{"id":19234,"date":"2010-12-10T21:07:11","date_gmt":"2010-12-10T20:07:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=19234"},"modified":"2013-01-02T14:51:11","modified_gmt":"2013-01-02T13:51:11","slug":"lactualite-de-la-crise-le-club-des-maitres-chanteurs-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/12\/10\/lactualite-de-la-crise-le-club-des-maitres-chanteurs-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i>: <b>LE CLUB DES MAITRES CHANTEURS<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Se campant cr\u00e2nement sur un terrain qui leur est familier, les gouvernements europ\u00e9ens s\u2019engagent sto\u00efquement sur une voie \u00e9troite avec un seul imp\u00e9ratif : <i>tenir<\/i> ! Sous la f\u00e9rule des Allemands &#8211; les Fran\u00e7ais n\u2019ayant pas d\u2019autre choix que de les suivre, faute d&rsquo;avoir une politique &#8211; c\u2019est le parti du non qui l\u2019a emport\u00e9\u00a0: non aux euro-obligations\u00a0! non \u00e0 l\u2019accroissement imm\u00e9diat des moyens du fonds de stabilit\u00e9 (EFSF)\u00a0! A l\u2019occasion d&rsquo;une nouvelle rencontre, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy viennent de boucler le dossier, apr\u00e8s que la position fran\u00e7aise se soit faite attendre. <\/p>\n<p>Les Grecs, les Irlandais, les Espagnols et les Portugais ne vont avoir comme seule ressource que de serrer davantage les dents, les Italiens les rejoignant petit \u00e0 petit dans cet exercice, en attendant que d\u2019autres s\u2019y mettent \u00e0 leur tour franchement. Avec comme perspective lointaine, \u00e0 l\u2019horizon de d\u00e9but 2013, la mise au point d\u2019un nouveau dispositif de sauvetage qui reste \u00e0 inventer. Par la gr\u00e2ce d\u2019une proc\u00e9dure all\u00e9g\u00e9e de r\u00e9vision des Trait\u00e9s europ\u00e9ens \u00e9vitant toute consultation r\u00e9f\u00e9rendaire ou vote parlementaire. <\/p>\n<p>R\u00e9unis les 16 et 17 d\u00e9cembre prochains, les chefs d\u2019Etat et de gouvernement pourront alors annoncer qu\u2019ils ont accompli un grand pas en avant en se mettant d\u2019accord pour gagner six mois par rapport au calendrier original, ce qui leur permettra de masquer l\u2019\u00e9tendue de leurs d\u00e9saccords \u00e0 propos du fonctionnement de ce nouveau <i>m\u00e9canisme de crise<\/i>. En esp\u00e9rant que tout tiendra jusque l\u00e0. <\/p>\n<p><!--more-->Bien \u00e9videmment, rien n\u2019est moins sur. Car sur le march\u00e9 obligataire, la situation  continue de se tendre. Une \u00e9tape de plus a \u00e9t\u00e9 franchie dans l\u2019escalade, qui ne concerne plus les taux obligataires des pays entr\u00e9s dans la zone des temp\u00eates mais ceux qui semblaient destin\u00e9s \u00e0 rester dans des eaux calmes. Les Etats-Unis outre-Atlantique et l&rsquo;Allemagne en Europe voient les taux de leurs obligations \u00e0 leur tour commencer \u00e0 monter, exprimant une tendance de fond. <\/p>\n<p>Vice-pr\u00e9sident de la BCE, Vitor Constancio vient d\u2019en donner la raison. \u00ab\u00a0La principale source d&rsquo;inqui\u00e9tude vient de l&rsquo;interf\u00e9rence entre les probl\u00e8mes de dette souveraine et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de certains segments du secteur bancaire de la zone euro\u00a0\u00bb est-il \u00e9crit dans le rapport semestriel de stabilit\u00e9 financi\u00e8re dont la publication vient d\u2019intervenir. \u00ab\u00a0Et l&rsquo;un des canaux de risque est la possibilit\u00e9 [de les voir entrer en] comp\u00e9tition pour l&rsquo;\u00e9pargne sur le march\u00e9 des capitaux\u00a0\u00bb, a-t-il comment\u00e9.  <\/p>\n<p>Il a estim\u00e9 que les banques europ\u00e9ennes de la zone euro allaient devoir trouver sur le march\u00e9 obligataire 1.000 milliards d\u2019euros afin de se refinancer dans les deux ans \u00e0 venir, au moment m\u00eame o\u00f9 les Etats vont conna\u00eetre le pic de leur propre demande. Il y a risque non seulement de bousculade, mais aussi d\u2019augmentation des taux pour les uns comme pour les autres. <\/p>\n<p>Cultivant in\u00e9vitablement l\u2019optimisme, Vitor Constancio &#8211; bien connu dans son pays pour avoir su opportun\u00e9ment fermer les yeux pour la cause des banques prises la main dans le pot \u00e0 confiture, en tant que Gouverneur de la Banque du Portugal &#8211; sp\u00e9cule \u00e0 son tour sur le taux de croissance europ\u00e9en, qui pourrait selon lui permettre d\u2019absorber le choc gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019augmentation de l\u2019\u00e9pargne qui en r\u00e9sulterait. Jugeant par ailleurs d\u00e9cisif pour <i>le retour de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 sur les march\u00e9s<\/i> que \u00ab\u00a0les gouvernements poursuivent leur politique de consolidation budg\u00e9taire\u00a0\u00bb, ce qu\u2019il faut entendre par\u00a0: sollicitent moins les march\u00e9s pour laisser la place aux banques. <\/p>\n<p>A bien y r\u00e9fl\u00e9chir, n\u2019est-ce pas le m\u00eame souci qui anime la BCE, quand elle cherche &#8211; sans y parvenir pour le moment &#8211; \u00e0 se d\u00e9sister sur les Etats de la charge que repr\u00e9sente le soutien des obligations des pays de la zone des temp\u00eates ? Une mani\u00e8re d&rsquo;imposer la contraction des \u00e9missions. <\/p>\n<p>L\u2019un des postulants \u00e0 la succession de Jean-Claude Trichet \u00e0 la t\u00eate de celle-ci, Mario Draghi, d\u00e9j\u00e0 membre de son conseil des gouverneurs en tant que pr\u00e9sident de la Banque d&rsquo;Italie, a choisi un autre pr\u00e9texte pour exprimer ces craintes, si ces achats devaient se poursuivre et augmenter en volume :  \u00ab\u00a0Je suis tout \u00e0 fait conscient des risques que nous avons de franchir la ligne et de perdre tout ce que nous avons, de perdre notre ind\u00e9pendance, et au fond, de violer [les trait\u00e9s europ\u00e9ens]\u00a0\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 au Financial Times. Une ind\u00e9pendance un peu malmen\u00e9e par ailleurs, lorsque l\u2019on constate que le seul responsable de la BCE qui soutient les propositions d\u2019euro-obligations du premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker est pr\u00e9cis\u00e9ment luxembourgeois lui-m\u00eame&#8230;<\/p>\n<p>McKinsey, le consultant financier international, vient \u00e0 point nomm\u00e9 de publier une \u00e9tude pr\u00e9voyant la fin de trois d\u00e9cades de faibles taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Tant en raison de la demande grandissante en capitaux des pays <i>\u00e9mergents<\/i> que du vieillissement de la population qui a, selon l\u2019\u00e9tude, pour cons\u00e9quence une baisse de l\u2019\u00e9pargne. Une hausse progressive du co\u00fbt de l\u2019argent dans les cinq ann\u00e9es \u00e0 venir, qui pourra atteindre 1,5 % en plus du taux actuel, va r\u00e9sulter de l\u2019insuffisance des capitaux disponibles qui en d\u00e9coulera. <\/p>\n<p>L\u2019une des conclusions de McKinsey est que les gouvernements des pays <i>d\u00e9velopp\u00e9s<\/i> vont devoir accro\u00eetre l\u2019\u00e9pargne et moins d\u00e9pendre de la consommation des m\u00e9nages, tandis que les pays <i>\u00e9mergents<\/i> vont devoir d\u00e9velopper leurs march\u00e9s financiers afin d\u2019attirer les investisseurs. Autrement dit, les premiers vont se serrer la ceinture et les seconds ouvrir des terrains de jeu aux financiers. <\/p>\n<p>Mais, pour revenir aux banques, un malheur ne vient d\u00e9cid\u00e9ment jamais seul. Elles pensaient avoir une arme secr\u00e8te en r\u00e9serve, afin de r\u00e9pondre d\u2019ici 2019 aux obligations de renforcement de leurs fonds propres de B\u00e2le III. Les fameux <i>CoCos<\/i>, ces obligations se transformant automatiquement en actions en cas de coup dur, suivant un signal convenu d\u2019avance, \u00e9vitant ainsi d\u2019avoir \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 des augmentations de capital. Des centaines de milliards d\u2019euros de <i>CoCos<\/i> pourraient \u00eatre dans les ann\u00e9es \u00e0 venir propos\u00e9s sur le march\u00e9 obligataire europ\u00e9en, mais il y a un <i>hic<\/i>, selon Standard &#038; Poor\u2019s.<\/p>\n<p>Ces produits financiers sont des petits nouveaux et rien ne dit que <i>les march\u00e9s<\/i> en absorberont de telles quantit\u00e9s, car ils pourront \u00eatre jug\u00e9s trop risqu\u00e9s, ou propos\u00e9s \u00e0 un prix pas assez attractif. Encore une nouvelle hausse des taux en perspective, avec une autre cons\u00e9quence : seules les banques les plus solides boucleront ainsi leurs \u00e9missions, laissant les autres en plan en les obligeant de revenir \u00e0 des m\u00e9thodes plus traditionnelles, favorisant par ricochet la concentration bancaire au profit des m\u00e9gabanques. <\/p>\n<p>Toutes ces f\u00e2cheuses perspectives ne sont pas pour demain matin, tandis que de possibles restructurations de la dette des pays de la zone des temp\u00eates sont de plus proche actualit\u00e9.  Dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral qui vient d\u2019\u00eatre d\u00e9crit, il ne manquerait plus que cela pour contribuer \u00e0 la hausse des taux ! <\/p>\n<p>Cela explique sans nul doute que, selon Brian Lenihan lui-m\u00eame, le ministre des finances irlandais, ce sont les repr\u00e9sentants de l\u2019Union europ\u00e9enne qui se sont cat\u00e9goriquement oppos\u00e9s, lors des n\u00e9gociations du plan de sauvetage, \u00e0 toute d\u00e9cote obligataire au d\u00e9triment des cr\u00e9anciers des banques irlandaises. Quitte \u00e0 faire porter le chapeau aux Irlandais. <\/p>\n<p>Suivant une inspiration semblant fort proche, l&rsquo;agence de notation Fitch vient d\u2019avertir qui de droit que l\u2019adoption d\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9cote en faveur du futur fonds permanent d\u2019aide financi\u00e8re europ\u00e9en \u00e9tait susceptible d\u2019avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur la note des pays qui pourraient \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 en b\u00e9n\u00e9ficier. Ce qui signifie, sans attendre.  <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0A ce stade, il n&rsquo;y a pas suffisamment de d\u00e9tails sur le m\u00e9canisme de stabilit\u00e9 europ\u00e9en, notamment la participation des cr\u00e9anciers du secteur priv\u00e9, pour se prononcer sur les cons\u00e9quences exactes sur la notation de leur dette souveraine\u00a0\u00bb a-t-elle d\u00e9clar\u00e9 de la mani\u00e8re contourn\u00e9e si propre aux milieux financiers.<\/p>\n<p>Carlo Cottarelli, le directeur du d\u00e9partement des affaires budg\u00e9taires du FMI, a \u00e9t\u00e9 quant \u00e0 lui plus direct\u00a0: \u00ab\u00a0Je pense que cette approche non orthodoxe n&rsquo;est pas une bonne id\u00e9e\u00a0\u00bb, a-t-il ass\u00e9n\u00e9, s\u2019appuyant sur l\u2019id\u00e9e que les classes moyennes en subiraient le contre-coup, d\u00e9tenant de la dette publique \u00ab\u00a0directement ou indirectement\u00a0\u00bb. Nous revoil\u00e0 avec une fois de plus sur les bras les petits rentiers, toujours aussi serviables, victimes d\u2019habitude d\u00e9sign\u00e9es de l\u2019inflation et cette fois-ci menac\u00e9s d&rsquo;un autre grand malheur. <\/p>\n<p>La cause semble donc entendue, si l\u2019on va \u00e0 l\u2019essentiel. Il ne faut pas effaroucher <i>les march\u00e9s<\/i>, qui doivent avoir la garantie que les obligations souveraines sont assorties de z\u00e9ro risque, et il faut par contre que les Etats s\u2019effacent devant les institutions financi\u00e8res pour que celles-ci puissent emprunter \u00e0 moindre prix. <i>Les march\u00e9s<\/i> et les institutions financi\u00e8res, ce sont les m\u00eames&#8230;<\/p>\n<p>On n\u2019a pas d&rsquo;ailleurs fini de reparler des banques, puisqu\u2019un nouveau round de stress tests va \u00eatre lanc\u00e9 en f\u00e9vrier prochain. Une annonce qui, sans risque de se tromper, signifie qu\u2019il y a toujours des gros bobos \u00e0 dissimuler de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 et un fort besoin de <i>CoCos<\/i>. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Se campant cr\u00e2nement sur un terrain qui leur est familier, les gouvernements europ\u00e9ens s\u2019engagent sto\u00efquement sur une voie \u00e9troite avec un seul imp\u00e9ratif : <i>tenir<\/i> ! 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