{"id":18258,"date":"2010-11-13T11:07:56","date_gmt":"2010-11-13T12:07:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=18258"},"modified":"2013-01-02T14:57:24","modified_gmt":"2013-01-02T13:57:24","slug":"lactualite-de-la-crise-penser-global-pour-agir-global-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/11\/13\/lactualite-de-la-crise-penser-global-pour-agir-global-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>PENSER GLOBAL POUR AGIR GLOBAL<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>En ces temps o\u00f9 les \u00e9conomistes peuvent saisir l\u2019occasion d\u2019\u00eatre modestes, d\u2019autres ressources sont requises afin d\u2019analyser une crise d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne pas finir. Des concours sont d\u00e9j\u00e0 apparus, des anthropologues s\u2019en sont m\u00eame m\u00eal\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 dans un premier temps invit\u00e9s. Des philosophes et des sociologues aussi. On attend d\u00e9sormais la venue d\u2019\u00e9pid\u00e9miologistes, dont l\u2019apport pourrait \u00eatre \u00e9galement constructif, les math\u00e9maticiens \u00e9tant pri\u00e9s de faire profil bas. <\/p>\n<p>Si la maladie \u00e9tudi\u00e9e est tenace, sa propagation est redoutable. Tous ces bonnes volont\u00e9s ne seront pas de trop pour la combattre, vu qu\u2019il ne lui a \u00e9t\u00e9 pour l\u2019instant trouv\u00e9 comme seul rem\u00e8de qu\u2019une saign\u00e9e sans fin, certains ayant le privil\u00e8ge royal d\u2019en \u00eatre dispens\u00e9s. <\/p>\n<p>Prenons d\u2019abord le cas de l\u2019Europe, pour examiner comment op\u00e8re la contagion. A quoi bon s\u2019inqui\u00e9ter de taux obligataires d\u00e9ments, pourrait-on se demander, si les pays qui sont concern\u00e9s n\u2019ont pas \u00e0 faire leur march\u00e9 dans l\u2019imm\u00e9diat ? Sauf \u00e0 prendre en compte la pouss\u00e9e de fi\u00e8vre que les taux espagnols, et m\u00eames italiens, connaissent \u00e9galement, signal que ces deux pays pourraient, apr\u00e8s le Portugal, \u00e0 leur tour entrer dans la zone des temp\u00eates. A l\u2019arriv\u00e9e, cela ferait beaucoup \u00e0 dig\u00e9rer pour la zone euro et son m\u00e9canisme de stabilit\u00e9 financi\u00e8re. <\/p>\n<p><!--more-->L\u2019anticipation \u00e9tant la seconde nature des <i>march\u00e9s<\/i>, les taux obligataires sont le vecteur de cette contagion intra-europ\u00e9enne, devant lesquels les Etats sont impuissants, et que la BCE ne peut que provisoirement endiguer. L\u2019exp\u00e9rience montrant que les taux une fois mont\u00e9s, ils ne redescendent que faiblement, le m\u00e9canisme de la descente aux enfers s\u2019enclenchant derri\u00e8re.<\/p>\n<p>Si l\u2019on se tourne vers les Etats-Unis, rien ne s\u2019engage tout \u00e0 fait comme le pr\u00e9voyait la Fed. Dans un premier temps, les bourses du monde entier ont certes \u00e9t\u00e9 euphoriques, ce qui \u00e9tait l\u2019objectif. Mais elles se sont vite repli\u00e9es devant l\u2019\u00e9mergence de la crise europ\u00e9enne. Le dollar, au lieu de descendre comme attendu, est au contraire mont\u00e9 vis \u00e0 vis de l\u2019euro. Wall Street n\u00e9gligeant ce qu\u2019elle aurait consid\u00e9r\u00e9 comme de bons indices am\u00e9ricains en d\u2019autres temps, s\u2019inqui\u00e9tant \u00e0 nouveau de la tournure prise par les \u00e9v\u00e9nements europ\u00e9ens. Sur les places boursi\u00e8res, les valeurs financi\u00e8res y ont chut\u00e9 devant la double menace d\u2019une future restructuration de dette et du respect des obligations de B\u00e2le III, qui vont diminuer les distributions de dividendes. <\/p>\n<p>En fin de compte, la crise europ\u00e9enne a d\u00e9bord\u00e9 chez les Am\u00e9ricains, contrariant pour partie les plans de la Fed, p\u00e9nalisant en retour la croissance europ\u00e9enne si elle ne repart pas aux Etats-Unis comme esp\u00e9r\u00e9. La contagion est r\u00e9ciproque. <\/p>\n<p>Pour revenir en Europe, les perspectives de croissance y sont bouch\u00e9es. Pour la zone euro, Eurostat a enregistr\u00e9 au troisi\u00e8me trimestre une diminution de la croissance, faisant suite \u00e0 l\u2019embellie du pr\u00e9c\u00e9dent. Soit + 0,4% de moyenne, la moiti\u00e9 de celle du second trimestre, ce qui cache aussi de tr\u00e8s fortes disparit\u00e9s. L\u2019Allemagne, qui tire toute la zone, a vu sa croissance d\u00e9c\u00e9l\u00e9rer de + 2,3% \u00e0 + 0,7% dans la m\u00eame p\u00e9riode. Comment le ralentissement de la croissance mondiale et les effets grandissant des plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 europ\u00e9ens pourraient-ils am\u00e9liorer la situation ?  <\/p>\n<p>La r\u00e9cession, dans laquelle la Gr\u00e8ce et l\u2019Irlande sont d\u00e9j\u00e0 officiellement tomb\u00e9s, tend \u00e0 s\u2019\u00e9tendre. Les pr\u00e9visions \u00e9conomiques des pays les plus atteints s\u2019assombrissent au fil des trimestres, tandis qu\u2019y sont \u00e9tudi\u00e9es des restrictions budg\u00e9taires suppl\u00e9mentaires afin de rester dans les clous de la r\u00e9duction des d\u00e9ficits. C\u2019est toute la zone euro qui voit sa croissance d\u00e9cro\u00eetre, le poids de la r\u00e9cession dans les pays de la zone des temp\u00eates pouvant de moins en moins \u00eatre compens\u00e9 par la croissance de ceux qui n\u2019y sont pas. D\u2019une \u00e9conomie \u00e0 une autre, la r\u00e9cession se propage. <\/p>\n<p>Une autre forte contagion a boulevers\u00e9 la bonne tenue du G20 et se r\u00e9pand dans les pays <i>\u00e9mergents<\/i>. Sous l\u2019afflux d\u00e9stabilisateur des capitaux \u00e0 la recherche de rendements, leurs monnaies montent, perturbant leurs exportations, des bulles financi\u00e8res enflent. Sur les 600 milliards de dollars que la Fed va d\u00e9verser dans le syst\u00e8me financier, entre un tiers et la moiti\u00e9 pourraient rejoindre ceux qui cherchent \u00e0 profiter de l\u2019aubaine que repr\u00e9sentent les taux \u00e9lev\u00e9s de ces pays. <\/p>\n<p>Devant le toll\u00e9 suscit\u00e9 par cet assaut annonc\u00e9, le G20 vient \u00e0 demi-mot d\u2019admettre dans son communiqu\u00e9 final que les pays menac\u00e9s pourront recourir \u00e0 des mesures de contr\u00f4le des capitaux. Deux jours avant, elles \u00e9taient encore d\u00e9nonc\u00e9es comme <i>protectionnistes<\/i> et entraves \u00e0 la libre d\u00e9termination des cours des monnaies. Devant le flot des capitaux, ces barri\u00e8res facilement contourn\u00e9es pourront-elles tenir le coup\u00a0?  <\/p>\n<p>Toujours au chapitre de la guerre mon\u00e9taire, le cas du Japon est connu. Subissant d\u00e9j\u00e0 une situation sans issue appel\u00e9e <i>trappe \u00e0 liquidit\u00e9<\/i>, le pays doit faire face \u00e0 une appr\u00e9ciation incontr\u00f4lable du yen, qui r\u00e9sulte de la baisse du dollar et fait obstacle \u00e0 des exportations qui sont le seul moteur de sa croissance. <\/p>\n<p>Si l\u2019on parle beaucoup de l\u2019Asie, il ne faut pas oublier l\u2019Am\u00e9rique Latine. Tous les pays de la r\u00e9gion sont concern\u00e9s, ou presque, l\u2019exemple du plus important d\u2019entre eux donnant la mesure du probl\u00e8me. Afin de freiner l\u2019appr\u00e9ciation du r\u00e9al, La banque centrale br\u00e9silienne a achet\u00e9 37 milliards de dollars durant les dix derniers mois. L\u2019exc\u00e9dent commercial a n\u00e9anmoins recul\u00e9 de 40% sur les huit derniers mois, si l\u2019on compare 2009 et 2010. <\/p>\n<p>Le prix du p\u00e9trole devait continuer \u00e0 monter, voil\u00e0 qu\u2019il descend\u00a0dans l&rsquo;imm\u00e9diat ! Une \u00e9norme quantit\u00e9 de positions sp\u00e9culatives \u00e0 la hausse s&rsquo;\u00e9taient depuis deux semaines accumul\u00e9es, dans la perspective de la d\u00e9cision attendue de la Fed. De nombreux investisseurs se retirent d\u00e9sormais. A l\u2019origine de leur d\u00e9cision, il faut trouver les mesures de resserrement du cr\u00e9dit prises par la Banque centrale chinoise, qui tente de ma\u00eetriser la bulle financi\u00e8re qu\u2019elle a cr\u00e9e. Elle vient de donner de nouvelles instructions aux banques chinoises d&rsquo;augmenter leur taux de r\u00e9serves obligatoires. Les sp\u00e9culateurs craignent qu\u2019il en r\u00e9sulte une baisse de la demande de mati\u00e8res premi\u00e8res (dont le p\u00e9trole), pesant sur les cours. <\/p>\n<p>La perspective d&rsquo;un resserrement de la politique mon\u00e9taire chinoise, suite \u00e0 la publication de chiffres \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;inflation, influe directement sur les cours de Wall Street, inqui\u00e8te de voir l&rsquo;effervescence financi\u00e8re calm\u00e9e dans son nouvel eldorado . O\u00f9 il appara\u00eet que les mesures chinoises destin\u00e9es \u00e0 lutter contre la crise perturbent les int\u00e9r\u00eats financiers am\u00e9ricains. <\/p>\n<p>Entretemps, le G20 a r\u00e9ceptionn\u00e9 un premier rapport du Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re (CSF). Il traite des <i>SIFI<\/i>, un nouvel acronyme qui signifie en Fran\u00e7ais <i>Institution Financi\u00e8re Syst\u00e9miquement Importante<\/i>. En clair, il s\u2019agit de l\u2019\u00e9tude des mesures de renforcement des fonds propres et de surveillance des m\u00e9gabanques, auxquelles un traitement privil\u00e9gi\u00e9 est promis, au-del\u00e0 des ratios de B\u00e2le III qui ont \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9s.  <\/p>\n<p>Mais il y a maldonne : tout montre en effet dans le fonctionnement de la crise que si les banques sont un vecteur particuli\u00e8rement efficace de contagion syst\u00e9mique, celle-ci a bien d\u2019autres occasions et mani\u00e8res de s\u2019exercer. Il semble n\u00e9cessaire d\u2019en convenir, c\u2019est la crise elle-m\u00eame qui est syst\u00e9mique !<\/p>\n<p>Influant d\u2019une r\u00e9gion du monde sur l\u2019autre, elle utilise pour se propager tous les instruments de la sp\u00e9culation financi\u00e8re. Quand la machine n\u2019est pas gripp\u00e9e, elle poursuit sa course folle. <\/p>\n<p>Quant \u00e0 la r\u00e9gulation des <i>SIFI<\/i>, elle est mal partie, puisqu&rsquo;il est pr\u00e9vu, avant m\u00eame que ses modalit\u00e9s ne soient d\u00e9finies, qu\u2019elle reposera sur les autorit\u00e9s nationales, tout en \u00e9tant cens\u00e9es s\u2019inscrire dans un cadre g\u00e9n\u00e9ral. En termes tr\u00e8s vagues, il est question d\u2019une supervision financi\u00e8re plus intense, de mesures visant \u00e0 un d\u00e9mant\u00e8lement ordonn\u00e9 en cas de faillite, et dans certains cas d\u2019obligations suppl\u00e9mentaires en terme de liquidit\u00e9s. <\/p>\n<p>A voir comment les futurs membres r\u00e9publicains de la Chambre des repr\u00e9sentants, devenus majoritaires, envisagent de revenir sur la \u00ab\u00a0r\u00e9glementation Volcker\u00a0\u00bb &#8211; qui limite les op\u00e9rations que les banques peuvent effectuer sur fonds propres &#8211; on ne s\u2019\u00e9tonnera pas si la suite des travaux du CSF devait se perdre un peu dans les sables. La vingtaine de m\u00e9gabanques occidentales concern\u00e9es est le c\u0153ur et la cerveau du syst\u00e8me financier, tandis que le CSF rassemble le gotha des institutionnels de la finance. Ils devraient s&rsquo;entendre. <\/p>\n<p>Ce ne sera que toutefois que p\u00e9ch\u00e9 v\u00e9niel. Car avant m\u00eame que le syst\u00e8me financier ne connaisse une rechute &#8211; que cette r\u00e9glementations est cens\u00e9e ma\u00eetriser sinon pr\u00e9venir &#8211; il faudrait \u00eatre sorti de la crise syst\u00e9mique dont il est \u00e0 l\u2019origine et qu\u2019il continue avec opini\u00e2tret\u00e9 \u00e0 alimenter. En <i>pensant global, pour agir global<\/i>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ces temps o\u00f9 les \u00e9conomistes peuvent saisir l\u2019occasion d\u2019\u00eatre modestes, d\u2019autres ressources sont requises afin d\u2019analyser une crise d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne pas finir. Des concours sont d\u00e9j\u00e0 apparus, des anthropologues s\u2019en sont m\u00eame m\u00eal\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 dans un premier temps invit\u00e9s. Des philosophes et des sociologues aussi. 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