{"id":160,"date":"2007-08-23T07:39:07","date_gmt":"2007-08-23T06:39:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=160"},"modified":"2013-01-02T00:22:12","modified_gmt":"2013-01-01T23:22:12","slug":"quest-ce-que-penser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2007\/08\/23\/quest-ce-que-penser\/","title":{"rendered":"Qu\u2019est-ce que penser ?"},"content":{"rendered":"<p>Il y a \u00e0 premi\u00e8re vue deux types de <em>penser<\/em> distincts : l&rsquo;\u00ab association libre \u00bb et le \u00ab calcul \u00bb. L&rsquo;\u00ab association libre \u00bb caract\u00e9riserait le fonctionnement de cerveau <em>en roue libre<\/em>, le \u00ab calcul \u00bb, son fonctionnement <em>dirig\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>1. Dans l&rsquo;\u00ab association libre \u00bb, c&rsquo;est la configuration du r\u00e9seau de nos \u00e9l\u00e9ments de m\u00e9moire, de nos <em>traces mn\u00e9siques<\/em>, qui d\u00e9termine comment la pens\u00e9e se constitue dans ses s\u00e9quences. Le r\u00eave parcourt sans contraintes le r\u00e9seau des traces mn\u00e9siques connect\u00e9es dans notre cerveau. L&rsquo;\u00e9motion, qui dans la veille inhibe certains parcours possibles, est ici <em>d\u00e9connect\u00e9e<\/em> : il n&rsquo;y a pas dans le r\u00eave de \u00ab dynamique d&rsquo;affect \u00bb qui dirigerait la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>2. Dans le \u00ab calcul \u00bb, il y a encha\u00eenement &#8211; apparemment contr\u00f4l\u00e9 par la conscience &#8211; des \u00e9tapes successives d&rsquo;une proc\u00e9dure suivie syst\u00e9matiquement. Dans ce cas\u2013ci, un <em>espace de repr\u00e9sentation<\/em> se met d\u2019abord en place, ensuite des images y sont mises en sc\u00e8ne, celles-ci sont finalement manipul\u00e9es selon les encha\u00eenements impos\u00e9s par la proc\u00e9dure suivie. <\/p>\n<p>Dans la veille, l&rsquo;<em>affect<\/em> canalise, d\u00e9cide \u00e0 certaines bifurcations de diriger le train de pens\u00e9es vers tel branchement plut\u00f4t que vers tel autre en fonction de l\u2019urgence ressentie. Il joue un r\u00f4le identique \u00e0 celui d\u2019un <em>gradient<\/em>, tout comme avec une rivi\u00e8re qui descend vers la mer parce qu&rsquo;il existe un gradient, une <em>pente<\/em>, parce que l&rsquo;eau qui la constitue suit la courbe de la pente la plus raide jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre le niveau de la mer. C&rsquo;est un effet de la gravit\u00e9 : le centre de la terre joue le r\u00f4le d&rsquo;un <em>attracteur<\/em> (que l&rsquo;on appelle aussi en physique un \u00ab puits de potentiel \u00bb). Dans la pens\u00e9e, l\u2019<em>intention<\/em> ou le <em>souci <\/em>jouent le m\u00eame r\u00f4le que la gravit\u00e9 dans le cas de la rivi\u00e8re qui s\u2019\u00e9coule vers la mer. Je m\u2019explique.<\/p>\n<p>1. Le \u00ab souci \u00bb est un puits de potentiel auquel nous ne pouvons rien faire, <em>il appelle <\/em>l&rsquo;\u00ab association libre \u00bb <em>vers lui<\/em>. <\/p>\n<p>2. En r\u00e9alit\u00e9 le \u00ab calcul \u00bb op\u00e8re de la m\u00eame mani\u00e8re : l&rsquo;<em>intention<\/em> est aussi un<br \/>\n\u00ab souci \u00bb qui nous poss\u00e8de. Aussit\u00f4t que l&rsquo;intention se pr\u00e9sente, la vision du projet accompli agit comme un <em>puits de potentiel<\/em>. Celui-ci ne sera atteint que plus tard, mais il guide vers lui parce qu&rsquo;il s\u2019est cr\u00e9\u00e9 au moment o\u00f9 l\u2019intention est apparue. Si la proc\u00e9dure \u00e0 suivre est d\u00e9j\u00e0 inscrite dans notre m\u00e9moire, c\u2019est le gradient seul qui la guide. Sinon, nous consultons le manuel chaque fois que l\u2019inqui\u00e9tude (l\u2019<em>affect<\/em>) nous prend quant \u00e0 la suite correcte des op\u00e9rations et interrompt notre effort.<\/p>\n<p>3. Dans une conversation, on n&rsquo;a pas le temps mat\u00e9riel d&rsquo;\u00ab avoir l&rsquo;intention de dire \u00bb tout ce que l&rsquo;on dit rffevtivement \u00ab emport\u00e9 par son \u00e9lan \u00bb : une fois lanc\u00e9e sur sa pente, la parole se poursuit jusqu&rsquo;\u00e0 extinction, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le gradient d&rsquo;affect vienne mourir dans un puits de potentiel. C&rsquo;est le discours de l&rsquo;autre qui, mettant mon affect en \u00e9moi, relance le processus, \u00e0 savoir recr\u00e9e un nouveau gradient. <\/p>\n<p>4. On s&rsquo;entend parler quand on parle, mais on s&rsquo;entend parler aussi bien quand on pense ou quand on lit. Si ce que l&rsquo;on dit, on n&rsquo;a jamais eu<br \/>\n\u00ab l&rsquo;intention de le dire \u00bb, alors ce que l&rsquo;on dit, on le d\u00e9couvre seulement au moment o\u00f9 on se l&rsquo;entend dire. Et ce que nous disons met notre affect en \u00e9moi au m\u00eame titre que ce que l&rsquo;on entend dire par autrui. <\/p>\n<p>5. Notre parole (aussi bien int\u00e9rieure qu&rsquo;ext\u00e9rieure), au moment o\u00f9 nous l\u2019entendons, modifie notre affect <em>alors m\u00eame que notre discours est en train de se d\u00e9rouler<\/em>. Il y a r\u00e9troaction (<em>feedback<\/em>), effet en boucle, et la dynamique se r\u00e9alimente avec un retard qui est le temps qui se passe entre le moment o\u00f9 je \u00ab me l&rsquo;entends dire \u00bb et le moment o\u00f9 cela \u00ab met mon affect en \u00e9moi \u00bb.<\/p>\n<p>La <em>cause efficiente <\/em>chez Aristote est la mani\u00e8re dont nous nous repr\u00e9sentons spontan\u00e9ment la pens\u00e9e, avec une intention comme son point de d\u00e9part. Au contraire, dans la perspective plus correcte du gradient, le \u00ab puits de<br \/>\npotentiel \u00bb s\u2019assimile \u00e0 la <em>cause finale <\/em>d\u2019Aristote.<\/p>\n<p>La logique d\u2019Aristote (<em>analytique<\/em> et <em>dialectique<\/em>) est une mod\u00e9lisation de la dynamique de gradient telle qu\u2019elle s\u2019exerce sur la pens\u00e9e. La logique formelle contemporaine est un mod\u00e8le tr\u00e8s partiel de la logique classique (aristot\u00e9licienne et scolastique), un objet alg\u00e9brique tr\u00e8s particulier de la famille des \u00ab treillis \u00bb. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a \u00e0 premi\u00e8re vue deux types de <em>penser<\/em> distincts : l&rsquo;\u00ab association libre \u00bb et le \u00ab calcul \u00bb. L&rsquo;\u00ab association libre \u00bb caract\u00e9riserait le fonctionnement de cerveau <em>en roue libre<\/em>, le \u00ab calcul \u00bb, son fonctionnement <em>dirig\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>1. 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