{"id":16098,"date":"2010-09-20T16:32:29","date_gmt":"2010-09-20T14:32:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=16098"},"modified":"2013-01-02T17:56:29","modified_gmt":"2013-01-02T16:56:29","slug":"lactualite-de-la-crise-en-europe-aussi-les-faits-sont-tetus-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/09\/20\/lactualite-de-la-crise-en-europe-aussi-les-faits-sont-tetus-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise : en Europe aussi, les faits sont t\u00eatus, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>EN EUROPE AUSSI, LES FAITS SONT T\u00caTUS<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Irlande vient de rejoindre la Gr\u00e8ce dans le camp des pays europ\u00e9ens dont il est tr\u00e8s probablement devenu in\u00e9vitable qu\u2019ils fassent d\u00e9faut sur leur dette obligataire. Le Portugal entre dans la zone des temp\u00eates apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi un temps \u00e0 l\u2019\u00e9viter en se faisant tout petit. Le risque monte que d\u2019autres pays comme l\u2019Espagne et l\u2019Italie les rejoignent, ce qui serait pour l\u2019Union europ\u00e9enne &#8211; et pas seulement la zone euro &#8211; une toute autre affaire. <\/p>\n<p>Cette perspective n\u2019a rien d\u2019alarmiste, si l\u2019on entre dans le d\u00e9tail. <\/p>\n<p>Willem Buiter, chef \u00e9conomiste de Citigroup et observateur pointu de la sc\u00e8ne europ\u00e9enne (il est d\u2019origine britannique), consid\u00e8re en effet que l\u2019Irlande n\u2019est pas en mesure de faire face \u00e0 l\u2019addition de sa dette publique et du renflouement de son syst\u00e8me bancaire,\u00a0en premier lieu l\u2019Anglo Irish Bank (AIB). C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui explique que des tractations sont en cours, men\u00e9es par le gouvernement irlandais, afin de reporter sur les cr\u00e9anciers de la banque une partie de ses pertes gr\u00e2ce \u00e0 un m\u00e9canisme financier en cours d\u2019\u00e9laboration dont il n\u2019est pas dit qu\u2019il soit accept\u00e9.  <\/p>\n<p><i>Les march\u00e9s<\/i> vont \u00eatre test\u00e9s demain mardi, \u00e0 l\u2019occasion de deux \u00e9missions obligataires \u00e0 quatre et huit ans. Mais, quel que soit le r\u00e9sultat, le v\u00e9ritable test va \u00eatre ailleurs\u00a0: l\u2019Etat irlandais n\u2019a en effet pas les moyens d\u2019absorber les pertes d\u2019AIB. Il est en train de se d\u00e9battre dans l\u2019improvisation et les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes comme le FMI ne vont pas pouvoir rester longtemps derri\u00e8re le rideau, comme ils s&rsquo;efforcent de le faire en faisant comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. <\/p>\n<p><!--more-->S\u2019agissant de la Gr\u00e8ce, les commentaires pleuvent et concourent\u00a0: le pays n\u2019\u00e9chappera pas \u00e0 une restructuration de sa dette. C\u2019est Peter Steinbr\u00fcck, ancien ministre social-d\u00e9mocrate allemand pr\u00e9c\u00e9demment aux avant-postes de la crise europ\u00e9enne, qui l\u2019affirme dor\u00e9navant. Ainsi que, parmi tant d\u2019autres, Marco Annunziata, chef \u00e9conomiste de Unicredit (la m\u00e9gabanque italienne), qui d\u00e9clare \u00ab\u00a0de nombreux investisseurs ne sont pas convaincus que la Gr\u00e8ce pourra \u00e9viter de faire d\u00e9faut. Ath\u00e8nes doit r\u00e9duire ses charges, et beaucoup consid\u00e8rent que la seule mani\u00e8re d\u2019y parvenir est de restructurer ses emprunts\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Qu\u2019importe alors que George Papaconstantinou, le ministre grec des finances, puisse d\u00e9clarer afin de rassurer les investisseurs qu\u2019il est all\u00e9 solliciter dans le cadre d\u2019une tourn\u00e9e \u00e9clair \u00e0 Londres, Paris et Francfort, que \u00ab\u00a0une restructuration [de la dette publique] n\u2019interviendra pas. Cela aurait de trop lourdes implications pour l\u2019eurozone, si elle devait le faire\u00a0\u00bb. Ou que le FMI, par la bouche de l\u2019un de ses hauts responsables, confirme que \u00ab\u00a0personne ne b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019un d\u00e9faut de la Gr\u00e8ce\u00a0\u00bb. Ce qui est incontestable, mais s&rsquo;en inqui\u00e9ter ne permettra pas d&rsquo;y \u00e9chapper. <\/p>\n<p>La <i>troika<\/i> charg\u00e9 de la surveillance de la Gr\u00e8ce &#8211; compos\u00e9e de l\u2019Union europ\u00e9enne, la BCE et le FMI &#8211; n\u2019est pas rest\u00e9e inactive, \u00e0 l&rsquo;inverse de son attitude vis \u00e0 vis de l\u2019Irlande\u00a0: elle a tout simplement d\u00e9cid\u00e9 de repousser des stress tests des banques grecques, qui devaient intervenir en raison des sourdes inqui\u00e9tudes qu\u2019elles suscitent, au pr\u00e9texte d\u2019attendre l\u2019\u00e9ch\u00e9ance des neuf mois d\u2019application du plan de redressement gouvernemental. En r\u00e9alit\u00e9, elle n\u2019a pas voulu qu\u2019ils soient simultan\u00e9s au <i>road show<\/i> du ministre des finances, sa tourn\u00e9e de propagande en faveur de la souscription aux prochaines \u00e9missions obligataires grecques&#8230; <\/p>\n<p>Les stress tests des banques, c\u2019est dor\u00e9navant bien connu, ne sont effectu\u00e9s que si leurs r\u00e9sultats sont favorables \u00a0! <\/p>\n<p>Vient le cas du Portugal, qui s\u2019annonce tr\u00e8s difficile. Diario de Noticias, quotidien de r\u00e9f\u00e9rence du pays, publiait en fin de semaine les d\u00e9clarations de trois anciens ministres des finances, qui unanimement reconnaissaient que le pays allait difficilement pouvoir \u00e9viter de faire appel au FMI. A remarquer qu\u2019il n\u2019est m\u00eame plus question de l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0!  Antonio de Sousa, lobbyiste en chef des banques, admettait que celles-ci \u00e9taient en grande difficult\u00e9 et ne parvenaient plus \u00e0 lever des fonds \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Une n\u00e9cessit\u00e9 vu l\u2019\u00e9troitesse du march\u00e9 financier portugais. Enfin, Cavaco Silva, le pr\u00e9sident portugais, tenait dans la foul\u00e9e une r\u00e9union avec le gouverneur de la banque centrale, tandis que le gouvernement annon\u00e7ait de nouvelles mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, sous la forme d\u2019un nouveau budget 2011 d\u2019urgence. <\/p>\n<p>Une telle situation n\u2019est pas durable longtemps, quand bien m\u00eame la BCE continuerait de tenir \u00e0 bout de bras le syst\u00e8me bancaire portugais, alors que le taux des obligations souveraines \u00e0 dix ans est remont\u00e9 \u00e0 6,3%, un pourcentage qui renoue avec celui des pires moments de la crise europ\u00e9enne. <\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes vont-elles continuer longtemps \u00e0 faire l\u2019autruche et garder la t\u00eate dans le sable \u00a0? La crise irlandaise devrait sonner comme un signal d\u2019alarme, mais il n\u2019en est rien, la loi du silence et l&rsquo;attentisme continuent de s\u2019imposer. Elles restent donc \u00e9trangement silencieuses, ou accapar\u00e9es par d\u2019autres pol\u00e9miques, comme si elles n\u2019avaient pas d\u2019autre issue que d\u2019activer dans l\u2019urgence, quand cela ne pourra plus \u00eatre \u00e9vit\u00e9, un <i>Fonds europ\u00e9en de stabilit\u00e9 financi\u00e8re (EFSF)<\/i> potentiellement pourvu de 440 milliards d\u2019euros et avant tout destin\u00e9 dans sa conception \u00e0 rester dissuasif. <\/p>\n<p>Un plan qui suppose d\u2019emprunter sur <i>les march\u00e9s<\/i>, les sollicitant avec des cons\u00e9quences impr\u00e9vues, pour pr\u00eater aux Etats en difficult\u00e9 \u00e0 des taux \u00e9lev\u00e9s pour les inciter \u00e0 l\u2019effort budg\u00e9taire. Alors que ce fonds vient de b\u00e9n\u00e9ficier de la note AAA, attribu\u00e9e par Moody\u2019s, Standard &#038; Poor&rsquo;s et Fitch, augurant de taux dans la fourchette basse s&rsquo;il devait emprunter. Une note maximale qui pourrait cependant \u00eatre revue \u00e0 la baisse, a-t-il \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9, si celle de l&rsquo;un des principaux pays garants \u00e9tait baiss\u00e9e.<\/p>\n<p>Simon Johnson, ancien chef \u00e9conomiste du FMI dor\u00e9navant plus connu pour sa critique ac\u00e9r\u00e9e des m\u00e9gabanques et de l\u2019oligarchie, vient une fois de plus de mettre les pieds dans le plat. Il propose aux europ\u00e9ens d\u2019\u00e9mettre des <i>Brady bonds<\/i> (des obligations du nom de leur initiateur), en r\u00e9f\u00e9rence au m\u00e9canisme qui avait \u00e9t\u00e9 mis en place en 1989 afin de sortir l\u2019Am\u00e9rique latine de la crise financi\u00e8re dans laquelle elle \u00e9tait alors plong\u00e9e depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Pour faire bonne mesure, il a propos\u00e9 de les appeler \u00ab\u00a0Trichet bonds\u00a0\u00bb, celui-ci appr\u00e9ciera&#8230;.<\/p>\n<p>Sans entrer dans les d\u00e9tails,  des pays en situation de d\u00e9faut ont pu, selon ce m\u00e9canisme, \u00e9mettre des obligations b\u00e9n\u00e9ficiant de garanties ext\u00e9rieures. A ce propos, un montage financier complexe associait des T-bonds US et des fonds provenant du FMI et de la Banque Mondiale, afin d\u2019appuyer les nouvelles obligations sur des collat\u00e9raux pr\u00e9sentant bien. Les int\u00e9r\u00eats des obligations \u00e9mises \u00e9taient eux-m\u00eames garantis par le Fed de New York ! Les <i>Brady bonds<\/i> ont \u00e0 l\u2019\u00e9poque permis aux banques d\u2019\u00e9changer leurs cr\u00e9ances sur les pays en difficult\u00e9 avec ces obligations n\u00e9gociables sur le march\u00e9, afin d\u2019\u00e9vacuer de leurs bilans les dettes souveraines soumises \u00e0 d\u00e9valorisation. Le parall\u00e8le avec la situation actuelle est \u00e9vident. <\/p>\n<p>Si les Europ\u00e9ens devaient s\u2019inspirer de ce pr\u00e9c\u00e9dent, toute la question serait celle des garanties qui devraient \u00eatre offertes \u00e0 l\u2019appui du dispositif. On a vu, \u00e0 l\u2019occasion de la laborieuse mise au point de l\u2019EFSF, que le principe m\u00eame d\u2019une mutualisation de celles-ci \u00e9tait inacceptable notamment par l\u2019Allemagne. Et l\u2019on voit mal la BCE, en raison de son statut, participer \u00e0 un tel montage pour elle acrobatique. Les <i>Brady bonds<\/i> \u00e9taient nettement mieux dot\u00e9s. <\/p>\n<p>Un plan de ce type n\u2019est donc pas d\u2019actualit\u00e9, laissant pendante la crise europ\u00e9enne avant qu\u2019elle ne rebondisse, d\u2019autant qu\u2019il ne serait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une pirouette de plus, ne r\u00e9glant rien comme d&rsquo;habitude. On en resterait \u00e0 \u00e9mettre de la dette afin d&rsquo;en financer d&rsquo;autres&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>EN EUROPE AUSSI, LES FAITS SONT T\u00caTUS<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Irlande vient de rejoindre la Gr\u00e8ce dans le camp des pays europ\u00e9ens dont il est tr\u00e8s probablement devenu in\u00e9vitable qu\u2019ils fassent d\u00e9faut sur leur dette obligataire. Le Portugal entre dans la zone des temp\u00eates apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi un temps \u00e0 l\u2019\u00e9viter en se faisant tout petit. 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