{"id":19567,"date":"2010-12-21T16:20:01","date_gmt":"2010-12-21T21:20:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=19567"},"modified":"2013-01-02T14:50:41","modified_gmt":"2013-01-02T13:50:41","slug":"lactualite-de-la-crise-changer-de-lunettes-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/12\/21\/lactualite-de-la-crise-changer-de-lunettes-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>CHANGER DE LUNETTES<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Nous allons devoir chausser de nouvelles lunettes. En France, dans ce pays qui semblait comme prot\u00e9g\u00e9 de la crise relativement \u00e0 d\u2019autres, une nouvelle v\u00e9rit\u00e9 petit \u00e0 petit se fait jour. Morceau par morceau, une description de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9merge, qui ne correspond pas avec celle qui \u00e9tait commun\u00e9ment admise, au sein de laquelle un certain confort pouvait encore pr\u00e9valoir. Comme si un miroir \u00e9tait bris\u00e9, qui refl\u00e9tait une image fausse afin de justifier tant qu&rsquo;il \u00e9tait possible un ordre des choses se voulant immuable. <\/p>\n<p>Les alertes n\u2019avaient pourtant pas manqu\u00e9, depuis la reconnaissance par Jacques Chirac &#8211; le temps d&rsquo;un discours &#8211; de la <i>fracture sociale<\/i> et la mont\u00e9e de la pr\u00e9carit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la pouss\u00e9e s\u00e9curitaire aliment\u00e9e par des campagnes anxiog\u00e8nes et l\u2019ancrage d\u2019un racisme banalis\u00e9. Mais l\u2019on s\u2019\u00e9tait tant bien que mal accommod\u00e9, comme si de rien n\u2019\u00e9tait ou presque, de cette situation d\u00e9grad\u00e9e. Est ensuite arriv\u00e9e la crise financi\u00e8re, lourde de menaces potentielles au regard du mal qui se r\u00e9pand progressivement dans toute l\u2019Europe, l\u00e0 o\u00f9 il est le plus visible, mettant en \u00e9vidence que les Fran\u00e7ais n\u2019allaient t\u00f4t ou tard pas \u00eatre \u00e9pargn\u00e9s. Et cela change tout. <\/p>\n<p>Celle-ci a en effet un unique avantage, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tant de d\u00e9sastres\u00a0: elle d\u00e9voile au moins partiellement un monde dont l&rsquo;opacit\u00e9 est la marque de fabrique, laissant \u00e0 penser que beaucoup encore est cach\u00e9. Elle fait taire &#8211; au moins provisoirement &#8211; les thurif\u00e9raires de ce que l\u2019on a appel\u00e9 l\u2019\u00a0<i>ultra-lib\u00e9ralisme<\/i>, comme si le <i>lib\u00e9ralisme<\/i> ne suffisait pas et qu\u2019il fallait en rajouter. Symboles d\u2019une finance rest\u00e9e myst\u00e9rieuse, mais dont il a \u00e9t\u00e9 compris qu\u2019elle \u00e9tait aux commandes, les banques sont d\u00e9sormais l&rsquo;objet de toutes les suspicions. Mais le constat est douloureux, car cette r\u00e9v\u00e9lation n\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019aucun rem\u00e8de.<\/p>\n<p><!--more-->Rendant public le rapport d\u2019une commission parlementaire, deux d\u00e9put\u00e9s Fran\u00e7ais, Henri Emmanuelli (PS) et Jean-Fran\u00e7ois Mancel (UMP), \u00e9voquent un monde qui les d\u00e9passent &#8211; et tout gouvernement avec &#8211; en rappelant la taille du Forex, le march\u00e9 mon\u00e9taire mondial ainsi que l\u2019encours des produits d\u00e9riv\u00e9s, dont le montant notionnel repr\u00e9sente dix fois le PIB mondial. Les liquidit\u00e9s disponibles dans le monde &#8211; les capitaux flottants &#8211; progressant de 15% annuellement, quatre fois plus vite que le PIB.<\/p>\n<p>On ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9, \u00e0 les lire, par la disproportion flagrante qui existe entre cet impressionnant rappel et les mesures qu\u2019ils pr\u00e9conisent, mettant en \u00e9vidence les limites du pouvoir politique qu\u2019ils d\u00e9plorent eux-m\u00eames. Ils n\u2019en \u00e9num\u00e8rent pas moins un ensemble de dispositions anim\u00e9 par les meilleures intentions. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il faut mettre fin \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie de casino\u00a0\u00bb, proclament-ils avec une conviction que l&rsquo;on ne peut que saluer, pr\u00e9conisant des mesures dont il est d\u00e9j\u00e0 certain qu\u2019elles ne seront pas prises. Conscients de ces limites extr\u00eames et de leur impuissance, ils concluent en pr\u00e9conisant d\u2019\u00ab\u00a0imaginer les outils qui permettront d\u2019\u00e9viter une nouvelle d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re et anticiper ses signes avant-coureurs&#8230;\u00a0\u00bb. On ne saurait \u00eatre plus optimiste.<\/p>\n<p>Chaque jour ou presque apporte dans l\u2019actualit\u00e9 son lot de r\u00e9v\u00e9lations. De toutes celles qui nous ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u00e0 conna\u00eetre ces derni\u00e8res jours, lesquelles peut-on relever\u00a0? <\/p>\n<p>Menant l\u2019enqu\u00eate \u00e0 la suite d\u2019un rapport du Conseil des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, le Journal du Dimanche dressait la liste des entreprises du CAC 40 ne payant aucun imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices en France\u00a0: Arcelor Mittal, Danone, Essilor, Saint-Gobain, Schneider, Suez Environnement, Essilor et Total. <\/p>\n<p>Rappelant que l\u2019Imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s (IS) \u00e9tait en France de 33%, le Conseil a calcul\u00e9 que les entreprises du CAC 40 ne sont dans la pratique tax\u00e9es qu\u2019\u00e0 hauteur de 8% en moyenne (22% pour les PME). On se rappelle \u00e0 ce propos que Nicolas Sarkozy s\u2019est \u00e0 plusieurs reprises vivement \u00e9lev\u00e9 contre l\u2019imp\u00f4t irlandais sur les b\u00e9n\u00e9fices, pour qu&rsquo;il soit augment\u00e9, car il n&rsquo;est que de 12,5% &#8230; <\/p>\n<p>En soulevant ce li\u00e8vre, le Conseil renvoie en particulier \u00e0 l\u2019\u00e9vasion fiscale des grandes entreprises gr\u00e2ce aux <i>prix de transfert<\/i>, ces facturations internes aux groupes transnationaux qui leur permettent d&rsquo;\u00e9vacuer leurs b\u00e9n\u00e9fices vers les pays les plus fiscalement accueillants o\u00f9 ils disposent de filiales. Ce qui, une fois encore, renvoie au malheureux propos de Nicolas Sarkozy, selon qui \u00ab\u00a0Les paradis fiscaux, c\u2019est fini !\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>S\u2019agissant des recettes fiscales de l\u2019Etat Fran\u00e7ais et de la r\u00e9duction de la dette publique, un rapprochement s\u2019impose avec le niveau que vient d\u2019atteindre la prime d\u2019assurance contre le non remboursement de celle-ci. Les CDS (Credit Default Swaps) correspondants s\u2019affichaient hier \u00e0 106,83 points de base, ce qui signifie que la prime pour garantir 10 millions de dollars \u00e0 cinq ans est de 106.830 dollars annuel. On sait que de telle augmentations sont toujours un signe pr\u00e9monitoire de hausse sur le march\u00e9 obligataire, et en tout cas le r\u00e9sultat de mouvements financiers sp\u00e9culatifs. Quand il faudra d\u2019urgence adopter un plan de diminution du d\u00e9ficit, \u00e0 la britannique ou \u00e0 l\u2019espagnole, les grandes entreprises du CAC 40 compteront-elles au nombre des <i>bons Fran\u00e7ais<\/i>\u00a0? <\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9chelle, c\u2019est \u00e0 dire en bas, les r\u00e9seaux de discounters franchis\u00e9s (les solderies) continuent de se d\u00e9velopper. Parall\u00e8lement, leur client\u00e8le s\u2019\u00e9largit \u00e0 des classes plus ais\u00e9es, celle des cadres ayant doubl\u00e9 en une ann\u00e9e pour s\u2019\u00e9tablir \u00e0 8% de l\u2019ensemble de celle-ci, selon une enqu\u00eate de l&rsquo;un de ces r\u00e9seaux, Gifi. <\/p>\n<p>Le concept en est simple\u00a0: plus d\u2019un produit sur deux est vendu moins de dix euros, les marges tr\u00e8s faibles compens\u00e9es par les volumes et des frais g\u00e9n\u00e9raux tir\u00e9s au maximum, l\u2019approvisionnement se faisant gr\u00e2ce aux invendus et surtout de gros arrivages en provenance des pays <i>\u00e9mergents<\/i> et <i>en voie de d\u00e9veloppement<\/i>.  On observe dans ce secteur commercial, pour lequel peu de statistiques sont disponibles, de vieux comportements oubli\u00e9s\u00a0: le pic des achats correspond \u00e0 la fin du mois et \u00e0 la paie, puis ceux-ci d\u00e9croissent jusqu\u2019au mois suivant. <\/p>\n<p>Cet instantan\u00e9 de la France pris au fil de l\u2019actualit\u00e9 ne serait pas complet s\u2019il n\u2019\u00e9tait \u00e9galement fait mention d\u2019un \u00e9pisode illustrant on ne peut mieux la parfaite transparence des banques Fran\u00e7aises. BNP Paribas, la m\u00e9gabanque bien connue, a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019apporter \u00e0 sa filiale ukrainienne UkrSibbank 160 millions de dollars, aux c\u00f4t\u00e9s de la Banque europ\u00e9enne pour la reconstruction et le d\u00e9veloppement (Berd), qui va cotiser \u00e0 hauteur de 222 millions de dollars. <\/p>\n<p>Bien que la banque ukrainienne soit en pleine d\u00e9confiture, BNP Paribas a r\u00e9cus\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019un quelconque sauvetage pour s\u2019en tenir \u00e0 un anodin approfondissement de son partenariat avec la Berd, qui ne trompe personne, selon La Tribune qui interrogeait sa porte-parole. Le journal s\u2019interrogeant \u00e0 juste titre sur cet \u00e9cart de la Berd, dont la mission \u00ab\u00a0d&rsquo;investir dans les entreprises pour d\u00e9velopper les \u00e9conomies d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, non de\u00a0secourir des entreprises, comme le FMI le fait pour les Etats\u00a0\u00bb. Pensant peut-\u00eatre trouver un commencement d&rsquo;explication dans la pr\u00e9sence \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-major de BNP Paribas, comme conseiller du pr\u00e9sident, d&rsquo;un ancien pr\u00e9sident de la Berd. Une assertion vigoureusement d\u00e9mentie, Monsieur Jean Lemierre n&rsquo;ayant pas quitt\u00e9 son bureau une minute ce jour l\u00e0, avec ses deux assistantes comme t\u00e9moin. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous allons devoir chausser de nouvelles lunettes. En France, dans ce pays qui semblait comme prot\u00e9g\u00e9 de la crise relativement \u00e0 d\u2019autres, une nouvelle v\u00e9rit\u00e9 petit \u00e0 petit se fait jour. 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