{"id":1754,"date":"2009-02-01T20:14:06","date_gmt":"2009-02-01T19:14:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=1754"},"modified":"2009-02-01T20:14:06","modified_gmt":"2009-02-01T19:14:06","slug":"le-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/02\/01\/le-travail\/","title":{"rendered":"Le travail"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Pourquoi le progr\u00e8s technologique et l\u2019accroissement global de la richesse des nations qu\u2019il implique condamnent-ils pourtant tout un chacun \u00e0 travailler toujours davantage ? Sera-ce toujours le cas ?<\/p>\n<p>Il y a deux aspects \u00e0 cette question : le premier est pourquoi ne travaillons-nous pas moins alors que bien des crises r\u00e9sultent d&rsquo;une surproduction ? et l&rsquo;explication ici est politique, et le second aspect est pourquoi ne permettons-nous pas \u00e0 certains de ne pas travailler ? et la raison ici est socio-psychologique. La premi\u00e8re question pourrait \u00eatre r\u00e9solue sans que la seconde le soit et inversement. <\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par le premier aspect : pourquoi ne travaillons-nous pas moins ? La raison est politique : aucune part de surplus ne peut se d\u00e9gager qui puisse \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 ce que nous travaillions moins, parce que si elle apparaissait, elle serait imm\u00e9diatement partag\u00e9e entre investisseurs et dirigeants d&rsquo;entreprises. La raison, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=188\">je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e<\/a> : c&rsquo;est parce que le surplus cr\u00e9\u00e9 se partage entre les int\u00e9r\u00eats que touche l&rsquo;investisseur (le capitaliste) et le profit que touche le dirigeant d&rsquo;entreprise (le patron). Et, je l&rsquo;ai montr\u00e9 aussi, c&rsquo;est le rapport de force entre eux qui va d\u00e9terminer o\u00f9 vont se situer les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat (le \u00ab loyer de l&rsquo;argent \u00bb), et par cons\u00e9quent aussi, le profit qui n&rsquo;est que la diff\u00e9rence entre le surplus qu&rsquo;a permis l&rsquo;utilisation du capital comme <i> avances <\/i>, et les int\u00e9r\u00eats. C&rsquo;est alors le dirigeant d&rsquo;entreprise qui partage ce profit entre lui et ses employ\u00e9s, selon le rapport de forces qui pr\u00e9vaut cette fois entre eux.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a donc pas de place o\u00f9 pourraient se cr\u00e9er les r\u00e9serves qui permettraient soit que chacun travaille moins, soit que certains n&rsquo;aient plus m\u00eame besoin de travailler. Si une r\u00e9serve de ce type se constituait, elle serait imm\u00e9diatement partag\u00e9e entre investisseurs et dirigeants d&rsquo;entreprise et l&rsquo;on pourrait dire que c&rsquo;est exactement ce que l&rsquo;on constate, car comment expliquer autrement le fait qu&rsquo;au cours des ann\u00e9es r\u00e9centes, les investisseurs se soient toujours enrichis davantage (consid\u00e9rant un rapport de 15 % annuel comme la norme) et les dirigeants d&rsquo;entreprise \u00e9galement ? Parce que l&rsquo;organisation de notre soci\u00e9t\u00e9 en investisseurs, dirigeants d&rsquo;entreprise et employ\u00e9s &#8211; o\u00f9 les investisseurs s&rsquo;affrontent aux patrons, et les patrons aux employ\u00e9s mais sans confrontation entre investisseurs et employ\u00e9s &#8211; ne permet pas que se d\u00e9gagent des r\u00e9serves qui permettraient \u00e0 ces derniers de travailler moins voire pas du tout. Tous ceux qui travaillent en entreprise ont eu l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre leur patron leur expliquer le mal qui est le sien \u00e0 d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats contre les exigences des actionnaires. Ces expos\u00e9s engendrent g\u00e9n\u00e9ralement du scepticisme, voire m\u00eame des ricanements, or la chose est vraie : les patrons repr\u00e9sentent les int\u00e9r\u00eats des salari\u00e9s vis\u2013\u00e0\u2013vis des capitalistes, leurs salaires d\u00e9pendent du profit, c\u2019est\u2013\u00e0\u2013dire de la part du surplus que le patron sera parvenu \u00e0 soustraire aux investisseurs et toutes r\u00e9serves qui auraient pu servir \u00e0 all\u00e9ger le travail des employ\u00e9s a pr\u00e9alablement \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e entre capitalistes et patrons. <\/p>\n<p>La raison pour laquelle nous n&rsquo;admettons pas que certains ne travaillent pas est que nous sommes prisonniers d&rsquo;une fuite en avant. Nous inventons de nouvelles choses et nous voulons les poss\u00e9der. Nous ne choisissons pas de laisser travailler les plus productifs et de permettre aux moins productifs de ne rien faire. Pour cela nous devrions les payer pour ne rien faire, mais \u00e0 cela nous r\u00e9pugnons parce que les milliers d&rsquo;ann\u00e9es au cours desquelles nous avons travaill\u00e9, nous ont inculqu\u00e9 une \u00e9thique du travail qui nous incite \u00e0 croire que ne pas travailler est un p\u00e9ch\u00e9 : \u00ab Tu gagneras ton pain \u00e0 la sueur de ton front \u00bb. Du coup, si nous payions quelqu&rsquo;un \u00e0 ne rien faire, nous aurions le sentiment d&rsquo;encourager le vice et de d\u00e9courager la vertu. <\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas simplement de religion et m\u00eame ceux pour qui leur travail repr\u00e9sente un plaisir et qui ne perdraient rien \u00e0 ce que d&rsquo;autres ne travaillent pas ont tendance \u00e0 penser de cette mani\u00e8re. C&rsquo;est parce que nous avons int\u00e9rioris\u00e9 le travail comme une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 laquelle chacun doit s&rsquo;astreindre et, si l&rsquo;on y pense, il vaut mieux pour notre sant\u00e9 mentale qu&rsquo;il en soit ainsi : s&rsquo;il en \u00e9tait autrement, le travail serait uniquement v\u00e9cu comme ce qu&rsquo;il est souvent : comme un long calvaire. Cette int\u00e9riorisation a si bien fonctionn\u00e9 que quand nous sommes priv\u00e9s de travail : quand nous sommes au ch\u00f4mage, nous nous sentons diminu\u00e9s socialement, inutiles, un fardeau pour les autres et d\u00e9prim\u00e9s. Nous percevrions du coup ceux qui seraient pay\u00e9s \u00e0 ne rien faire et qui en seraient heureux comme des gens qui s&rsquo;appliquent d&rsquo;autres r\u00e8gles que les gens ordinaires, autrement dit, nous les percevrions comme des pervers. <\/p>\n<blockquote><p><strong>(*) Un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb est libre de reproduction en tout ou en partie \u00e0 condition que le pr\u00e9sent alin\u00e9a soit reproduit \u00e0 sa suite. Paul Jorion est un \u00ab journaliste presslib\u2019 \u00bb qui vit exclusivement de ses droits d\u2019auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d\u2019\u00e9crire comme il le fait aujourd\u2019hui tant que vous l\u2019y aiderez. 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