{"id":14876,"date":"2010-08-16T18:30:22","date_gmt":"2010-08-16T16:30:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=14876"},"modified":"2013-01-22T21:05:36","modified_gmt":"2013-01-22T20:05:36","slug":"quand-le-sahel-reverdit-ou-ce-que-lon-peut-apprendre-des-savoirs-faire-africains-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/08\/16\/quand-le-sahel-reverdit-ou-ce-que-lon-peut-apprendre-des-savoirs-faire-africains-par-zebu\/","title":{"rendered":"<b>Quand le sahel reverdit, ou ce que l\u2019on peut apprendre des savoir-faire africains<\/b>, par z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la livraison du mois d\u2019ao\u00fbt du Monde Diplomatique, un <a href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2010\/08\/HERTSGAARD\/19540\">article de Mark Herstgaard<\/a> nous apprend <em>Comment le Sahel reverdit<\/em>, ce qui est en soit une note d\u2019espoir, pour une vaste r\u00e9gion du continent africain, coinc\u00e9e entre le d\u00e9sert et une savane qui s\u2019\u00e9loignait progressivement et o\u00f9 tous les efforts de lutte contre la d\u00e9sertification paraissaient jusqu&rsquo;ici vains. Cette bonne nouvelle, quasi inesp\u00e9r\u00e9e, pourrait d\u2019ailleurs servir de panneau indicateur de sortie de crise sur une route emprunt\u00e9e (sans jeu de mot) depuis trois ans et passablement d\u00e9fonc\u00e9e, o\u00f9 les seules indications laissent \u00e0 lire la mention <em>TINA<\/em>. Car si une telle affirmation a de quoi surprendre quant au Sahel, la m\u00e9thode utilis\u00e9e a aussi de quoi interroger et remet en question un certain nombre de <em>croyances<\/em> et de <em>pratiques<\/em> que le journaliste de <em>The Nation <\/em>de New York relate dans son article.<\/p>\n<p>Mark Herstgaard raconte ainsi l\u2019histoire d\u2019un des pr\u00e9curseurs de l\u2019agroforesterie au Burkina Faso, M. Yacouba Sawadogo, qui relate son exp\u00e9rience v\u00e9cue lors de la grande s\u00e9cheresse de la fin des ann\u00e9es70-d\u00e9but des ann\u00e9es 80 dans son pays, qui subit durant cette p\u00e9riode une baisse de 20% en moyenne des pr\u00e9cipitations annuelles, entrainant des centaines de milliers de morts de famine et la transformation de la savane en Sahel. Une telle catastrophe entraina alors une profonde modification des modes de pens\u00e9e, notamment en remettant au go\u00fbt du jour des techniques ancestrales pour valoriser l\u2019utilisation de l\u2019eau pluviale\u00a0: le \u2018za\u00ef\u2019 consiste ainsi \u00e0 creuser des trous peu profonds aux racines des cultures, afin de pr\u00e9server un peu d\u2019humidit\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->M. Yacouba Sawadogo d\u00e9veloppa cette technique, en agrandissant ces trous mais surtout en y adjoignant du fumier, afin de concentrer l\u2019eau et les \u00e9l\u00e9ments essentiels pour fertiliser les cultures. Ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme du gaspillage finit par augmenter le rendement de ces m\u00eames cultures. Effet collat\u00e9ral non pr\u00e9vu, des pousses d\u2019arbres issues de graines inclues dans le fumier finirent aussi par \u00e9merger au milieu des cultures, continu\u00e8rent \u00e0 pousser et contribu\u00e8rent \u00e0 augmenter les rendements des cultures mais aussi \u00e0 fertiliser les sols. Cette technique d\u2019agroforesterie a finit par gagner \u2026 plusieurs centaines de milliers d\u2019hectares au Burkina Faso, permettant ainsi \u00e0 de vastes \u00e9tendues de passer du statut de \u2018Sahel\u2019 au statut de savane arbor\u00e9e et s\u00e8che, derni\u00e8re \u00e9tape avant le statut envi\u00e9 de savane humide. Au mali et au Niger, pays voisins, l\u2019exemple a \u00e9t\u00e9 suivi, \u00e0 tel point que l\u2019agroforesterie sert maintenant de rep\u00e8re aux satellites pour d\u00e9finir assez pr\u00e9cis\u00e9ment la fronti\u00e8re entre le Niger et le Nig\u00e9ria, o\u00f9 des m\u00e9thodes bien diff\u00e9rentes de reforestation par plantation ont \u00e9t\u00e9 mises en place\u00a0\u2026 et qui ont \u00e9chou\u00e9 !<\/p>\n<p>Pour impressionnants qu\u2019ils soient, les r\u00e9sultats ne font pas de ces zones d\u2019agroforesterie une for\u00eat tropicale. N\u00e9anmoins, de nombreux points positifs ont pu \u00eatre recens\u00e9s. Le premier d\u2019entre eux est la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire car les rendements sont devenus bien plus importants, au point que le nombre de greniers a aussi \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par deux ou par trois par famille. Les arbres permettent aussi aux paysans de r\u00e9duire le nombre de semences utilis\u00e9s pour les cultures car ils les prot\u00e8gent contre le vent. Les feuilles viennent aussi prot\u00e9ger les sols et peuvent nourrir le b\u00e9tail. Les racines fixent l\u2019humidit\u00e9 des rares pluies et les branches prot\u00e8gent les cultures du soleil. Avant cette technique du \u2018za\u00ef\u2019, la nappe phr\u00e9atique baissait d\u2019un m\u00e8tre par an\u00a0: depuis sa mise en place, elle a augment\u00e9e de 5 m\u00e8tres. Les arbres servent aussi \u00e0 produire du bois de chauffe pour la cuisine, pour la charpenterie et m\u00eame la pharmacop\u00e9e traditionnelle, l\u00e0 o\u00f9\u00a0 l\u2019allopathie est hors de prix ou inaccessible.<\/p>\n<p>Or, tous ces effets b\u00e9n\u00e9fiques sont produits \u2026 gratuitement. Car \u00e0 l\u2019inverse de la plantation d\u2019arbustes, m\u00e9thode qui a \u00e9chou\u00e9 malgr\u00e9 les investissements tr\u00e8s importants en moyens financiers et humains, la technique utilis\u00e9e ne fait qu\u2019aider la nature \u00e0 repousser, ce que les scientifiques ont par la suite d\u00e9nomm\u00e9 \u2018RNA\u2019\u00a0: \u2018R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration Naturelle Assist\u00e9e\u2019. L\u2019homme, en effet, ne \u2018plante\u2019 pas\u00a0: il permet \u00e0 des pousses, alli\u00e9es \u00e0 des cultures et des techniques ancestrales de captation des eaux de ruissellement (am\u00e9lior\u00e9e avec la fumure) de pousser selon leurs propres rythmes, forc\u00e9ment plus adapt\u00e9s qu\u2019une implantation exog\u00e8ne dans un milieu tr\u00e8s rude, qui n\u00e9cessitera beaucoup d\u2019investissements et de moyens, notamment hydriques. Car des \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9es que 80% des arbres plant\u00e9s au Sahel meurent au bout d\u2019un an ou deux. Les esp\u00e8ces end\u00e9miques, elles, sont bien plus r\u00e9sistantes et ont l\u2019immense avantage d\u2019\u00eatre d\u00e9livr\u00e9es gratuitement par \u2018dame nature\u2019. A l\u2019inverse, les \u2018Villages du Mill\u00e9naire\u2019 du directeur de l\u2019Institut de la Terre de l\u2019Universit\u00e9 Columbia, M. Jeffrey Sachs, sont con\u00e7us comme un \u2018paquet\u2019 de \u2018services\u2019 \u2026 tr\u00e8s on\u00e9reux\u00a0: forage, semences, engrais, etc. Et peu op\u00e9rants, \u00e0 moins d\u2019y mettre \u2026 \u2018le paquet\u2019. Hormis l\u2019aspect financier, qui a \u00e9videmment un poids tr\u00e8s important dans des zones o\u00f9 les ressources sont tr\u00e8s limit\u00e9es, il reste que l\u2019aspect novateur fondamental de ce renouvellement est fond\u00e9 sur des savoirs-faire, certes am\u00e9lior\u00e9s (sur la base des connaissances et des savoirs-faire des hommes, appliqu\u00e9s \u00e0 la situation) mais ancestraux.<\/p>\n<p>Savoirs-faire gratuits, si tant est qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de le pr\u00e9ciser et gratuitement propag\u00e9s. Car, \u00e0 l\u2019inverse l\u00e0 encore des \u2018Villages du Mill\u00e9naire\u2019, ces techniques sont librement accessibles \u00e0 tous et ne font pas d\u00e9pendre les cultivateurs de ressources exog\u00e8nes \u00e0 leur environnement\u00a0: pas d\u2019engrais compl\u00e9mentaires, pas de semences sp\u00e9cifiques, pas de g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique au secours de la d\u00e9tresse hydrique des plantes et des humains, pas de financements ext\u00e9rieurs \u00e0 solliciter. Un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, utilisant tous les savoirs-faire li\u00e9s \u00e0 l\u2019environnement et diffus\u00e9 par les canaux traditionnels des \u00e9changes de savoirs, sur la base des exp\u00e9rimentations men\u00e9es et constatables de visu par les premiers acteurs concern\u00e9s\u00a0: les paysans. Seule une aide, exog\u00e8ne, \u00e0 la diffusion de la connaissance ainsi obtenue ou des lois produites pour l\u2019agroforesterie a \u00e9t\u00e9 mise en place, via des ONG \u00e9trang\u00e8res, avec des moyens financiers tr\u00e8s peu importants.<\/p>\n<p>Pour autant, la \u2018RNA\u2019 ne permet pas d\u2019am\u00e9liorer le \u2018confort\u2019 des agriculteurs dans les zones o\u00f9 elle s\u2019est propag\u00e9e\u00a0: les maisons sont toujours de torchis, l\u2019eau et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 y sont absentes et la malnutrition persiste, preuve que la m\u00e9thode n\u2019a rien d\u2019un \u2018miracle\u2019 que pourrait apporter la technique moderne dont les \u2018Villages pour le Mill\u00e9naire\u2019 font pourtant la promotion, \u00e0 grand frais. C\u2019est donc \u00e0 une refonte des priorit\u00e9s sociales et \u00e9conomiques que s\u2019attaque incidemment la \u2018RNA\u2019, refonte adapt\u00e9e aux exigences du terrain et non aux id\u00e9es ou aux conceptions \u00e9conomiques \u2018hors sols\u2019 (sans jeu de mots)\u00a0: autonomie, s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et approche progressive des \u2018petits pas\u2019, plut\u00f4t que technologie, productivisme et impact \u00e0 court terme.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est aussi \u00e0 une remise en cause profonde du droit, h\u00e9rit\u00e9 parfois du droit colonial, auquel la \u2018RNA\u2019 s\u2019attaque, comme au Mali o\u00f9 l\u2019interdiction de couper un arbre a permis \u00e0 l\u2019Etat colonial fran\u00e7ais de \u2018privatiser\u2019 la ressource \u00e0 son profit et d\u2019en faire b\u00e9n\u00e9fice en revendant le bois coup\u00e9, aux d\u00e9pens des populations locales. Cette interdiction fut d\u2019ailleurs conserv\u00e9e \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, ce qui amena les paysans \u00e0 arracher les pousses d\u2019arbustes afin d\u2019\u00e9viter tout conflit potentiel et contribuant ainsi \u00e0 faciliter l\u2019\u00e9rosion des sols et leurs appauvrissements. Face aux conflits n\u00e9anmoins persistants, le gouvernement malien fit voter une loi permettant aux paysans d\u2019exploiter le bois des arbres sur leurs terres, ce qui permit, lorsque ceux-ci prirent connaissance de cette loi, de favoriser la mise en place de la \u2018RNA\u2019. Au Niger aussi, les autorit\u00e9s s\u2019aper\u00e7urent que pour faciliter l\u2019\u00e9l\u00e9vage forestier et l\u2019agroforesterie, il \u00e9tait n\u00e9cessaire de donner le droit d\u2019exploiter les arbres. Pour caricaturer\u00a0: par une spectaculaire inversion, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, alli\u00e9e \u00e0 l\u2019acc\u00e8s gratuit aux savoirs-faire, au profit de tous VS le monopole, \u00e9tatique ou priv\u00e9, des biens et des savoirs, au profit de certains (ou in fine, de personne).<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 mati\u00e8re \u00e0 enseignement, comme l\u2019on dit. Y compris pour les \u2018pauvres\u2019 h\u00e8res que nous sommes, coinc\u00e9s entre le d\u00e9sert des subprimes et la savane arbor\u00e9e d\u2019une sortie de crise.<\/p>\n<p>En premier lieu, c\u2019est par la reconnaissance des savoirs-faire que l\u2019on peut pr\u00e9server un patrimoine \u2018commun\u2019 de savoirs, ancestral ou non. Sans cette reconnaissance, y compris par les propres acteurs d\u00e9tenant ces savoirs-faire, ce patrimoine peut dispara\u00eetre et affaiblir les capacit\u00e9s de transformation sociales de ceux qui les poss\u00e8dent. Cette reconnaissance n\u2019est cependant pas \u2018suffisante\u2019 parfois pour permettre d\u2019agir sur son environnement, quelqu\u2019il soit\u00a0: l\u2019innovation, personnelle ou collective, est aussi n\u00e9cessaire. En l\u2019esp\u00e8ce, ce fut l\u2019adjonction de fumure dans les \u2018poquets\u2019 qui permit le d\u00e9veloppement de l\u2019agroforesterie au Sahel\u00a0: l\u2019exp\u00e9rimentation pratique, sur la base d\u2019un croisement entre savoirs-faire et connaissances, est le socle sur lequel se fonde l\u2019acquisition de nouveaux savoirs. Ce n\u2019est qu\u2019ensuite que cette technique fut \u2018mod\u00e9lis\u00e9e\u2019 sous la d\u00e9nomination scientifique de \u2018RNA\u2019.<\/p>\n<p>La \u2018science \u00e9conomique\u2019 telle que d\u00e9finit actuellement fonctionne sur un mod\u00e8le inverse\u00a0: une mod\u00e9lisation \u00e0 partir de laquelle les exp\u00e9rimentations sont con\u00e7ues et pratiqu\u00e9es. Ce mod\u00e8le l\u00e0, comme pour les \u2018Villages du Mill\u00e9naires\u2019, est vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Par ailleurs et sans pratiquer un ethnocentrisme invers\u00e9, \u2018f\u00e9tichisant\u2019 ainsi des exp\u00e9rimentations pratiqu\u00e9es au Sahel, nous poss\u00e9dons les savoirs-faire et les connaissances n\u00e9cessaires pour modifier notre environnement, sans attendre n\u00e9cessairement que les conditions mat\u00e9rielles et financi\u00e8res soient suffisamment favorables pour exp\u00e9rimenter et modifier.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9anmoins n\u00e9cessaire de \u2018reconna\u00eetre\u2019 ce fait, par et pour nous-m\u00eames, comme ce fut le cas pour les paysans du Sahel. Ce serait d\u00e9j\u00e0, en soit, une r\u00e9volution ontologique, apr\u00e8s des d\u00e9cennies de \u2018d\u00e9pendance\u2019 au mat\u00e9rialisme, qu\u2019il soit mon\u00e9taire ou historique, ou de \u2018d\u00e9pendance\u2019 au positivisme technologique.<\/p>\n<p>Le remise en cause du droit, qui n\u2019est sommes toutes qu\u2019un outil, devrait aussi suivre la red\u00e9finition de la nature de la propri\u00e9t\u00e9, qui devrait partir non pas d\u2019un droit naturel \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 sous entendue priv\u00e9e mais bien de la \u2018res communis\u2019, la \u2018chose commune\u2019, appartenant \u00e0 tous et \u00e0 personne, d\u00e9finissant ainsi en creux les notions de propri\u00e9t\u00e9 publique et de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, selon les n\u00e9cessit\u00e9 du contrat social.<\/p>\n<p>Dans le cas de l\u2019exp\u00e9rience men\u00e9e au Sahel, il est frappant de constater que M. Yacouba Sawadogo, paysan au Burkina Faso, a pu utiliser librement des savoirs-faire \u2018ancestraux\u2019, que l\u2019on pourrait d\u00e9finir comme appartenant \u00e0 la \u2018res communis\u2019, d\u00e9velopper un nouveau savoir-faire pour son usage propre et le transmettre \u2026 sans aucune notion de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu diront certains, parce que la protection de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e dans de tels environnements serait tout simplement impossible \u00e0 appliquer et n\u00e9cessiterait des efforts co\u00fbteux pour des r\u00e9sultats improbables. La \u2018science \u00e9conomique\u2019 dirait alors que l\u2019avantage comparatif d\u2019un tel syst\u00e8me par rapport \u00e0 un syst\u00e8me de \u2018propri\u00e9t\u00e9 commune\u2019 est tellement faible que le second syst\u00e8me permet de mieux \u2018allouer\u2019\u00a0 les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. O\u00f9 l\u2019on retourne au \u2018mod\u00e8le\u2019 auto-justificateur de la \u2018science \u00e9conomique\u2019\u00a0: quand les donn\u00e9es du terrain ne correspondent pas \u00e0 la th\u00e9orie, il est parfois n\u00e9cessaire de modifier les donn\u00e9es pour les rendre \u2018compatibles\u2019 d\u2019avec la th\u00e9orie ou m\u00eame \u00e0 chaque non congruence entre th\u00e9orie et r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 produire de nouvelles justifications th\u00e9oriques \u2026<\/p>\n<p>Mais on pourrait aussi partir d\u2019un point d\u2019analyse compl\u00e8tement diff\u00e9rent, de terrain cette fois, scientifiquement v\u00e9rifiable (notamment d\u2019anthropologie culturelle), o\u00f9 la notion de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e dans cet espace culturel sp\u00e9cifique n\u2019est pas une donn\u00e9e \u2018commune\u2019 et qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, la normalit\u00e9 est bien la \u2018res communis\u2019. De m\u00eame, la th\u00e9orie des jeux coop\u00e9ratifs permettrait bien mieux d\u2019expliquer, par la rationalit\u00e9 intuitive, que pour un acteur comme M. \u00a0Yacouba Sawadogo, il est finalement plus \u2018int\u00e9ressant\u2019 que \u2018son\u2019 savoir-faire se propage librement, afin qu\u2019il puisse, gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place g\u00e9n\u00e9rale de \u2018son\u2019 savoir-faire, b\u00e9n\u00e9ficier des effets b\u00e9n\u00e9fiques de l\u2019action collective sur des biens \u2018communs\u2019 comme le niveau d\u2019eau dans les nappes phr\u00e9atiques, dont il b\u00e9n\u00e9ficiera, aussi, pour son exploitation personnelle dans sa propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Privatiser donc le savoir-faire et la connaissance d\u2019une \u2018res communis\u2019 serait donc \u2018non productif\u2019, pour l\u2019acteur individuel comme pour la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse, on imagine fort bien ce qu\u2019il serait advenu dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la valeur sociale de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e serait pr\u00e9dominante (voir exclusive), avec la privatisation de la \u2018d\u00e9couverte\u2019 de M. Sawadogo, via le d\u00e9p\u00f4t d\u2019un brevet, restreignant alors la diffusion de ce savoir-faire, \u00e9l\u00e9ment capital \u00e0 la transformation globale et favorable de l\u2019environnement (effet de masse, observable via les nappes phr\u00e9atiques par exemple)\u00a0: un \u2018succ\u00e8s\u2019 individuel pour son \u2018concepteur\u2019, \u00e0 court terme, un \u00e9chec pour la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019environnement, \u00e0 moyen terme. En ce sens, prot\u00e9ger des savoirs-faire et des connaissances d\u2019une privatisation permet leur circulation, gage d\u2019efficacit\u00e9\u00a0: les d\u00e9finir comme parties de la \u2018res communis\u2019 et d\u00e9finir la \u2018res communis\u2019 comme droit naturel \u00e9viterait cette privatisation, que ce soit par des personnes (morales ou physiques) ou des \u00e9tats. Donc leur circulation, donc leur efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce que nous apprennent au final les savoirs-faire africains, c\u2019est leur connaissance intuitive, qui a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent peu \u2018formalis\u00e9\u2019 ou \u2018mod\u00e9lis\u00e9\u2019 en droit, qu\u2019il existe des \u2018choses communes\u2019, qui appartiennent \u00e0 tous et \u00e0 personne et ce quelque soit le type de \u2018contrat social\u2019 d\u00e9cid\u00e9 entre les diff\u00e9rents acteurs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, quelque soit le type de propri\u00e9t\u00e9 envisag\u00e9.<\/p>\n<p>Il serait enfin temps d\u2019apprendre des africains, afin que la D\u00e9claration des Droits de l\u2019Homme de 1948, qui se fonde sur une conception restrictive du droit naturel de la propri\u00e9t\u00e9, devienne v\u00e9ritablement universelle. Afin \u2018qu\u2019\u00e9go\u00efstement\u2019 nous puissions reformater notre propre contrat social bien mal en point pour sortir de la crise financi\u00e8re que nous connaissons actuellement et de notre crise civilisationnelle tout court.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la livraison du mois d\u2019ao\u00fbt du Monde Diplomatique, un <a href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2010\/08\/HERTSGAARD\/19540\">article de Mark Herstgaard<\/a> nous apprend <em>Comment le Sahel reverdit<\/em>, ce qui est en soit une note d\u2019espoir, pour une vaste r\u00e9gion du continent africain, coinc\u00e9e entre le d\u00e9sert et une savane qui s\u2019\u00e9loignait progressivement et o\u00f9 tous les efforts de lutte [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[22],"tags":[],"class_list":["post-14876","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14876","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14876"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14876\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":49269,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14876\/revisions\/49269"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14876"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14876"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14876"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}