{"id":20719,"date":"2011-01-24T13:16:26","date_gmt":"2011-01-24T13:16:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=20719"},"modified":"2015-05-05T13:54:30","modified_gmt":"2015-05-05T11:54:30","slug":"combien-de-temps-avant-latterrissage-force-par-eric-verhaeghe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/01\/24\/combien-de-temps-avant-latterrissage-force-par-eric-verhaeghe\/","title":{"rendered":"<b>COMBIEN DE TEMPS AVANT L&rsquo;ATTERRISSAGE FORC\u00c9 ?<\/b>, par Eric Verhaeghe (*)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Il y a dix jours, j\u2019\u00e9tais invit\u00e9 sur BFM Business par St\u00e9phane Soumier. Ce matin-l\u00e0, les analystes du march\u00e9 pavoisaient : le Portugal venait d\u2019emprunter avec un rel\u00e2chement sur ses taux. Signe que tout allait bien. On sort de la crise, forc\u00e9ment. L\u2019hirondelle am\u00e8ne le printemps. Et lorsqu\u2019il m\u2019interroge sur mon livre <em>Jusqu\u2019ici tout va bien !<\/em>, il me parle de mon d\u00e9faitisme. Je me trompe, la preuve : le Portugal emprunte sans difficult\u00e9. \u00c9videmment, je lui r\u00e9ponds que nous faisons un grand Madoff international, puisque nous finan\u00e7ons des dettes nationales par une dette communautaire. Joli tour de passe-passe. A mon grand \u00e9tonnement, St\u00e9phane Soumier r\u00e9pond : \u00ab Mais tout le monde le sait, cher ami. Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9gler le probl\u00e8me, il s\u2019agit juste de gagner du temps ! \u00bb. Idem sur la comp\u00e9titivit\u00e9 de la France compar\u00e9e \u00e0 l\u2019Allemagne. Il me cite un diff\u00e9rentiel de 15 points sur le co\u00fbt du travail. Et quand je lui r\u00e9torque que ce chiffre est une invention, il mollit \u00e0 vue d\u2019oeil : \u00ab C\u2019est vrai, fait-il embarrass\u00e9. Personne ne peut prouver ces chiffres ! \u00bb.<\/p>\n<p>En un mot, il venait de r\u00e9sumer le mal de notre \u00e9poque. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des citoyens mal inform\u00e9s qu\u2019on berce d\u2019illusions et de mensonges sur la sortie de crise, en r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 l\u2019envi qu\u2019avec un peu d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, tout ira bien. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, des initi\u00e9s qui savent que tout cela ne sont que fariboles, mais qui les propagent fid\u00e8lement pour gagner du temps. Jamais dans l\u2019histoire, sauf dans les p\u00e9riodes d\u00e9cadentes des grands empires, la c\u00e9cit\u00e9 et la somnolence n\u2019auront autant occup\u00e9 le pouvoir et la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>En fait, face \u00e0 nous se dressent deux difficult\u00e9s distinctes.<\/p>\n<p>Des difficult\u00e9s \u00e9conomiques. Les politiques conduites par les gouvernements des pays industrialis\u00e9s nous ram\u00e8nent m\u00e9caniquement \u00e0 la catastrophe syst\u00e9mique \u00e0 laquelle nous avons de peu \u00e9chapp\u00e9 en 2008. S\u2019il est encore temps de sortir de cette spirale, des mesures fortes doivent \u00eatre prises sans tarder : repenser le r\u00f4le des banques dans notre organisation collective, et probablement reprendre l\u2019analyse du f\u00e9tichisme mon\u00e9taire l\u00e0 o\u00f9 Marx l\u2019avait laiss\u00e9e. D\u00e9cider vite de la part de la dette que nous rembourserons, et de celle que nous ne rembourserons pas. Replacer le travail au centre de la cr\u00e9ation de valeur. En un mot, r\u00e9viser notre conception aristocratique de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Des difficult\u00e9s politiques. Car les rem\u00e8des \u00e0 adopter pour soigner le mal dont nous souffrons supposent une inversion compl\u00e8te des logiques institutionnelles adopt\u00e9es depuis plus de trente ans dans nos pays. Il faut, en quelque sorte, b\u00e2tir une anti-OCDE capable de remettre en cause les certitudes de la pens\u00e9e unique. Et sur cette inversion politique, reconnaissons que nous sommes tous un peu courts : l\u2019inversion est-elle une r\u00e9volution ? une transformation ? une adaptation ? quelle forme doit-elle prendre ? Ces questions-l\u00e0 sont encore embryonnaires, mais il est probablement urgent de commencer \u00e0 y porter des r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>Au centre du d\u00e9bat, la capacit\u00e9 des peuples \u00e0 revenir \u00e0 un projet d\u00e9mocratique est un sujet de fond. Comment se r\u00e9approprier\u00a0un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement aujourd\u2019hui essentiellement tourn\u00e9 vers la satisfaction des \u00e9lites, et qui instrumentalise les masses ? La r\u00e9ponse ne peut se r\u00e9sumer \u00e0 une simple politique \u00e9conomique, m\u00eame si l\u2019\u00e9conomie en fait partie. Certes, il faut r\u00e9gler la question de l\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re. Mais ce n\u2019est qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9tape avant de refonder un mod\u00e8le avec une autre conception du travail (le salariat m\u00e9rite d\u2019\u00eatre calmement analys\u00e9) et une autre approche du citoyen dans la cit\u00e9. Difficile par exemple d\u2019aborder cette probl\u00e9matique sans la lier \u00e0 la place de l\u2019\u00e9ducation et de l\u2019\u00e9chec scolaire, qui constituent des volets importants de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et du gaspillage des fonds publics. En un mot, c\u2019est l\u2019\u00c9tat et le citoyen qu\u2019il faut repenser en profondeur pour sortir de la crise.<\/p>\n<p>========================<br \/>\n(*) Eric Verhaeghe est l\u2019auteur de <em>Jusqu\u2019ici tout va bien ! <\/em>paru aux Editions Jacob-Duvernet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a dix jours, j\u2019\u00e9tais invit\u00e9 sur BFM Business par St\u00e9phane Soumier. Ce matin-l\u00e0, les analystes du march\u00e9 pavoisaient : le Portugal venait d\u2019emprunter avec un rel\u00e2chement sur ses taux. Signe que tout allait bien. On sort de la crise, forc\u00e9ment. L\u2019hirondelle am\u00e8ne le printemps. 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