{"id":20487,"date":"2011-01-18T11:34:03","date_gmt":"2011-01-18T11:34:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=20487"},"modified":"2013-01-02T14:48:26","modified_gmt":"2013-01-02T13:48:26","slug":"lactualite-de-la-crise-dieu-vient-de-rater-une-marche-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/01\/18\/lactualite-de-la-crise-dieu-vient-de-rater-une-marche-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>DIEU VIENT DE RATER UNE MARCHE<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une nouvelle et \u00e9difiante page de la finance est en train d\u2019\u00eatre \u00e9crite : celle de la fabuleuse aventure de Facebook. Non pas telle que racont\u00e9e dans \u00ab\u00a0The Social Network\u00a0\u00bb, le film a succ\u00e8s centr\u00e9 sur la vie de son cr\u00e9ateur (et qui ne lui pardonne rien), mais comme elle est actuellement v\u00e9cue sur le second march\u00e9 des entreprises technologiques non cot\u00e9es (private companies) et relat\u00e9e par la presse financi\u00e8re. Car les <em>success stories<\/em> ne sont plus ce qu&rsquo;elles \u00e9taient au pays du r\u00eave am\u00e9ricain d\u00e9clinant, ni dans la vie, ni au cin\u00e9ma. <\/p>\n<p>Une juteuse op\u00e9ration financi\u00e8re \u00e9tait en effet en cours, sous l\u2019\u00e9gide de Goldman Sachs, mais elle vient de conna\u00eetre un accident de parcours. La valeur de 2,1 milliards de dollars d\u2019actions de Facebook allait \u00eatre propos\u00e9e hors march\u00e9 \u00e0 des clients privil\u00e9gi\u00e9s et fortun\u00e9s de la m\u00e9gabanque, qui allaient se ruer sur l\u2019occasion, malgr\u00e9 une valorisation en tr\u00e8s forte hausse et une commission bancaire \u00e9lev\u00e9e. Des cadres de Goldman Sachs avaient \u00e9galement la possibilit\u00e9 de profiter de ce cadeau d&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>Sur ce march\u00e9 secondaire, les valorisations des soci\u00e9t\u00e9s &#8211; calcul\u00e9es en fonction de la valeur des transactions effectu\u00e9es &#8211; atteignent pour certaines des sommes vite faramineuses, qui enflent en quelques mois. C\u2019est le cas de Facebook, ou bien de Twitter, les deux nouvelles stars du march\u00e9. Celle de Facebook vient d\u2019atteindre 50 milliards de dollars, multipli\u00e9e par deux en l\u2019espace de seulement 5 mois. Facebook ayant 600 millions d\u2019utilisateurs, cela repr\u00e9sente 83 dollars par utilisateur, pour un service gratuit qui peine \u00e0 trouver son mod\u00e8le \u00e9conomique, \u00e0 qui un chiffre d\u2019affaire de deux milliards de dollars annuel est accord\u00e9 par les analystes. Mais qu&rsquo;importe aux yeux des investisseurs, qui peuvent r\u00e9aliser de gigantesques profits s&rsquo;ils savent se retirer \u00e0 temps, avant que l&rsquo;affaire retombe comme un souffl\u00e9 ou m\u00eame que la bulle explose. <\/p>\n<p><!--more-->L\u2019une des particularit\u00e9s de l\u2019op\u00e9ration mont\u00e9e avec Facebook \u00e9tait que Goldman Sachs a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 cet occasion un fonds d\u2019investissement abrit\u00e9 dans un <i>v\u00e9hicule sp\u00e9cial<\/i>, auquel il \u00e9tait propos\u00e9 de souscrire, afin de contourner la r\u00e9glementation de la SEC &#8211; l\u2019autorit\u00e9 de r\u00e9gulation &#8211; selon laquelle une soci\u00e9t\u00e9 non cot\u00e9e d\u00e9passant le seuil de 499 actionnaires doit rendre public des informations \u00e9conomiques et financi\u00e8res de base. Dans l&rsquo;intention que celle-ci compte pour un seul actionnaire l\u2019ensemble des souscripteurs du fonds, car lui seul deviendrait actionnaire direct de Facebook. Un montage tr\u00e8s cr\u00e9atif comme on le voit.   <\/p>\n<p>Seconde particularit\u00e9, Goldman Sachs et un fonds d\u2019investissement russe intitul\u00e9 Digital Sky Technology (DST) ont pr\u00e9alablement eux-m\u00eames investi respectivement 450 millions et 50 millions de dollars, sur le montant total de 2,1 milliards de dollars. Fond\u00e9e par Alisher Ousmanov &#8211; un magnat russe n\u00e9 en Ouzbekistan, condamn\u00e9 \u00e0 six ans de prison pour malversation, son jugement ensuite r\u00e9vis\u00e9 apr\u00e8s avoir regagn\u00e9 les faveurs de Moscou &#8211; DST a parmi ses principaux actionnaires Goldman Sachs. Un certain nombre des cadres de cette derni\u00e8re l\u2019ont d\u2019ailleurs rejoint pour y exercer leurs talents. Un second montage cr\u00e9atif. <\/p>\n<p>Comment les choses ont-elles d\u00e9raill\u00e9 ? Devenue publique \u00e0 la faveur d\u2019une fuite, reprise par les journaux, l\u2019affaire a suscit\u00e9 une r\u00e9action de la SEC, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce second march\u00e9 et cherche notamment \u00e0 savoir sur quelle base les transactions y sont effectu\u00e9es, puisque les entreprises priv\u00e9es ne publient pas d\u2019informations comme le font les entreprises cot\u00e9es. Devant le danger que repr\u00e9sentait la menace du couperet du seuil des 499 actionnaires,\u00a0et probablement sous les injonctions de la SEC, Goldman Sachs a coup\u00e9 court et a retir\u00e9 son offre du march\u00e9 am\u00e9ricain, la r\u00e9servant pour ses clients \u00e9trangers. L&rsquo;ampleur des fuites rendait en effet incompatible avec la r\u00e9glementation am\u00e9ricaine la poursuite d&rsquo;une op\u00e9ration cens\u00e9e se tenir en priv\u00e9. <\/p>\n<p>Les choses ne se sont pas pass\u00e9es comme pr\u00e9vu : ce qui devait rester confidentiel ne l&rsquo;\u00e9tait plus et Goldman Sachs risquait de devoir rendre publiques des informations \u00e9conomiques sur l&rsquo;activit\u00e9 de Facebook, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas non plus dans ses intentions. On va voir pourquoi, car l\u2019histoire n&rsquo;est en effet pas destin\u00e9e \u00e0 s\u2019arr\u00eater l\u00e0. <\/p>\n<p>Google a connu en son temps la m\u00eame situation que Facebook, amen\u00e9 \u00e0 lever r\u00e9guli\u00e8rement des fonds et <i>br\u00fblant<\/i> son capital en attendant de trouver son mod\u00e8le \u00e9conomique, pour finalement d\u00e9passer le seuil des 499 actionnaires et entrer \u00e0 la cotation en 2003. Une m\u00eame in\u00e9vitable issue est garantie \u00e0 Facebook, qui aurait d\u00e9j\u00e0 plus de 300 actionnaires, mais la soci\u00e9t\u00e9 ne veut pas r\u00e9aliser une entr\u00e9e \u00e0 la cotation avant d\u2019avoir suffisamment fait grimper sa valorisation sur le second march\u00e9. Car la faire progresser sera ensuite beaucoup moins ais\u00e9. <\/p>\n<p>Pour cette raison, la soci\u00e9t\u00e9 en est m\u00eame venue \u00e0 interdire \u00e0 ses employ\u00e9s de revendre leurs actions, afin d\u2019\u00e9viter une augmentation du nombre des actionnaires. Pour cette m\u00eame raison toujours, il n&rsquo;est pas question de stopper cette progression fulgurante de la valorisation de Facebook par la publication de vulgaires donn\u00e9es \u00e9conomiques de base, qui risqueraient d&rsquo;\u00eatre moins enthousiasmantes. <\/p>\n<p>Moyennant des commissions que l\u2019on suppose confortables, Goldman Sachs a donc mont\u00e9 l&rsquo;op\u00e9ration avec cet objectif, en pr\u00e9paration d\u2019une entr\u00e9e en bourse pr\u00e9vue dit-on pour 2012. Ce qui explique qu\u2019elle se soit r\u00e9serv\u00e9e avec sa cons\u0153ur DST un quart des actions c\u00e9d\u00e9es, s&rsquo;\u00e9tant octroy\u00e9 le droit de les revendre \u00e0 tout moment et sans pr\u00e9avis, une possibilit\u00e9 qu&rsquo;elle refusait \u00e0 ses clients. <\/p>\n<p>Dans notre saga \u00ab\u00a0Comment cr\u00e9er de la valeur\u00a0\u00bb, ce devait \u00eatre un nouvel \u00e9pisode de la s\u00e9rie consacr\u00e9e aux \u00ab \u00c5\u2019uvres de Dieu\u00a0\u00bb de Lloyd Blankfein, son Pdg. Les circonstances et la malchance semblent en avoir d\u00e9cid\u00e9 autrement.<\/p>\n<p>La ru\u00e9e vers l&rsquo;or qu&rsquo;avait d\u00e9clench\u00e9e Goldman Sachs pouvait difficilement passer inaper\u00e7ue, les clients fortun\u00e9s se bousculant pour y participer. Ses initiateurs, tout \u00e0 la bonne affaire qu&rsquo;ils allaient faire faire \u00e0 la banque, ont vu trop grand et \u00e0 trop large \u00e9chelle. <\/p>\n<p>Une autre morale peut en \u00eatre tir\u00e9e de ce loup\u00e9, au moment o\u00f9 la banque cherche \u00e0 se pr\u00e9senter sous ses jours les plus innocents et respectables. Apr\u00e8s avoir du payer une amende de 550 millions de dollars sous l&rsquo;injonction de la SEC dans une autre affaire qui a fait du bruit, l&rsquo;affaire Abacus. Elle avait alors <i>oubli\u00e9<\/i> d&rsquo;informer ses clients que la composition d\u2019un produit financier adoss\u00e9 \u00e0 des cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires qu\u2019elle leur vendait avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e par un hedge fund dont l\u2019intention \u00e9tait de parier sur la d\u00e9pr\u00e9ciation de ces cr\u00e9dits.   La vente des actions de Facebook \u00e9tait-elle destin\u00e9e \u00e0 se faire pardonner aupr\u00e8s de ceux-ci ? <\/p>\n<p>Les temps ont malgr\u00e9 tout un peu chang\u00e9, en tout cas si l&rsquo;on consid\u00e8re l&rsquo;atmosph\u00e8re de suspicion qui entoure Wall Street. L&rsquo;attelage Goldman Sachs-Facebook ne pouvait pas ne pas attirer l&rsquo;attention, alors que \u00ab\u00a0The Social Network\u00a0\u00bb fait un tabac aux Etats-Unis, vient d&rsquo;\u00eatre r\u00e9compens\u00e9 aux Golden Globes et que son fondateur, Mark Zuckerberg, n&rsquo;y est pas pr\u00e9sent\u00e9 sous son meilleur jour. Soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;avoir piqu\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de Facebook et d&rsquo;avoir escroqu\u00e9 son associ\u00e9, devant satisfaire \u00e0 un r\u00e8glement \u00e0 l&rsquo;amiable et au payement de lourdes indemnit\u00e9s pour \u00e9viter les proc\u00e8s. L&rsquo;affaire vient de conna\u00eetre un nouveau rebondissement. <\/p>\n<p>Les meilleurs affaires se font entre amis, \u00e0 condition de bien les garder pour eux. Mais les petits secrets ne sont plus dans l&rsquo;air du temps, quand la malchance et trop de s\u00fbret\u00e9 en soi s&rsquo;en m\u00ealent. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une nouvelle et \u00e9difiante page de la finance est en train d\u2019\u00eatre \u00e9crite : celle de la fabuleuse aventure de Facebook. 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