{"id":16133,"date":"2010-09-20T23:55:21","date_gmt":"2010-09-20T21:55:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=16133"},"modified":"2013-01-02T17:56:29","modified_gmt":"2013-01-02T16:56:29","slug":"la-democratie-est-elle-soluble-dans-la-finance-par-pierre-sarton-du-jonchay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/09\/20\/la-democratie-est-elle-soluble-dans-la-finance-par-pierre-sarton-du-jonchay\/","title":{"rendered":"La d\u00e9mocratie est-elle soluble dans la finance ?, par Pierre Sarton du Jonchay"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<h1>Toxicit\u00e9 financi\u00e8re<\/h1>\n<p>La crise des subprimes s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9e par des probl\u00e8mes de liquidit\u00e9. Il est devenu impossible \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2007 de calculer le prix de certains actifs financiers, en l&rsquo;occurrence les actifs subprimes \u00e0 haut risque. Les actifs subprimes se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s toxiques parce qu&rsquo;ils sont mutants et mat\u00e9riellement impr\u00e9visibles, comme les virus. Ils contiennent en eux-m\u00eames la cause invisible de leur transformation. Techniquement, un actif toxique est un nominal d&rsquo;option dont la composition est ind\u00e9chiffrable et la prime vendue par un op\u00e9rateur financier de solvabilit\u00e9 inconnue. Une option financi\u00e8re est la promesse de r\u00e9aliser quelque chose \u00e0 un certain prix sous certaines conditions. L&rsquo;acheteur de l&rsquo;option est celui qui veut avoir le quelque chose au prix \u00e0 terme annonc\u00e9 et qui paie une prime au vendeur qui s&rsquo;engage \u00e0 le lui r\u00e9aliser. La prime de l&rsquo;option repr\u00e9sente ce que le vendeur est susceptible de d\u00e9caisser en monnaie \u00e0 l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance de l&rsquo;option si la promesse ne se r\u00e9alise pas au prix annonc\u00e9.<\/p>\n<p>La fabrication d&rsquo;un actif toxique vise \u00e0 pr\u00e9lever une commission sur la construction d&rsquo;une option dont le risque est polymorphe ; dont le risque peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 diff\u00e9remment \u00e0 son acheteur et \u00e0 son vendeur. L&rsquo;interm\u00e9diaire de toxicit\u00e9 vend le nominal \u00e0 quelqu&rsquo;un qui trouve la promesse bien belle pour la prime faible qu&rsquo;il a \u00e0 r\u00e9gler. Et il vend la prime \u00e0 quelqu&rsquo;un qui la trouve bien \u00e9lev\u00e9e pour le faible prix r\u00e9el du nominal qu&rsquo;il est cens\u00e9 garantir. L&rsquo;un ach\u00e8te un risque dont le prix para\u00eet faible tandis que l&rsquo;autre vend le m\u00eame risque dont le prix para\u00eet \u00e9lev\u00e9 pour ce qu&rsquo;il semble r\u00e9ellement. Acheteur et vendeur du m\u00eame actif toxique ne se voient pas et ne se parlent pas : ainsi le fabricant peut pr\u00e9senter son produit sous deux formes diff\u00e9rentes qui ne sont pas compar\u00e9es explicitement. L&rsquo;agent de toxicit\u00e9 financi\u00e8re est ind\u00e9tectable parce qu&rsquo;il tient le march\u00e9 \u00e9troit de ce qu&rsquo;il vend ou parce parce qu&rsquo;il est trop gros pour que l&rsquo;acheteur expos\u00e9 \u00e0 la toxicit\u00e9 identifie s\u00e9par\u00e9ment la responsabilit\u00e9 du vendeur de la prime et de son fabricant.<\/p>\n<p>Acheter un risque revient \u00e0 vendre une assurance. Si l&rsquo;assureur inspire confiance, il n&rsquo;est pas imaginable qu&rsquo;il puisse assurer des \u00e9v\u00e9nements qui n&rsquo;arrivent pas aussi fr\u00e9quemment qu&rsquo;il l&rsquo;annonce ; ou qu&rsquo;il ne soit qu&rsquo;assureur d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui n&rsquo;arrivent jamais ; ou encore qu&rsquo;il soit l&rsquo;assur\u00e9 d&rsquo;un assureur d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;il provoque lui-m\u00eame. Un producteur de toxicit\u00e9 financi\u00e8re est l&rsquo;agent invisible d&rsquo;actifs transformables \u00e0 l&rsquo;insu de l&rsquo;acheteur qui se croit prot\u00e9g\u00e9 de la variabilit\u00e9 du prix r\u00e9el. A partir de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2007, il est apparu progressivement que ces actifs sans prix vraiment rationalisable \u00e9taient diffus\u00e9s dans le monde entier. Toute institution financi\u00e8re d&rsquo;une quelconque importance avait dans ses comptes une proportion inconnue d&rsquo;actifs toxiques, soit que ces actifs fussent des primes sans prix rationnel, soit que leur prix f\u00fbt garanti par un propri\u00e9taire de la prime potentiellement insolvable.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h1>Liquidit\u00e9 toxique<\/h1>\n<p>La r\u00e9ponse des banques centrales au gel de la liquidit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 de vendre massivement des options de liquidit\u00e9. Elles ont pr\u00eat\u00e9 de l&rsquo;argent contre garantie en actifs dont le prix \u00e9tait inconnu. Inconnu par leur contenance non mesurable de toxicit\u00e9. Inconnu par la suspension des \u00e9changes directs des actifs potentiellement toxiques entre les acteurs financiers qui pouvaient en analyser la valeur. En adossant leur \u00e9mission mon\u00e9taire \u00e0 des actifs toxiques, les banques centrales ont radicalement accru la toxicit\u00e9 de leurs monnaies. Les monnaies sont en effet l&rsquo;option d&rsquo;\u00e9talonnage en valeur r\u00e9elle des unit\u00e9s de compte de la finance et de la banque. Par le rapport entre la valeur r\u00e9elle estim\u00e9e du collat\u00e9ral de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire et la valeur nominale de la monnaie cr\u00e9e, la banque centrale r\u00e9gule la stabilit\u00e9 r\u00e9elle de la monnaie dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Depuis 2007, la proportion de fausse valeur dans l&rsquo;\u00e9mission mon\u00e9taire ne cesse d&rsquo;augmenter. En septembre 2008, cette proportion est jug\u00e9e tellement \u00e9lev\u00e9e que les march\u00e9s financiers cherchent \u00e0 liquider une institution financi\u00e8re. En mettant en faillite un \u00e9tablissement contenant plus d&rsquo;actifs toxiques que les autres, on oblige tous ses cr\u00e9anciers \u00e0 constater des pertes. La valeur globale des actifs financiers est abaiss\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9cart toxique entre la masse mon\u00e9taire et sa contrevaleur r\u00e9elle. La victime embl\u00e9matique de ce sacrifice a \u00e9t\u00e9 Lehman Brothers. Si l&rsquo;effondrement boursier qui s&rsquo;en est suivi a r\u00e9duit la toxicit\u00e9 de la monnaie, il n&rsquo;a pas pour autant tari la source. Les acteurs sp\u00e9cialis\u00e9s non r\u00e9gul\u00e9s et les m\u00e9gabanques constitu\u00e9es par rachat des \u00e9tablissements en difficult\u00e9 ont renforc\u00e9 leur potentiel de toxicit\u00e9.<\/p>\n<p>Le krach de 2008 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la toxicit\u00e9 des subprimes est en r\u00e9alit\u00e9 celle de tous les produits d\u00e9riv\u00e9s \u00e9mis hors des march\u00e9s organis\u00e9s. Lehman Brothers a \u00e9t\u00e9 mise en faillite par l&rsquo;explosion de sa prime de CDS (Credit Default Swap, prime d&rsquo;option de cr\u00e9dit \u00e0 Lehman) qui sugg\u00e9rait que la valeur r\u00e9elle de ses dettes \u00e9tait tr\u00e8s inf\u00e9rieure \u00e0 leur valeur nominale. Les assureurs de la dette de Lehman ont finalement r\u00e9gl\u00e9 aux cr\u00e9anciers 8% des montants assur\u00e9s. Les dettes assur\u00e9es de Lehman \u00e9taient sur\u00e9valu\u00e9es de 9% dans le bilan comptable de la banque d&rsquo;affaires. Cela signifie que gr\u00e2ce aux produits d\u00e9riv\u00e9s dont Lehman \u00e9tait un sp\u00e9cialiste, elle pouvait afficher des r\u00e9serves en fonds propres pour plus de 10% (11% en \u00ab\u00a0tier one\u00a0\u00bb) du prix calcul\u00e9 de ses dettes nettes au moment-m\u00eame o\u00f9 elle cessait ses paiements, au moment-m\u00eame o\u00f9 il fallait reconna\u00eetre que toutes les dettes ne pouvaient pas \u00eatre rembours\u00e9es.<\/p>\n<h1>Comptabilit\u00e9 du vice<\/h1>\n<p>La faillite de Lehman d\u00e9montre brutalement l&rsquo;insignifiance des bilans comptables bancaires et financiers. Tous les comptes \u00e9taient faux et il \u00e9tait impossible de dire comment ni dans quelle proportion. Les banques centrales qui pr\u00eatent \u00e0 des op\u00e9rateurs dont elles ne savent pas s&rsquo;ils sont vraiment solvables se sont mises \u00e0 ren\u00e9gocier les normes prudentielles internationales de garanties des risques bancaires et financiers par des fonds propres. Les n\u00e9gociations entre \u00c9tats, banques centrales et banques commerciales d\u00e9bouchent sur l&rsquo;accord de B\u00e2le III conclu \u00e0 la mi-septembre 2010. La couverture en fonds propres du passif net calcul\u00e9 des op\u00e9rateurs financiers sera relev\u00e9e progressivement afin que les crises de liquidit\u00e9 puissent \u00eatre absorb\u00e9es sans rel\u00e2chement des politiques d&rsquo;\u00e9mission mon\u00e9taire centrales.<\/p>\n<p>La nouvelle r\u00e9glementation reste dans la m\u00eame philosophie que l&rsquo;ancienne, mise en \u00e9chec depuis 2007. Le prix des actifs comptabilis\u00e9s dans les bilans financiers et int\u00e9gr\u00e9s dans le calcul des fonds propres de r\u00e9serve reste d\u00e9termin\u00e9 par le nominal de produits d\u00e9riv\u00e9s non r\u00e9glement\u00e9s ou par les mod\u00e8les internes de calcul des risques des m\u00e9gabanques. Les prix financiers restent \u00e0 la main des op\u00e9rateurs financiers trop techniques ou trop gros pour \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s par quiconque. Les \u00c9tats et les banques centrales font semblant de ne pas comprendre ce que sont des options et comment ils se font piller par la n\u00e9gociation de primes et de nominaux dont ils ne peuvent calculer le prix. Les autorit\u00e9s publiques dont la responsabilit\u00e9 est de r\u00e9guler la finance par la d\u00e9finition de droits n\u00e9gociables et par l&rsquo;\u00e9quilibre des droits de l&rsquo;offre et de la demande, font semblant d&rsquo;ignorer qu&rsquo;elles doivent forcer les op\u00e9rateurs financiers \u00e0 se confronter sur des march\u00e9s. Des march\u00e9s que les propri\u00e9taires d&rsquo;actifs ne peuvent en aucun cas poss\u00e9der.<\/p>\n<p>Pourquoi cette pers\u00e9v\u00e9rance dans l&rsquo;irrationnalit\u00e9 feinte ? Par l&rsquo;effet-m\u00eame de la toxicit\u00e9 de la finance non r\u00e9gul\u00e9e. La toxicit\u00e9 financi\u00e8re est la facult\u00e9 de jouer avec les d\u00e9finitions nominales de la valeur afin de faire rentrer la r\u00e9alit\u00e9 dans les prix qu&rsquo;on anticipe. Pile je gagne et face tu perds puisque c&rsquo;est moi qui d\u00e9cide quelle est la pile et quelle est la face. Les \u00c9tats pratiquent la finance toxique en ne fixant pas les r\u00e8gles de leur propre solvabilit\u00e9. Ils peuvent \u00e9mettre de la dette sans autre limite que de forcer leurs contreparties financi\u00e8res \u00e0 croire qu&rsquo;ils sont solvables. Le jeu ne fonctionne plus pour la Gr\u00e8ce, l&rsquo;Espagne ou l&rsquo;Irlande mais fonctionne encore un peu pour les \u00c9tats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon ou la France. Les banques centrales n&rsquo;ont rien d&rsquo;autre \u00e0 faire qu&rsquo;ob\u00e9ir aux \u00c9tats en prenant leur dette en collat\u00e9ral et ob\u00e9ir aux banques qui menacent de faire faillite et de ruiner leurs d\u00e9posants.<\/p>\n<h1>Pillage financier de la r\u00e9alit\u00e9<\/h1>\n<p>La production d&rsquo;actifs toxiques est d\u00e9sormais une n\u00e9cessit\u00e9 pour les \u00c9tats et pour les m\u00e9gabanques. Le stock ant\u00e9rieur \u00e0 2007 n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 purg\u00e9, il est n\u00e9cessaire de titriser des cr\u00e9ances ind\u00e9pendamment de leur valeur r\u00e9elle pour cr\u00e9er la monnaie qui permet de ne pas r\u00e9partir le co\u00fbt de toutes les fausses vraies dettes. Cela est d&rsquo;autant plus n\u00e9cessaire que les dettes sont internationalis\u00e9es, accumul\u00e9es au cr\u00e9dit de quelques pays en position d&rsquo;\u00e9change exc\u00e9dentaire vis-\u00e0-vis du reste du monde. Ni les \u00c9tats-Unis, ni l&rsquo;Europe, ni le Japon ne souhaitent avouer aux Chinois que leurs r\u00e9serves de change sont creuses. Car il leur faudrait reconna\u00eetre leur irresponsabilit\u00e9 pass\u00e9e et se mettre \u00e0 n\u00e9gocier entre tous pour r\u00e9partir la purgation de l&rsquo;exc\u00e9dent mondial de liquidit\u00e9s. Il faudrait aussi n\u00e9gocier un nouveau syst\u00e8me mon\u00e9taire international fond\u00e9 sur des r\u00e8gles partag\u00e9es de solvabilit\u00e9 qui r\u00e9duisent les privil\u00e8ges g\u00e9n\u00e9rateurs de risque.<\/p>\n<p>L&rsquo;argument qui permet d&rsquo;\u00e9viter le d\u00e9p\u00f4t de bilan du syst\u00e8me mon\u00e9taire international fond\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9mission sans limite des monnaies de r\u00e9serve est celui de la liquidit\u00e9. Le bilan financier des \u00c9tats et des banques sont en soi-m\u00eame des options. Une dette publique est le nominal d&rsquo;une option d&rsquo;\u00c9tat de droit dont le fabricant est le gouvernement en place. La prime de l&rsquo;option de solvabilit\u00e9 publique est le prix du CDS qui garantit la dette publique. Le nominal de l&rsquo;option est le prix r\u00e9el de la dette publique. Pour pouvoir rester liquide, un gouvernement doit pouvoir continuer d&#8217;emprunter m\u00eame si sa dette para\u00eet excessive. Il lui faut donc pouvoir \u00e9mettre de nouveaux titres sans que la prime de risque ne traduise tout le doute qu&rsquo;on peut raisonnablement former sur leur remboursement sans d\u00e9valuation de la monnaie. Il faut donc emp\u00eacher de mesurer la valeur r\u00e9elle de la monnaie par un march\u00e9 organis\u00e9 o\u00f9 le prix de tous les actifs soit mesurable par un \u00e9quilibre r\u00e9el de l&rsquo;offre et de la demande. Autrement dit, la banque centrale doit pouvoir \u00e9mettre toute liquidit\u00e9 sans qu&rsquo;on puisse constater l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation globale du prix des actifs qui traduise la d\u00e9valuation \u00e0 terme de la monnaie.<\/p>\n<p>Les int\u00e9r\u00eats des banques sont align\u00e9s sur ceux des \u00c9tats. Leur bilan est aussi l&rsquo;option de leur propre solvabilit\u00e9. Si l&rsquo;on se met \u00e0 coter les actifs bancaires sur un march\u00e9 o\u00f9 leurs droits sont \u00e9gaux \u00e0 ceux de l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle, les cr\u00e9ances de l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle sur les banques se trouveraient r\u00e9\u00e9valu\u00e9es par rapport aux cr\u00e9ances des banques sur l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle. Comme les banques recyclent l&rsquo;\u00e9pargne des entreprises et salari\u00e9s de l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle dans les dettes publiques, la v\u00e9rit\u00e9 des prix d\u00e9pr\u00e9cierait les portefeuilles bancaires de titres publics pendant que les banques devraient s&rsquo;expliquer sur les promesses non tenues de rendement des placements. On d\u00e9couvrirait qu&rsquo;elles n&rsquo;ont peu ou pas de fonds propres pour couvrir les risques r\u00e9els de leurs engagements vis-\u00e0-vis des d\u00e9posants et \u00e9pargnants.<\/p>\n<h1>Dissolution de la responsabilit\u00e9 publique<\/h1>\n<p>\u00c9tats, banques centrales et banques sont compromis dans la fabrication d&rsquo;actifs toxiques pour justifier la liquidit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la pr\u00e9servation des monnaies de r\u00e9serve, \u00e0 la non-liquidation des pertes financi\u00e8res accumul\u00e9es. L&rsquo;irresponsabilit\u00e9 publique et bancaire permet de vendre les pertes financi\u00e8res et mon\u00e9taires \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle. Le syst\u00e8me politico-financier ach\u00e8te la liquidit\u00e9 \u00e0 bas prix \u00e0 la banque centrale et la revend \u00e0 prix \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle. Les services publics sont r\u00e9duits contre un pr\u00e9l\u00e8vement fiscal en augmentation. Les salari\u00e9s sont licenci\u00e9s dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s o\u00f9 ils sont trop chers pour \u00eatre r\u00e9embauch\u00e9s dans les pays o\u00f9 ils sont moins chers. L&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle apprend \u00e0 s&rsquo;autofinancer par l&rsquo;augmentation de ses marges financi\u00e8res pour substituer du capital aux cr\u00e9dits qui sont devenus trop chers. La demande s&rsquo;affaisse dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s pour essayer de d\u00e9montrer aux cr\u00e9anciers en dollar, euro, livre sterling ou yen que la production r\u00e9elle va davantage s&rsquo;exporter. Il faut montrer que la r\u00e9duction \u00e0 terme des dettes internationales est possible m\u00eame si l&rsquo;appareil de production des pays d\u00e9velopp\u00e9s se d\u00e9localise.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet d\u00e9sormais que le syst\u00e8me mon\u00e9taire international fond\u00e9 sur l&rsquo;utilisation internationale de monnaies nationales est toxique, g\u00e9n\u00e9rateur de pertes non mesurables et sans limites rationnelles pour l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle internationale. Une zone mon\u00e9taire qui r\u00e9unit tous les utilisateurs d&rsquo;une monnaie est en elle-m\u00eame une option collective de liquidit\u00e9. La somme de tous les cr\u00e9dits actifs et passifs comptabilis\u00e9s en dollar de par le monde est le nominal de cette option. Il en est de m\u00eame pour toute autre monnaie. La prime de cette option est la somme des primes de change explicites ou implicites de toutes les positions \u00e0 terme pr\u00eateuses ou emprunteuses d\u00e9tenues par l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle partout dans le monde. Les fabricants de l&rsquo;option de liquidit\u00e9 mon\u00e9taire internationale sont les banques internationales qui tiennent le march\u00e9 des changes.<\/p>\n<p>La n\u00e9gociation des options de change entre quelques tr\u00e8s gros acteurs leur offre le march\u00e9 donc la d\u00e9finition de la valeur internationale des monnaies. Ainsi les quelques n\u00e9gociateurs des primes de change sont-ils propri\u00e9taires de la volatilit\u00e9 des monnaies les unes par rapport aux autres. Ils fixent le prix du risque de change selon leurs int\u00e9r\u00eats propres ind\u00e9pendamment des \u00e9quilibres financiers internationaux r\u00e9els. Ces \u00e9quilibres ne sont pas objectivement connaissables en l&rsquo;absence d&rsquo;un march\u00e9 international mon\u00e9taire et financier qui trace l&rsquo;ensemble des flux de capitaux, de cr\u00e9dits et de marchandises. Quelques banques internationales fixent ainsi les taux de change par les d\u00e9riv\u00e9s de change selon leur interpr\u00e9tation et leur anticipation des politiques publiques de liquidit\u00e9. Elles imposent leurs choix aux autorit\u00e9s publiques perp\u00e9tuellement en retard d&rsquo;information sur la circulation des masses de capitaux.<\/p>\n<h1>Revenir \u00e0 Bretton Woods<\/h1>\n<p>Comme le dollar est la principale monnaie de r\u00e9serve mondiale, les int\u00e9r\u00eats du syst\u00e8me financier mondial sont align\u00e9s sur ceux de l&rsquo;\u00e9lite politico-financi\u00e8re des \u00c9tats-Unis. La prime de stabilit\u00e9 r\u00e9elle du dollar ne peut pas \u00eatre calcul\u00e9e en l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9talon international de la valeur r\u00e9elle. La prime de liquidit\u00e9 et la valeur r\u00e9elle du dollar nominal sont non-n\u00e9gociables. Les m\u00e9gabanques internationales imposent leurs prix selon les allocations de liquidit\u00e9 qu&rsquo;elles obtiennent de la R\u00e9serve F\u00e9d\u00e9rale. Elles financent les parlementaires \u00e9tatsuniens afin d&#8217;emp\u00eacher l&rsquo;adoption d&rsquo;une r\u00e9gulation financi\u00e8re par un march\u00e9 international organis\u00e9 qui serait soustrait \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats. Elles persuadent les parlementaires \u00e9tatsuniens que les int\u00e9r\u00eats publics \u00e9tatsuniens sont oppos\u00e9s au reste du monde. Ainsi est-il possible d&rsquo;entretenir l&rsquo;instabilit\u00e9 des changes et la surliquidit\u00e9 mondiale. Elles stimulent la volatilit\u00e9 financi\u00e8re et la rentabilit\u00e9 de leurs portefeuilles de primes de produits d\u00e9riv\u00e9s.<\/p>\n<p>La sur\u00e9valuation du dollar et des autres monnaies de r\u00e9serve qui d\u00e9coule de leur utilisation internationale permet de piller l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle par des exigences de rentabilit\u00e9 exorbitantes. Les revenus salariaux sont \u00e9cras\u00e9s dans le monde entier afin de d\u00e9gager les plus-values qui r\u00e9mun\u00e8rent un risque artificiellement provoqu\u00e9. La m\u00e9canique de toxicit\u00e9 financi\u00e8re a pris une telle ampleur depuis 2007 que les \u00e9conomies r\u00e9elles domestiques des \u00c9tats-Unis, de l&rsquo;Europe et du Japon se d\u00e9litent en contrepartie de l&rsquo;accumulation d&rsquo;exc\u00e9dents commerciaux et de r\u00e9serves de change dans les pays \u00e9mergents. Le monde file \u00e0 vive allure vers la prochaine d\u00e9route financi\u00e8re. Elle interviendra bien avant que les banques aient reconstitu\u00e9 leurs fonds propres selon les nouvelles normes du Comit\u00e9 de B\u00e2le. Le temps sera venu d&rsquo;un nouveau Bretton Woods pour construire un march\u00e9 international des options ; pour fonder un \u00e9talon mon\u00e9taire de comptabilit\u00e9 juste des dettes internationales. Esp\u00e9rons que les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques et les \u00c9tats n&rsquo;auront pas implos\u00e9 d&rsquo;ici l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<h1>Toxicit\u00e9 financi\u00e8re<\/h1>\n<p>La crise des subprimes s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9e par des probl\u00e8mes de liquidit\u00e9. Il est devenu impossible \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2007 de calculer le prix de certains actifs financiers, en l&rsquo;occurrence les actifs subprimes \u00e0 haut risque. Les actifs subprimes se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s toxiques parce qu&rsquo;ils sont mutants et mat\u00e9riellement impr\u00e9visibles, comme les virus. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[876,34,25,81,4481,535,4468],"class_list":["post-16133","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","tag-actif-toxique","tag-banque-centrale","tag-crise","tag-democratie","tag-finance","tag-liquidite","tag-subprime"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16133","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16133"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16133\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48010,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16133\/revisions\/48010"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16133"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16133"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16133"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}