notamment en 2005 lors du Trait\u00e9 europ\u00e9en ou m\u00eame en proposant de \u2018constitutionnaliser\u2019 des choix de politiques \u00e9conomiques relevant de cette m\u00eame souverainet\u00e9 populaire. <\/p>\n<p>C\u2019est donc l\u2019ensemble des h\u00e9ritages politiques, en France notamment (CNR, 1936, 1789) qui sont remis en cause mais aussi les droits naturels obtenus lors de ces combats politiques : droits politiques, soumis \u00e0 la pr\u00e9pond\u00e9rance du droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, droits sociaux, soumis \u00e0 la pr\u00e9pond\u00e9rance du droit du cr\u00e9ancier sur son d\u00e9biteur.<\/p>\n<p>Denis Kessler, vice-pr\u00e9sident du MEDEF, n\u2019avait-il pas \u00e9crit le 04 octobre 2007 un \u00e9ditorial dans le journal \u2018Challenges\u2019 intitul\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.challenges.fr\/magazine\/analyse\/0094.005304\/?xtmc=adieu_1945&#038;xtcr=1\">\u00ab Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! \u00bb<\/a> et annon\u00e7ant le d\u00e9tricotage du programme du CNR par Nicolas Sarkozy ?<\/p>\n<p>C\u2019est donc l\u2019ensemble du contrat social qui est remis en cause, quelle que soit la philosophie du contrat social par ailleurs. Car la pr\u00e9servation, lib\u00e9rale, de Locke des droits naturels par l\u2019\u00c9tat se r\u00e9duit de plus en plus, par l\u2019extension s\u00e9curitaire de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Celle de Rousseau, \u00e0 fortiori, de souverainet\u00e9 populaire, est d\u00e9mont\u00e9e, tant l\u2019\u00c9tat est devenu une instance de repr\u00e9sentations des int\u00e9r\u00eats individuels, \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral pr\u00f4n\u00e9 par l\u2019auteur. Enfin, le \u00ab L\u00e9viathan \u00bb de Hobbes que les citoyens craignaient ne s\u2019est pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre celui que l\u2019on attendait : en lieu et place de l\u2019\u00c9tat, nous avons eu celui \u2018des march\u00e9s\u2019.<\/p>\n<p>Il est donc temps de se remettre \u00e0 l\u2019ouvrage philosophique afin de red\u00e9finir un nouveau contrat social, dont l\u2019objet ne serait pas \u2018que\u2019 une \u2018simple\u2019 pr\u00e9servation des droits naturels d\u00e9finis tels qu\u2019actuellement mais bien par l\u2019extension de ces droits naturels, qui seuls permettront d\u2019\u00e9tendre la lutte contre les dangers qu\u2019avaient pu d\u00e9j\u00e0 identifier les philosophes des Lumi\u00e8res, \u00e0 savoir le totalitarisme, l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier et le non respect de la libert\u00e9 individuelle.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re que ceux qui conquirent les nouveaux droits politiques sur la base des travaux r\u00e9alis\u00e9s pendant le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et de ceux qui conquirent les nouveaux droits sociaux sur la base des luttes sociales men\u00e9es au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle pour fonder ou refonder le contrat social, il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tendre les droits naturels pour refonder le contrat social.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 mon sens avec de nouveaux droits, cognitifs ceux-l\u00e0, qu\u2019un tel contrat social peut voir le jour. A la fois pour lutter contre ceux-l\u00e0 m\u00eames qui pr\u00e9tendent utiliser la cognition pour refonder le capitalisme et \u00e0 la fois pour lutter contre les effets engendr\u00e9s par le capitalisme. <\/p>\n<p>Plus profond\u00e9ment m\u00eame, il s\u2019agit de lutter contre ce qui fonde le capitalisme : la machinisation, le productivisme, la concurrence, la lucrativit\u00e9 sans limites, l\u2019accumulation de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e comme seul horizon et comme seul v\u00e9ritable droit naturel. Scientifiquement, le paradigme capitalistique se fonde aussi sur un rationalisme transform\u00e9 en positivisme, aliment\u00e9 par un technologisme ind\u00e9passable, seul moteur apte \u00e0 r\u00e9aliser la n\u00e9cessaire dialectique entre le savoir et la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n<p>Or, affirmer que la cognition devient la base du contrat social, c\u2019est affirmer que la raison et la conscience ne sont pas les seules \u2018capacit\u00e9s\u2019 de l\u2019\u00eatre humain, que l\u2019affect fait partie int\u00e9grante de sa dimension. C\u2019est affirmer que le concept falacieux \u2018d\u2019Homo oeconomicus\u2019 est et doit \u00eatre limit\u00e9, que la \u2018science\u2019 \u00e9conomique telle que con\u00e7ue actuellement est et doit \u00eatre limit\u00e9e, que l\u2019\u00e9conomie doit revenir \u00e0 la place qui lui est due : un outil, non une fin en soit.<\/p>\n<p>Affirmer que le contrat social est fond\u00e9 sur la cognition, c\u2019est affirmer que la concurrence seule est inapte \u00e0 atteindre l\u2019objectif de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance car cette connaissance ne peut \u00eatre que partag\u00e9e. C\u2019est affirmer que la coop\u00e9ration peut aussi bien sinon mieux atteindre cet objectif, que le productivisme mat\u00e9rialiste est d\u00e9sormais \u2018relatif\u2019 puisque l\u2019objet n\u2019est pas de produire plus de biens ou de services mais bien de mieux conna\u00eetre. <\/p>\n<p>C\u2019est aussi affirmer que la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ne peut pas \u00e0 elle seule permettre la connaissance car elle limite de fait son d\u00e9veloppement : l\u2019accumulation et la lucrativit\u00e9 ne sont que des \u2018outils\u2019, parmi d\u2019autres, comme la circulation et la vitesse ou l\u2019\u00e9change et le don, tout aussi sinon plus \u2018performants\u2019.<\/p>\n<p>C\u2019est enfin affirmer qu\u2019il existe des savoirs \u2018communs\u2019, \u00e0 la fois exog\u00e8ne et endog\u00e8nes \u00e0 l\u2019\u00eatre humains, conditions du d\u00e9veloppement des savoirs humains, comme l\u2019air, l\u2019eau, l\u2019espace, les patrimoines g\u00e9n\u00e9tiques et culturels, la biodiversit\u00e9 et la paix, savoirs irr\u00e9fragables, tant collectivement qu\u2019individuellement.<\/p>\n<p>C\u2019est affirmer que puisque chaque individu poss\u00e8de les capacit\u00e9s cognitives \u00e0 sa naissance, il ne peut \u00eatre d\u00e9pourvu de sa souverainet\u00e9 sur celles-ci, \u00e0 la fois pour les reconna\u00eetre comme pour les faire reconna\u00eetre : c\u2019est donc affirmer que la souverainet\u00e9 populaire r\u00e9side aussi dans une souverainet\u00e9 directement g\u00e9r\u00e9e par ces m\u00eames individus en ce qui concerne ce droit naturel nouveau que serait la cognition et que la souverainet\u00e9 indirecte (d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e \u00e0 des repr\u00e9sentants) n\u2019est pas suffisante pour \u00e9viter l\u2019arbitraire et l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi se donner la possibilit\u00e9 de faire asseoir un syst\u00e8me social sur une autre base que le travail tel que d\u00e9fini actuellement, base remise en cause de mani\u00e8re croissante par celui-l\u00e0 m\u00eame qui l\u2019instaura comme fondement social, soit le capitalisme. Les droits sociaux ne seraient donc plus assis sur le travail utilis\u00e9 pour la production mais bien sur l\u2019utilisation des savoirs dans cette production, en fonction de l\u2019objet de la production (lucratif ou non) et de la nature de la propri\u00e9t\u00e9 de ces savoirs (\u2018communs, \u2018publics\u2019 ou \u2018priv\u00e9s\u2019). Toute production, m\u00eame (et surtout) celles n\u2019utilisant pas ou peu le travail humain, g\u00e9n\u00e8rerait ainsi des ressources financi\u00e8res sous forme de cotisations, qui permettront de financer un autre syst\u00e8me social, notamment par la mise en place d\u2019un revenu universel, auquel viendrait s\u2019adjoindre les revenus, qu\u2019ils soient d\u2019activit\u00e9s ou de remplacements. Ces m\u00eames ressources permettraient aussi de prot\u00e9ger les savoirs \u2018communs\u2019, notamment en rendant \u2018visibles\u2019 les utilisations de ces savoirs par les productions \u00e0 but lucratifs et en soumettant leurs utilisations \u00e0 cotisations.<\/p>\n<p>Enfin, affirmer que la cognition est le fondement du contrat social, c\u2019est affirmer que les seuls savoirs th\u00e9oriques ne sont pas suffisants \u00e0 d\u00e9finir la r\u00e9alit\u00e9 du monde humain et que les savoir-faire, autant sinon plus que les savoirs th\u00e9oriques permettent de r\u00e9aliser ce qu\u2019Hegel d\u00e9finissait comme la dialectique : du savoir au r\u00e9el, il est n\u00e9cessaire aussi de \u2018faire\u2019 pour appr\u00e9hender ce r\u00e9el et en retirer un savoir. C\u2019est affirmer que ceux qui produisent sont aussi n\u00e9cessaires et \u2018utiles\u2019 que ceux qui con\u00e7oivent, c\u2019est lutter contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un mod\u00e8le social hi\u00e9rarchique o\u00f9 les savoirs th\u00e9oriques dominent les savoir-faire, o\u00f9 \u2018l\u2019\u00e9ducation\u2019 n\u2019a plus pour objet d\u2019apprendre \u00e0 apprendre mais bien de transmettre les savoirs comme outils de pouvoir et de reproduction des hi\u00e9rarchies sociales.<\/p>\n<p>Le doute quant \u00e0 l\u2019\u00e9volution du capitalisme actuel se r\u00e9duit de jour en jour. La m\u00e9canisation, base de son expansion, est en train de se r\u00e9duire au fur et \u00e0 mesure que l\u2019environnement naturel r\u00e9duit les potentialit\u00e9s d\u2019exploitation et la \u2018machinisation\u2019 s\u2019est introduite dans les diff\u00e9rentes facettes de la vie. Les ressources naturelles \u00e9tant atteintes d\u2019entropie ou en voie de l\u2019\u00eatre, ne reste plus que les nanotechnologies (l\u2019infiniment petit) et l\u2019espace (l\u2019infiniment grand) comme \u2018r\u00e9serves\u2019. L\u2019argent, quant \u00e0 lui, s\u2019est tellement d\u00e9multipli\u00e9 qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re un autre type de risque : l\u2019effondrement gravitationnel ou la d\u00e9mon\u00e9tisation. Enfin, l\u2019\u00e9nergie, n\u00e9cessaire au m\u00e9canisme est elle aussi atteinte de d\u00e9pl\u00e9tion et \u00e0 moins que le positivisme ne sauve encore le capitalisme par la fission (qui mettra quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es \u00e0 na\u00eetre en tant qu\u2019\u00e9nergie stable, utilisable et \u2018privatis\u00e9e\u2019), il n\u2019y a aucun espoir de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 non plus. <\/p>\n<p>Reste alors les savoirs, tant le capitalisme a besoin d\u2019une ressource in\u00e9puisable \u00e0 exploiter, sans \u2018externalit\u00e9s\u2019 par trop contraignantes et privatisable \u00e9videmment, gr\u00e2ce \u00e0 une propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle \u00e9tendue \u00e0 toute \u2018chose\u2019. En clair, le cognitif reste le seul horizon, le seul \u2018Far-West\u2019 possible, lui permettant en outre d\u2019\u00e9chapper \u00e9ventuellement aux lois thermodynamiques, notamment celle de l\u2019entropie, pour produire un syst\u00e8me \u2018n\u00e9guentropique\u2019, o\u00f9, enfin, l\u2019accumulation et la lucrativit\u00e9, privatis\u00e9es, seront sans limite, avec des taux improbables de productivit\u00e9. <\/p>\n<p>En ce sens, construire un contrat social cognitif est aussi affirmer, d\u00e8s maintenant, que la cognition ne sera pas la prochaine \u2018fronti\u00e8re\u2019 \u00e0 outrepasser du capitalisme mais bien qu\u2019elle en sera sa limite et l\u2019instrument de son \u2018containment\u2019. Car au \u2018jeu\u2019 d\u2019endiguement, le capitalisme joue avec les blancs, soit toujours un coup d\u2019avance : \u00e0 supposer que l\u2019interdiction des paris sur les fluctuations des prix, voir l\u2019interdiction des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats pour les pr\u00eats (dans une vision utopique que ne renierait pas Thomas More) ne se mettent en place, ce sera toujours identique \u00e0 ce qui se produit actuellement, soit pas assez et toujours trop tard. <\/p>\n<p>Le \u2018capitalisme 2.0\u2019 sera entretemps pass\u00e9 \u00e0 autre chose, au \u2018capitalisme cognitif\u2019. Par exemple.<\/p>\n<p>C\u2019est donc de demain qu\u2019il s\u2019agit mais c\u2019est \u00e0 aujourd\u2019hui d\u2019agir.<\/p>\n<p>Pour ceux qui doutent (groupe auquel j\u2019appartiens) de la possibilit\u00e9 qu\u2019une telle \u2018tectonique des plaques sociales\u2019 rende possible l\u2019\u00e9mergence d\u2019un tel \u2018continent\u2019, il est n\u00e9cessaire de citer S\u00e9n\u00e8que : \u00ab Ce n\u2019est pas parce que les choses sont difficiles que nous n\u2019osons pas, c\u2019est parce que nous n\u2019osons pas que les choses sont difficiles \u00bb.<\/p>\n<p>(Suivra, si n\u00e9cessaire, une pompeuse et tr\u00e8s imparfaite proposition de D\u00e9claration des droits cognitifs de l\u2019Homme).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suite au billet \u00ab Une civilisation cognitive \u00bb, de nombreuses remarques se sont fait jour, en particulier sur la seconde partie de l\u2019article qui se voulait prospective et qui en lieu et place d\u2019avoir circonscrit un p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019\u00e9tude est directement pass\u00e9 \u00e0 la description des fonctionnalit\u00e9s possibles, sans passer par la case conceptualisation, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,17,5],"tags":[],"class_list":["post-14422","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-politique","category-sciences-cognitives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14422","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14422"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14422\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48106,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14422\/revisions\/48106"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14422"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14422"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14422"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}