{"id":148,"date":"2007-08-05T01:07:55","date_gmt":"2007-08-05T00:07:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=148"},"modified":"2013-01-02T00:22:17","modified_gmt":"2013-01-01T23:22:17","slug":"quappelle-t-on-la-verite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2007\/08\/05\/quappelle-t-on-la-verite\/","title":{"rendered":"Qu\u2019appelle-t-on la v\u00e9rit\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p>Les d\u00e9finitions classiques de la v\u00e9rit\u00e9 sont peu \u00e9clairantes : \u00ab dire ce qui est, comme il est et de ce qui n\u2019est pas, qu\u2019il n\u2019est pas \u00bb affirme l&rsquo;\u00c9l\u00e9ate sous la plume de Platon (<em>Le Sophiste<\/em>). Les d\u00e9finitions h\u00e9rit\u00e9es de la Scolastique sont toutes du m\u00eame type que l\u2019on trouve d\u2019abord chez Thomas d\u2019Aquin :<br \/>\n\u00ab ad\u00e9quation du mot et de la chose \u00bb, ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 la question que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e du sens des mots, relativement simple pour ceux qui ont un \u00ab r\u00e9f\u00e9rent \u00bb \u00e9vident comme les pommes ou les poires, obscure dans les autres cas, tel \u00ab n\u00e9anmoins \u00bb (voir <strong>Quel est le rapport entre la r\u00e9alit\u00e9 et, d\u2019une part les mots, d\u2019autre part les formules math\u00e9matiques ?<\/strong>).<\/p>\n<p>Toutes les cultures ne jugent cependant pas les phrases en termes de leur v\u00e9rit\u00e9 ou de leur fausset\u00e9. En Chine ancienne une phrase devait convenir<br \/>\n\u00ab \u00eatre <em>K\u2019o<\/em> \u00bb. Pour nous \u00ab la neige est noire \u00bb est faux parce que la neige est en r\u00e9alit\u00e9 \u00ab blanche \u00bb. En Chine ancienne, \u00ab Tout le monde aime le prince \u00bb n&rsquo;est pas <em>k&rsquo;o<\/em>, parce que la phrase serait inconvenante dans la bouche de sa propre soeur.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, Platon et Aristote invoquent la question de la v\u00e9rit\u00e9 de mani\u00e8re pol\u00e9mique, pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;objection sceptique des Sophistes. Ces derniers observent que des discours partant de pr\u00e9misses identiques et qui ne se contredisent pas eux-m\u00eames peuvent cependant se contredire entre eux et ils en tirent la conclusion que la v\u00e9rit\u00e9 est une illusion.<\/p>\n<p>Aristote d\u00e9place la question de la v\u00e9rit\u00e9 et de la fausset\u00e9 de la phrase, de l&rsquo;<em>adh\u00e9sion<\/em> du locuteur \u00e0 ce qu\u2019elle avance (sa mise en cause personnelle dans le fait de pr\u00e9tendre qu\u2019\u00ab il est vrai que ceci \u00bb, et qu\u2019\u00ab il est faux que cela \u00bb) vers le contenu de la phrase elle-m\u00eame, ind\u00e9pendamment de la personne qui la prononce. La v\u00e9rit\u00e9 ou la fausset\u00e9 est d\u00e9sormais un <em>attribut<\/em> de toute phrase : celle-ci est consid\u00e9r\u00e9e en soi comme vraie ou comme fausse.<\/p>\n<p>L&rsquo;objection des Sophistes est en r\u00e9alit\u00e9 irr\u00e9futable. Chaque domaine \u2013 les disciplines scientifiques en particulier \u2013 constituera son propre \u00ab jeu de langage \u00bb (comme le dira Wittgenstein), disposant de son propre \u00ab fonds de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb dont le rayonnement est essentiellement local et difficilement articulable avec d\u2019autres.<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;Aristote parvient \u00e0 faire, c&rsquo;est montrer que si l&rsquo;on part de principes que l&rsquo;on sait <em>vrais<\/em> (sur quoi tout le monde s&rsquo;accorde), on peut d\u00e9finir des r\u00e8gles telles que, si deux orateurs les respectent, non seulement ils ne se contrediront jamais eux-m\u00eames mais en plus, ils ne se contrediront jamais entre eux.<\/p>\n<p>1. Aristote applique aux mots la \u00ab th\u00e9orie des proportions \u00bb de son contemporain, le math\u00e9maticien Eudoxe. Une proportion <em>continue<\/em> (deux termes <em>extr\u00eames<\/em> distincts et un terme <em>moyen<\/em> unique) d\u00e9bouche sur une conclusion originale liant les deux <em>extr\u00eames<\/em>. C\u2019est la th\u00e9orie du <strong>syllogisme<\/strong>.<\/p>\n<p>2. Aristote cr\u00e9e ainsi de toutes pi\u00e8ces l&rsquo;<em>analytique<\/em> que nous appelons aujourd\u2019hui \u00ab logique \u00bb (sa <em>dialectique<\/em> examine les raisonnements valides \u00e0 partir d\u2019opinions seulement plausibles : tester des <em>hypoth\u00e8ses<\/em> et op\u00e9rer des <em>inductions<\/em>).<\/p>\n<p>Dans le syst\u00e8me d\u2019Aristote \u2013 qui reste le n\u00f4tre \u2013 on peut alors dresser le catalogue des propositions vraies : <\/p>\n<p>1. Celles qui sont vraies parce qu\u2019elles tombent sous le sens, et que chacun les tenant pour vraies il est l\u00e9gitime de les prendre comme points de d\u00e9part de raisonnements, <\/p>\n<p>2. Celles qui sont vraies parce qu\u2019elles sont les conclusions de raisonnements partant de propositions vraies. <\/p>\n<p>3. Celles qui sont vraies par convention, parce qu\u2019elles sont des <em>d\u00e9finitions<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire des raccourcis obtenus dans la langue en rempla\u00e7ant des suites de termes par un seul (ce qu\u2019Ernst Mach appela l\u2019\u00ab \u00e9conomie mentale \u00bb).<\/p>\n<p>Comme de deux propositions vraies on ne peut tirer qu\u2019une seule conclusion vraie, on sera oblig\u00e9 pour poursuivre ses raisonnements, soit d\u2019introduire de nouvelles d\u00e9finitions \u2013 et les nouvelles v\u00e9rit\u00e9s que l\u2019on g\u00e9n\u00e9rera ainsi seront de simples cons\u00e9quences de ces d\u00e9finitions, soit d\u2019aller chercher dans le monde de nouveaux faits qui \u00ab tombent sous les sens \u00bb, des observations venant corroborer soit des <em>hypoth\u00e8ses<\/em>, soit des faits d\u2019<em>induction<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les d\u00e9finitions classiques de la v\u00e9rit\u00e9 sont peu \u00e9clairantes : \u00ab dire ce qui est, comme il est et de ce qui n\u2019est pas, qu\u2019il n\u2019est pas \u00bb affirme l&rsquo;\u00c9l\u00e9ate sous la plume de Platon (<em>Le Sophiste<\/em>). 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