{"id":15233,"date":"2010-08-26T16:15:53","date_gmt":"2010-08-26T14:15:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=15233"},"modified":"2013-01-02T17:57:28","modified_gmt":"2013-01-02T16:57:28","slug":"lactualite-de-la-crise-un-monde-instable-et-a-la-derive-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/08\/26\/lactualite-de-la-crise-un-monde-instable-et-a-la-derive-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: un monde instable et \u00e0 la d\u00e9rive, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>UN MONDE INSTABLE ET A LA D\u00c9RIVE<\/strong><\/p>\n<p>De quoi cette rentr\u00e9e est-elle faite ? D\u2019une certitude qui n\u2019est m\u00eame plus relev\u00e9e, comme s\u2019il fallait en prendre son parti, puisque l\u2019on ne peut rien y faire\u00a0: la crise se poursuit sans autre perspective que de continuer \u00e0 faire subir ses rebondissements et progressivement ses effets. Une pente qui n&rsquo;a que commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre descendue. <\/p>\n<p>Pour preuve, s\u2019il en \u00e9tait besoin, il n\u2019est m\u00eame plus question d&rsquo;en sortir dans les objectifs trac\u00e9s par Nicolas Sarkozy, \u00e0 l\u2019occasion de ce qui est abusivement appel\u00e9 <i>sa pr\u00e9sidence<\/i> du G20, car ce serait d\u00e9sormais tracer des plans sur la com\u00e8te. Mais d\u2019ouvrir seulement deux dossiers, certes importants, dont l\u2019horizon est pour l&rsquo;un lointain (l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me mon\u00e9taire international) et pour l\u2019autre avec une issue positive peu vraisemblable (la r\u00e9gulation des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res), vu le risque non n\u00e9gligeable qu&rsquo;il soit trait\u00e9 comme l\u2019a \u00e9t\u00e9 celui des paradis fiscaux. Des annonces consid\u00e9r\u00e9es dans les milieux financiers comme \u00e0 utilisation politique int\u00e9rieure mais sans port\u00e9e internationale. <\/p>\n<p>Les projecteurs continuent d\u2019\u00eatre braqu\u00e9s sur les Etats-Unis, dont les m\u00e9dias europ\u00e9ens commencent \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019ampleur de la crise sociale qui y s\u00e9vit. Les nouvelles n\u00e9gatives s\u2019y succ\u00e8dent, confirmant que la relance \u00e9conomique n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un feu de paille. Non seulement le march\u00e9 immobilier ne se rel\u00e8ve pas  &#8211; comment le pourrait-il \u00a0? &#8211; mais il donne de nouveaux signes d\u2019affaissement. Tant dans son secteur r\u00e9sidentiel que commercial, dont la crise a \u00e9t\u00e9 depuis longtemps annonc\u00e9e et qui se pr\u00e9cise. Les prix de l\u2019immobilier neuf ou ancien continuent de chuter, entra\u00eenant les emprunteurs dans une spirale descendante, et derri\u00e8re eux les banques et les organismes de cr\u00e9dit qui ne doivent leur salut qu\u2019au soutien financier de l\u2019Etat. Le nombre de nouvelles saisies ne diminue pas mais s\u2019accro\u00eet, voil\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 des chiffres.<\/p>\n<p><!--more-->Des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires commencent timidement \u00e0 \u00eatre per\u00e7ues \u00a0: le d\u00e9bat sur le <i>double dip<\/i> et l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de l\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine dans une nouvelle phase de r\u00e9cession est symbolique mais en r\u00e9alit\u00e9 secondaire. Une croissance actuelle de l\u2019ordre de 2%, dont il est pr\u00e9dit qu\u2019elle va continuer \u00e0 diminuer, n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas en mesure de remonter une quelconque pente. En particulier celle du ch\u00f4mage et de la baisse des revenus, qui combin\u00e9s avec la crise hypoth\u00e9caire immobili\u00e8re et les restrictions \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit revolving des cartes bancaires (les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sur les cartes sont au plus haut et l\u2019encours continue de chuter), continuent d\u2019hypoth\u00e9quer une reprise de la consommation. Reconnue contribution essentielle \u00e0 la croissance (70%). Un cercle vicieux y fait obstacle\u00a0: dans cette conjoncture, en attendant la reprise de l\u2019emploi, les consommateurs se restreignent et en cons\u00e9quence, les entreprises n\u2019embauchent pas. <\/p>\n<p>Si la consommation ne reprend pas, qu\u2019est ce qui va pouvoir contribuer \u00e0 la croissance, alors que l\u2019administration Obama n\u2019est pas en mesure de faire adopter &#8211; le voudrait-elle &#8211; un quelconque nouveau plan de relance public par le Congr\u00e8s \u00a0? Et que les investisseurs priv\u00e9s &#8211; b\u00e9n\u00e9ficiant de taux obligataires favorables &#8211; se concentrent sur le renouvellement des \u00e9quipements (et non l\u2019acquisition de nouveaux), ainsi que la reprise des op\u00e9rations de fusion-acquisition, recherchant dans la taille accrue des entreprises et les compressions de personnel des gains de productivit\u00e9 qu\u2019ils n\u2019entendent pas partager ? Incapables eux aussi de comprendre que l&rsquo;environnement a profond\u00e9ment chang\u00e9.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me d\u00e9couverte d\u00e9rangeante, les atermoiements de la Fed ne sont pas uniquement la cons\u00e9quence de d\u00e9saccords internes marqu\u00e9s avec comme cons\u00e9quence la pr\u00e9conisation de solutions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. Cette quasi paralysie r\u00e9sulte de son impuissance, car il n\u2019y a pas \u00e0 cette crise de rem\u00e8des mon\u00e9taires efficaces, comme ils l&rsquo;auraient \u00e9t\u00e9 <i>en temps normal<\/i>. Si le cr\u00e9dit n\u2019est plus en mesure d\u2019\u00e9pauler la croissance, la titrisation qui l\u2019alimentait ne remplissant plus son r\u00f4le, le moteur principal de la croissance ne peut pas red\u00e9marrer. La Fed peut inonder le syst\u00e8me financier avec toutes les liquidit\u00e9s qu&rsquo;elle veut, mais s&rsquo;il y a \u00e0 la fois refus de pr\u00eater et incapacit\u00e9 \u00e0 emprunter, cela n\u2019a pas d\u2019impact. C\u2019est saisissant sur le march\u00e9 immobilier, o\u00f9 les taux n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi bas depuis quarante ans et le niveau des ventes aussi faible depuis quinze ans.  <\/p>\n<p>La premi\u00e8re puissance \u00e9conomique mondiale est encalmin\u00e9e, entra\u00eenant tout le monde avec elle. L\u2019une des cons\u00e9quences de cette situation durable &#8211; et non la moindre &#8211; est d\u2019accentuer la crise au Japon, d\u00e9j\u00e0 aux prises avec ses propres difficult\u00e9s en raison d\u2019une d\u00e9flation incrust\u00e9e. Une ru\u00e9e vers le yen, qualifi\u00e9e m\u00eame par certains de panique, a pour cons\u00e9quence son irr\u00e9sistible hausse vis \u00e0 vis des autres monnaies, p\u00e9nalisant l\u2019unique moteur de la croissance, les exportations japonaises. La monnaie japonaise est \u00e0 son plus haut niveau depuis neuf ans vis \u00e0 vis de l\u2019euro et quinze ans par rapport au dollar. <\/p>\n<p>Le gouvernement japonais continue de maintenir sous perfusion son \u00e9conomie, avec l\u2019aide massive de la Bank of Japan qui \u00e9tudie de nouvelles mesures, incapable de r\u00e9duire les \u00e9missions \u00e0 jet continu de ce qui est d\u00e9j\u00e0 la plus grande dette publique mondiale (exprim\u00e9e en pourcentage du PIB). Pris entre les n\u00e9cessit\u00e9s contradictoires d\u2019une relance interne et d\u2019un accroissement du taux de la TVA, toujours envisag\u00e9 mais jamais d\u00e9cid\u00e9. Mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, les disparit\u00e9s sociales s\u2019accroissent, sans espoir de rebond \u00e9conomique et d\u2019am\u00e9lioration. Le ciment de la soci\u00e9t\u00e9 japonaise est progressivement en train de se d\u00e9sagr\u00e9ger. Non sans annoncer ce qui se pr\u00e9pare dans l&rsquo;ensemble du monde occidental, d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9 aux Etats-Unis. Et qui devrait activement inciter \u00e0 la r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re que les obligations souveraines des grands pays rejouent internationalement leur r\u00f4le de refuge, en d\u00e9pit de la crise qu&rsquo;ils connaissent, le yen remplit cette m\u00eame fonction sur le march\u00e9 des devises, d\u00e9stabilisant une \u00e9conomie japonaise qui ne repose que sur un seul pied. <\/p>\n<p>La crise europ\u00e9enne ne devrait pas tarder de son c\u00f4t\u00e9 \u00e0 montrer \u00e0 nouveau le bout de son nez, avec comme moteur impr\u00e9vu les r\u00e9sultats \u00e0 l&rsquo;exportation de l\u2019\u00e9conomie allemande vers les pays <i>\u00e9mergents<\/i>. Tout indique que l\u2019Europe est d\u00e9sormais \u00e0 deux vitesses. Tandis que la note de l\u2019Irlande vient d\u2019\u00eatre abaiss\u00e9e par S&#038;P, en raison des \u00e9normes refinancements auxquels le pays va devoir proc\u00e9der sur le march\u00e9 et des incertitudes que cela cr\u00e9e (30 milliards d\u2019euros en septembre), la Gr\u00e8ce s\u2019enfonce dans une crise \u00e9conomique et sociale profonde qui n\u2019aura d\u2019autre issue possible qu\u2019une restructuration de sa dette publique, seulement donc diff\u00e9r\u00e9e. Une PME sur cinq, soit 175.000, devrait fermer ; 300.000 emplois devraient dispara\u00eetre d\u2019ici fin 2011. La TVA est pass\u00e9e de 19 \u00e0 24%  pour de nombreux produits ces derniers mois et il est question d\u2019\u00e9tendre encore cette mesure. <\/p>\n<p>Serrant tous les boulons, le gouvernement espagnol restreint pour sa part les allocations ch\u00f4mage, tout en tentant d\u2019\u00e9viter dans l\u2019urgence l\u2019asphyxie du BTP en r\u00e9tablissant partiellement des budgets annul\u00e9s, car elle aurait de nouvelles cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour l\u2019emploi et le secteur bancaire. Avec une perspective de croissance de 0,2% du PIB, l\u2019Espagne reste au bord de la profonde r\u00e9cession d\u2019o\u00f9 elle est \u00e0 peine sortie, au risque d\u2019y replonger. Ce gros morceau l\u00e0, l\u2019Europe aura du mal \u00e0 l\u2019avaler. <\/p>\n<p>La baisse des taux obligataires allemands &#8211; dont les taux fran\u00e7ais b\u00e9n\u00e9ficient &#8211; fait les gros titres, mais les taux de quasiment tous les autres pays de la zone euro restent \u00e0 un niveau \u00e0 terme insoutenable. Ce <i>spread<\/i> (cet \u00e9cart) n\u2019est pas destin\u00e9 \u00e0 se r\u00e9duire et illustre les limites atteintes par les actions gouvernementales et de la BCE, permettant par avance de douter de la politique de r\u00e9duction prioritaire des d\u00e9ficits que les Allemands ont r\u00e9ussi \u00e0 imposer. Car ces taux accentuent irr\u00e9sistiblement le poids de la dette publique, imposant afin d\u2019obtenir la r\u00e9duction des d\u00e9ficits des choix sociaux et politiques toujours plus difficiles \u00e0 tenir. Inscrivant la zone euro dans une logique de d\u00e9pression masqu\u00e9e \u00e0 cause des r\u00e9sultats allemands. Aboutissant dans les pays les plus fragiles \u00e0 de vraisemblables restructurations de la dette, qui atteindront en retour un secteur bancaire toujours tr\u00e8s fragile. <\/p>\n<p>L\u2019instabilit\u00e9 pr\u00e9domine, toute strat\u00e9gie permettant de s\u2019y opposer demeurant introuvable. Sur tous les continents, l\u2019\u00e9conomie des pays <i>d\u00e9velopp\u00e9s<\/i> reste \u00e0 la d\u00e9rive. Des marionnettes s\u2019agitent, cachant de plus en plus mal leur impuissance \u00e0 influer sur le cours des \u00e9v\u00e9nement. Ainsi que leur incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9former le capitalisme financier, un programme annonc\u00e9 en claironnant et oubli\u00e9. <\/p>\n<p>Les temps sont durs, mais il ne vont pas l\u2019\u00eatre de la m\u00eame mani\u00e8re pour tout le monde. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>UN MONDE INSTABLE ET A LA D\u00c9RIVE<\/strong><\/p>\n<p>De quoi cette rentr\u00e9e est-elle faite ? 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