{"id":164,"date":"2007-08-28T03:37:57","date_gmt":"2007-08-28T02:37:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=164"},"modified":"2013-01-02T00:22:01","modified_gmt":"2013-01-01T23:22:01","slug":"quel-est-le-rapport-entre-la-forme-et-le-contenu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2007\/08\/28\/quel-est-le-rapport-entre-la-forme-et-le-contenu\/","title":{"rendered":"Quel est le rapport entre la forme et le contenu ?"},"content":{"rendered":"<p>Nul ne conna\u00eet la r\u00e9ponse \u00e0 cette question. Seuls ont \u00e9t\u00e9 produits des d\u00e9buts d\u2019explication qui n\u2019ont d\u00e9bouch\u00e9 que sur des impasses.<\/p>\n<p>La question fut essentielle dans la philosophie scolastique qui l\u2019a explor\u00e9e syst\u00e9matiquement. La distinction entre \u00ab cat\u00e9gor\u00e8mes \u00bb (offrant le contenu) et \u00ab syncat\u00e9gor\u00e8mes \u00bb (fournissant l\u2019armature) lui est centrale. Furent examin\u00e9es de mani\u00e8re approfondie la question de la <em>suppositio<\/em> : ce qu\u2019un mot<br \/>\n\u00ab suppose \u00bb dans le contexte particulier de son usage dans une phrase, et celle des <em>consequentiae<\/em> : les implications possibles d\u2019une phrase en fonction de sa forme.<\/p>\n<p>Le point d\u2019aboutissement de cette r\u00e9flexion fut la th\u00e9orie du <em>complexe significabile <\/em>de Gr\u00e9goire de Rimini (mort en 1358). Ce fut un \u00e9chec : la seule conclusion certaine \u00e0 laquelle il aboutit fut que le sens des phrases est <strong>davantage<\/strong> que le sens des mots qui la composent. Mais comment et pourquoi, nul ne parvint \u00e0 le dire.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930 la question fut reprise dans un contexte diff\u00e9rent : \u00e0 propos de la distinction faite par le math\u00e9maticien Hilbert entre \u00e9nonc\u00e9s<br \/>\n\u00ab math\u00e9matiques \u00bb (offrant le contenu) et \u00ab m\u00e9ta-math\u00e9matiques \u00bb (fournissant l\u2019armature), ces derniers jouant le r\u00f4le de r\u00e8gles de la d\u00e9monstration math\u00e9matique. Le th\u00e9or\u00e8me d\u2019\u00ab incompl\u00e9tude \u00bb de G\u00f6del (dont nous avons vu  [*] qu\u2019il soulevait d\u00e9j\u00e0 la question de savoir si les math\u00e9matiques sont <em>d\u00e9couvertes<\/em> ou <em>invent\u00e9es<\/em>) a \u00e9galement relanc\u00e9 ce d\u00e9bat dans la mesure o\u00f9 sa d\u00e9monstration suppose que la distinction entre<br \/>\n\u00ab math\u00e9matiques \u00bb et \u00ab m\u00e9ta-math\u00e9matiques \u00bb est parfaitement comprise et ma\u00eetris\u00e9e. Wittgenstein a enti\u00e8rement diss\u00e9qu\u00e9 la question mais sans r\u00e9ellement la r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950-70, le linguiste Noam Chomsky a tent\u00e9 de trouver une solution au probl\u00e8me dans le cadre de sa \u00ab linguistique transformationnelle \u00bb (ou \u00ab grammaire g\u00e9n\u00e9rative \u00bb), qui s\u2019articule autour de la distinction syntaxe \/ s\u00e9mantique. Sa tentative a \u00e9chou\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019est vu forc\u00e9 de d\u00e9finir comme \u00ab r\u00e8gles syntaxiques \u00bb des r\u00e8gles du type \u00ab si le sujet de la proposition est un \u00eatre anim\u00e9&#8230; \u00bb, qui impliquent automatiquement des consid\u00e9rations s\u00e9mantiques.<\/p>\n<p>La solution du probl\u00e8me doit peut-\u00eatre \u00eatre cherch\u00e9e dans la \u00ab linguistique \u00bb d\u2019Aristote (**) dans la mesure o\u00f9 celui-ci construisit une th\u00e9orie de la pens\u00e9e tr\u00e8s compl\u00e8te sans jamais distinguer forme et contenu. Plus tard certains auteurs utilis\u00e8rent la distinction qu\u2019il \u00e9tablit en physique entre l\u2019\u00ab en puissance \u00bb et l\u2019\u00ab en acte \u00bb pour assimiler la syntaxe \u00e0 l\u2019\u00ab en puissance \u00bb et la s\u00e9mantique \u00e0 l\u2019\u00ab en acte \u00bb.<\/p>\n<p>La mani\u00e8re dont Aristote ignore la distinction contenu \/ forme est celle que l\u2019on peut appeler \u00ab dialectique \u00bb au sens que Hegel donna \u00e0 ce terme : <\/p>\n<p>1. On part d\u2019un concept (Cendrillon) et on l\u2019associe \u00e0 l\u2019une des cat\u00e9gories qui s\u2019applique \u00e0 lui : \u00ab Cendrillon est dans la cuisine \u00bb (cat\u00e9gorie du lieu) et l\u2019on obtient un jugement.<\/p>\n<p>2. On prend maintenant deux jugements \u00ab Cendrillon est un personnage de conte de f\u00e9es \u00bb (cat\u00e9gorie de la substance seconde) et \u00ab Cendrillon est dans la cuisine \u00bb et on les <em>exhausse<\/em> (\u201cAufhebung\u201d) en une conclusion : \u00ab Un personnage de conte de f\u00e9es est dans la cuisine \u00bb.<\/p>\n<p>3. On prend  ensuite cette conclusion et on la rapproche d\u2019un nouveau jugement et on les <em>exhausse<\/em> \u00e0 leur tour en un discours ou en un raisonnement (dans un cas comme dans l\u2019autre, un logos).<\/p>\n<p>Les projets d\u2019Intelligence Artificielle qui reposent sur des manipulations de phrases achoppent aujourd\u2019hui sur le clivage syntaxe \/ s\u00e9mantique impossible \u00e0 combler. La solution r\u00e9side sans doute dans l\u2019exhaussement aristot\u00e9licien : permettre aux mots de s\u2019associer selon la logique de \u00ab gradient \u00bb qui caract\u00e9rise la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>(*) Dans <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=145\">Quel est le rapport entre la r\u00e9alit\u00e9 et, d\u2019une part les mots, d\u2019autre part les formules math\u00e9matiques ? <\/a><\/p>\n<p>(**) Voir mon \u00ab La linguistique d\u2019Aristote \u00bb sur mon site Internet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nul ne conna\u00eet la r\u00e9ponse \u00e0 cette question. Seuls ont \u00e9t\u00e9 produits des d\u00e9buts d\u2019explication qui n\u2019ont d\u00e9bouch\u00e9 que sur des impasses.<\/p>\n<p>La question fut essentielle dans la philosophie scolastique qui l\u2019a explor\u00e9e syst\u00e9matiquement. 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